Soutenus par Zohran Mamdani, trois candidats, dont deux socialistes, ont remporté leur primaire, dans un revers inédit porté à l’establishment démocrate. (Article publié dans l’Humanité du 25 juin 2026.)
Sept mois après l’élection d’un maire socialiste, musulman et trentenaire, New York a vécu un nouveau « séisme » : tous les candidats soutenus par Zohran Mamdani ont remporté leur primaire et seront, sans aucun doute, élus à la Chambre des représentants en novembre prochain. Aucun observateur ne pariait sur ce grand chelem. Il a pourtant été réalisé haut la main.
À Brooklyn, Brad Lander, concurrent puis allié de Zohran Mamdani lors de la campagne municipale, a largement devancé Dan Goldman (66 % contre 34 %). Dans une circonscription qui compte l’une des plus fortes proportions du pays d’électeurs juifs, un candidat dénonçant le génocide à Gaza a battu à plates coutures un député sortant, l’un des plus fervents défenseurs d’Israël, dont la campagne a été financée par l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee), le plus puissant lobby pro-israélien. Ce seul résultat en dit long sur l’évolution de l’opinion publique états-unienne sur le sujet, surtout au sein de la communauté juive à New York.
Juste à côté, dans ce qu’il est convenu d’appeler désormais le « commie corridor » (littéralement, le « corridor communiste », label ironique forgé par le politiste Michael Lange pour décrire la partie de la ville qui a basculé vers la gauche socialiste), Claire Valdez, membre du DSA (Democratic Socialists of America – socialistes démocrates d’Amérique), a devancé (56 %-36 %) Antonio Reynoso, président du « borough » (quartier) de Brooklyn, soutenu par la députée sortante et icône progressiste, Nydia Velazquez. Cette large victoire dans un duel annoncé serré indique que le curseur de la gauche new-yorkaise évolue clairement du progressisme vers le socialisme démocratique.
Enfin, et sans doute surtout, Darializa Avila Chevalier (DAC), également membre du DSA, a fait « tomber » (49 %-46 %) Adriano Espaillat, président du « caucus » (comité) hispanique au Congrès. Lui aussi a reçu des dons de l’Aipac – en vain – pour l’une des élections les plus chères de l’histoire des primaires (10 millions de dollars). Tout était contraste dans cette opposition, de l’âge (32ans contre 71) aux prises de position politiques en passant par l’expérience supposée.
Ce district, à la forte proportion d’électeurs africains-américains et dominicains, sera donc représenté par une jeune doctorante qui a un jour appelé Kamala Harris à « aller se faire foutre ». Huit ans après l’irruption sur la scène politique d’AOC (Alexandria Ocasio-Cortez), la victoire de DAC indique un basculement sans précédent à gauche de la plus grande ville du pays.
Célébrant ses conquêtes, Zohran Mamdani a souligné que son élection en novembre 2025 « ne marquait pas la fin d’un mouvement politique, mais son début ». « La vieille politique qui nous a conduits à cette crise n’est pas celle qui nous en sortira », a-t-il ajouté. Le message ne vaut évidemment pas que pour « Big Apple ».
Cette dernière est plus un laboratoire qu’une anomalie, comme le souligne régulièrement Tristan Cabello, professeur d’histoire à l’université Johns Hopkins : « On répète souvent que New York est une ville démocrate, trop particulière pour dire quoi que ce soit du pays. C’est l’inverse. Parce qu’elle concentre les ambitions, les mouvements sociaux, les organisations militantes et les rivalités idéologiques du camp démocrate, elle agit souvent comme une version accélérée de son avenir. »
Un certain nombre de victoires récentes en sont les indicateurs. Dans le Maine, c’est l’ostréiculteur Graham Platner, au discours « populiste » de gauche, qui va représenter les démocrates pour tenter de ravir le siège de sénateur aux républicains. En Pennsylvanie, Chris Rabb, soutenu par AOC, a dominé la primaire et prépare ses valises pour Washington. Dans le New Jersey, l’ancienne directrice de campagne de Bernie Sanders, Analilia Mejia, a été élue, en février dernier, députée dans une circonscription pourtant plutôt modérée. La gauche se projette déjà sur les prochains tests. En août, Cori Bush, ancienne militante de Black Lives Matter, va tenter de reconquérir le siège de Saint-Louis perdu face à un démocrate centriste lors de la primaire de 2024. Et, un peu plus au nord, la joute pour désigner le candidat démocrate pour le siège vacant de sénateur du Michigan va aussi agir comme un oracle : Abdul El-Sayed représente les espoirs de l’aile gauche de la coalition démocrate face à la candidate de l’establishment, Mallory McMorrow.
L’ensemble de ces résultats pourrait s’agréger et créer un « momentum » ouvrant la voie à une candidature réellement de gauche à la prochaine élection présidentielle de 2028, potentiellement celle d’Alexandria Ocasio-Cortez.