Ce que révèle la tenue des athlètes américains : « Chimerica »

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Le débat politique américain a porté cette semaine sur la tenue officielle des athlètes aux Jeux de Londres. Non que le dessin de Ralph Lauren ait été jugé disgracieux. C’est la petite mention sur l’étiquette intérieure qui a déclenché l’orage : « Made in China ». Aussitôt découvert le lieu de fabrication, aussitôt vilipendée cette décision du comité olympique américain. Pour le sénateur démocrate de New York, Charles Schumer, « nos athlètes olympiques ne s’entraînent pas toute leur vie durant pour finir dans des tenues réalisées en Chine ». Tout aussi énervé, l’habituellement placide Harry Reid : l’élu du Nevada et chef de la majorité démocrate du Sénat et sénateur du Nevada a jugé que le Comité olympique américain devrait « avoir honte » d’une telle décision. Il a même invité à « en faire un gros tas et brûler ces vêtements ».

Il en va toujours ainsi aux Etats-Unis avec le débat sur le « made in » : il est toujours teinté de nationalisme. Dans les années 80, la puissance économique japonaise était décrite en des termes empruntant au registre du début des années 40 alors que les deux pays étaient en guerre. Depuis plusieurs années, la Chine a remplacé son voisin nippon comme symbole de la concurrence et révélateur du déclassement économique de la première puissance mondiale qui ne s’est même plus produire à la maison blazers, jupes et bérets de ces futurs médaillés olympiques.

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, c’est à celui qui fera la déclaration la plus musclée. Personne ne se hasarde pourtant à expliquer à l’opinion publique américaine de quoi il retourne exactement. L’historien Niall Ferguson et l’économiste Moritz Schularick ont inventé un néologisme pour cela : « Chimerica », fruit de la relation symbiotique de l’industrie exportatrice chinoise et de l’endettement des citoyens et du gouvernement américains.

Explications : les Américains s’endettent à titre personnel pour consommer des produits fabriqués en Chine, souvent par des multinationales US (exemple parfait avec les tenues olympiques). Le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis se creuse tandis que, effet de vase communicant, l’excédent commercial chinois gonfle, gonfle, gonfle. Ce dernier permet à l’Empire du Milieu d’accumuler des réserves de change considérables utilisées ensuite pour acheter à tour de bras des bons du Trésor américains (un quart des bons détenus à l’étranger le sont par la Chine), finançant la dette publique de l’Oncle Sam. Comme le notait déjà Emmanuel Todd, en 2002, dans « Après l’empire » : « Le monde, de plus en plus, produit pour que l’Amérique consomme ». A crédit, faut-il ajouter. Ce déficit commercial constitue une sorte de « prélèvement impérial » (Emmanuel Todd, toujours) qui repose sur le statut de puissance diplomatique et militaire des Etats-Unis autant que sur son statut de puissance financière (Wall Street) et monétaire (le dollar).

« Pour la Chine, la clé de la relation, c’est son potentiel à propulser l’économie chinoise vers l’avant, via une croissance tirée par les exportations, expliquent Ferguson et Schularick. Pour les Etats-Unis, Chimerica signifie la possibilité de consommer plus, d’épargner moins et de maintenir des taux d’intérêt bas et un taux stable d’investissement ». Toutes choses offrant un contexte presque « idéal » pour les multinationales américaines : en ce premier semestre 2012, Apple, qui sous-traite sa production en Chine, a enregistré un taux de profit stratosphérique de 30%. Médaille d’or toutes catégories. Mais l’emploi américain n’est pas convié à la cérémonie. Et c’est bien le problème du « chef de délégation », Barack Obama.

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