Le parti démocrate s’organise déjà pour la présidentielle 2028

Le calendrier a été bouleversé au profit d’États plus en phase avec la diversification démographique du pays mais en respectant l’équilibre entre les centristes et l’aile gauche. (Article publié dans l’Humanité du 18 août 2026).

D’une primaire à l’autre. Le Parti démocrate n’en a pas encore terminé avec le cycle de désignation de ses candidats pour les élections de mi-mandat qu’il se projette déjà dans l’organisation de la bataille suivante : celle de l’élection présidentielle de novembre 2028.

Samedi 15 août, la direction du Parti démocrate a annoncé le calendrier qui a fait l’objet de vives tensions ces dernières semaines, puisqu’il s’agissait de changer l’ordonnancement en place depuis des décennies.

Ce n’est évidemment pas une simple affaire administrative : les premiers scrutins donnent le ton, même si les États dans lesquels ils se déroulent ne sont pas à l’image du pays. Et c’est justement au nom de la représentativité que l’Iowa et le New Hampshire, deux États où les Blancs sont ultra-majoritaires, perdent leurs premières places.

Le premier avait le privilège d’ouvrir le bal depuis 1972 sous forme de « caucus » (forme particulière qui mêle vote et délibération) tandis que le second organisait la première véritable « primaire » (tous les électeurs votent directement) depuis 1920.

Ils sont remplacés respectivement par la Caroline du Sud et le Nevada, jugés plus en phase avec l’évolution démographique du pays. Ce nouveau duo est le fruit d’un compromis entre les centristes de la coalition démocrate et son aile gauche. En Caroline du Sud, le vote africain-américain est déterminant.

Un calendrier mais pas encore de candidats déclarés

En 2020, les Noirs ont compté pour plus de la moitié des électeurs qui ont donné une large victoire à Joe Biden, remettant en selle l’ancien vice-président de Barack Obama. Au niveau national, le site FiveThirtyEight estime que les Africains-Américains constituent « environ un cinquième » de l’électorat démocrate. Ils optent généralement pour le candidat de l’establishment.

Dans le Nevada, c’est l’électorat latino qui domine. Autre particularité : le poids du puissant syndicat Culinary Workers Union (60 000 membres travaillant dans l’hôtellerie, la restauration et les casinos à Las Vegas et dans tout l’État). En 2020, Bernie Sanders y avait remporté une éclatante victoire avec 40 % des voix grâce à cette base.

Les deux premiers votes interviendront les 22 janvier et 1er février 2028. Le New Hampshire (8 février), le Nouveau-Mexique (15), le Michigan (22) et la Virginie (29) compléteront l’ouverture de la saison des primaires avant le « super-Tuesday » organisé le premier mardi de mars dans une douzaine d’États.

Côté candidats, personne ne s’est encore officiellement déclaré mais les déplacements indiquent des ambitions. Ainsi, Pete Buttigieg, déjà candidat en 2020, participera à un meeting en Caroline du Sud le week-end prochain. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie dont la candidature relève du secret de polichinelle, a fait campagne le 9 août avec Abdul El-Sayed, le candidat démocrate de gauche pour le siège de sénateur dans le Michigan.

L’issue de ce scrutin dans ce « swing state » pourrait déterminer la suite et, en cas de victoire d’El-Sayed, éventuellement convaincre Alexandria Ocasio-Cortez, qui a soutenu le candidat dès le début de sa campagne, de se lancer dans l’arène présidentielle.

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Dans le Wisconsin, les leçons d’un coup d’arrêt pour la gauche US

Francesca Hong, la candidate socialiste pourtant favorite, s’est fait coiffée sur le fil par son concurrent soutenu par l’establishment. (Article publié dans l’Humanité du 13 août 2026).

La gauche états-unienne n’a pas réussi à réitérer son exploit du Michigan. Dans le Wisconsin, autre État pivot (swing state) du Midwest, Francesca Hong, la candidate qui se revendique du socialisme démocratique, a échoué, à quelques milliers de voix de la nomination démocrate pour le siège de gouverneur. Alors qu’elle était donnée largement en tête dans les sondages, la dernière ligne droite lui a été fatale : avec 39,4 % des voix, elle est devancée par David Crowley, le candidat centriste.

Après la victoire d’Abdul El Sayed le mardi 4 août dans le Michigan, toute l’attention médiatique s’est focalisée sur ce scrutin, l’establishment démocrate ouvrant un feu roulant contre la candidate de gauche, élue à l’Assemblée de l’État depuis 2020. Certaines de ses remarques ont été exhumées et ont nourri des boucles médiatiques. Ici, un propos sur la « blanchitude ». Là, une remarque ironique sur Thanksgiving, une fête nationale décrite comme un héritage colonial. Le « bruit » médiatique a obligé Francesca Hong à s’expliquer – et, en l’occurrence, se rétracter – sur ses sorties récentes, faisant passer au second plan la plateforme classique de la gauche en 2026 : système de santé universel (Medicare for all) et de garde d’enfant publique, engagement à ne pas accepter l’argent des entreprises, dénonciation du génocide à Gaza.

Sans le soutien de Sanders ni AOC

L’ancienne cheffe de cuisine, propriétaire de son propre resto jusqu’en 2023, incarnant, à 37 ans, une nouvelle génération en politique est devenue « celle qui est trop extrémiste » pour l’emporter dans le plus incertain des swing states (30 000 voix d’avance pour Donald Trump en 2024, 20 000 pour Joe Biden en 2020). L’establishment a donc réussi son coup.

Pour autant, les leaders de la gauche n’ont pas perdu de capital politique dans cette élection, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) n’ayant pas apporté de soutien à Francesca Hong. Officiellement, pour se concentrer sur les élections au Congrès. Sans doute, aussi et surtout, pour éviter de prendre une « balle perdue » d’une défaite liée à une candidature jugée trop fragile. Le destin aurait-il pu basculer avec le poids de ces deux figures de la gauche états-unienne ?

