2014, l’année du salaire minimum

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Barack Obama a annoncé une augmentation du SMIC pour les fonctionnaires fédéraux. Partout, aux Etats-Unis, des villes et des Etats font de même tandis que l’opinion publique y est largement favorable.

Les discours sur l’état de l’Union relèvent souvent de la déclaration de politique générale et recèlent rarement de mesures concrètes. Pour son 6e exercice, Barack Obama a dérogé à cette règle en faisant une annonce si ce n’est spectaculaire, du moins très importante : l’augmentation du salaire minimum (bloqué nationalement à 7,25 dollars depuis 2009) pour les 560 000 fonctionnaires fédéraux. Le président a indiqué : « Dans les prochaines semaines, je prendrai un décret ordonnant les entreprises bénéficiant de contrats publics d’accorder un salaire juste d’au moins 10,10 dollars de l’heure à leurs employés, parce que si vous cuisinez pour nos troupes, si vous lavez leur vaisselle, vous ne devriez pas être contraint de vivre dans la pauvreté. »

Là est le seul pouvoir dont il dispose. Une augmentation générale du SMIC fédéral doit passer par un vote du Congrès. Sans surprise, les Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, y sont opposés. De toute façon, le salaire minimum national sert de référence. Il n’a rien d’obligatoire pour les Etats, système fédéral oblige. Mais c’est ici que le sujet prend une tournure intéressante. Obama n’est pas le seul à parler du SMIC. Son puissant « Donnez une augmentation à l’Amérique ! » entre en écho avec les innombrables initiatives qui pourraient faire de 2014, l’année du salaire minimum.

En novembre, les électeurs du New Jersey avaient dit « oui » à 61% à une augmentation du salaire minimum de 1 dollar, le portant à 8,25 dollars de l’heure, mesure à laquelle le gouverneur républicain pourtant réélu, Chris Christie, avait opposé son « veto », obligeant les promoteurs de cette augmentation du SMIC à passer par la voie référendaire. Quelques jours après ce vote, le Sénat de l’Etat du Massachussetts votait l’augmentation progressive du salaire minimum, d’ici 2016, de 8 à 11 dollars. En décembre, le conseil municipal de la ville de Washington a adopté le principe d’un SMIC à 11,50 dollars de l’heure. La mesure sera appliquée dans les territoires voisins du Maryland, qui forment un espace économique commun de 2,5 millions d’habitants. D’autres villes dans les Etats de Washington, du Nouveau-Mexique, de Californie ont augmenté le SMIC.

A Seattle, la bataille est également engagée. Elle est portée par Kshama Sawant, élue au conseil municipal en novembre, la première « socialiste » (c’est ainsi qu’elle se définit politiquement) à entrer dans l’assemblée élue d’une grande ville américaine depuis plusieurs décennies. Le thème principal de sa campagne victorieuse : le salaire minimum à 15 dollars de l’heure. Répondant à une campagne multiforme (politique et syndicale), le maire (démocrate) a lancé l’affaire en début de ce mois de janvier.

Enfin, du côté de l’opinion publique, l’affaire est entendue. Selon, une enquête publiée par le Pew Research Center, 73% des Américains (90% des démocrates, 71% des indépendants et même 53% des républicains) se disent favorables à l’augmentation du SMIC de 7,25 à 10,10 dollars de l’heure. Seuls les militants du Tea Party y sont opposés, ceux-là même qui « tiennent » la majorité du groupe républicain au Congrès, seul obstacle à une augmentation massive et généralisée du SMIC.

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Kennedy ou la nostalgie frelatée d’un « paradis perdu »

(Article publié dans l’Humanité daté du 22 novembre 2013)

L’assassinat de « JFK » symbolise le passage de l’apparente quiétude de l’après-guerre au vacarme des années 60. Quant au premier président catholique de l’histoire du pays, il n’a pas eu le temps de laisser une trace tangible hors celle de son propre sang.

