Réforme de la santé : la « croisade » des Républicains

S’il restait une once de doute sur la détermination des Républicains à tailler en pièces la réforme de la santé de Barack Obama, elle s’est évaporée, mercredi 11 juillet, avec le vote organisé à la Chambre des Représentants. Pour la énième fois et alors que la Cour Suprême vient de donner son feu vert à la Loi sur la protection des patients et des soins abordables (son véritable intitulé), les élus Républicains ont voté un projet d’abrogation. Si le scrutin était purement symbolique, il ne faut pourtant pas y voir un rituel. Il relève d’une « croisade obstructionniste », comme le souligne le magazine « The New Yorker » (http://www.newyorker.com/online/blogs/comment/2012/07/house-votes-on-the-repeal-of-obamacare-act.html). Au-delà de l’affaiblissement ponctuel de la base parlementaire du président sortant (quelques démocrates ont joint leurs voix à celles des Républicains), le but de la manœuvre était assez simple : prouver à la base républicaine que la décision de la Cour Suprême ne mettait pas fin à la bataille et que celle-ci allait même prendre une autre dimension avec la montée en puissance de la campagne électorale. Les républicains ont réalisé un choix stratégique : ils ont décidé de faire de l’Obamacare (le surnom à connotation péjorative donné par la droite américaine à la réforme d’Obama) une question centrale du scrutin présidentiel du 6 novembre voire de transformer celui-ci en référendum sur la réforme. Ce choix illustre deux données fondamentales de la vie politique américaine que l’on retrouvera régulièrement dans ce blog :

–         La dérive droitière du parti républicain. La réforme d’Obama ne mérite pas tant d’infamie. Elle ne créée pas une « médecine socialisée », comme l’éructent les dirigeants républicains, au premier rang desquels leur candidat, Mitt Romney, qui mit en place le même type de réforme lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts (2003-2007) avant de devoir l’abjurer, cette année, sous la pression des groupes ultra-droitiers. La principale disposition de l’ « Obamacare » tient en l’obligation faite aux Américains de contracter une assurance-maladie (« mandate »), sous peine de sanctions financières. A la charge pour les compagnies privées d’accepter de délivrer un contrat, quelles que soient les conditions financières et les antécédents de la personne, ce qu’elles ne faisaient évidemment pas avant le vote de la Loi. Au grand dam des plus progressistes, cette dernière n’a pas institué l’ « option publique », proposée pendant la campagne de 2008 par Obama lui-même, qui aurait créé un système public concurrent du système privé.

–         La polarisation de l’électorat. En tapant encore, encore et encore sur cette loi-symbole, le G.O.P. (Grand old Party, surnom du parti républicain) cimente la frange la plus droitière de l’opinion publique qui se radicalise mais qui n’en devient pas plus nombreuse pour autant. De l’autre côté de l’échiquier, les électeurs démocrates se radicalisent également. « La polarisation, c’est effectivement le mot-clé de la vie politique américaine, analyse John Nichols, journaliste politique au magazine progressiste « The Nation ». Cela signifie que les Etats-Unis glissent vers la droite, ce dont tout le monde parle tout le temps, mais aussi qu’elle glisse vers la gauche ». Dans un tel contexte, la victoire revient non pas à celui qui tente de convaincre d’hypothétiques indécis mais à celui qui mobilise le mieux ses troupes. Ce qu’ont parfaitement compris les stratèges républicains. Mitt Romney s’en donne donc à cœur joie : partout, il sulfate l’Obamacare. Même dans des endroits mal choisis. Hier, il s’est ainsi fait huer lorsqu’il a de nouveau évoqué l’abrogation de la Loi devant la convention de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), la plus importante organisation de défense des droits des Noirs aux Etats-Unis.

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