Archives mensuelles : août 2012

La seule façon pour Romney de l’emporter…

Discours attendu, discours convenu. Mitt Romney n’avait pas à inventer l’eau chaude, jeudi soir, pour sa prestation face à la convention républicaine. Simplement décliner la stratégie du parti : taper Obama, taper Obama, taper Obama. C’est, certes, de « bonne guerre » face à un adversaire empêtré dans la plus grave crise économique du pays depuis les années 30 et qui, de plus, a déçu une frange importante de son électorat. Mais, pour le parti républicain, ce n’est pas seulement un angle d’attaque « facile » : c’est le seul qu’il a, à sa disposition. Croit-on vraiment que Romney-Ryan vont convaincre une majorité d’électeurs américains sur la base du programme le plus droitier depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Non, le seul moyen pour le parti de l’éléphant de l’emporter est de démobiliser le camp démocrate, pousser les électeurs de 2008 à ne pas retourner aux urnes.

Nombre de commentateurs accordent une place trop importante à ces électeurs changeants (swing voters) et aux « indépendants » (qui ne le sont pas vraiment puisqu’ils se disent eux-mêmes plus proches d’un camp que de l’autre). Peu des « obamistes » de 2008 deviendront des « romneyistes » en 2012.

Comme à chaque scrutin aux Etats-Unis (et en France, d’ailleurs), ce qui fera la différence en novembre 2012 sera la capacité de chaque candidat à mobiliser sa base, son électorat « naturel ».

Repartons du scrutin de 2008 pour jauger des forces révélées cette année-là. Il s’est beaucoup écrit que Barack Obama et les démocrates avaient bénéficié, d’une « fenêtre de tir » historique avec la conjugaison de la pathétique fin du mandat de Bush fils et du déclenchement de la crise. Cette explication peut paraître frappée au coin du bon sens mais elle est… erronée.

Regardons les chiffres. John Mc Cain, le candidat républicain en 2008, a recueilli 60 millions de suffrages (soit 45,6% des exprimés) contre 62 (50,7%) à Bush en 2004. Entre les deux scrutins, l’électorat républicain ne s’est érodé que de 3,22%…

Par comparaison, Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, 23% des voix de droite de 2007. Revenons aux Etats-Unis. Si Obama n’avait pas fait mieux que John Kerry (59 millions de voix), il aurait été battu. Le sénateur de l’Illinois en a récolté dix millions de plus (et 18 millions de plus que Gore en 2000 pour 19 millions d’inscrits supplémentaires), grâce notamment à la mobilisation sans précédent des jeunes et des « minorités » (Africains-Américains et Latinos). Barack Obama a donc attiré 69,5 millions des suffrages exprimés : 52,87% des suffrages exprimés. Le taux de participation s’est élevé à 75% soit le plus élevé depuis 1992 et la défaite du président sortant George Bush face au candidat démocrate Bill Clinton.

Le sénateur de l’Illinois a engrangé 39,33% des inscrits, ce qui en fait le président le mieux élu depuis Ronald Reagan en 1984 mais il s’agissait alors d’une réélection. Si l’on s’en tient à une « première », Barack Obama a été le mieux élu depuis Lyndon Johnson, un autre démocrate, en 1964. Encore faut-il considérer que ce dernier occupait la fonction depuis l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un an plus tôt, et que la loi sur les droits civiques (promulguée le 2 juillet de la même année, alors que le scrutin présidentiel se déroule en novembre) n’avait pas encore pu produire ses effets en termes d’inscription des Noirs sur les listes électorales. Si l’on rapporte le nombre de voix obtenus à la population en âge de voter, le taux baisse, par définition (puisque l’on y inclut ceux qui ne sont pas inscrits, dont la population carcérale, surdimensionnée aux Etats-Unis) mais on dresse la même conclusion : depuis la fin de la ségrégation, jamais une telle majorité ne s’était rassemblée pour porter un candidat à la Maison Blanche.

Le résultat de l’élection de 2008 n’est donc pas le produit d’un vote-sanction (même si certains électeurs ont ainsi voulu clore l’ère Bush) mais la résultante d’une adhésion à une rhétorique de l’espoir et du changement ainsi que de la perspective historique d’élire pour la première fois un Noir à la Maison Blanche. Que le mandat de Barack Obama ne se soit pas hissé à la hauteur de ces immenses espérances est une chose, réelle au demeurant. Que la majorité de 2008 se soit évaporée pour autant en est une autre, irréelle celle-là.

