Biden président : fin de cycle, début d’une ère ?

Le champ de ruines laissé par Donald Trump est aussi un champ d’espoirs pour nombre d’Américains. Ils attendent du 46e président des États-Unis, qui entrera en fonction officiellement ce mercredi, des politiques audacieuses sur le Covid, les inégalités sociales et le racisme systémique. (Article publié dans l’Humanité du 20 janvier 2021.)

Ce mercredi 20 janvier 2021, vers midi, l’Amérique sera (définitivement ?) débarrassée de Donald Trump. Quelques heures plus tard, c’est une partie de son bilan qui rejoindra la broyeuse à papiers de l’Histoire : l’interdiction d’entrée sur le territoire de ressortissants de certains pays musulmans (« muslim ban »), le projet de pipeline géant Keystone XL, la sortie des États-Unis des accords de Paris. Il est tout à fait inhabituel qu’un président entrant en fonction défasse le jour même une partie de ce que son prédécesseur a fait pendant son mandat. Mais plus rien n’est tout à fait « classique » dans la vie politique américaine. Le contexte dans lequel le 46e président du pays prêtera serment sur les marches du Capitole, deux semaines après que des militants et miliciens ont tenté d’y pénétrer afin d’empêcher la certification de son élection, n’échappe pas à cette nouvelle règle. La capitale fédérale, traditionnellement ouverte aux partisans de l’heureux élu, ressemblera à un vaste camp retranché (lire encadré ci-contre), duquel s’extirpera, quasi incognito, un Donald Trump en partance pour la Floride, snobant la passation de pouvoir, mais toujours soumis à une procédure d’impeachment, en attendant que, redevenu simple citoyen, les procureurs ne lui demandent des comptes.

Lorsqu’il en aura terminé avec sa prestation de serment, Joe Biden, le plus vieux président de l’histoire du pays (78 ans depuis deux mois), fera face à un triptyque sans précédent : la pire division depuis la guerre de Sécession (1861-1865), la pire situation économique depuis le krach de 1929, la pire crise sanitaire depuis la grippe espagnole en 1919. Pour autant, le champ de ruines laissé par le trumpisme et un système social intrinsèquement inégalitaire est aussi un champ d’espoirs (certes mesurés) pour une partie de l’Amérique (lire notre reportage à Houston, page 6). Le traditionnel sondage Gallup qui précède l’entrée en fonction d’un nouveau président a été accompagné de ce commentaire : « Les attentes vis-à-vis de l’administration Biden sont significativement plus importantes que celles pour l’administration Trump dans sept domaines politiques : l’environnement, l’éducation, le respect international, l’amélioration des conditions de vie des minorités, le système de santé, les relations raciales et maintenir les États-Unis hors des guerres. »

En annonçant, avant même son arrivée dans le Bureau ovale, un plan de relance assez ambitieux puis en ­signant, aussitôt installé à sa table de travail, une batterie de décrets, Joe Biden envoie un signal : il compte faire changer les choses. Un peu, beaucoup, énormément ? C’est toute la question. S’agira-t-il de tenter de corriger les dysfonctionnements ou inégalités les plus criantes ou d’impulser un mouvement plus profond qui pourrait s’apparenter à une nouvelle « ère progressiste » ? Joe Biden connaît, a priori, sa propre intention mais sans doute pas la portée des politiques qu’il sera amené à décider, tant celles-ci dépendront également du poids et de la pression des mouvements sociaux comme d’élus au Congrès. Le « squad », avec Alexandria Ocasio-Cortez à sa tête, sera renforcé par l’arrivée de nouveaux arrivants très progressistes, tandis que, au Sénat, Bernie Sanders, président de la commission du Budget, aura un rôle central.

Joe Biden ira-t-il jusqu’à adopter une posture à la Franklin Delano Roosevelt, qui, après avoir entendu les propositions de progressistes, leur avait lancé : « Obligez-moi à les mettre en œuvre » ? Ou reproduira-t-il l’erreur fondamentale des années Obama, à savoir la recherche chimérique d’accords bipartisans ? La lecture du premier tome des Mémoires du premier président noir de l’histoire du pays se révèle à, cet égard, assez édifiante. Il y raconte, sans tout à fait porter un regard critique sur ses propres choix, comment le projet initial de réforme de la santé – désormais connu sous le nom d’Obamacare – a été dénaturé par sa recherche d’un vote « bipartisan », autrement dit de voix de quelques élus républicains, qui n’adviendra jamais. Sous la houlette de Mitch McConnell, le Parti républicain fut celui de l’obstruction plus que celui de l’opposition. Une stratégie en partie ­gagnante puisque Donald Trump a succédé à Barack Obama. Il ne faudra donc pas attendre un virage sur l’aile du GOP (Grand Old Party). Vieux routier de la politique américaine qui a toujours conduit sa carrière au centre de la route, Joe Biden semble en avoir pris acte, ne nommant dans son administration aucun républicain « modéré », contrairement à ce que fit Barack Obama.

Le nouveau président n’a guère plus nommé de représentants de l’aile gauche de la coalition démocrate, fidèle à une ligne qui confine à l’endiguement. Il ne peut, pour autant, ignorer que les idées de cette même aile gauche ont gagné du terrain au point de devenir pour la plupart majoritaires. Il en a intégré certaines, à l’instar de l’instauration d’un salaire minimum à 15 dollars, l’une de ses premières annonces, mais pas d’autres (Medicare for All, Green New Deal). La suite reste à écrire, à partir de ce mercredi 20 janvier 2021, midi. 

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s