« Trump est le Frankenstein du parti républicain »

Entretien avec Romain Huret, historien et spécialiste du mouvement conservateur. Le président américain n’est pas un accident de l’histoire, mais le produit de la prise de pouvoir du GOP par les conservateurs dans les années 1970. Il a désormais intégré les groupes d’extrême droite à sa coalition. (Article publié dans l’Humanité du 12 octobre 2020.)

Comment expliquez-vous l’empressement des républicains à nommer une nouvelle juge à la Cour suprême en remplacement de Ruth Ginsburg ?

Romain Huret. Leur empressement n’en est un qu’en surface. Cela fait des décennies que les conservateurs ont entamé une guerre sans merci contre le droit « progressiste ». Ils défendent un droit éternel, jurisprudentiel, sans lien avec la société. Leur bataille a commencé dans les universités, puis dans les cours inférieures. La décision d’accélérer le temps politique est donc très logique. Il ne faut jamais sous-estimer la logique à l’œuvre.

Donald Trump s’inscrit-il dans cette logique de long terme ou constitue-t-il un accident dans l’histoire du parti républicain ?

Romain Huret. Il est une créature du conservatisme états-unien, qui a pris le contrôle du parti républicain dans les années 1970. Trump, c’est un peu comme Frankenstein, comme un mauvais fils dans lequel vous ne vous reconnaissez pas. Il surjoue les thématiques des conservateurs, leurs attitudes corporelles, leurs prises de parole. Il ressemble parfaitement à l’électorat conservateur moyen, qui voit dans Trump un ami, quelqu’un qui parle comme eux et les comprend. C’est sa meilleure arme.

La rhétorique anti-immigration de Donald Trump constitue-t-elle une rupture ou une continuité dans cette histoire longue du parti républicain ?

Romain Huret. Sur ce point, le parti est divisé. Certains ont toujours vu dans l’immigration une aubaine économique avec l’arrivée massive de travailleurs et de travailleuses sur le marché du travail ; d’autres y ont vu une menace pour l’identité blanche du pays. Les divisions régionales sont fortes. Dans le Sud-Ouest, beaucoup sont favorables à l’immigration mexicaine par exemple.

Il semble que la particularité du trumpisme est plus ou moins d’avoir intégré les groupes suprémacistes et d’extrême droite dans la coalition républicaine. Qu’en pensez-vous ?

Romain Huret. Oui, ils ont longtemps été à la marge du parti. Les républicains avaient honte par exemple de la John Birch Society dans les années 1960. L’historien Richard Hofstadter y voyait la marque de la culture paranoïaque aux États-Unis, une forme rampante du fascisme à l’européenne. Un rien optimiste, il espérait que l’éducation et la prospérité allaient faire disparaître les conservateurs. Aujourd’hui, les Proud Boys ont droit aux félicitations du président pendant un débat. On mesure tout le chemin parcouru.

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