Profil démographique de l’électorat: avantage Clinton

Les premières données du sondage sorti des urnes de CNN indiquent que la part des électeurs blancs est passé de 72% en 2012 à 70% cette année. Donald Trump a misé toute sa campagne sur cette frange de l’électorat. La part des Africains-Américains serait en léger recul (de 13% à 12%) mais celle des Latinos (de 10% à 11%) et des Asiatiques (3 à 4%) augmente. Dans nombre d’Etats, la part des diplômés augmente dépassant parfois la moitié de l’électorat. Des indicateurs favorables à la candidate démocrate.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Direct

Faites votre propre carte électorale

Envie de tuer le temps avant les premières projections? Allez configurer la carte des grands électeurs sur http://www.270towin.com.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Direct

Election night, c’est parti

La soirée électorale commence. Dans quelques minutes, les premières projections seront publiées d’ici peu. La participation apparaît manifestement en hausse, un bon signe pour le camp démocrate. Pour la première fois cette année, plusieurs sites livrent en direct les données. Voir: Slate.fr ou Vice.com.

1 commentaire

Classé dans Direct

Millennials : cette jeunesse qui fera la décision le 8 novembre

(Article paru dans l’Humanité Dimanche du 3 novembre)

Reportage en Caroline du Nord. Ils s’appellent Joe, Jonathan, Charlotte et Will. Ils sont démocrates ou républicains. Se reconnaissent-ils dans les candidats de leur parti?

 

Un cookie peut-il faire basculer une élection ? Un seul, non. Mais des milliers ? En tout cas, on peut convaincre un électeur de le goûter, puis en profiter pour engager la conversation. C’est la « tactique » des jeunes militants de NexGen Climate qui ont posé leur table sur la « plaza » centrale de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (30000 étudiants, 8000 employés administratifs, 3700 profs). Mais l’opération se décline de manière un peu confuse. « Cookie gratuit », se contente de proclamer une jeune femme. Son voisin, plus direct : « Voter pour agir contre le changement climatique ». Un troisième fait la « synthèse » : « Un cookie pour défendre le climat ». Une fois le cookie choisi (nature ou chocolat), les étudiants se voient remettre un tract, papier cartonné, tout en couleurs, qui récapitule les positions d’Hillary Clinton et Donald Trump sur les enjeux de changement climatique. Les volontaires de l’organisation environnementaliste en profitent parfois pour faire remplir le document officiel d’inscription sur les listes électorales.

Lauren Wittorp décrypte l’initiative: « L’idée est que les Millennials aillent voter. Nous savons que s’ils y vont, 80% d’entre eux voteront pour Clinton. Notre but est de toucher directement 200000 étudiants dans toute la Caroline du Nord. Nous avons commencé par opérer sur une dizaine de campus puis nous sommes passés à vingt dans la dernière ligne droite. » Auprès des jeunes, le message anti-Trump passe assurément bien. Mais le pro-Clinton rencontre-t-il autant de succès? « Oh absolument », répond Lauren, dans un grand élan volontariste. La militante aguerrie ne leur parle que du changement climatique, un sujet qui sensibilise beaucoup la jeune génération. La dizaine de volontaires passera trois bonnes heures à distribuer cookies, gâteaux et éléments de langage. Demain, rendez-vous sur le même campus mais dans la cité U. Et ce sera crème glacée pour tout le monde.

Derrière ces opérations bon enfant de mobilisation électorale des jeunes, se cache un milliardaire. Enfin, il ne se cache pas vraiment, car il le revendique. Il s’appelle Tom Steyer. Il se décrit comme sensible aux questions environnementales. Et il a décidé de mettre tout son poids financier dans la bataille : il compte bien dépasser les 70 millions de dollars investis lors des élections de mi-mandat en 2014. Ses flots d’argent sont canalisés par NextGen Climate qui n’est pas une association lambda, mais un super PAC (comités d’action politique qui ne sont pas directement liés à un candidat) qui ne disposent, depuis une décision de la Cour Suprême, d’aucun plafond de financement. L’argent est principalement dépensé dans les Etats clés, ceux qui vont faire la décision le 8 novembre. La Caroline du Nord a été ajoutée sur la liste fin septembre. Budget officiel pour ce seul Etat: 500000 dollars. Cibles : les jeunes, les étudiants en particulier. Ceux parmi lesquels Bernie Sanders a largement dominé Hillary Clinton pendant les primaires. « Je pense qu’il y a des électeurs de Sanders qui ne veulent pas voter. Comme ils n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient, ils préfèrent que les choses tournent mal. C’est la croyance naïve que quatre années terribles nous amèneront à un meilleur résultat politique», explique le milliardaire. Naïveté pour naïveté, penser convaincre les électeurs de Sanders de voter Clinton à coups de cookies et de dépliant publicitaro-politique…

En tout cas, Steyers a compris la clé du scrutin présidentiel : le vote des « Millennials », force motrice de la candidature Sanders et actuel trou noir d’Hillary Clinton. Selon les sondages, 45% des jeunes envisagent de voter Clinton. Ils avaient plébiscité Obama à hauteur de 67% en 2008 et 60% en 2012. Ils ne préfèrent pas, pour autant, Trump crédité de 25%. Un quart choisirait un « troisième candidat », soit Gary Johnson (parti libertarien) ou Jill Stein (les Verts). Le manque à gagner pour la candidate démocrate peut s’avérer cruel au soir du scrutin présidentiel. Pour Hillary Clinton, la victoire passe par Joe et  Jonathan.

