Archives mensuelles : juillet 2012

JO: et pourtant Romney avait raison

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Pauvre Mitt Romney. Pour une fois qu’il disait quelque chose de censé, le voilà assailli de critiques et contraint à un rétropédalage en col hors-catégorie. Comme d’habitude, c’est le tabloïd « The Sun » qui remporte la palme de la finesse : « Mitt the twit » (Mitt l’idiot).

Qu’a donc bien pu dire le candidat républicain pour s’attirer une telle volée de bois vert ? L’envoyé spécial de  l’Humanité que je suis peut vous répondre : la vérité, tout simplement. A peine arrivé à Londres pour y organiser des repas de collectes de fonds (personne, en revanche, n’a trouvé utile d’user de l’encre à dépeindre les relations financières du même Romney avec les pontes de la banque Barclay’s, au coeur d’un scandale financier: http://www.humanite.fr/monde/londres%C2%A0-scandale-retentissant-sur-la-city-500093 et http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2012/07/26/les-banquiers-de-barclays-pries-de-ne-pas-fricoter-avec-mitt-romney/), l’ancien gouverneur du Massachusetts a été interrogé sur les préparatifs des Jeux. Franc du collier, comme toujours, il a trouvé « troublantes », « déconcertantes » et « pas très encourageantes » les difficultés rencontrées par la grande agence de sécurité G4S qui a constaté il y a quelques jours son incapacité à remplir son contrat. Du coup, l’armée est sortie de ses casernes pour remplacer les gardes privés. Il a émis également quelques doutes sur l’engouement populaire. Là aussi, les journalistes ne peuvent que constater l’exode de centaines de milliers de Londoniens quittant la capitale anglaise pour éviter le « chaos » prévisible.

Il va sans dire que de telles évidences ne se répètent pas officiellement lorsque l’on prétend à diriger la plus puissante diplomatie du monde. Mais dans le concert ultra-consensuel – on a même entendu le premier ministre David Cameron affirmer, au détriment de la plus simple réalité, que le coût du parc olympique respectait le budget prévu ! -, voilà une brise de fraîcheur.

Hier, il est venu faire contrition face aux caméras : « Mais après deux jours ici, il me semble que Londres est prête ». Obligé de mentir: pauvre Mitt Romney.

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Tuerie d’Aurora : contre la NRA, pourquoi Obama ne dégaine pas

Si Barack Obama est sorti du bois sur le mariage gay (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260?x), il est en revanche resté bien tapi dans les buissons sur un autre sujet de société bien brûlant : le droit de port d’armes. Dans son discours de condoléances après la tuerie d’Aurora, il a même réussi à ne pas évoquer le problème qui fâche. Pourtant, comme l’écrit Georges Zornick, dans « The Nation » (http://www.thenation.com/blog/168986/colorado-shooter-likely-got-guns-ease), « quand des avions s’écrasent, on parle de la sécurité aérienne. Quand il y a des feux de forêt, on parle de la prévention de ces feux. »

Barack Obama n’a rien dit sur le sujet pour une raison toute prosaïque : il sait que les idées de contrôle des armes sont en recul malgré l’action courageuse de la Brady Campaign (http://www.bradycampaign.org/), organisation fondée par un ancien garde du corps de Reagan, blessé lors de la tentative d’assassinat de dernier en 1981 et resté paralysé depuis. En pleine période électorale, le président sortant a donc cyniquement décidé de ne pas se fâcher avec une majorité de l’opinion publique. Depuis une dizaine d’années, les partisans du « gun control » sont en recul très net. Le lobbying de la National Rifle Association (4 millions de membres, 253 millions de dollars de budget), dont le président fut l’acteur Charlton Heston (ici dans le documentaire de Michael Moore, « Bowling for Columbine » : http://www.youtube.com/watch?v=Q1iuEcu7O50) est d’une efficacité redoutable.

La pression idéologique du lobby pro-armes se lit même dans la déclaration du « press secretary » (porte-parole) de Barack Obama. Il affirme que le président veut « prendre des mesures de bon sens » dans le « respect du second amendement ». Un président qui veut respecter un amendement de la Constitution : cela n’a rien de franchement exceptionnel sauf que l’évoquer ainsi donne raison au lobby des armes à feu.

Explications.

Le droit de porter des armes est garanti par le second amendement de la Déclaration des droits, adoptée le 15 décembre 1791. Le premier amendement garantit la liberté d’expression et de religion, la liberté de la presse et le droit de s’ « assembler pacifiquement ». On voit que, dès les origines fondatrices, le droit aux armes à feu arrive en tête des priorités. La raison en est assez simple : le port d’armes généralisé a constitué un outil déterminant de l’indépendance américaine. L’armée britannique comptait 230000 hommes. Celle des colons insurgés : 20000. Même l’apport du contingent français (15000) n’aurait pas suffi à rééquilibrer les « débats » militaires. Ce qui a fait la différence, ce sont les miliciens et volontaires, soit le « peuple en armes ». Une clause préliminaire de l’amendement constitutionnel fait d’ailleurs référence à une « milice bien organisée ». Une interprétation de la Constitution insiste justement sur le fait que ce droit de porter les armes se limite à ce dernier cas, qu’il s’agit d’un droit collectif en certaines conditions. La Cour Suprême en a fait une interprétation maximaliste et estime que ce droit est individuel, dans un état d’esprit très sécuritaire. Même Barack Obama reprend cette thèse.Image