Même la débâcle démocrate de mi-mandat (la « raclée », selon les propres mots d’Obama) n’invalide pas ce postulat du scrutin 2012. Les démocrates ont en effet subi leur plus grand revers parlementaire depuis 1938, perdant le contrôle de la Chambre des représentants. On a pu lire que l’Amérique avait soudainement viré à droite. Vrai si l’on résonne à volumes constants. Faux, en réalité. 82 millions d’Américains sont allés aux urnes pour ce scrutin contre 130 pour la présidentielle. Les plus représentés parmi les abstentionnistes : les « libéraux » (au sens américain), les jeunes, les Noirs et les Latinos, bref, des démocrates. CQFD. Demeure la grande question de cette année d’élection présidentielle : sachant qu’il ne faut surtout pas compter sur une démobilisation du camp républicain, plus que jamais soudé par l’anti-obamisme, comment Barack Obama va-t-il s’y prendre pour reformer sa grande coalition électorale de 2008 ?

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Romney plus à droite que Reagan : la dérive du parti républicain

On ne résiste pas au plaisir de vous livrer l’attaque du papier de Michael Cooper, paru ce jour dans le New York Times (version complète: http://www.nytimes.com/2012/08/29/us/politics/republican-platform-takes-turn-to-right.html?hp)Image:

« Une plateforme déclare que les Hispaniques et autres ne devraient pas être « interdits d’accès à l’éducation et à l’emploi parce que l’Anglais n’est pas leur première langue ». Elle met en lumière le besoin de transports de masse dans les villes « sûrs et abordables », notant que « les transports de masse offrent une perspective d’économies d’énergie ». Et elle écrit en préambule de son chapitre sur l’avortement : « Nous reconnaissons des points de vue différents parmi les Américains en général – et dans notre propre parti ».

L’autre plateforme dit que « nous soutenons l’Anglais comme langue officielle de la nation (ce qu’elle n’est pas, NDLR) ». Elle gronde l’administration démocrate pour avoir « remplacé l’ingénierie civile par l’ingénierie sociale en poursuivant exclusivement une vision urbaine d’habitat dense et de déplacements publics ». Et son chapitre sur l’avortement ne reconnaît aucune contestation, affirmant la position que « les enfants non-nés ont un droit fondamental à la vie qui ne peut pas être enfreint ».

Non, ces deux plateformes ne sont pas celles des partis démocrate et républicain. Elles sont toutes les deux républicaines : la première date de 1980, à l’aube de la révolution Reagan, et la seconde de 2012 a été approuvée mardi après-midi à Tampa, Florida ».

Romney plus à droite que Reagan : la dérive droitière du parti républicain se lit, en effet, à chaque ligne des 62 pages de la plateforme directement inspiré des thèses des Tea Parties, la plus à droite de l’histoire du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) depuis l’avènement du New Deal de Roosevelt.

 

Réduction des dépenses publiques

Ce n’est évidemment pas une surprise : les Républicains proposent de réduire la dette et de faire voter des budgets « à l’équilibre ». La plateforme propose de réduire de manière drastique les dépenses fédérales mais, de manière surprenante, aucun objectif chiffré n’est posé noir sur blanc. Il faut donc en déduire que c’est le fameux « plan Ryan », concocté il y a deux ans par le représentant du Wisconsin, désormais second de Mitt Romney sur le ticket républicain, qui s’appliquerait. Pour mémoire, il propose de réaliser 6000 milliards d’économies durant les dix prochaines années.

Le dépeçage de Medicare

Il ne faut pas aller chercher bien loin les sources d’économies. Quelques lignes plus bas, le texte stipule que Medicare (programme de protection sociale des plus de 65 ans), Medicaid (programme de protection sociale des enfants pauvres et de leurs mères), tous deux créés dans les années 60, et la « Social Security » (système public de retraites, issu des années 30) représentent près de la moitié des dépenses publiques. Le parti républicain propose de relever l’âge d’éligibilité de ce programme et de remplacer la couverture universelle pour les « seniors » par un système de « vouchers » (bons) à utiliser auprès des compagnies d’assurances privées. Cela porte un nom: privatisation.

 

La mort lente de l’impôt progressif sur le revenu

Le chapitre sur l’impôt est l’un des plus illustratifs de la dérive continue du parti républicain. On peut y lire cette phrase : « Les impôts, par leur nature, réduisent la liberté du citoyen ». Cette assertion est, historiquement, libertarienne non républicaine. « L’impôt est une entrave à la liberté », avait déjà asséné Mitt Romney lors de la campagne des primaires. John Jay, père fondateur et premier président de la Cour Suprême, y voyait, au contraire, le « prix de la liberté, de la paix, de notre propre sécurité et de la postérité ».