Commençons par Joe. Drôle de personnage. Des allures de gamin mais un corps d’ancien militaire. Il a 24 ans. Après l’armée, il a décroché un diplôme de sciences politiques. Très tôt engagé avec les jeunes démocrates, le voici désormais candidat du parti d’Hillary Clinton dans un district du nord de la Caroline du Nord détenu par les républicains. S’il l’emportait, Joe Parrish serait le premier élu « asexuel ». Explications : « Un asexuel est quelqu’un qui n’a pas d’attirance sexuelle. Nous devons représenter 1% de la population. Je me suis dit qu’il était important que je le dise afin que d’autres prennent conscience de cela. Moi-même, je ne le savais pas. Nous ne sommes évidemment pas sujets à des discriminations comme les homosexuels ou les transsexuels mais il est important d’ouvrir le débat là-dessus. » Et il l’ouvre, dans une partie assez conservatrice de l’Etat… Dire les choses que l’on pense quel que soit l’endroit, il tient cela de son « modèle » en politique : Bernie Sanders. Il a voté des deux mains pour lui pour la primaire. Attablé, au Tricias’ Espresso de Roxboro, la plus grand ville du comté, il nous l’annonce : « Il y a de très fortes chances que je revote pour lui le 8 novembre. J’écrirai le nom de Sanders sur le bulletin. Je n’ai jamais voulu émettre un vote de protestation mais, là, je le ferai. » Toujours aussi surprenant et hors-cadre – « On est comme cela les Millennials »-, il en livre la raison : « Ses emails. Vous savez, j’ai été dans l’armée. Si on ne respectait pas une règle, on était virés. Et puis je n’ai pas supporté les coups fourrés de la campagne. Comme je n’envisage même pas de voter Trump, ce sera Bernie de nouveau. »

Pour Jonathan, ce sera un bulletin… Eh bien, il ne sait pas encore. Il hésite. La vraie « cible » de Clinton, c’est lui. Il a 24 ans. Il a voté Sanders aux primaires. Il est tenté par un vote pour Jill Stein, mais dans le même temps il veut « empêcher Trump d’entrer à la Maison Blanche. » Pourtant, Jonathan devrait être un électeur « captif » pour l’ancienne secrétaire d’Etat. Jeune. Très anti-Trump. Et Africain-américain. Plus de 90% des électeurs africains-américains votent démocrate. Toute sa famille va voter Clinton. Mais là aussi, une rupture générationnelle est à l’œuvre. Jonathan, salarié pour une marque de bière de Durham, n’est pas un cas isolé. Un rapport publié en septembre par un stratège démocrate, Cornell Belcher montre l’étendue du problème : 60% des Noirs de moins de 35 ans affirment vouloir voter pour Clinton contre près de 90% pour les plus de 45 ans. Hillary est de plus en plus vue comme faisant partie du « problème ». « Les jeunes noirs ne font plus allégeance au parti démocrate », constate Chris Prudhome, président de Vote America Now. C’est une toute nouvelle génération. »

Cela vaut aussi pour les républicains. Prenez Charlotte et Will, deux « millennials » conservateurs… qui ne voteront pas Trump.

Charlotte, 26 ans, a été élevée dans une « famille sudiste typique » : mère enseignante, père patron de PME.  « Tout le monde vote républicain. J’ai toujours voté républicain, non par allégeance mais parce que les candidats républicains correspondent mieux à mes idées. » Comme la génération précédente, cette étudiante en sixième année de droit à l’Université de Caroline du Nord privilégie la rigueur fiscale aux politiques sociales mais elle se montre plus ouverte sur les sujets sociétaux (favorable au mariage gay et au droit à l’avortement). En toute conscience, elle ne peut pas voter Trump. « C’est une brute et je crois sincèrement qu’il n’est pas fait pour être président. » Clinton ? « L’incarnation de la politicienne véreuse. C’est la version dans le monde réelle de Franck Underwood (le héros de « House of cards »). » Cette jeune femme blonde décidée envisage de voter pour Gary Johnson. « Ou peut-être que pour la première fois de ma vie, je ne participerai pas à une élection alors que j’ai un sens civique développée. Je me sens désespérée.»

Will, 25 ans, a le profil-type de l’électeur du parti républicain. Elevé dans une famille de la classe moyenne du Sud, père pompier, mère enseignante. Manager en communication. Bonne famille. Bonnes études. Bonne situation. Conservateur dans l’âme : « Je chéris les libertés individuelles et je crois en un gouvernement limité et localisé. » Contrairement à Charlotte, il n’est pas enregistré en tant qu’électeur républicain. Mais comme Charlotte, il ne votera pas pour Trump. Il a choisi Gary Johnson. Sans illusions mais avec un secret espoir : « Trump et Clinton sont d’affreux personnages et leurs politiques sont affreuses. J’espère que cette élection sera le début de la fin du système bipartisan qui domine la politique américaine depuis trop longtemps. » Une majorité de « Millennials » l’espèrent : près de la moitié d’entre eux se déclarent indépendants.

 

Poster un commentaire

Classé dans Reportages

Après le débat Trump-Clinton, plongée dans ces deux Amériques

 

(Article publié dans l’Humanité du 18 octobre 2016)

D’un côté Danville, ancienne terre industrielle, ravagée par la pauvreté et fief démocrate. Autour, des comtés ruraux et républicains. Entre le pays de Trump et celui de Clinton, le choc est frontal. Reportage.

 

L’équipe du matin vient de terminer sa journée de huit heures. Les ouvriers regagnent leur véhicule sur l’immense parking de l’usine GoodYear de Danville. Ils empruntent ensuite le Goodyear boulevard, longent le Goodyear golf club, s’engagent sur la voie express 29 mais prennent alors des directions opposées. Une minorité s’offre un court voyage vers Danville. Une majorité regagne ses pénates dans les comtés voisins.

