De Milwaukee à Atlanta, la clé du « vote africain-américain »

Dans les Swing States, cet électorat pèse plus qu’ailleurs. Dans le Sud, il est de plus en plus jeune et diplômé. Les démocrates doivent le mobiliser pour l’emporter. (Article publié dans l’Humanité du 27 octobre.)

Si les démocrates veulent empocher un nombre suffisant de Swing States (États clés) pour porter Joe Biden à la Maison-Blanche, ils devront mobiliser l’électorat africain-américain dans des proportions presque aussi importantes que lors des scrutins de 2008 et 2012, qui virent l’élection puis la réélection de Barack Obama. Représentant 12,5 % de l’électorat cette année (pour un record de 30 millions de personnes) contre 11,5 % en 2000, les Africains-­Américains pèsent d’un poids encore plus important en Géorgie, Caroline du Nord, Floride, Michigan et Ohio. En Pennsylvanie et dans le Wisconsin, deux États que Donald Trump a remportés en 2016, le vote noir sera primordial. À titre d’exemple : dans le Wisconsin, Hillary Clinton avait perdu de 23 000 voix et son déficit dans la seule ville de Milwaukee (40 % de la population y est noire) par rapport à Barack Obama s’était élevé à 44 000 voix.

Les républicains ont bien compris l’importance de cet électorat qui se porte ultra-majoritairement (autour de 90 %) sur les démocrates à chaque élection depuis le vote de la loi sur les droits électoraux (1965), petite sœur de la loi sur les droits civiques de 1964. Du Midwest au Sud, les assemblées d’État républicaines ont multiplié les obstacles afin de dissuader les minorités de voter. La palette est large, de la fermeture de bureaux de vote à l’éviction des listes électorales en passant par la privation des droits civiques pour les personnes condamnées.

Comme le rappelait le juriste et journaliste Jacob Hamburger dans sa chronique hebdomadaire pour l’Humanité, près de 1,5 million d’électeurs ont été « virés » des listes électorales par les républicains en Géorgie. Cet État du Sud symbolise des évolutions démographiques qui menacent l’emprise du parti de Trump. La part des électeurs africains-américains a augmenté de 5 % entre 2000 et 2018 pour s’établir à 32 % de l’électorat. C’est un phénomène (également vérifiable en Caroline du Nord, autre Swing State) connu sous le nom de « nouvelle grande migration ». Une référence à la « grande migration » qui avait vu, de 1910 à 1950, des millions de Noirs quitter le Sud vers les grandes villes industrielles du Nord-Est et du Midwest.

Depuis une dizaine d’années, des centaines de milliers de Noirs de Chicago, New York ou Détroit déménagent vers les métropoles économiquement dynamiques du Sud (Atlanta, Charlotte, voire Miami). C’est un électorat plus jeune (40 % des citoyens noirs dans les États clés ont moins de 40 ans), plus urbain, plus diplômé, qui penche autant pour les démocrates que leurs aînés mais souvent sur des positions plus à gauche (Bernie Sanders a réussi une percée parmi les millennials noirs). Joe Biden peut-il se contenter, pour les convaincre, du seul argument antitrumpiste ? 

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Classé dans Actualités, Eclairages

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