Ce sont, en définitive, trois histoires qui s’enchevêtrent tragiquement en une même journée automnale mais ensoleillée de Dallas, Texas : l’assassinat d’un président des Etats-Unis, le destin tragique d’une dynastie (1) et la projection d’un pays dans une autre époque. Il a tant été écrit sur les deux premières dimensions qu’il n’y a plus rien à ajouter. Il faut désormais attendre l’ouverture des archives qui permettra, peut-être, d’y voir clair entre la thèse du tireur unique – la conviction semble même avoir abandonné ses derniers défenseurs -  et celle du complot ou plutôt des complots (mafia, mafia-CIA, castriste…). En attendant, on gardera pour livre de chevet « American tabloïd » de James Ellroy : « La véritable trinité de Camelot était : de la Gueule, de la Poigne et de la Fesse. Jack Kennedy a été l’homme de paille mythologique d’une tranche de notre histoire particulièrement juteuse. Il avait du bagou et arborait une coupe de cheveux classe internationale. C’était le Bill Clinton de son époque, moins l’œil espion des médias et quelques poignées de lard. »

Et encore et surtout : « Jack (John Fitzgerald Kennedy, NDLR) s’est fait dessouder au moment optimal pour lui assurer sa sainteté. Les mensonges continuent à tourbillonner autour de sa flamme éternelle. (…) L’heure est venue de démythifier toute une époque et de bâtir un nouveau mythe depuis le ruisseau jusqu’aux étoiles. L’heure est venue d’ouvrir grand les bras à des hommes mauvais et au prix qu’ils ont payé pour définir leur époque en secret. »

« Démythifier toute une époque ». En plein dans le mille. Aux Etats-Unis, nombre d’observateurs datent de ce lieu et de de jour la fin de l’ « insouciance ». Des organisations politiques, presque exclusivement de droite, ont cultivé cette nostalgie des années 50, censée représenter un petit paradis perdu. C’était l’époque des « unlocked doors » (portes non bouclées à double tour), les années bénies « when we liked Ike » (quand nous aimions Ike, le surnom d’Eisenhower, président de 1952 à 1960). A contrario, les années 60 seraient synonymes de « chienlit », de révoltes multiformes sapant l’autorité du « modèle américain ».

La « révolution conservatrice » reaganienne a largement mobilisé cette imagerie d’une Amérique tranquille et prospère que l’on est venue déranger. De même que le sens des paroles de la chanson de Springsteen « Born in the USA », jouée dans les meetings républicains des années 80, avait échappé aux stratèges reaganiens, un malentendu règne sur les années 50. Si cette décennie représente une symbolique forte, c’est celle du « New Deal » triomphant. Même le parti républicain ne conteste pas, à ce moment-là, l’héritage laissé par les présidences de Franklin Delano Roosevelt. C’est sous le général républicain Eisenhower que le taux d’imposition sur les plus hauts revenus atteint son pic (91%) ou que le syndicalisme est à son diapason imposant, notamment dans l’automobile, des accords avantageux pour ses membres. Mais comment oublier que les « fifties » furent aussi le temps de la paranoïa maccarthyste et de la chasse aux sorcières, de la guerre en Corée et de la naissance et de l’expansion du mouvement des droits civiques. Tout sauf une décennie « républicaine » et paisible…

Premier président catholique de l’histoire du pays, élu à 43 ans, personnage télégénique formant un couple « people » avec Jackie, « JFK » symbolise le passage à un « quelque chose d’autre » encore mal défini. En matière de politique étrangère, il poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs, donne son feu vert à la désastreuse invasion de la baie des cochons, retourne en sa faveur la crise des missiles de Cuba en 1962, amorce l’engrenage guerrier au Vietnam. Sur le plan intérieur, il apporte un soutien au mouvement des droits civiques et reçoit Martin Luther King lors de la marche sur Washington en août 1963 mais se montre prudent quant à la possibilité de légiférer. Il prépare un grand plan contre la pauvreté, mal endémique au pays du « rêve américain. » Au sens littéral, il promet la Lune aux Américains. Incontestablement, la génération du baby-boom qui arrive à l’âge adulte en a fait son porteur d’espoir. Pour autant, au soir du 22 septembre 1963, la « nouvelle frontière », promise lors de son discours à la convention démocrate en 1960, n’a encore connu aucune matérialité.

Et c’est finalement son vice-président détesté, Lyndon B. Johnson, vieux sudiste repenti, qui par la force du mouvement de la société, entrera dans l’Histoire du pays à la fois comme l’un de ses plus grands législateurs avec son projet de « Grande société » (loi sur les droits civiques, guerre à la pauvreté, réforme de l’immigration) et comme celui qui a décuplé le déluge de fer et de feu au Vietnam. Quant à JFK, il est le seul des présidents « panthéonisés » sans grande réforme à son actif. « Jack s’est fait dessouder au moment propice pour lui assurer sa sainteté »…

(1) Voir à ce propos « Il n’y a pas de Kennedy heureux », un film de Patrick Jeudy.