La même dispersion s’opère après les réunions du syndicat de l’usine – Local 831 de l’USW (le syndicat des sidérurgistes)- qui se tiennent à Providence, dans l’Etat voisin de la Caroline du Nord, distant de quelques centaines de mètres de l’usine. Le trésorier, Greg se dirige vers Ringgold, dans le comté de Pittsylvania, à 15 kilomètres de là. Gloria, la secrétaire spécialiste des questions de retraite, s’apprête à faire avaler à sa voiture familiale 50 kilomètres de bitume, jusqu’à Martinsville, Virginie. Maurice, simple syndiqué, aussi, mais dans l’autre sens : Eden, Caroline du Nord. Jeff, le vice-président, sera chez lui le premier : il habite Danville.

En quittant leur communauté de travail ou leur communauté syndicale, à bord de leurs voitures dûment chaussées de pneus maisons, ouvriers et syndicalistes rejoignent des communautés d’habitat et de vie bien différentes. Plus même : deux Amériques aux antipodes.

D’un côté, l’ilôt urbain de Danville, 42.000 habitants, terre de désindustrialisation, ville de diversité et bastion démocrate. De l’autre, l’océan rural des six comtés qui l’entourent, un peu plus riches, nettement plus blancs et beaucoup plus républicains.

Commençons par Danville. La cité qui accueille la plus grande unité de production de pneus pour camions de la multinationale affiche un taux de pauvreté de près de 25%. Le paradoxe n’a pas à John Gilstrap, élu maire en 2014. « On parle de Goodyear à Danville mais c’est une usine régionale en fait, précise-t-il, avec son accent prononcé du Sud. Les gars viennent parfois de loin. La plupart habitent le comté de Pittsylvania, autour de la ville. Pour autant, l’usine, avec l’activité qu’elle créé est essentielle pour notre revitalisation économique. » Danville a subi trente ans de dévitalisation.  La culture du tabac a périclité d’abord puis celle du textile. Le coup de grâce est survenu en 2005 : Dan River, le géant textile créé à la fin du 19e siècle, ferme une unité de production, puis se vend à un groupe indien, Gujarat, simplement intéressé par la marque. Gujarat Heavy Chemicals Ltd a toujours son siège à Danville mais il s’agit d’une simple boîte postale – la numéro 361 – et aucun des 3500 employés du groupe ne travaille sur place. Fable de la mondialisation qui ne laisse à l’ancienne cité industrieuse et glorieuse que des usines et entrepôts en briques rouges abandonnés à l’usure du temps et de splendides demeures d’anciennes grandes familles alignées, comme à la parade de la richesse, sur Main Street. Plus un bilan social apocalyptique : selon les services municipaux, un tiers de la ville au chômage, explosion des expulsions et du nombre de SDF. La population décroit. Sa composition évolue. En 2015, les Africains-Américains représentaient, selon le bureau du recensement américain, près de 50% de la population, les Blancs 46,7%. Le revenu par habitant se situe à la moitié de celui de l’Etat de Virginie. Politiquement, Danville est « bleu », de la couleur du parti démocrate. Barack Obama y a recueilli 60% des voix en 2012 et Hillary Clinton, forte de son hégémonie parmi les électeurs noirs, a écrasé Bernie Sanders, avec 80% des voix.

Dans le comté de Pittsylvania, 63.000 habitants, les chiffres sont à la fois un peu meilleurs et… très différents. 78% des habitants sont blancs. La même proportion est propriétaire. Le revenu par habitant est un tiers supérieur à celui de la ville. C’est une terre « rouge », de la couleur du parti républicain. Rouge Trump, même. Le milliardaire a raflé 50% des voix du G.O.P. (Grand Old Party). Même razzia dans les six autres comtés – trois en Virginie, trois en Caroline du Nord – qui cernent Danville. Rouges de colère, les électeurs blancs du parti républicain. Pas forcément en raison de la crise économique : ses habitants en sont moins victimes que ceux de Danville. Mais en colère contre à peu près tout le reste. Ce qui donne cette phrase beaucoup plus chargée de sens qu’il n’y paraît, provenant de Shirley, née à Danville mais qui a préféré se retirer dans un petit village à une heure de route: « Le monde est devenu fou. Nous sommes proches de la fin. »

Quand le bus de campagne Trump-Pence a fait un stop à Danville, elle a encouragé ses amis à s’y rendre. Il y avait Connie, retraitée de l’usine Nestlé où elle fabriquait des cookies et des brownies,  Lisa, propriétaire d’une clinique vétérinaire à Chatham, principale ville du comté de Pittsylvania, Willie, un ancien policier, salarié d’une petite usine sidérurgique. Ils ont tous remercié la cheville ouvrière de ce « stop » : Colleen, mère au foyer dont le mari travaille à l’usine Goodyear. Fred Shanks III, ingénieur de formation, patron de sa propre boîte depuis 1987, conseiller municipal de Danville, a « liké » l’événement sur Facebook. Voilà le peuple « trumpien ». Celui que scrutait déjà un article du New York Times Magazine paru l’an dernier : les adeptes de Trump sont ceux «qui se situent un cran ou deux au dessus de la moyenne sociale : le shériff adjoint, l’agent d’entretien des autoroutes, le prof, le réceptionniste d’hôtel, le patron de station service, le mineur. Et leur allégeance grandissante au parti républicain est, en partie, une réaction à ce qu’ils perçoivent, parmi ceux qui se situent plus bas dans l’échelle sociale, comme une dépendance aux aides sociales, le signe le plus tangible de déclassement dans leurs villes en déclin. »