Cette défaite met en relief un problème récurrent de la gauche : son incapacité à convaincre les électeurs africains-américains. Bernie Sanders avait rencontré ce problème lors de ses deux campagnes présidentielles. Abdul El Sayed a amélioré ses positions à Detroit, mais y a néanmoins été devancé par Haley Stevens. Dans le Wisconsin, Francesca Hong a réalisé ses meilleurs scores à Madison, la plus grande ville universitaire de l’État, ainsi que dans les zones rurales, mais David Crowley, lui-même africain-américain, a bâti son succès à Milwaukee, la capitale économique.

Dans le Minnesota voisin, en revanche, Peggy Flanagan, adoubée par Bernie Sanders et AOC, l’a largement emporté (59 %-39 %) face à la candidate de l’establishment pour un siège de sénateur détenu par les démocrates. Dans cet État où la mobilisation citoyenne a bouté l’ICE hors de Minneapolis, elle fait désormais figure de favorite pour entrer au Sénat, la plus puissante des deux chambres.

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Dans le Michigan, la gauche amplifie sa dynamique

Dernier épisode en date de la révolte de la base démocrate contre une direction discréditée, Abdul El-Sayed, soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, a remporté la primaire dans le dixième Etat le plus peuplé du pays. Il affrontera en novembre un républicain pour un siège au Sénat des Etats-Unis. (Article publié dans l’Humanité du 6 août 2026.)

Un « tremblement de terre » pour les uns, une « révolte », pour les autres. La victoire, mardi 4 août, d’Abdul El-Sayed confirme non seulement que la gauche a le vent en poupe dans ce cycle des primaires en vue des élections de mi-mandat de novembre, mais elle lui donne une dimension supplémentaire, indiscutablement nationale. Jusqu’ici, les candidats, socialistes proclamés ou populistes assumés, avaient battu, de New York à Denver en passant par Philadelphie, les représentants de l’establishment – sortants ou pas – dans des circonscriptions très « bleues » (la couleur du parti démocrate).

Avec le succès d’Abdul El-Sayed face à la députée sortante Haley Stevens, aucun observateur ne peut nier la force de la dynamique de gauche. Il intervient pour un siège de sénateur à l’échelle d’un État, le Michigan, le dixième le plus peuplé du pays, central dans n’importe quelle victoire présidentielle (Obama 2008 et 2012, Trump 2016, Biden 2020 et Trump 2024) et ne peut donc pas s’expliquer par la mobilisation d’une « niche » sociologique d’ultra-militants.

Le candidat soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez l’a certes emporté dans des villes universitaires comme Ann Arbor et Grand Rapids, ou à Dearborn, la « capitale arabe » des États-Unis, mais également dans des zones plus rurales.

Si l’attention médiatique s’est focalisée sur son positionnement sur Israël, elle a sans doute raté l’adhésion à son programme dans de vastes franges de l’électorat. La proposition du « Medicare for All », un système d’assurance santé universelle formulée par Bernie Sanders lors de sa première campagne présidentielle en 2016 est l’une des plus populaires dans le pays.

Abdul El-Sayed en parlait avec d’autant plus de passion que son parcours personnel épouse ce combat : natif du Michigan, formé dans la prestigieuse université de Columbia (New York), cet épidémiologiste a choisi le service public en devenant, entre 2015 et 2017, responsable du département de santé publique du comté englobant Detroit, la capitale historique de l’automobile et principale ville de l’État. La suppression de la police migratoire (ICE), l’augmentation de la taxation des plus riches et la fin du financement privé des campagnes complètent son corpus programmatique.

Sur ce dernier point, sa victoire – certes sur le fil (48,5 % contre 47,5 %) – résonne comme une leçon de choses. D’après le décompte final du New York Times, une poignée de groupes de pression ont dépensé pour la candidate de l’establishment, Haley Stevens, la bagatelle de 62 millions de dollars1Le lobby pro-Israël, Aipac (American Israel Public Affairs Committee), à lui seul, a injecté 32 millions de dollars, un record pour 2026.

Malgré un budget de campagne dix fois supérieur, Haley Stevens a néanmoins perdu, signe que l’argent ne fait pas toujours le bonheur de ceux qui le dépensent sans compter dans les campagnes électorales. « Big money » n’a pas servi de digue à la vague montante de gauche.

Deux autres scrutins ont confirmé la réalité de cette dernière. Dans la 7e circonscription du Michigan, le candidat progressiste William Lawrence a devancé Bridget Brink, ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine tandis que dans la 13e, Donovan Mc Kinney, soutenu par Bernie Sanders, a battu le député sortant Shri Thanedar.

À chaque fois, l’argument préféré de l’establishment à savoir la capacité des candidats soutenus à se faire élire en novembre prochain face aux républicains, a volé en éclats.

Dans un post sur X, Dan Pfeiffer, l’ancien conseiller de Barack Obama, livre un élément d’explication : « Si l’on écoute les groupes de discussion ou les entretiens menés auprès des électeurs du Michigan, on constate qu’ils tiennent vraiment à ce que leur candidat l’emporte. Ils veulent choisir un gagnant ; mais ils ne font tout simplement pas confiance aux responsables politiques démocrates pour leur dire qui a réellement ses chances de l’emporter. C’est une réaction tout à fait compréhensible, après 2024, quand tous les dirigeants démocrates avaient soutenu Biden alors qu’il n’aurait clairement pas dû se présenter. »

La défiance est telle face à la direction du parti démocrate, jugée amorphe face à la déferlante des politiques trumpistes, qu’elle nourrit de facto toute candidature « insurgée ».

David Sirota, l’ancienne plume de Bernie Sanders, nous en livrait la clé lors d’un entretien l’an dernier : « Nous vivons un moment où, pour la première fois depuis très longtemps, les sondages nous disent que la base électorale du Parti démocrate est profondément mécontente de la direction du parti. Nous devons comprendre à quel point cette situation est unique, du moins au cours des cinquante dernières années. Il faut remonter aux années 1960, au mouvement pour les droits civiques puis aux mobilisations contre la guerre du Vietnam pour retrouver un tel état de fait. La base du parti a toujours fait preuve d’une grande déférence à l’égard de la direction. » Plus maintenant. C’est donc l’heure des révoltes et des tremblements de terre.

