Archives mensuelles : septembre 2019

Warren-Sanders : alliance ou lutte fratricide?

Les deux sénateurs, en compétition pour le vote progressiste des primaires démocrates, ont conclu un pacte de non-agression même s’ils occupent, peu ou prou, le même espace politique.

Et pendant l’impeachment, la primaire démocrate continue. Elle passe certes au second plan mais elle n’en est pas moins décisive dans la perspective d’empêcher un second mandat de Donald Trump, selon le candidat et le programme dont se dotera le parti de l’âne. Cible du coup de fil du président américain à son homologue ukrainien, Joe Biden pourrait en profiter pour parfaire son image de meilleur opposant. Mais elle risque aussi de jeter le doute sur les affaires de son fils et entretenir l’idée d’une confusion des genres chez l’ancien vice-président de Barack Obama.

En tout cas, sa position de leader est remise en cause dans deux sondages publiés ces derniers jours et c’est Elizabeth Warren qui a pris la corde, confirmant une dynamique amorcée au printemps après des mois de basses eaux, depuis le lancement de sa campagne à Noël 2018. En mars-avril, les enquêtes d’opinion ont montré qu’elle prenait une forme d’ascendant sur Bernie Sanders, avec lequel elle a conclu un pacte de non-agression.

Le secret de sa percée ? Il tient principalement en une phrase : « J’ai un plan ». Sur tous les sujets, l’ancienne professeure de droit à Harvard, dégaine un plan fort détaillé et, le plus souvent, radical. A Biden qui avance péniblement avec l’unique gonfalon du vote utile, elle oppose un anti-trumpisme de substance. La mesure qui a le plus marqué les esprits consiste en la création d’une sorte d’impôt sur la fortune : taxe de 2% sur les patrimoines supérieurs à 50 millions de dollars (45,5 millions d’euros) et de 3% sur ceux de plus d’un milliard de dollars. Recettes attendues : 2 750 milliards de dollars sur dix ans, qui permettront de financer ses autres « plans », comme la gratuité partielle de l’enseignement supérieur, l’effacement d’un tiers de la dette étudiante et la création d’un service public de la petite enfance. Son positionnement progressiste est renforcé par son alignement sur deux propositions estampillées « Bernie » : instauration d’un système de santé universel dit « Medicare for All» et refus d’accepter les dons des gros donateurs et des entreprises.

Malgré son âge (70 ans), elle incarne une forme de renouvellement, en tant que femme entrée tardivement dans l’arène politique. Pour l’anecdote : sollicitée dès 2016 pour défier Hillary Clinton, elle avait décliné, laissant le champ libre à… Sanders et se garda bien, jusqu’au bout de soutenir l’un ou l’autre.

Les « jauges » des meetings d’Elizabeth Warren ressemblent à s’y méprendre à celles de « Bernie » durant l’année de son émergence politique, en 2015 : entre 12 et 15.000 personnes à New York, Seattle ou Minneapolis. La « sociologie » de ses électeurs aussi : plutôt jeunes, éduqués et urbains. Pendant ce temps-là, la base de Sanders a muté : plus multicolore, plus « working class ». Warren aurait-elle piqué la « martingale » de Sanders?

En tout cas, elle se distingue de son collègue de la chambre haute du Congrès sur deux aspects d’importance. Contrairement à l’outsider de 2016, elle n’entretient pas des rapports empoisonnés avec l’appareil démocrate. Un article documenté du New York Times indiquait à quel point elle prenait soin de parler régulièrement avec les responsables locaux ou d’Etat du parti de l’âne tandis que Sanders n’a pas même pas pris contact avec le seul sénateur qui l’avait soutenu en 2016… Autre différence de taille analysée par Bhaskar Sunkara, le rédacteur-en-chef du magazine Jacobin : « Elle n’a pas pour l’instant jamais effleuré l’idée qu’il faut bâtir le genre de mouvement dont Sanders fait son argument principal, encore moins fait le moindre geste pour le construire. » Là où « Bernie » appelle à une « révolution politique », Warren se contente de compiler des plans. Elle a, par ailleurs, tenu à rappeler qu’elle était foncièrement favorable au capitalisme.

Les deux pourraient avoir destin lié jusqu’à la convention qui se tiendra en juillet. La répartition proportionnelle des délégués dans chaque Etat permettra aux deux figures progressistes de maintenir leur candidature jusqu’au bout, sauf si l’une d’entre elles « décrochait ». Et lors de la nomination, à Milwaukee, les délégués de l’un(e) auront peut-être la possibilité de se reporter sur l’autre. Dans les sondages, le cumul des deux s’établit désormais à près 40% tandis que le favori, Joe Biden, reste scotché à 30%. Mais on sait qu’en politique 1+1 ne font pas toujours 2.

Christophe Deroubaix

 

 

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