Danville. Déclin. Peur du déclassement. Peur des déclassés. Aux Etats-Unis, la peur prend toujours la couleur de l’Autre. L’ « Autre », immigré. Ce qui fait bondir John Gilstrap de son siège de maire: « Nous sommes une nation d’immigrants, non ? Moi-même, je suis un Scot-Irish. Alors ?! » Pour l’anecdote, la belle-fille du maire est la première avocate hispanique de Danville. L’ «Autre », pauvre et «assisté » : l’Africain-Américain, le Noir, le N… Eternelle histoire. Surtout, à Danville, caractérisée par certains nostalgiques comme la « dernière capitale de la Confédération », au prétexte que son président, Jefferson Davis, y a passé six jours en 1865– dans la Sutherlin Mansion – avant la défaite finale. La demeure a, depuis, été transformée en musée, au sein duquel vous saurez tout sur la Confédération, les noirs engagés au sein de son armée mais rien sur l’esclavagisme. Vous y verrez également toutes les versions du drapeau confédéré. Celui qui ne flottera pourtant plus jamais au mât officiel de la ville. Ainsi en a définitivement décidé la Cour Suprême de Virginie la semaine dernière, confirmant le vote du conseil municipal qui avait, alors, déclenché la colère d’une poignée de manifestants. Qui y retrouvait-on? Willie, également biker, qui ne manque jamais une occasion d’enfiler sa tunique de soldat confédéré. Fred Shanks, également, seul conseiller municipal favorable au maintien du symbole controversé dans l’espace public. « Quel drapeau ?, fait mine d’interroger le maire. Je n’en connais qu’un : la bannière étoilée. »

Pour Kenneth, homme blanc, d’âge moyen, de condition sociale moyenne, ce n’est ni plus ni moins qu’une «victoire du communisme. » La mine renfrognée, il annonce la prochaine bataille : « Ils vont vouloir nous retirer nos armes. » Dans ces parties rurales et conservatrices du pays, la possession d’armes à feu est presque atavique. Elle est liée à la pratique de la chasse mais pas uniquement. « Comment va-t-on faire pour se défendre face à tous ces criminels qui ont été relâchés ? », ajoute-t-il. En guise de « criminels », ce sont des personnes condamnées pour des faits mineurs, souvent liée à des petits trafics de drogue. Et ils n’ont pas été « relâchés » mais le gouverneur de Virginie, le démocrate Terry McAuliffe, a rendu à 13000 d’entre eux leurs droits civiques. Ronnie, habitant africain-américain, de Danville fait partie du lot. Il l’a appris, mercredi dernier. « Je peux voter, me présenter et aussi rechercher du boulot sans ce fardeau», se réjouit-il, sans faire part de son intention de trucider le premier venu mais Kenneth n’en démord pas : « Vous verrez. D’abord, ils vont nous voler l’élection avec tous ces criminels qui peuvent voter puis après…» Ed, le salarié, responsable du club de tir de l’usine Goodyear, n’envisage pas encore une nouvelle « guerre civile ». Mais la « guerre politique » il l’assume. Il a non seulement planté des panneaux Trump dans sa belle pelouse mais il a accroché un immense drapeau bleu au nom du milliardaire au dessus de son porche.

Trump joue de toutes ces peurs, exploite cette colère, créant un climat quasiment paranoïaque. Pour Joe Parrish, 24 ans, candidat démocrate (pro-Sanders) dans un district du nord de l’Etat de Caroline du Nord, à 50 kilomètres de Danville, « cela peut fonctionner dans ces comtés. Des types en dehors du processus électoral peuvent sortir le 8 novembre et voter Trump et ainsi renforcer tous ceux qui se déplaceront pour défendre leurs armes ou je ne sais quoi. » John Gilstrap, lui, ne croit pas au succès de l’opération nationalisto-xénophobe de l’aventurier de l’immobilier. « Je ne suis pas censé vous le dire, sourit-il, mais deux des trois conseillers municipaux de Danville ne vont pas voter Trump. Ils voteront Johnson (le candidat du parti libertarien, NDLR).» Son œil frise : «Moi-même je ne voterai pas Trump. Je ne suis pas obligé de vous le dire puisque je ne suis pas élu sous une étiquette politique, mais bon… »

A quelques centaines de mètres de l’Hôtel de Ville, Emma Edmunds finit d’installer son exposition à la Danvillian Gallery. Journaliste et historienne, blanche, elle présente une galerie de portraits d’acteurs, noirs et blancs, du mouvement des droits civiques. « Cinquante ans après, je suis frappée de voir à quel point nous sommes divisés. Tout le monde se regarde de travers. Le mouvement des droits civiques a réuni des gens de couleur différentes et d’horizons différents pour une cause juste. C’est trop demander que l’on tire les leçons de l’Histoire ? » Réponse : le 8 novembre.

Poster un commentaire

Classé dans Reportages

L’Amérique de Sanders face à Clinton-Trump

 

(Article paru dans l’Humanité du 26 septembre 2016)

Alors que se déroule ce soir, près de New York, le premier débat opposant les deux candidats, le choix des millions d’électeurs qui ont choisi, durant les primaires, le sénateur « socialiste » s’avère crucial. De l’Oklahoma à la Virginie, témoignages de « sandernistas ».