(1) Un dollar équivaut à 0,87 euro

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Quand l’administration Trump créé une pénurie de main d’oeuvre

La fin d’un programme humanitaire plonge des centaines de milliers de salariés dans l’illégalité et des secteurs économiques dans l’inconnu. (Article publié dans l’Humanité du 28 juillet 2026).

Quel est le rapport entre la Cour suprême américaine, censée dire le droit au regard de la Constitution, et une pénurie de main-d’œuvre sur le marché capitaliste du travail ? Une simple décision, en fait. En l’occurrence, celle prise il y a un mois par la majorité conservatrice des neuf juges nommés à vie, donnant, une fois encore, raison à Donald Trump en lui permettant de mettre fin au « statut de protection temporaire » (TPS).

Ce programme humanitaire avait été créé par un vote du Congrès en 1990 et promulgué par George Bush. Son objectif était alors d’offrir une aide « temporaire » aux ressortissants étrangers déjà présents aux États-Unis qui ne pouvaient rentrer chez eux en toute sécurité en raison de conflits armés ou de catastrophes naturelles.

La situation dans certains pays ne s’étant pas améliorée, le statut est devenu quasiment permanent pour un certain nombre de ressortissants, notamment haïtiens et salvadoriens. Le TPS fait partie des cibles privilégiées de la droite nativiste, à commencer par Stephen Miller, conseiller de Donald Trump et architecte de la chasse aux migrants lancée début 2025.

Première conséquence de la décision de la Cour suprême : ce lundi 27 juillet, 350 000 personnes originaires d’Haïti et de plusieurs autres pays ont perdu leur permis de travail. Environ 190 000 Salvadoriens pourraient être les prochains lorsque leur statut expirera en septembre.

Selon une analyse réalisée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, environ 70 % du million de bénéficiaires du TPS font partie de la population active. Les secteurs de la santé et de la construction, notamment, vont subir un gigantesque « trou d’air » de main-d’œuvre. Ce qui inquiète… le patronat. Traditionnellement allié de l’administration Trump, il se retrouve ici dans son opposition. La puissante Chambre de commerce, le lobby qui regroupe les 100 plus grosses multinationales américaines, a lancé une campagne au Capitole.

« Le Congrès peut, et doit, exercer son autorité plénière en matière de politique d’immigration afin d’empêcher une perturbation importante de la main-d’œuvre américaine et d’éviter une crise humanitaire inutile », écrit-elle dans une lettre adressée le 10 juillet aux dirigeants du Sénat. Elle est appuyée par certains élus locaux républicains, comme le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, qui qualifie la décision d’« erreur ».

Mais, à la Maison-Blanche, on ne veut rien savoir. « Les Haïtiens vivent en Haïti. Nous ne considérons pas que les Haïtiens devraient quitter Haïti. Ce serait insensé de notre part de dire que les Haïtiens ne pourraient pas vivre en Haïti. C’est leur pays », a répondu Stephen Miller, tout à son projet suprémaciste blanc.

Cité par le New York Times, Patricia Campos-Medina, politologue à l’université de Cornell (État de New York) dépeint plutôt des salariés étrangers qui sont « chez eux » aux États-Unis : « Ils ont consacré toutes leurs années de vie active à ce pays. La majorité d’entre eux occupent un emploi à temps plein, ont des enfants nés aux États-Unis, sont propriétaires de leur logement et possèdent leur propre entreprise. » Il y a une semaine, ils étaient en situation légale et insérés dans la vie des États-Unis. D’un coup de crayon, ils sont devenus sans statut et indésirables.

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Trump a-t-il un plan pour voler les midterms ?

Le président tente d’utiliser l’élection de 2020 qu’il juge frauduleuse pour modifier la trajectoire du prochain scrutin, promis à un vote-sanction contre lui. (Article publié dans l’Humanité du 20 juillet 2026.)

Une adresse à la nation pour se plaindre une nouvelle fois et affirmer qu’il a bien gagné l’élection présidentielle de 2020 ? En apparence, Donald Trump a encore cédé, jeudi 16 juillet au soir, au complotisme teinté d’« autolâtrie » qui caractérise son rapport au scrutin qu’il a pourtant bel et bien perdu (81 millions de voix et 306 grands électeurs pour Joe Biden, contre 74 millions et 232 pour le candidat républicain).

Son discours de vingt-cinq minutes a été émaillé des mots fétiches que tout soutien se doit de faire sien : « truqué et volé », « complot », « manipulation », « corrompu », « fraude », « État profond ». Seul fait nouveau, le président états-unien a nommément accusé la Chine parce qu’elle « voulait que je perde ».

Pour preuves, des documents déclassifiés montrant que, « sur plusieurs années, à partir de l’élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’histoire, aboutissant à son obtention illicite de 220 millions de fichiers d’électeurs américains ».

Si Donald Trump a fait référence à la Chine à une vingtaine de reprises, il n’a, en revanche, cité la Russie qu’une seule fois. Or, les services de renseignements états-uniens ont conclu que, si Pékin avait déployé certains efforts pour influencer l’opinion publique américaine lors de l’élection de 2020, elle est restée largement en retrait, tandis que Moscou a mené une campagne de grande envergure pour aider le candidat républicain à remporter la victoire en 2016. On pourrait penser que l’octogénaire ne se remet pas de la blessure narcissique infligée par le suffrage universel. Derrière l’égotisme de façade, certes bien réel, se dissimule une stratégie, contenue dans cette phrase : « Nous ne pouvons plus jamais assister à une nouvelle élection volée. » Le locataire de la Maison-Blanche ne ressasse pas, il prépare.