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« Ras-le-bol » fiscal : le précédent américain

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(Article publiée dans l’Humanité du 21 novembre 2013)

Comment les conservateurs ont instrumentalisé les peurs et fragilités d’une partie de l’électorat suite à la déségrégation et au choc pétrolier de 1973 pour lancer une offensive idéologique tous azimuts. Première cible, évidemment : l’impôt. Ou comment les Etats-Unis des années 70 nous aident à comprendre ce qui se trame dans la France de 2013.

Howard Jarvis a attendu trois quarts de siècle pour vivre son moment de gloire. Mais pour ce conservateur pur sucre, cela en valait la peine car l’ennemi était coriace : l’impôt. Ce 6 juin 1978, le vieux mormon buveur de vodka, homme d’affaires et militant de l’aile la plus dure du parti républicain, jubile. Avec Paul Gann, son alter ego dans la bataille du moment, ils lèvent les bras au ciel et font le V de la victoire. La « Proposition 13 » vient d’être adoptée à 65% par les électeurs californiens. Apparemment, sa portée est relativement limitée. Elle plafonne la taxe foncière à 1% de la valeur locative déclarée de la propriété, celle-ci ne pouvant pas augmenter de plus de 2% par an, quelle que soit l’évolution du marché de l’immobilier. Symboliquement et politiquement, le choc est presque tellurique.  Il embrase la mèche de la « révolte fiscale » qui va embraser le débat public dans les mois et années suivants. Deux ans plus tard, 38 Etats, y compris ceux gouvernés par des démocrates, auront baissé ou gelé les taux d’imposition.

Pour de nombreux observateurs, ce mouvement populiste a joué un rôle crucial dans l’accession de Ronald Reagan à la Maison Blanche en 1980. Mais restons pour l’instant à 1978. Interrogé par le New York Times, Bruce Cain, professeur de sciences-politiques à l’Université de Berkeley, voit dans la Proposition 13, « la mère de toutes les révoltes fiscales modernes » : « Howard Jarvis et Paul Gann, les conservateurs fiscaux et les républicains ont vu l’opportunité de capitaliser sur la colère des propriétaires afin de contrecarrer la tendance à la hausse de la dépense publique dans un Etat majoritairement démocrate. »

Cette colère des propriétaires est née de l’augmentation du montant de la taxe foncière, dans la foulée du choc pétrolier de 1973 et de la récession économique qui s’ensuit. Elle a été exploitée par des franges de la droite qui concentraient leur feu sur les politiques publiques et, à mots couverts, sur les supposés bénéficiaires du « système » : les pauvres et les Africains-Américains. En 1976, un candidat à la primaire républicaine, invente la figure (totalement fantasmée, est-il utile de le préciser) de la « welfare queen » (reine des aides sociales), fraudeuse des quartiers sud de Chicago et multi-propriétaire de Cadillac. Il n’avait pas pris la peine de préciser la couleur de peau, l’auditoire ayant bien saisi que, dans son esprit, elle ne pouvait être que Noire. Le nom du candidat: Ronald Reagan.

Depuis la loi sur les droits civiques de 1964, assurant aux Africains-Américains une citoyenneté légale à part entière, le parti républicain, fondé par l’abolitionniste Abraham Lincoln, a fait profession d’attiser les peurs de l’électorat blanc. Celles-ci se sont déjà matérialisées par le « white flight », l’exode des classes moyennes blanches des centres urbains « multicolores » vers le péri-urbain des « surburbs » standardisées et monocolores.

Le parti républicain s’appuie sur ces petites « réactions » pour construire une grande Réaction, de nature idéologique et politique. Il faut désormais se transporter en 1971 pour comprendre. Quelques semaines avant sa nomination à la Cour Suprême, Lewis Powell écrit un mémorandum à Eugene Sydnor, le directeur de la chambre de commerce. Son titre : « Attaque sur le système américain de libre entreprise ». Explications de Michael Zweig, professeur de sciences-politiques à l’Université de Stony Brook (New York) : « Il analysait que le monde des grandes sociétés était attaqué partout : à l’université, dans les rues, dans les tribunaux. « Nous devons répondre à cela, ajoutait-il en substance. Nous devons développer un programme stratégique pour les décennies pour contre-attaquer partout où nous sommes attaqués. Nous devons répondre au niveau du système ».