C’est définitif et sans appel: « Je ne voterai jamais pour cette vendue au capital, cette corrompue, cette fauteuse de guerre, cette menteuse invétérée. Jamais. » Amanda Vollner, 33 ans, s’est investie, nuit et jour, corps et âme, dans la campagne de Bernie Sanders mais, là, elle ne suivra pas le sénateur du Vermont. « Il n’est plus question de Bernie ici. Il est question de démocratie», se justifie-t-elle. En l’absence de qualification de la candidate verte Jill Stein dans l’Etat dans lequel elle vit, la jeune mère de famille se résout à voter pour le seul « troisième candidat » accessible : Gary Johnson, du parti libertarien. « Pour démanteler le système des deux partis», explique-t-elle. « Et parce que de toute façon, mon vote ne changera rien. » C’est un fait : les grands électeurs de l’Oklahoma, l’un des Etats les plus républicains du pays, tomberont dans l’escarcelle de Donald Trump. La situation est identique dans la grande majorité des Etats. La Californie, New York et l’Illinois voteront Clinton. Le Texas, l’Utah, l’Alabama en faveur de Trump. La décision se fera dans les « swing states », ces Etats dont le destin électoral est incertain. Une dizaine, tout au plus. En Floride, en Ohio ou en Virginie, c’est comme si le bulletin comptait double, voire triple.

Jim Cohen, lui, votera Jill Stein dans le Massachussets mais aurait glissé un bulletin Clinton dans l’urne s’il habitait un Etat clé. L’universitaire américain pro-Sanders qui réside depuis 35 ans en France l’explique dans un article publié sur le site de la revue Mouvements. « Comme Bernie Sanders et comme tout un large bloc de citoyen.ne.s qui d’une manière ou d’une autre s’opposent à la barbarie, je considère qu’il est inexcusable de faciliter une possible victoire électorale de Trump », argumente-t-il. Et d’ajouter : « Une discussion de fond traverse la gauche à propos du sens du vote : doit-on considérer le vote comme un acte politique strictement pragmatique, ou est-ce un acte de témoignage, une expression des convictions profondes de chacun.e ? En l’absence d’un système à deux tours de scrutin comme en France, ce débat se complique, puisqu’on n’a pas le « luxe » de voter pour ses convictions au premier tour et de se rabattre sur un choix plus pragmatique au second. Noam Chomsky, qu’on peut classer parmi les penseurs anarcho-libertaires, a pris position de façon surprenante dans ce débat en plaidant pour le pragmatisme, notamment face à quelqu’un d’aussi imprévisible et dangereux que Trump.»

Le vote « pragmatique » va-t-il prévaloir dans les Etats-clés ? Dans le New Hampshire, où s’est tenue la première primaire de l’année en février, soldée par une inattendue et massive victoire de Bernie Sanders (60% des voix contre 38% à Clinton), Sonia Prince était du côté Clinton. Elle constate que « plusieurs supporters de Bernie sont venus nous rejoindre. D’autres pas. Je doute fort qu’ils voteront pour Trump. Ils finiront peut-être par voter pour Hillary ou par ne pas voter du tout. Ou par écrire un « write in candidate » (possibilité d’écrire le nom d’un candidat qui ne se présente pas, NDLR).» Avec ses quatre grands électeurs, le poids du New Hamsphire risque peu de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. En revanche, en se dirigeant vers la Virginie (13 grands électeurs), on rentre dans la catégorie des poids lourds. Patrick Le Floch, l’un des responsables du parti démocrate pour le comté de Fairfax, dans le nord de l’Etat, à côté de Washington, ne masque pas une certaine inquiétude. Certes, « l’amertume des primaires est derrière nous et la grande majorité des supporters de Sanders soutiennent « HRC » (Hillary Rodham Clinton). Les appels de Bernie ont été entendus. Mais… » Il y a un « mais ». De taille. « Clinton ne déclenche pas le même enthousiasme qu’Obama. Nous avons beaucoup moins de bénévoles pour faire la campagne qu’il y a huit ans. »

Les campagnes électorales américaines se gagnent aussi et surtout au porte-à-porte. Il faut convaincre un à un, de façon ciblée. Et clairement, la cible pour l’ancienne secrétaire d’Etat est un jeune électeur, un « millennial » (surnom donnée à la génération née à partir de 1983). « C’est son principal talon d’Achille », analyse le journaliste Ronald Brownstein, dans un article récemment paru dans The Atlantic. Dans les derniers sondages (1), elle n’arrive pas à attirer à elle une majorité de ces jeunes électeurs qui se déclarent anti-Trump. Ils lui préfèrent Gary Johnson ou Jill Stein. « Ce qu’indiquent les sondages est que le problème de Clinton avec les jeunes électeurs ne réside pas dans les propositions politiques mais dans sa personnalité. Une grande majorité des Millennials la voient comme indigne de confiance, calculatrice et sans principes. » Soit le portrait dressé par Amanda… comme d’une certaine façon par Bernie Sanders, lors de la campagne des primaires. Le sénateur qui avait attiré 71% des jeunes ayant participé à la primaire démocrate,  a repris son bâton de pèlerin afin de « faire battre Trump ». Mais, lors de ces deux derniers meetings sur des campus universitaires, l’assistance a été maigre. Finalement, lors du débat de ce soir, c’est certainement Trump qui fournira à ses millions de jeunes progressistes le plus fort argument pour aller voter : contre lui.

(1) Elle plafonne à 45% des intentions de voix alors que Barack Obama avait obtenu 67% des voix des moins de 30 ans en 2008 et 60% en 2012.

 

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

« L’Amérique qui vient », à paraître le 25 août

Couv L_Amerique qui vient

Quatrième de couverture:

Et si l’improbable irruption de Bernie Sanders dans les primaires démocrate n’était pas un phénomène fortuit et passager ? S’il n’était pas un épiphénomène mais le signe de bouleversements profonds et majeurs dans la société américaine ? Quant à Donald Trump, s’il n’était que le témoin en colère d’un changement majeur que l’Amérique conservatrice ne peut plus arrêter ?