Quoi, précisément ? C’est toute la question. Il a annoncé, durant son discours, que le FBI et d’autres agences fédérales avaient été mandatés pour enquêter sur des ingérences électorales, première étape dans l’instauration d’un climat de suspicion.

Il a surtout exhorté les sénateurs républicains à adopter une loi, déjà votée par la Chambre des représentants, qui rendrait plus compliqué le vote des classes populaires hispanique et africaine-américaine en imposant la présentation d’un justificatif de citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales ainsi que d’une pièce d’identité avec photo pour voter.

Si le GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) dispose d’une majorité à la chambre haute, tous ses élus n’approuvent pas cette intrusion du gouvernement fédéral dans l’organisation des élections, historiquement l’affaire des États fédérés.

Certains élus sont également soumis à réélection dans des États disputés et donc à la pression d’un électorat opposé à ce texte et à tout complotisme. Selon un sondage de The Economist-YouGov réalisé en juin, 50 % des républicains et 66 % des militants Maga (« Make America Great Again ») sont convaincus que l’élection de 2020 a été truquée, mais ils représentent seulement 28 % de l’ensemble des électeurs.

Majoritaire chez les républicains, minoritaire dans le pays : sur ce sujet aussi, Donald Trump doit affronter la quadrature du cercle. Certain de perdre la partie en novembre pour les élections de mi-mandat, il tente de s’en sortir par la redéfinition des règles.

« C’est une stratégie courante, chez de nombreux dirigeants populistes autoritaires, de remettre en cause les règles du jeu électoral lorsqu’ils se sentent menacés par leur impopularité dans les sondages ou lorsque les résultats les désignent comme perdants, souligne, auprès du New York Times, Pippa Norris, professeur de sciences politiques à l’université de Harvard. C’est d’ailleurs un leitmotiv que le président utilise depuis plus d’une décennie maintenant. »

Dès l’été 2025, il a lancé une offensive de charcutage électoral unique en son genre. Les redécoupages interviennent généralement après les recensements qui ont lieu tous les dix ans, le prochain étant programmé pour 2030. À peine de retour à la Maison-Blanche, le 47e président sentait déjà venir le vote sanction.

Avec l’aval de la Cour suprême, qui a amputé la loi sur les droits civiques de 1965, Donald Trump a gagné cette bataille : les républicains ont récupéré sur le tapis vert plus de sièges que les démocrates. Les sondages annoncent pourtant une victoire de ces derniers. Quelle sera donc la prochaine étape de Donald Trump pour tenter de « voler » ce scrutin ?

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Pour la première fois, une majorité de démocrates vote contre l’aide annuelle à Israël

L’amendement a été repoussé par la Chambre des représentants à majorité républicaine, mais le retournement du groupe démocrate s’avère spectaculaire. (Article publié dans l’Humanité du 16 juillet 2026.)

L’amendement a été rejeté mais il n’en révèle pas moins une évolution majeure de la politique étasunienne. La proposition visait à supprimer l’intégralité de l’aide du pays à Israël, soit 3,3 milliards de dollars annuels. Pour la première fois, une majorité du groupe démocrate à la Chambre des représentants s’est prononcée en sa faveur : 103 ont voté pour, 98 contre. Cette bascule est intervenue malgré la rédaction même de l’amendement, qui ne différenciait pas aide militaire et aide humanitaire.

« Même si j’avais souhaité que nous puissions voter sur un amendement portant uniquement sur l’aide militaire, tout en soutenant bien sûr les programmes humanitaires, cette option ne s’offre pas à nous, a écrit le député Greg Casar, démocrate du Texas et président du Congressional Progressive Caucus, le comité regroupant les élus les plus progressistes, dans une lettre adressée à ses membres. Le peuple américain réclame à grands cris qu’on cesse d’utiliser l’argent des contribuables américains pour subventionner l’armée israélienne. »

Le vote a divisé jusqu’aux dirigeants démocrates. Les députés Hakeem Jeffries, de New York, chef de file de la minorité et futur président de la Chambre en cas de victoire des démocrates lors des prochaines élections de mi-mandat, et Pete Aguilar, de Californie, numéro trois du parti démocrate, ont voté contre la mesure, tandis que la députée Katherine Clark, du Massachusetts, porte-parole du groupe, a voté en sa faveur.

Dans une déclaration rendue publique peu avant le vote, Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des représentants et toujours députée, a qualifié cet amendement de « choix regrettable », tout en précisant qu’elle le soutiendrait « pour le message qu’il véhicule ». Un fait impensable il y a encore quelques mois. L’évolution d’un certain nombre d’élus est corrélée à celle de l’électorat démocrate.

Selon un sondage national réalisé en mai par le New York Times, 74 % des électeurs du parti de l’âne s’opposent à l’octroi d’une aide économique et militaire supplémentaire à Israël, avec une large majorité dans toutes les tranches d’âge. Des enquêtes d’opinion réalisées en octobre 2025 montrent aussi que l’électorat démocrate soutient majoritairement les droits des Palestiniens et appelle à des sanctions économiques contre Israël de même nature que celles prises contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 80.

Le New York Times évoque « peut-être le revirement le plus rapide de l’opinion publique sur une question politique depuis la légalisation du mariage entre personnes du même sexe ».

Même les défenseurs inconditionnels d’Israël doivent en prendre la mesure. Ainsi Hakeem Jeffries a appelé pour la première fois à une « réinitialisation majeure » des relations entre les États-Unis et Israël. Il a également laissé entendre que les démocrates, s’ils remportaient la majorité au Congrès, insisteraient pour que toute aide en matière de sécurité accordée à Israël soit subordonnée à l’interdiction des violations des droits de l’homme à l’encontre des Palestiniens.

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250 ans d’un roman national made in USA

Donald Trump tente d’instrumentaliser l’anniversaire de la déclaration d’indépendance pour promouvoir la vision mythifiée d’une Amérique universelle. Sa tentative est aussi une réaction à un regard de l’Histoire du pays qui évolue sous l’influence des mouvements de la société. (Article publié dans l’Humanité magazine du 2 juillet 2026.)