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Ce que révèle la tenue des athlètes américains : « Chimerica »

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Le débat politique américain a porté cette semaine sur la tenue officielle des athlètes aux Jeux de Londres. Non que le dessin de Ralph Lauren ait été jugé disgracieux. C’est la petite mention sur l’étiquette intérieure qui a déclenché l’orage : « Made in China ». Aussitôt découvert le lieu de fabrication, aussitôt vilipendée cette décision du comité olympique américain. Pour le sénateur démocrate de New York, Charles Schumer, « nos athlètes olympiques ne s’entraînent pas toute leur vie durant pour finir dans des tenues réalisées en Chine ». Tout aussi énervé, l’habituellement placide Harry Reid : l’élu du Nevada et chef de la majorité démocrate du Sénat et sénateur du Nevada a jugé que le Comité olympique américain devrait « avoir honte » d’une telle décision. Il a même invité à « en faire un gros tas et brûler ces vêtements ».

Il en va toujours ainsi aux Etats-Unis avec le débat sur le « made in » : il est toujours teinté de nationalisme. Dans les années 80, la puissance économique japonaise était décrite en des termes empruntant au registre du début des années 40 alors que les deux pays étaient en guerre. Depuis plusieurs années, la Chine a remplacé son voisin nippon comme symbole de la concurrence et révélateur du déclassement économique de la première puissance mondiale qui ne s’est même plus produire à la maison blazers, jupes et bérets de ces futurs médaillés olympiques.

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, c’est à celui qui fera la déclaration la plus musclée. Personne ne se hasarde pourtant à expliquer à l’opinion publique américaine de quoi il retourne exactement. L’historien Niall Ferguson et l’économiste Moritz Schularick ont inventé un néologisme pour cela : « Chimerica », fruit de la relation symbiotique de l’industrie exportatrice chinoise et de l’endettement des citoyens et du gouvernement américains.

Explications : les Américains s’endettent à titre personnel pour consommer des produits fabriqués en Chine, souvent par des multinationales US (exemple parfait avec les tenues olympiques). Le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis se creuse tandis que, effet de vase communicant, l’excédent commercial chinois gonfle, gonfle, gonfle. Ce dernier permet à l’Empire du Milieu d’accumuler des réserves de change considérables utilisées ensuite pour acheter à tour de bras des bons du Trésor américains (un quart des bons détenus à l’étranger le sont par la Chine), finançant la dette publique de l’Oncle Sam. Comme le notait déjà Emmanuel Todd, en 2002, dans « Après l’empire » : « Le monde, de plus en plus, produit pour que l’Amérique consomme ». A crédit, faut-il ajouter. Ce déficit commercial constitue une sorte de « prélèvement impérial » (Emmanuel Todd, toujours) qui repose sur le statut de puissance diplomatique et militaire des Etats-Unis autant que sur son statut de puissance financière (Wall Street) et monétaire (le dollar).

« Pour la Chine, la clé de la relation, c’est son potentiel à propulser l’économie chinoise vers l’avant, via une croissance tirée par les exportations, expliquent Ferguson et Schularick. Pour les Etats-Unis, Chimerica signifie la possibilité de consommer plus, d’épargner moins et de maintenir des taux d’intérêt bas et un taux stable d’investissement ». Toutes choses offrant un contexte presque « idéal » pour les multinationales américaines : en ce premier semestre 2012, Apple, qui sous-traite sa production en Chine, a enregistré un taux de profit stratosphérique de 30%. Médaille d’or toutes catégories. Mais l’emploi américain n’est pas convié à la cérémonie. Et c’est bien le problème du « chef de délégation », Barack Obama.

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Réforme de la santé : la « croisade » des Républicains

S’il restait une once de doute sur la détermination des Républicains à tailler en pièces la réforme de la santé de Barack Obama, elle s’est évaporée, mercredi 11 juillet, avec le vote organisé à la Chambre des Représentants. Pour la énième fois et alors que la Cour Suprême vient de donner son feu vert à la Loi sur la protection des patients et des soins abordables (son véritable intitulé), les élus Républicains ont voté un projet d’abrogation. Si le scrutin était purement symbolique, il ne faut pourtant pas y voir un rituel. Il relève d’une « croisade obstructionniste », comme le souligne le magazine « The New Yorker » (http://www.newyorker.com/online/blogs/comment/2012/07/house-votes-on-the-repeal-of-obamacare-act.html). Au-delà de l’affaiblissement ponctuel de la base parlementaire du président sortant (quelques démocrates ont joint leurs voix à celles des Républicains), le but de la manœuvre était assez simple : prouver à la base républicaine que la décision de la Cour Suprême ne mettait pas fin à la bataille et que celle-ci allait même prendre une autre dimension avec la montée en puissance de la campagne électorale. Les républicains ont réalisé un choix stratégique : ils ont décidé de faire de l’Obamacare (le surnom à connotation péjorative donné par la droite américaine à la réforme d’Obama) une question centrale du scrutin présidentiel du 6 novembre voire de transformer celui-ci en référendum sur la réforme. Ce choix illustre deux données fondamentales de la vie politique américaine que l’on retrouvera régulièrement dans ce blog :