Ce livre offre une vision inattendue des États-Unis et de ses évolutions prochaines, aux antipodes des raccourcis médiatiques. Il montre que la vieille Amérique est en train de mourir pendant qu’une autre naît, portée par la montée en puissance des minorités et l’ouverture culturelle de la nouvelle génération, les « Millennials ». Car, contrairement aux clichés, les États-Unis ne sont pas dominés par une idéologie conservatrice que Reagan puis Bush père et fils avaient propagée. Une autre Amérique émerge, jeune, métissée, progressiste. Elle a élu Obama et réclame l’augmentation du salaire minimum, l’instauration d’un système public de santé, la réduction des inégalités.

Avec des portraits inattendues d’Américains et des cartes à l’appui, ce livre explique pourquoi et comment les minorités et les Millennials, cette génération de 80 millions de personnes, sont en train de changer de fond en comble et pour longtemps la société  américaine.  Et si l’Amérique qui vient surprenait le monde ?

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Hillary Clinton, candidature faible

 

Article publié dans l’Humanité du 29 juillet

Officiellement investie par le parti démocrate, l’ancienne secrétaire d’Etat, souvent changeante sur ses positions politiques, bat des records d’impopularité.

 

Hillary Clinton est devenue la première femme à décrocher la nomination d’un parti politique majeur aux Etats-Unis. L’événement s’est produit mardi lors du vote très officiel des délégations, Etat par Etat. Hier soir, elle a prononcé son discours d’investiture au terme d’une convention qui, même si elle a révélé un inachevé processus de cicatrisation des primaires, s’est moins mal déroulée qu’elle n’aurait pu le craindre. Bernie Sanders lui a apporté un soutien clair et net : « Hillary Clinton doit devenir la prochaine présidente des Etats-Unis. Le choix ne se discute même pas. » Elle a également reçu le renfort d’un ancien président – son mari – et de l’actuel président, Barack Obama. De la First Lady. Du vice-président Joe Biden. De la sénatrice Elizabeth Warren, égérie de l’aile gauche. Bref, la famille s’affiche au grand complet sur la photo-souvenir de la 47e convention du parti démocrate.

Hillary Clinton porte officiellement des idées contenues dans la plateforme démocrate qui sont majoritaires dans l’opinion publique : le SMIC à 15 dollars, la gratuité de l’enseignement public, le contrôle des armes, le droit à l’avortement, l’approfondissement de la réforme de la santé. Lorsque l’on demande aux électeurs s’ils préfèrent voter pour un démocrate ou un républicain, la réponse est 55% pour le premier, 45% pour le second. Tous les clignotants semblent donc au vert pour qu’Hillary Clinton devienne également la première femme présidente. Et pourtant, dans les sondages, elle n’arrive pas à distancer Donald Trump. Pire même, le candidat républicain profitant de l’ «effet convention », malgré un déroulement chaotique, est placé devant par plusieurs instituts de sondage, avec de trois à sept points d’avance.

Mais quel est donc le problème avec Hillary Clinton? Disons qu’il est à la fois politique et personnel. Que les deux sont inextricablement liés. Et que le tout est quantifié en un chiffre : selon un sondage CNN, 68% des Américains pensent qu’elle n’est pas honnête et digne de confiance. Elle trône désormais tout en haut de ce classement, devançant même Trump, pourtant figure par excellence de la division. Une enquête CBS montre que 31% des personnes interrogées ont une opinion favorable d’elle contre 56% qui expriment un avis inverse.

Clinton et Trump sont les deux candidats les plus impopulaires de ces trente dernières années et la démocrate est en train de prendre un avantage en la matière dont elle se passerait bien. Comment expliquer ce problème ? En une formule : flip flop. Depuis son entrée à la Maison Blanche, en tant que First Lady, en 1992, Hillary Clinton a défendu toutes les positions politiques…puis leur contraire. Au moment des « réformes » des politiques pénales de Bill Clinton qui conduiront à l’incarcération de masse, notamment des jeunes africains-américains, elle lâche le terme de « super-prédateur » que lui reprochent encore aujourd’hui les associations. Elle se prononce aujourd’hui pour l’abrogation de ces lois. Libre-échange ? Elle effectue un virage à 180 degrés sur le Traité trans-pacifique, estimant d’abord qu’il s’agissait d’une « règle d’or » avant de s’y opposer. Guerre en Irak ? Elle crie avec les loups bushistes avant de se rétracter très tardivement. Elle affirme vouloir réglementer l’industrie financière de Wall Street alors qu’elle a prononcé des discours privés pour elle, payés jusqu’à 625000 dollars à Goldman Sachs. Et ainsi de suite. « La campagne l’a obligée à bouger vers la gauche alors qu’elle voulait mener une campagne de centre-droit », commente John Mason, professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Depuis deux décennies, le vent politique et idéologique a tourné. Et la « girouette » Hillary avec. Et ça se voit. First Lady, sénatrice, secrétaire d’Etat : Hillary Clinton est certainement la candidate la mieux préparée à la plus haute fonction. Mais sa candidature est tout aussi certainement l’une des plus faibles qui puissent être imaginée en cette année de quasi-insurrection désordonnée contre les élites, le fameux « establishment » (entre une « révolution politique » tournée vers l’avenir et un repli identitaire sur une grandeur mythifiée).