L’histoire comme un parc d’attractions. Pour célébrer le 250e anniversaire de la naissance du pays dont il est le 47e président, Donald Trump a fait installer, face au Capitole, sur le National Mall de Washington, grande roue, stands et barbecues. Mais pas seulement. Jusqu’au 10 juillet, la Great American State Fair propose aux chalands une vision officielle de l’histoire, entre omniprésence militaire (orchestres, expositions et survols d’avions) et valorisation des « traditions » (en tout cas, celles choisies par la Maison-Blanche).

Pour inaugurer cette « foire », Donald Trump s’est mis au diapason, entre vulgarité et nationalisme avec un discours décousu et perlé de digressions incompréhensibles, dans lequel il a autant parlé de lui et de son œuvre que du pays. Mais l’essentiel de cette fausse fête populaire à ciel ouvert dépasse le folklore ou l’autocélébration. Elle vise à cultiver une histoire officielle.

En mars 2025, Donald Trump signait un décret présidentiel dont le titre disait tout : « Restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine ». Il fallait contre-attaquer face à une « idéologie corrosive », une « révision de l’histoire » dans laquelle « l’héritage incomparable de notre pays – marqué par la promotion de la liberté, des droits individuels et du bonheur humain – est reconstruit comme foncièrement raciste, sexiste, oppressif, ou plus généralement comme irrémédiablement vicié ».

Depuis une dizaine d’années, l’effet conjugué des mouvements de la société (Black Lives Matter, MeToo) et du renouvellement du travail historiographique (avec en premier lieu Howard Zinn, auteur d’« Une histoire populaire des États-Unis », publié en 1980) a remis en cause une vision mythifiée d’une sorte d’Amérique éternelle, « le pays de la liberté, la patrie des braves », comme le prétend l’hymne national, « The Star-Spangled Banner » (la Bannière étoilée), à la « destinée manifeste » et forcément productrice du Bien. De ce « roman national » étaient expurgés tous les éléments qui contredisaient la thèse. L’histoire n’était racontée qu’à moitié, c’est-à-dire pas du tout.

À son origine, le mythe de la fondation : la quête de la liberté a nourri la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 et les États-Unis sont la première république née des Lumières. Rien de fondamentalement frelaté dans cette affirmation. Dans sa plus célèbre phrase, le texte qui défie la Couronne britannique, principalement rédigé par Thomas Jefferson, alors âgé de 33 ans, stipule : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Après la victoire des treize colonies, les États-Unis sont fondés et se dotent en 1787 d’une Constitution. C’est l’heure des travaux pratiques. Tous les hommes considérés comme égaux seront-ils dotés des mêmes droits inaliénables ? La question concerne évidemment l’éléphant au milieu de la pièce que les militants de l’indépendance ont bien pris soin de ne pas régler : l’esclavage.

Pour faire au plus simple : au moment de la fondation du pays, les États du Nord sont abolitionnistes de fait et ceux du Sud, dont l’économie repose alors sur la production de tabac et de riz (le développement du coton viendra plus tard), sont esclavagistes. Quelle loi va prévaloir en la matière ? Les « pères fondateurs » (on dit désormais « fondateurs », comme pour faire oublier qu’il n’y avait pas de « mères fondatrices ») vont résoudre cette équation presque impossible en créant une organisation du gouvernement de nature fédérale, ce qui permet à chaque État de procéder comme il l’entend chez lui.

Mais le Sud n’en a pas fini avec le sujet. Il entend incorporer les esclaves dans le calcul de la population représentée au Congrès, base sur laquelle est attribué le nombre de sièges. Les esclavagistes seraient ainsi supposés représenter les esclaves sans évidemment leur donner le droit de vote, tout en continuant à les considérer comme des « biens », et non des personnes. Le Nord refuse, dans un premier temps.

La création de la jeune République est en danger. Un second « compromis » est alors trouvé : dans le premier recensement du pays, base de la représentativité politique de chaque État, un esclave comptera pour trois cinquièmes d’être humain…

Le pays naissait à peine que les principes de son baptême se trouvaient sacrifiés sur l’autel de l’unité et du mode de production sudiste. « Les États esclavagistes se sont assurés d’un pouvoir politique démesuré à la fois dans les deux chambres du Congrès et de la présidence qui ont été contrôlées par des pro-esclavages jusqu’à l’élection de Lincoln en 1860 », souligne Matthew Desmond, professeur de sociologie à l’université Princeton dans « The 1619 project ».

Dix des douze premiers présidents du pays possédaient des esclaves, à commencer par George Washington lui-même. Quant à la plume de la déclaration d’indépendance, Thomas Jefferson, il était non seulement esclavagiste mais a présenté une de ses esclaves, Sally Hemmings, comme sa « maîtresse », sans jamais l’émanciper, et a eu un enfant avec elle.

La première république de l’ère contemporaine était donc également esclavagiste. Cette contradiction fondamentale, ce péché originel même, a longtemps été camouflée derrière l’apparat de la grande terre de liberté et d’opportunités. Elle a retrouvé peu à peu la lumière, au fil des travaux d’historiens et du mouvement des droits civiques. Elle a surtout été projetée en pleine scène publique il y a sept ans lors de la publication, par le New York Times Magazine, d’un ensemble d’articles journalistiques et historiographiques, le Projet 1619.

La date ne devait rien au hasard : en août 1619, un navire anglais débarque une vingtaine d’Africains capturés dans ce qui deviendra la Virginie. Le débat entre historiens sur le statut exact de ces passagers n’est pas encore tranché mais l’événement est largement considéré comme le début de l’esclavage africain durable dans l’Amérique anglaise.