Du point de vue des conservateurs, de nombreux éléments du paysage du début des années 70 donnent corps à ce sentiment d’ « attaque » contre leur modèle de société: les programmes de protection sociale pour les pauvres (Medicaid) et les séniors (Medicare) ont renforcé l’Etat-Providence né du New Deal rooseveltien, la guerre au Vietnam tourne au fiasco et l’opposition intérieure décuple, un moratoire sur la peine de mort est observé, la prière à l’école désormais interdite, l’inexorable montée en puissance du mouvement féministe allait déboucher en 1973 sur la reconnaissance de l’avortement comme droit constitutionnel. Le Vieux Monde s’effrite… mais réagit. « Ce memo a influencé ou inspiré la création de l’Heritage Foundation (créé en 1973, NDLR), du Manhattan Institute (1978), du Cato Institute (1977) et autres puissantes organisations », selon l’organisation Reclaim Democracy. En bon adepte de la « stratégie du choc », décryptée par Naomi Klein, la machine politico-idéologique ainsi constituée attend alors l’opportunité qui surgit avec le choc pétrolier de 1973…

Quatre décennies de contre-attaque ont permis aux conservateurs de renverser les termes du débat public outre-Atlantique. Ainsi, pour Mitt Romney, candidat républicain défait en 2012, « l’impôt est une entrave à la liberté ». John Jay, l’un des Pères Fondateurs, considérait, au contraire, qu’il constituait le « prix de la liberté, de la paix, de notre propre sécurité et de la prospérité ».

Récession, extension de la précarité économique, discours sur l’assistanat, « racialisation » du discours public, « ras-le-bol » fiscal, bataille idéologique patronale, renoncement des démocrates à la contrecarrer, instrumentalisation de la droite et de ses franges extrêmes: cela ne vous rappelle rien ?

RESULTAT: Ce graphique (http://feeds.visualizingeconomics.com/visualizingeconomics) montre comment les taux d’imposition (après un premier décrochage sous la présidence Kennedy pour ce qui concerne l’impôt sur le revenu) ont chuté à partir de la présidence de Reagan. Le "top 0,01%" fait référence aux Américains les plus riches. On voit également l’évolution du taux d’imposition moyen, divisé par deux en un demi-siècle, ce qui a provoqué l’augmentation mécanique de leur part dans la richesse nationale.

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De Blasio, marijuana, Virginia, mariage gay : la journée cauchemar des républicains

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Quelques semaines après l’épisode du « shutdown », la fermeture de nombreux services gouvernementaux causée par l’absence d’accord entre démocrates et républicains au Congrès, le « electoral day » qui s’est déroulé mardi a donné quelques indications sur l’évolution du paysage politique. Les stratèges républicains y trouveront matière à réflexion, certainement pas à auto-satisfaction. Ils pourront se consoler avec la facile réélection (60% des voix) du gouverneur du New Jersey, Chris Christie, plus que jamais en lice pour les primaires républicaines de 2016, et l’échec d’un référendum au Colorado portant sur une augmentation des impôts afin de financer le système éducatif. Juste se consoler. Car, pour le reste, la confirmation de plusieurs mouvements de fond de la société a de quoi leur donner des maux de tête pour les prochaines échéances électorales.

 

La disparition du parti républicain du paysage urbain

A New York, le triomphe de Bill de Blasio était annoncé depuis sa victoire inattendue lors des primaires démocrates. Il est éclatant malgré une très faible participation (25%) : avec 73,3% (752000 voix) le candidat le plus à gauche du champ électoral écrase son adversaire républicain réputé modéré Joseph Lotha (249000 voix et 24%). Bill de Blasio avait mené campagne sur le thème du « conte des deux villes », en référence au roman de Dickens sur Paris et Londres. Mais dans l’Amérique du XXIe siècle, les deux villes sont enchâssées dans l’enveloppe corporelle de New York : une ville très riche avec la plus forte proportion de milliardaires au monde et une autre ville (parmi lesquels 1,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté) qui tire le diable par la queue. De Blasio a d’ailleurs proposé d’augmenter les impôts des plus aisés (au-dessus de 500000 dollars) afin de financer l’école maternelle pour tous. Outre les inégalités grandissantes, il a également dénoncé la pratique du « stop and frisk » (« arrêter et fouiller ») permettant à la police d’arrêter qui bon lui semble puis de le fouiller sans autre forme de soupçon. Un véritable « délit de faciès » auquel le maire nouvellement élu a promis de mettre fin.