–         La dérive droitière du parti républicain. La réforme d’Obama ne mérite pas tant d’infamie. Elle ne créée pas une « médecine socialisée », comme l’éructent les dirigeants républicains, au premier rang desquels leur candidat, Mitt Romney, qui mit en place le même type de réforme lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts (2003-2007) avant de devoir l’abjurer, cette année, sous la pression des groupes ultra-droitiers. La principale disposition de l’ « Obamacare » tient en l’obligation faite aux Américains de contracter une assurance-maladie (« mandate »), sous peine de sanctions financières. A la charge pour les compagnies privées d’accepter de délivrer un contrat, quelles que soient les conditions financières et les antécédents de la personne, ce qu’elles ne faisaient évidemment pas avant le vote de la Loi. Au grand dam des plus progressistes, cette dernière n’a pas institué l’ « option publique », proposée pendant la campagne de 2008 par Obama lui-même, qui aurait créé un système public concurrent du système privé.

–         La polarisation de l’électorat. En tapant encore, encore et encore sur cette loi-symbole, le G.O.P. (Grand old Party, surnom du parti républicain) cimente la frange la plus droitière de l’opinion publique qui se radicalise mais qui n’en devient pas plus nombreuse pour autant. De l’autre côté de l’échiquier, les électeurs démocrates se radicalisent également. « La polarisation, c’est effectivement le mot-clé de la vie politique américaine, analyse John Nichols, journaliste politique au magazine progressiste « The Nation ». Cela signifie que les Etats-Unis glissent vers la droite, ce dont tout le monde parle tout le temps, mais aussi qu’elle glisse vers la gauche ». Dans un tel contexte, la victoire revient non pas à celui qui tente de convaincre d’hypothétiques indécis mais à celui qui mobilise le mieux ses troupes. Ce qu’ont parfaitement compris les stratèges républicains. Mitt Romney s’en donne donc à cœur joie : partout, il sulfate l’Obamacare. Même dans des endroits mal choisis. Hier, il s’est ainsi fait huer lorsqu’il a de nouveau évoqué l’abrogation de la Loi devant la convention de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), la plus importante organisation de défense des droits des Noirs aux Etats-Unis.

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Le juge Roberts a-t-il vraiment rendu service à Obama ?

Après les auditions de la Cour Suprême, aucun observateur ne donnait cher de la peau de la réforme de la santé d’Obama. Les représentants des Etats républicains avaient mis en difficulté les arguments des défenseurs, peu inspirés, du gouvernement. Pire : le juge Anthony Kennedy avait assez clairement montré son opposition à la disposition centrale du « mandate » qui fait obligation à chaque Américain de contracter une assurance-maladie, sous peine de pénalités financières. Or, ce juge « centriste » fait la balance dans une Cour Suprême divisée entre quatre conservateurs et quatre « libéraux ». Mauvais temps annoncé donc pour l’Obamacare. Puis la décision est tombée jeudi : la plus haute juridiction du pays valide l’ensemble de la loi. Surprise. Double surprise lorsque l’on apprend que le juge Kennedy a voté contre et que c’est le président, le conservateur John Roberts, qui a sauvé la mise à cette loi honnie des républicains. Triple surprise même à la lecture des attendus : on découvre que John Roberts a changé son vote au tout dernier moment…

Viendra sans doute le temps des éclaircissements sur cette attitude. On peut tout de même présager que le président de la Cour Suprême a pris une décision très politique : il a estimé qu’il mettait moins en danger l’institution en laissant passer la réforme principale du mandat d’Obama qu’en la retoquant. Il a habillé ce calcul de considérations juridiques qui ne trompent personne même si elles ne rendent pas franchement service à Obama : la pénalité en cas de non-souscription a été assimilée à un impôt … ce qu’Obama nie depuis des années.

Au moins sa décision rend-elle à la politique ce qui appartient à la politique : le pouvoir de décider des conditions de la vie en société, sans la censure d’un organe judiciaire non-représentatif. La bataille autour de la réforme de la santé va donc se poursuivre sur le terrain législatif et électoral. Le 11 juillet prochain, les républicains mettront aux voix de la Chambre des représentants un texte abrogeant l’Obamacare. Vote symbolique, au fond, puisque même adoptée, cette contre-loi subirait le veto présidentiel. Etape suivante et réellement déterminante : le 6 novembre, lors du scrutin présidentiel que Mitt Romney veut transformer en véritable référendum sur l’Obamacare. Si la décision de la Cour Suprême a évidemment déçu les Républicains, elle leur offre un argument électoral de poids alors que la réforme d’Obama reste impopulaire et que ses premiers effets ne se feront pas ressentir avant 2014. De là à penser que le juge Roberts a intentionnellement fait ce cadeau empoisonné au président sortant, il y a un pas machiavélique…

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