Dirigé par la journaliste Nikole Hannah-Jones, qui se verra récompensé d’un prix Pulitzer, le projet défend la thèse que 1619 constitue un moment fondateur de l’histoire des États-Unis, au même titre que 1776. Le projet soutient que l’esclavage et les contributions des Afro-Américains sont au cœur de la construction des États-Unis, et non un simple chapitre secondaire de l’histoire nationale. Il affirme notamment que l’esclavage ne constitue pas un chapitre de l’histoire du pays, refermé après la guerre de Sécession (1861-1865), mais une matrice.

Au fil d’articles passionnants, on découvre que la plantation a été le laboratoire de la fabrique américaine : organisation du travail, maintien de la sécurité et politique répressive, rôle du capital et des banques, etc. Le fordisme et Wall Street sont nés dans les champs de coton du Sud. L’usage dissuasif de la peine de mort et le surarmement des « hommes libres », donc blancs, aussi.

Évidemment, Donald Trump a aussitôt dénoncé une « histoire révisionniste », un exemple parfait de la façon dont « la gauche a déformé, dénaturé et souillé l’histoire américaine ». Le milliardaire s’inscrit dans les pas de Ronald Reagan, vantant une Amérique éternelle, qui servait surtout le propos politique de sa « révolution conservatrice », présentée comme un retour aux sources plutôt que comme une réaction contre le New Deal et les années 1960. De cette époque date une vision figée du pays, qui s’est également exportée, au point qu’en France aussi elle est souvent considérée comme légitime. Exemple : la résistance ontologique des États-Unis à l’impôt. Il y a certes une forte tradition antifiscale qui remonte aux origines : les propriétaires détestaient que l’on taxât marchandises, en l’occurrence des esclaves. Dans les colonnes de l’Humanité en février 2020, Gabriel Zucman rappelait pourtant que les États-Unis, le temple du capitalisme, étaient « allés très loin dans l’utilisation de l’impôt pour réguler les inégalités et l’économie de marché, avec un taux marginal d’imposition de 80 % en moyenne de 1930 à 1980. Les droits de succession s’établissaient également à 80 % et les taux d’impôt sur les sociétés à 50 %. »

« Devant le Congrès, en 1942, Roosevelt affirme clairement sa volonté d’instaurer un revenu maximal légal à hauteur de 25 000 dollars, l’équivalent de 1 million de dollars aujourd’hui. Il voulait alors créer un taux de 100 % au-delà de cette somme. Après avoir hésité, les parlementaires ont finalement voté un taux de 93 %, qui a été effectif pendant des décennies, à la fois sous des administrations démocrate et républicaine (Eisenhower), ce qui reflétait un consensus. Il y a une amnésie collective assez fascinante aux États-Unis sur cette période ».

Autre exemple : l’Amérique est le « pays de la peine de mort ». La base matérielle de cette affirmation n’est absolument pas contestable. Hormis un moratoire, de 1972 à 1976, on a toujours exécuté dans le pays et on continue. Les États-Unis sont la dernière « démocratie occidentale » à pratiquer le crime d’État. Depuis 1977, 1 700 exécutions ont été menées et Donald Trump a pris un pervers plaisir à reprendre les mises à mort fédérales après une pause pendant la présidence de Joe Biden. Pourtant, c’est aussi outre-Atlantique que l’on trouve précocement les ferments de l’abolitionnisme. Alors que la France a mis fin à la « peine capitale » en 1981, l’État du Michigan l’a fait dès… 1846, suivi quelques années plus tard par le Rhode Island et le Wisconsin. Au moment de célébrer le 250e anniversaire du pays, les faits sont plus contrastés que ne pourrait le laisser supposer la litanie des exécutions : un tiers du pays s’avère pratiquant, quasi intégralement des États du Sud. Le Texas à lui seul est responsable de plus du tiers des exécutions. Le Death Penalty Information Center estime que le pays vit dans une situation d’« abolition de fait ».

On pourrait multiplier ces sujets – naissance du 1er-Mai, création d’une première forme d’État-providence dès les années 1930 (contre 1945 en Europe), mouvement des suffragettes, qui conduit au droit de vote des femmes, certes seulement blanches, en 1920 (contre 1945 en France) – comme autant de pointillés qui dessinent une trajectoire plus complexe (la coexistence de deux Amériques) que la messe trumpiste.

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A New York, le grand chelem de la gauche

Soutenus par Zohran Mamdani, trois candidats, dont deux socialistes, ont remporté leur primaire, dans un revers inédit porté à l’establishment démocrate. (Article publié dans l’Humanité du 25 juin 2026.)

Sept mois après l’élection d’un maire socialiste, musulman et trentenaire, New York a vécu un nouveau « séisme » : tous les candidats soutenus par Zohran Mamdani ont remporté leur primaire et seront, sans aucun doute, élus à la Chambre des représentants en novembre prochain. Aucun observateur ne pariait sur ce grand chelem. Il a pourtant été réalisé haut la main.

À Brooklyn, Brad Lander, concurrent puis allié de Zohran Mamdani lors de la campagne municipale, a largement devancé Dan Goldman (66 % contre 34 %). Dans une circonscription qui compte l’une des plus fortes proportions du pays d’électeurs juifs, un candidat dénonçant le génocide à Gaza a battu à plates coutures un député sortant, l’un des plus fervents défenseurs d’Israël, dont la campagne a été financée par l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee), le plus puissant lobby pro-israélien. Ce seul résultat en dit long sur l’évolution de l’opinion publique états-unienne sur le sujet, surtout au sein de la communauté juive à New York.

Juste à côté, dans ce qu’il est convenu d’appeler désormais le « commie corridor » (littéralement, le « corridor communiste », label ironique forgé par le politiste Michael Lange pour décrire la partie de la ville qui a basculé vers la gauche socialiste), Claire Valdez, membre du DSA (Democratic Socialists of America – socialistes démocrates d’Amérique), a devancé (56 %-36 %) Antonio Reynoso, président du « borough » (quartier) de Brooklyn, soutenu par la députée sortante et icône progressiste, Nydia Velazquez. Cette large victoire dans un duel annoncé serré indique que le curseur de la gauche new-yorkaise évolue clairement du progressisme vers le socialisme démocratique.