Pour la première fois depuis 1993, un démocrate va siéger au City Hall faisant disparaître un peu plus le parti républicain du paysage de l’Amérique urbaine. Il faut descendre à la douzième place des villes les plus peuplées du pays pour y découvrir une cité gérée par un membre du parti de droite : Indianapolis (Indiana), en l’occurrence. Dans le top 30, une seule autre ville a accordé sa confiance à un maire républicain : Fort Worth (Texas, 16e).

Le Grand Old Party ne parie désormais plus que sur les zones rurales et périurbaines, ce qui s’avère insuffisant depuis un quart de siècle puisqu’il a été minoritaire en voix lors de cinq (1992, 1996, 2000, 2008, 2012) des six scrutins présidentiels.

Marijuana, mariage gay, salaire minimum : des victoires pour les progressistes et libéraux

Après le Colorado et l’Etat de Washington, en novembre 2012, un autre Etat a voté la légalisation de la marijuana. 70% des électeurs du Maine ont dit « yes » à la fin de la prohibition. Le même jour, les électeurs du Colorado ont d’ailleurs approuvé une taxe de 25% sur la consommation du cannabis dont les revenus seront alloués aux écoles publiques. Depuis peu, une majorité se dessine à l’échelle nationale en faveur de la légalisation (http://presidentiellesamericaines.com/2013/04/05/marijuana-les-americains-favorables-a-la-legalisation/)

Dans le New Jersey, les électeurs ont dit « oui » à 61% à une augmentation du salaire minimum de 1 dollar, le portant à 8,25 dollars de l’heure, mesure à laquelle le gouverneur républicain pourtant réélu, Chris Christie, avait opposé son « veto », obligeant les promoteurs de cette augmentation du SMIC à passer par la voie référendaire.

Enfin, les élus de l’Etat de l’Illinois ont approuvé une proposition de loi visant à instituer le mariage homosexuel. L’Illinois deviendra ainsi le 15e Etat américain à l’autoriser.

 

La Virgine est-elle encore un « swing state » ?

L’Etat le plus septentrional de l’ancienne Confédération fait partie de la liste restreinte des Etats qui font la décision des scrutins présidentiels, les fameux « swing states ». Mais faut-il encore l’y inclure ? En 2012, Barack Obama (51% des suffrages) y a confirmé son succès de 2008 (52%) dans un Etat qui n’avait plus donné de majorité à un candidat démocrate depuis Lyndon Johnson en 1964. Mardi, c’est également un démocrate, Terry McAuliffe, qui a remporté le poste de gouverneur face au républicain soutenu par les Tea Parties, Kenneth Cuccinelli. La marge est certes serrée (48% contre 45,5% avec un candidat libertarien à 6,6%) mais la victoire d’un candidat favorable au contrôle des armes, au mariage gay et à l’avortement dans un Etat sudiste confirme l’évolution de la Virginie, notamment de sa partie septentrionale, arrière-cour économique de la capitale fédérale, Washington DC et vivier démographique multicolore et « libéral » (au sens américain).

Difficile pour le parti républicain de prétendre diriger un pays en étant minoritaires dans les centres urbains, en perdant ses bastions du Sud et en ramant à contre-courant des évolutions des mentalités.

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Avec Volkswagen, le mur antisyndical du Sud se fissure

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Pour la première fois dans le Sud, une section syndicale va s’implanter dans une usine automobile.

Les quelques bonnes nouvelles qui peuvent parfois nous parvenir d’outre-Atlantique relèvent souvent du champ sociétal (un Etat a aboli la peine de mort, un autre a promulgué le mariage gay), quelquefois du champ politique (l’opposition de l’opinion publique à des frappes militaires en Syrie), beaucoup plus rarement du champ économique et social. C’est dire la valeur de l’information suivante : le syndicat de l’automobile (UAW, United Auto Workers) va s’implanter dans l’usine Volkswagen de Chattanooga, dans le Tennessee. Cet Etat, comme tous ses voisins du Sud américain, a développé des législations antisyndicales, sous la houlette des législatures républicaines. Cela a facilité une délocalisation en interne de l’industrie automobile aux Etats-Unis : de Detroit et des villes du Nord industrialisé aux syndicats puissants et aux conventions collectives favorables aux ouvriers vers le sud de la ligne Mason-Dixon (qui marquait la frontière entre la Confédération et l’Union pendant la guerre civile de 1861-1865 et qui constitue toujours une frontière politique).