C’est la faiblesse de Clinton qui fait la force de Trump, avancent nombre de responsables et militants progressistes. Ainsi, selon Kshama Sawant, conseillère municipale socialiste de Seattle, cheville ouvrière du SMIC à 15 dollars dans sa ville, soutien de Bernie Sanders qui refuse de voter pour Hillary, les inconsistances politiques de la candidate démocrate permettent à « Trump d’essayer de cyniquement de se positionner à la gauche d’Hillary sur un certain nombre de questions comme le libre-échange ». Des responsables locaux du parti démocrate font remonter leurs inquiétudes : la rhétorique de Trump marque des points parmi les ouvriers blancs de la « rust belt », l’ancienne ceinture industrielle vidée de ses emplois stables et bien payés depuis plusieurs décennies. En Pennsylvanie, qui n’a pas voté pour un républicain depuis 1988, Trump et Clinton sont donnés au coude à coude. De la même manière, sur les dossiers de politique internationale, l’isolationniste nationaliste Trump peut jouer les illusionnistes auprès d’électeurs, notamment les plus jeunes, repoussés par l’interventionnisme impérial incarné par Hillary Clinton. En conclusion, John Mason avertit : « Si l’enjeu central de la campagne, c’est « Hillary et Bill », alors il y a danger ».

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Sanders appelle à poursuivre la « révolution politique »

Article publié dans l’Humanité du 27 juillet 2016

 

Prononçant un discours au premier soir de la convention démocrate, le sénateur socialiste a confirmé son soutien à Hillary Clinton, préalable selon lui à des changements profonds.

Un socialiste déclaré qui entre sur scène le poing brandi pour le discours-phare de la première soirée de la convention du parti démocrate. Qui reçoit une « standing ovation » pendant plusieurs minutes. A n’en plus douter, le parti de l’âne change et la politique américaine avec lui. Et Bernie Sanders a assuré au public et au pays qu’elle devait continuer à changer : « Nous avons commencé une révolution politique pour transformer l’Amérique et cette révolution – notre révolution – continue ». « Les élections vont et viennent. Mais la lutte du peuple pour créer un gouvernement qui nous représentent tous et pas le 1% – un  gouvernement fondé sur les principes de justice économique, sociale, raciale et environnementale -, cette lutte continue. Et je suis impatient de faire partie de cette lutte avec vous», a-t’il ajouté en introduction de son discours, certainement l’un des plus importants mais également l’un des plus périlleux de son long parcours politique.

Il s’agissait pour cet « outsider » de confirmer officiellement son soutien à Hillary Clinton –  ce qu’il avait fait pour la première fois le 12 juillet dans le New Hamsphire – sans rien céder sur le fond de sa démarche, tout en ayant à l’esprit qu’une frange de ses électeurs ne se résigne toujours pas à glisser un bulletin « Clinton » dans l’urne le 8 novembre prochain. Les plus engagés dans cette logique du « Jamais Hillary » avaient d’ailleurs pris position, dès le début d’après-midi, à l’extérieur du Wells Fargo Center de Philadelphie et manifestaient avec force leur opposition à l’ancienne secrétaire d’Etat. Au sein même de l’enceinte, des soutiens de Bernie Sanders portaient des signes hostiles à la nominée. Au-delà du noyau dur des « Bernie or Bust » (Bernie ou rien), une part importante des électeurs du sénateur de 74 ans, notamment les jeunes, hésitent encore quant à l’attitude à adopter lors du scrutin présidentiel. Voter Clinton pour faire barrage à Trump ? Voter en accord avec ses idées et porter sa voix sur Jill Stein, la candidate écologiste ? S’abstenir ?

Les plaies et blessures des longs mois de primaires ont été ravivées ces derniers jours par la publication de dizaines de milliers d’emails échangés entre membres de la direction du parti démocrate. Ces fuites mettent en lumière la partialité de celle-ci, pourtant supposée rester neutre. La présidente du parti démocrate, la députée de Floride, Debbie Wasserman-Schultz, a annoncé sa démission, que le camp Sanders réclamait depuis de long mois, tant il était évident qu’elle pesait de tout son poids en faveur d’Hillary Clinton. Les preuves sont désormais là. Et elles sont parfois cruelles. Ainsi, à la veille du vote dans deux Etats du Sud, un responsable de la communication évoque l’idée de susciter un article de presse suggérant que Sanders, qui avait déclaré qu’il vivait sa judaïté de manière non-religieuse, était en fait un « athée ». Des excuses officielles ont été présentées à Bernie Sanders mais le scandale confirme, pour nombre de ses partisans, que les dés étaient pipés. A ceux-là, le sénateur du Vermont a dit lundi soir : « Je comprends que beaucoup de personnes ici et dans le pays sont déçus par le résultat finale du processus de nomination. Je pense qu’il est juste de dire qu’il n’y a pas plus déçu que moi. »

Surtout, il leur a opposé une stratégie politique dans laquelle vient s’insérer son soutien à Hillary Clinton. Non l’inverse. « Cette élection n’est pas et n’a jamais été à propos d’Hillary Clinton, de Donald Trump ou de Bernie Sanders, a-t’il expliqué (…) Cette élection porte sur les besoins du peuple américain et sur le type de futur que nous créons pour nos enfants et petits-enfants.» Il fallait lire entre les lignes : voter Clinton, c’est préserver la possibilité d’une révolution politique qui ne pourra en aucun cas survenir sous une présidence Trump. En cédant sur un certain nombre de points programmatiques (abolition de la peine de mort, SMIC à 15 dollars, plan vers la gratuité des universités publiques), la candidate démocrate a donné des « gages » aux 13 millions d’électeurs de Sanders, sésame pour la Maison Blanche. Etant donnés les doutes récurrents et les divisions persistantes, il en faudra encore certainement d’autres pour convaincre les « sandernistas ».