Enfin, et sans doute surtout, Darializa Avila Chevalier (DAC), également membre du DSA, a fait « tomber » (49 %-46 %) Adriano Espaillat, président du « caucus » (comité) hispanique au Congrès. Lui aussi a reçu des dons de l’Aipac – en vain – pour l’une des élections les plus chères de l’histoire des primaires (10 millions de dollars). Tout était contraste dans cette opposition, de l’âge (32ans contre 71) aux prises de position politiques en passant par l’expérience supposée.

Ce district, à la forte proportion d’électeurs africains-américains et dominicains, sera donc représenté par une jeune doctorante qui a un jour appelé Kamala Harris à « aller se faire foutre ». Huit ans après l’irruption sur la scène politique d’AOC (Alexandria Ocasio-Cortez), la victoire de DAC indique un basculement sans précédent à gauche de la plus grande ville du pays.

Célébrant ses conquêtes, Zohran Mamdani a souligné que son élection en novembre 2025 « ne marquait pas la fin d’un mouvement politique, mais son début »« La vieille politique qui nous a conduits à cette crise n’est pas celle qui nous en sortira », a-t-il ajouté. Le message ne vaut évidemment pas que pour « Big Apple ».

Cette dernière est plus un laboratoire qu’une anomalie, comme le souligne régulièrement Tristan Cabello, professeur d’histoire à l’université Johns Hopkins : « On répète souvent que New York est une ville démocrate, trop particulière pour dire quoi que ce soit du pays. C’est l’inverse. Parce qu’elle concentre les ambitions, les mouvements sociaux, les organisations militantes et les rivalités idéologiques du camp démocrate, elle agit souvent comme une version accélérée de son avenir. »

Un certain nombre de victoires récentes en sont les indicateurs. Dans le Maine, c’est l’ostréiculteur Graham Platner, au discours « populiste » de gauche, qui va représenter les démocrates pour tenter de ravir le siège de sénateur aux républicains. En Pennsylvanie, Chris Rabb, soutenu par AOC, a dominé la primaire et prépare ses valises pour Washington. Dans le New Jersey, l’ancienne directrice de campagne de Bernie Sanders, Analilia Mejia, a été élue, en février dernier, députée dans une circonscription pourtant plutôt modérée. La gauche se projette déjà sur les prochains tests. En août, Cori Bush, ancienne militante de Black Lives Matter, va tenter de reconquérir le siège de Saint-Louis perdu face à un démocrate centriste lors de la primaire de 2024. Et, un peu plus au nord, la joute pour désigner le candidat démocrate pour le siège vacant de sénateur du Michigan va aussi agir comme un oracle : Abdul El-Sayed représente les espoirs de l’aile gauche de la coalition démocrate face à la candidate de l’establishment, Mallory McMorrow.

L’ensemble de ces résultats pourrait s’agréger et créer un « momentum » ouvrant la voie à une candidature réellement de gauche à la prochaine élection présidentielle de 2028, potentiellement celle d’Alexandria Ocasio-Cortez.

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Primaire démocrate à New York : le premier vrai test pour Zohran Mamdani et la gauche américaine

À New York, la gauche va tester, lors de la primaire démocrate, sa capacité à s’enraciner durablement ainsi qu’à faire un exemple national, dans la lignée de la victoire de Zohran Mamdani. (Article publié sur le site web de l’Humanité le 21 juin 2026.)

La saison des primaires entre vraiment dans sa phase décisive avec, mardi 23 juin, l’étape new-yorkaise. Jusqu’ici, le duel entre l’aile gauche et l’establishment démocrate s’était déroulé plus ou moins à fleurets mouchetés, ou en tout cas sans attention médiatique particulière ou interprétation nationale.

Pour l’instant, la gauche de la coalition démocrate a marqué des points, avec notamment la nomination de Graham Platner pour la sénatoriale dans le Maine, ou la victoire de Chris Rabb, soutenu par Alexandria Ocasio-Cortez, en Pennsylvanie. Mais pas encore d’avantage décisif pour l’un des deux camps.

Il pourrait en être différemment dans la cité désormais dirigée par Zohran Mamdani, un socialiste revendiqué, qui a décidé de peser de tout son poids dans le processus de désignation des candidats démocrates pour les prochaines élections de mi-mandat.

Le rapport de force va se dessiner particulièrement dans trois circonscriptions. Dans deux d’entre elles, Zohran Mamdani soutient des candidats qui défient des députés sortants. À commencer par Brad Lander qui affronte Dan Goldman. Le premier a été le concurrent puis l’allié de l’actuel maire de New York durant la campagne municipale. Le second est le sortant, soutenu par les dirigeants centristes de l’appareil démocrate.

Il est également connu pour être l’un des plus fervents défenseurs d’Israël. À ce titre, il finance ses campagnes avec les dons de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le plus puissant lobby pro-israélien, qu’un nombre grandissant de députés démocrates refusent désormais sous la pression de leur base.

La circonscription est l’une de celles du pays avec la plus forte proportion de citoyens juifs. Brad Lander, qui se définit comme sioniste et dénonce le génocide à Gaza, est donné vainqueur dans les sondages.

Un peu plus haut dans Manhattan, Darializa Avila Chevalier, membre du DSA (democratic socialist of America) affronte Adriano Espaillat, un autre récipiendaire des dons de l’AIPAC ancien sans-papiers devenu premier élu dominicain au Congrès. L’affrontement est également générationnel : elle a 33 ans, lui 72. Dans cette circonscription qui englobe Harlem, le vote des Africains-Américains sera déterminant.

Enfin, la troisième opposition de choix oppose deux progressistes pour le siège laissé vacant par la retraite politique de Nydia Velaquez, élue depuis 1993. Cette dernière a choisi Antonio Reynoso. Mais Zohran Mamdani soutient la candidature de Claire Valdez, également membre du DSA. L’issue indiquera également où se situe le curseur au sein même de la gauche new-yorkaise.