C’est donc un coup d’ampleur qui est porté à cette stratégie. Il y a une semaine, Bob King, le président de l’UAW a annoncé qu’une majorité des 2700 salariés de l’usine Volkswagen avaient signé les « authorization cards », permettant ainsi au syndicat d’être considéré comme représentatif et de pouvoir ouvrir un « local » (une section syndicale). Etape suivante : la négociation d’une convention collective. Avec Chattanooga, l’UAW trouve sa première implantation dans le Sud.

Les élus républicains sont furieux. Ils ont déroulé le tapis vert (plus de 500 millions de dollars d’aides publiques) au constructeur automobile allemand et voici que celui-ci ouvre une brèche dans la politique du « right-to-work » (législations locales qui disposent que moins le salarié a de droits, meilleur c’est pour l’économie). « Que le management de Volkswagen invite le syndicat UAW dans son usine dépasse l’imagination », s’est étouffé le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker. Ce n’est pas tout à fait la direction du groupe qui a favorisé la syndicalisation ! Celle-ci a aussi été rendue possible par la "gentille" pression du puissant syndical, IG Metall. « Nous ne voulons pas d’un village gaulois chez Volkswagen. Avec l’élection probable d’une commission équivalente à un comité d’entreprise allemand à Chattanooga, les 100 usines de Volkswagen dans le monde disposeront d’une assemblée de représentation des travailleurs », a expliqué à l’Expansion un responsable de l’IG Metall à Francfort. Désormais, les usines de BMW en Caroline du Sud et Mercedes-Benz en Alabama sont invitées par les responsables syndicaux à laisser les travailleurs créer une section syndicale.

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Les trois raisons de la faillite de Detroit

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(Ci dessus, cartographie du recensement de la population: en bleu, les Africains-Américains dans le centre de Detroit, en rouge, les Blancs dans les banlieues résidentielles)

1903-2013 : R.I.P. Detroit. Avec l’annonce de la déclaration de faillite de la ville, c’est un siècle d’Histoire américaine qui se clôt. Detroit n’était pas seulement le berceau de l’industrie automobile. Elle était également le cœur atomique de la période du New Deal (les « Trente glorieuses américaines »), la capitale du syndicalisme qui y remporta des batailles décisives, la « Motor City » qui enfanta la « motown », le label « soul » (Diana Rosse, Jackson Five, Marvin Gaye, Stevie Wonder et la « reine de la soul » Aretha Franklin). Bref, une partie du « patrimoine » des Etats-Unis que le pays d’apprête à remiser dans ses réserves, sans ciller. Comment en est-on arrivés là ?

  1. La désindustrialisation.

Le destin de la petite ville au nom français, fondée en 1701 par Antoine de Lamothe-Cadillac, bascule en 1903 quand Henry Ford fonde sa compagnie à Dearborn, dans la banlieue de Detroit. En 1908, c’est General Motors qui est créé. Suivi en 1925 par Chrysler formant ainsi les « big three ». A ce moment-là, avec la sortie du model T et l’instauration du Fordisme (organisation du travail et compromis salaires-productivité), l’industrie automobile est en pleine expansion. Detroit explose : 285.000 habitants en 1900, 465.000 en 1910, 993.000 en 1920, 1,5 million en 1930.

Extrait de « Voyage au bout de la nuit » : « Et j’ai vu en effet des grands bâtiments trapus et vitrés, des sortes de cages à mouches sans fin dans lesquelles on discernait des hommes à remuer, mais à remuer à peine, comme s’ils ne se débattaient plus que faiblement contre je ne sais quoi d’impossible. C’était ça, Ford ? »

Oui, c’était ça Ford, mais des hommes décidèrent de se débattre. En mai 1935, est fondé l’United Auto Workers (UAW). En 1937, après des grèves à Atlanta (Georgie) et Flint (Michigan), General Motors et Chrysler doivent reconnaître le fait syndical. Seul Ford résiste. Le 26 mai 1937, la bataille de l’Overpass, au cours de laquelle, les milices d’Henry Ford agressent les syndicalistes de l’United Auto Workers, devant l’usine de River Rouge à Dearborn, marque un tournant décisif. En 1940, 33 % des ouvriers de l’industrie ont une carte syndicale en poche. Il faudra attendre 1941 pour que la première convention collective soit signée chez Ford.