 

 

 

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

L’empreinte Sanders sur le programme Clinton

 

Article publié dans l’Humanité du 25 juillet 2016

Alors que s’est ouverte hier à Philadelphie, la convention démocrate, le souffle de la « révolution politique » du sénateur socialiste continue de rebattre les cartes politiques. La plateforme adoptée par les congressistes sera la plus progressiste de l’histoire récente.

 

A partir d’aujourd’hui, à Philadelphie, la ville où fut rédigée, en 1776, la déclaration d’indépendance, Hillary Rodham Clinton va être la première femme à obtenir la nomination d’un « grand » parti politique aux Etats-Unis. Elle se présente en favorite pour prendre la succession du premier président noir de l’histoire du pays. Cela dit déjà quelque chose de l’évolution du pays. Mais il y a plus. « HRC »  sera intronisée lors d’une convention qui va également adopter  la plateforme « la plus progressiste jamais vue », selon la formule de Katherine Van den Heuvel, chroniqueuse au Washington Post. Il y a 20 ans, la First Lady Hillary Clinton défendait la troisième voie « centriste » de son mari de président. Qu’est-il arrivé à la politique américaine ? Comme aurait dit Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui a changé mais le vent qui a tourné. Et l’autre nom de ce souffle nouveau est : Bernie Sanders.

« Même si Sanders a perdu la nomination, il a gagné la bataille. L’objectif de sa campagne, ce n’était pas 2016, mais 2020, 2024 ou même 2030, même si le mouvement se serait déroulé sans lui, analyse John Mason, professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Sauf que les choses sont allées beaucoup plus vite que prévu. » Sa spectaculaire percée  (vingt Etats remportés, 43% des voix soit 11 millions d’électeurs) a exprimé un mouvement politique et idéologique de la société et propulsé ce même mouvement dans une autre dimension : des marges à la centralité.

La « révolution politique » s’appuie les Millennials, que deux auteurs, Ruy Teixeira et David Madland, ont définis comme « la nouvelle génération progressiste.» Ces jeunes, qui ont atteint l’âge de la majorité entre le 11 septembre 2001 et l’élection de Barack Obama, sont devenus politiquement majeurs avec l’explosion des inégalités, le krach de 2008 et leur contestation. Comme l’aspirine dans un verre d’eau, Occupy Wall Street s’est dissous dans le corps social avant de ressurgir sous la forme effervescente d’un vieux socialiste. Dès 2009, les deux auteurs écrivaient : « Le plus important à propos de ces électeurs n’est pas leur prédilection actuelle pour les candidats démocrates mais plutôt leurs croyances progressistes profondément ancrées, base de leurs préférences électorales. Les croyances progressistes de ces jeunes électeurs pourraient refonder le cœur idéologique des batailles qui ont défini le discours politique post-Vietnam. » Le conditionnel employé à l’époque n’est plus de mise. Les Millennials rebattent les cartes politiques. Leur mobilisation en novembre prochain constitue l’une des clés du scrutin. Hillary Clinton, qui a fini par emporter la primaire, grâce au vote des plus de 45 ans, a bien compris qu’elle ne pourrait faire sans eux et sans leur plus illustre porte-parole, Bernie Sanders.

Celui-ci a apporté officiellement le 12 juillet dernier son soutien à l’ancienne secrétaire d’Etat mais contrairement à ce qu’a écrit une partie de la presse « le rebelle ne se range pas. » Cet épisode fait partie d’un feuilleton que Charles Lenchner, un ancien militant d’Occupy, fondateur de « People for Bernie » nous avait décrit, dès le mois de mai: « Bernie fera campagne jusqu’au bout du processus des primaires. Puis il ne se ralliera pas et mettra la pression sur le clan Clinton en vue de la convention. Il obtiendra des concessions majeures sur le programme. Puis il soutiendra Clinton mais continuera de faire les choses à sa façon» Charles n’est pas un visionnaire. Il s’y connaît juste en politique et en rapport de forces. Tandis que les anciens concurrents de la primaire battaient estrade commune dans le New Hamsphire, la bataille se poursuivait au sein du comité chargé de la rédaction du programme où les représentants de Bernie Sanders ont réussi à faire intégrer nombre de mesures propositions, au premier rang desquelles, le SMIC à 15 dollars de l’heure. L’offensive combinée des « sandernistas », des syndicats et des gouverneurs de Californie et New York (qui ont annoncé que les 15 dollars deviendraient la loi dans leur propre Etat) ont eu raison de la timidité politique de Clinton. Sanders a également fait bouger le curseur sur sa proposition de gratuité de l’université publique : le parti démocrate propose un plan qui amènera vers la gratuité pour les familles gagnant moins de 125000 dollars par an. Autres points marqués par les adeptes de la « révolution politique » : abolition de la peine de mort (contenue pour la première fois dans une plateforme du parti démocrate), taxe sur les millionnaires, acceptation du principe d’extension et non plus simplement de sauvegarde du système de retraite, abolition de toutes les « réformes » de Bill Clinton en matière de politique pénale. Quant aux sujets sur lesquels Sanders n’a pas été entendu (comme la condamnation du traité transpacifique), il compte bien les remettre en débat lors de la convention. Selon Katherine Van den Heuvel, l’influence de Sanders se reflète dans « la remise en cause les piliers du consensus néoliberal qui a marqué la politique américaine depuis les années Reagan. » Le Wall Street Journal, quotidien des milieux d’affaires, constate un « virage abrupt vers la gauche » : « Le parti qu’Hillary Clinton mènera à la bataille cet automne n’est pas le Parti démocrate de Bill Clinton. Par certains aspects, ce n’est même pas celui de Barack Obama. » Ce n’est pas encore totalement le « parti de Bernie Sanders » mais le combat se poursuit.

 

Poster un commentaire

Classé dans Actualités