Mais les résultats seront lus bien au-delà des frontières de « Big Apple ». « On répète souvent que New York est une ville démocrate, trop particulière pour dire quoi que ce soit du pays. C’est l’inverse, décrypte Tristan Cabello, professeur d’Histoire à l’Université Johns-Hopkins, dans sa lettre hebdomadaire The Hype. Parce qu’elle concentre les ambitions, les mouvements sociaux, les organisations militantes et les rivalités idéologiques du camp démocrate, elle agit souvent comme une version accélérée de son avenir. »

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Nico Aviña, l’homme qui politise les maillots de foot

Cet artiste du quartier historique de Los Angeles, Boyle Heights, et fan du ballon rond, sérigraphie les jerseys avec des messages, en faveur des Palestiniens ou en opposition à l’ICE. (Article publié dans l’Humanité du 18 juin 2026.)

Los Angeles (Etats-Unis),

Envoyé spécial.

Il avait revêtu, pour l’occasion, son plus beau maillot de l’équipe du Mexique, déjà fort seyant avec sa trame aztèque. Mais ce n’est pas forcément le modèle standard qu’il arborait en ce jour de l’ouverture de cette Coupe du monde de foot. Côté verso, on peut lire : « Chinga la Migra ». Soit « Fuck Ice », en anglais. Bref, « que la police de l’immigration aille se faire foutre ».

Nico Aviña ne peut pas s’en empêcher : il perle les maillots de foot de messages politiques. Après avoir dessiné des affiches aux messages sans ambiguïtés pendant des années, l’artiste a commencé en 2018 à sérigraphier des « jerseys ». Premier modèle à l’effigie de la Vierge de Guadalupe. Au dos, un message est imprimé : « Personne n’est illégal sur une terre volée ». Depuis deux ans, Donald Trump pilotait alors une politique de chasse aux migrants et de séparation des familles. L’engouement est immédiat, l’effet boule de neige des réseaux sociaux assure sa notoriété. Aujourd’hui, il affiche 200 maillots au compteur. Son préféré ? « From Palestine to Mexico », où l’on voit côte à côte un zapatiste et un Palestinien. Le message : « Tous les murs doivent disparaître. »

Socrates dans son panthéon

Tout Nico Aviña se lit dans l’antre qu’est sa boutique, Espacio 1839, à deux pas de Mariachi Plaza, le cœur battant de Boyle Heigts, quartier historique du mouvement chicano à Los Angeles : des maillots de foot, donc, mais aussi des livres (d’Angela Davis à Howard Zinn, en passant Ta-Nehisi Coates ou Rashid Khalidi), des objets artisanaux mexicains. On y déclame parfois de la poésie. On y fait également de la radio dans un studio mis à disposition de la communauté. C’est là qu’il nous avait reçus la veille de l’ouverture du Mondial. Il portait un t-shirt blanc arborant, sur fond de Une du journal Regeneracion, le visage de son fondateur Ricardo Flores Magon (1873-1922), militant anarchiste, apôtre de la révolution sociale mexicaine. « Chaque artiste a un choix : porter la voix de la communauté ou celle des puissants », nous avait-il dit.

C’est dans ce même Espacio 1839 (comme l’adresse : 1839, 1st street) que Nico Aviña avait organisé à J-6 une grande soirée « El futbol es del pueblo » (« Le football appartient au peuple »), exposant et vendant moult maillots et affiches. Le football, que son pays de naissance appelle « soccer », constitue la matrice de la vie de l’artiste. Il joue au foot depuis l’âge de 5 ans et continue à fouler les pelouses, chaque dimanche, dans le cadre de la Sunday League, ou lors de cascaritas, ces matchs informels. Il prévient néanmoins : « Ma vision du football a toujours été politique. » À son panthéon personnel, figurent Socrates, l’élégant joueur brésilien et moteur de la démocratie corinthiane pendant la période de la dictature, Diego Maradona, pour son pied gauche magique mais aussi ses engagements aux côtés de Fidel Castro et Hugo Chavez, et Hugo Sanchez, le numéro 9 de la sélection mexicaine, pour ses prises de position sociales et humanitaires.

Nico Aviña l’assume : « Le foot a toujours été politique. » Et c’est bien cela qui le gêne aux entournures avec ce Mondial 2026. « Les Coupes du monde donnent plus de pouvoir aux dictateurs et c’est encore le cas. À la base, le foot nous unit mais la Fifa nous divise. Entre les billets hors de prix et la menace de l’ICE, cette Coupe du monde exclut le peuple auquel le football appartient. »

Ni Mexicain, ni États-Unien

Évidemment, il va regarder les matchs, avec son « cœur penchant pour le Mexique », bien que né en plein cœur de Los Angeles, ville états-unienne. Lors de notre première rencontre, on l’avait interrogé sur ce paradoxe apparent. « Cela fait partie de notre culture et de ce que nous sommes. On a senti qu’on voulait nous assimiler et que nous oublions nos racines. Ils veulent que l’on renie tout ce que nous sommes, mais ils continuent d’extraire notre sueur et notre labeur », avait-il argué. Le lendemain, il était revenu sur le sujet : « J’ai repensé à votre question. C’est difficile de s’identifier à une équipe d’un pays dans lequel on ne sent pas accepté. Je ne parle pas de Los Angeles, mais du contexte plus global du pays. » Dans les deux occasions, il avait résumé son approche d’une formule : « Nous ne sommes ni d’ici, ni de là-bas. Mais entre les deux. »

Pour le match d’ouverture, fidèle à sa philosophie, Nico Aviña avait ouvert son échoppe à tous. Allumé le rétroprojecteur. Branché son téléphone. Posé des chaises. Sur lesquelles il venait s’asseoir entre deux questions et ventes. En entrant, dans l’Espace 1839, le chaland voyait alors le dos de son maillot et la formule envoyer impoliment balader la garde prétorienne de Trump. Il savait alors exactement où il entrait. Ici, pas d’entre-deux.

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