Après la guerre, le New Deal de Roosevelt règne en maître incontesté, même le républicain Eisenhower n’en conteste pas l’héritage social et réglementaire. L’Etat-Providence est incontournable. Les années 50 La production de masse se trouve à son pic, la consommation de masse commence. Les syndicats sont plus puissants que jamais.

C’est à Detroit encore et toujours qu’est conclu un accord qui passera à la postérité sous le nom de Traité de Detroit. Il est conclu entre les Big Three (Ford, General Motors, Chrysler) et l’UAW: salaires indexés sur les prix et sur la productivité, assurance-maladie et retraites pour les syndiqués qui gagnent ainsi une protection sociale unique aux Etats-Unis en échange de la promesse de jouer « le jeu » (productivité, pas de grèves). C’est ce « compromis » que le patronat commence à remettre en cause dès les années 60 et encore plus dans les années 70, profitant des deux chocs pétroliers. Les compagnies organisent une délocalisation interne aux Etats-Unis en ouvrant des usines dans le Sud, véritable désert syndical.

  1. Le « white flight » ou l’exode des classes moyennes

La désindustrialisation organisée rencontre un autre phénomène de société que des sociologues ont baptisé le « white flight » (« le vol blanc »), à savoir : la fuite des classes moyennes blanches des centres villes. Ceci a évidemment à voir avec le mouvement des droits civiques qui se déroule dans le Sud mais aussi  dans les grandes villes industrielles du Nord où des centaines de milliers de Noirs pauvres sont arrivés lors de la « grande migration » (années 20 puis début des années 50). Le racisme n’est pas l’apanage des anciens Etats de la confédération. Il résiste également dans les grandes villes, notamment dans la police. En juillet 1967, une descente de police met le feu aux poudres : les émeutes durent cinq jours et fera 43 morts. Le gouverneur du Michigan (George Romney, le père de Mitt) envoie la garde nationale et Lyndon Johnson, le président, dépêche l’armée. Rien de moins.

Une « grande peur » s’empare des habitants blancs, d’autant qu’elle est instrumentalisée politiquement par le parti républicain qui a décidé, après la signature de la loi sur les droits civiques par le président Johnson en 1965, de faire des angoisses des Blancs son fonds de commerce …

Suprême ironie de l’Histoire : cet exode est rendu possible par… la voiture. On peut désormais travailler dans une usine de Detroit et habiter dans une banlieue résidentielle à trente kilomètres de là. Dans les autres pays occidentaux, ce mouvement de périurbanisation et d’étalement urbain marquera également les années 70. Mais, nulle part ailleurs qu’aux Etats-Unis, il ne sera aussi fortement « racialisé ». Detroit perd 300.000 habitants durant les années 70, 200.000 autres dans la décennie suivante. Actuellement, elle compte 700.000 habitants contre 1,8 million en 1950. 82% de ses habitants sont Africains-Américains. Un habitant sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté.

  1. L’inaction de l’Etat du Michigan et du gouvernement fédéral

D’après un porte-parole de la Maison Blanche, l’administration Obama continue « à surveiller de près la situation à Detroit. » Mais pas plus. Alors que la ville a dû se placer sous le chapitre 9 des faillites, elle sait qu’elle n’a rien à attendre de sonnant et trébuchant du côté du gouvernement fédéral. Sauver l’industrie automobile à coups de milliards d’argent public, comme en 2009, oui. Sauver la ville de Detroit, non.

Personne ne nie la réalité des chiffres : 18,5 milliards de dollars de dettes. Ce qui n’a rien d’étonnant dans une ville où les industries puis les contribuables ont pris la fuite laissant la population pauvre se débattre sans emplois ni le sou. Le coup de grâce est venu du gouverneur. Le fait qu’il soit républicain ne relève évidemment pas de l’anecdote. En obligeant Detroit (qui a voté Obama à 98% en novembre dernier !) à se déclarer en faillite, Rick Snyder va pousser à la renégociation des conventions collectives dans les services municipaux. Plutôt que d’engager un débat sur une revitalisation économique et urbaine, on va donc imposer à l’ancienne capitale industrielle du pays une cure d’austérité qui ne guérira pas le malade.

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Marijuana : les Américains favorables à la légalisation

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Lorsque l’on vous dit que des bouleversements profonds s’opèrent dans les mentalités américaines… Une enquête publiée ce matin par le Pew Research Center (http://www.people-press.org/2013/04/04/majority-now-supports-legalizing-marijuana/) montre que « pour la première fois en 40 ans d’enquête », une majorité des personnes interrogées (52%) se déclarent favorables à la légalisation de la marijuana. Les seuls « segments » de la société opposés sont les plus de 65 ans et ceux qui se définissent comme les « conservateurs purs et durs ». Les 18-29 sont les plus en pointe (65%) dans la défense de cette mesure. Pour rappel : en novembre dernier, par référendum et à la surprise générale, les citoyens de deux Etats (Colorado et Washington) avaient légalisé la consommation du cannabis. D’autres Etats l’ont autorisé à des fins médicales et/ou décriminalisé sa possession. Pour en savoir plus : (http://www.mauvaise-herbe.fr/legislation/loi-marijuana-usa-etat-etat/).

La deuxième partie de l’enquête du Pew Research Center est presque encore plus surprenante : 48% des Américains reconnaissent avoir déjà fumé de la marijuana (12% durant l’année écoulée, 36% avant). Parmi ceux-ci, 30% disent l’avoir fait pour des « raisons médicales », 47% « juste pour le plaisir » et 23% « pour les deux ». Un quart des Américains qui dit avoir fumé une drogue douce pour le plaisir : reconnaissons que cela brise quelques clichés paresseusement entretenus de ce côté-ci de l’Atlantique.

Revenons à la conclusion principale de l’enquête : la « guerre à la drogue », déclarée par Nixon au début des années 70, véritable catastrophe politique et sociale, est aujourd’hui minoritaire dans l’opinion publique. On n’attend plus qu’un courageux président pour en finir officiellement…

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Débat à Toulouse le 28 mars

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Débat à Lille le 21 mars

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Un discours sur l’état… d’Obama

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Il y a au moins deux façons d’analyser le discours sur l’état de l’Union de Barack Obama mardi soir.

La première serait de souligner le nombre important de propositions et de pistes de nature « démocrates », « keynésiennes » voire « progressistes » avancées par le président réélu : réforme fiscale (tax reform), augmentation du salaire minimum fédéral (de 7,25 dollars de l’heure à 9 dollars), des investissements (50 milliards de dollars) dans des infrastructures, réforme « globale » (comprehensive) du système d’immigration, réglementation de la détention d’armes, appel à des mesures contre le réchauffement climatique…

La deuxième consisterait à rappeler que Barack Obama ne disposant pas de majorité à la Chambre des représentants il peut proposer tout ce qu’il veut, rien ne sera voté sans les Républicains. Or, comme ces derniers n’ont vraiment pas envie de transiger, rien de ce qu’a proposé le président des Etats-Unis ne sera adopté…

La vraie question n’est pas de savoir laquelle des deux analyses est juste - les deux le sont -  mais de discerner la façon dont Obama va dénouer ce nœud. En gros, s’agit-il d’une posture pour l’Histoire ou d’un jalon dans un rapport de forces ?

La réponse viendra avec le temps mais une absence et un fait inhabituel contribuent déjà à l’élaboration d’une réponse.

L’absence. Contrairement à ce qu’il avait faut lors de son discours d’investiture, Barack Obama n’a pas mentionné la nécessité pour les Américains de peser dans le processus politique. Certes, on pourra objecter qu’il s’adressait au Congrès. Physiquement, oui. Mais le discours sur l’état de l’Union s’adresse à l’ensemble de la nation, pas seulement aux 435 représentants et cent sénateurs. Oubli ? Changement de pied ?

Le fait inhabituel : alors qu’il parlait des armes à feu, le président a été interrompu par… des élus démocrates. « Un vote ! Un vote ! », ont-ils demandé, pendant plusieurs dizaines de secondes, à haute voix, tout en se levant. L’appel est on ne peut plus spectaculaire. Le président lui-même a consacré une partie de son discours à affirmer que les victimes des armes à feu « méritaient un vote ». Le sens du geste de ces quelques élus démocrates peut être double : montrer aux Républicains qu’ils sont déterminés et rappeler à Barack Obama, dont la tendance à agir seul a été critiquée à de nombreuses reprises dans son propre camp, qu’ils existent et qu’il faudra aussi compter sur eux… Comme s’ils pensaient que le « Mr Nice Guy », celui qui pendant son premier mandat recherchait à tout prix le consensus républicain, se soignait mais qu’il ne semblait pas à l’abri d’une rechute…

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