« Nous rejetons l’utilisation de l’impôt pour redistribuer les revenus », est-il encore écrit dans le texte de 62 pages. Au menu : étendre les allégements fiscaux (pour les plus riches, NDLR) votés sous Bush en 2001 et 2003, mettre fin à aux droits de succession. Il est même envisagé, dans le cadre d’une réforme ultérieure, d’abroger le seizième amendement de la Constitution qui a établi en 1913 l’impôt sur le revenu fédéral.

Guerre aux syndicats

Sous le vocable « liberté sur le lieu de travail », le parti républicain assume la guerre qu’il a déclarée aux organisations syndicales (http://www.humanite.fr/monde/dans-le-wisconsin-les-republicains-sur-les-lieux-de-leur-tentative-de-crime-493694). Après un hommage rendu aux gouverneurs qui ont tenté de faire passer des législations limitant le droit de négociation collective des syndicats, le GOP annonce qu’il s’attaquera, une fois élu, au processus (très compliqué, au demeurant) de constitution de syndicats dans les usines, bureaux ou magasins.

Société : l’ordre moral évangélique

Pour la première fois, une plateforme du parti républicain propose d’interdire, au nom de la sainteté de la vie humaine », l’avortement en toute circonstance, donc même en cas de viol ou d’inceste. L’arrêt de la Cour Suprême, Roe v Wade, rendu en 1973 considère, en revanche, l’avortement comme un droit constitutionnel. Interdiction programmée également du mariage gay – « un assaut contre les fondations de notre société ». Autorisation sans limites, en revanche, du port d’armes. Le programme républicain propose également la « présentation publique des dix commandements ». On attend donc avec impatience le rappel par un élu républicain devant un congrès du NRA (National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu), du sixième d’entre eux : « Tu ne tueras point ».

Politique étrangère : le retour des « néos-cons »

Avec le départ, dans l’opprobre, de George W. Bush, on croyait les néo-conservateurs condamnés à l’errance durant des décennies. Voilà que leur idéologie resurgit. Soutien indéfectible à Israël avec Jérusalem pour capitale. Critiques de la tentative de nouveau départ (« reset ») des relations avec la Russie par l’administration Obama. Plus généralement, leçons de démocratie dispensées à la terre entière. Avec, en point d’orgue, cette « pépite » sur la Chine : « L’exposition aux Chinois de notre mode de vie peut être la plus grande force pour le changement dans leur pays ».

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Déluge ultra-droitier annoncé sur Tampa

L’ouragan Isaac a finalement épargné Tampa mais la ville sera bien frappée dès ce soir par un déluge ultra-droitier. Cette convention républicaine s’annonce effectivement comme l’une des plus à droite de l’histoire. Elle s’apprête même à décrocher le pompon de la plus « ultra » des grands-messes du parti fondé par Abraham Lincoln.

Les premiers échos concernant la plate-forme qui sera adoptée en conclusion des trois jours de débat le confirment : l’assaut général est décrété contre les conquêtes sociales et sociétales de ce dernier demi-siècle.

En choisissant Paul Ryan, champion des « Tea Parties », comme second, Mitt Romney n’a pas seulement donné des gages à la base ultra-conservatrice du parti républicain qui le considère encore et toujours comme trop « modéré ». Il a également proposé un cap au pays : en finir avec ce qui reste du « New Deal » de Franklin Delano Roosevelt et de son enfant des années 60, la « Grande société » de Lyndon Johnson. Le représentant du Wisconsin est en effet l’auteur d’un « plan » pour le moins « radical » (au moins dans sa propre logique) : 6000 milliards d’économies à réaliser dans la décennie à venir via des coupes faramineuses dans tous les budgets fédéraux et la privatisation partielle (dans un premier temps) de Medicare, le programme de protection sociale des plus de 65 ans. Le camp Obama a affublé le député Ryan du sobriquet de « Robin des Bois à l’envers ».

Côté société, le parti républicain va poursuivre sa croisade contre les droits des femmes, notamment celui de disposer de son corps. La semaine dernière, Todd Akin, le candidat républicain pour l’un des sièges de sénateurs du Missouri, avait encore franchi un cran en estimant qu’il était « très rare » qu’une femme se trouve enceinte suite à un viol puisque son corps réagit « naturellement » et « a des moyens d’empêcher la fécondation ». Face au tollé, Romney avait pris ses distances. L’ultraconservateur du Missouri ne sera pas de la convention de Tampa mais son esprit sera bien présent dans le programme officiel du parti. On devrait y retrouver la proposition d’apporter à la Constitution des Etats-Unis un « amendement sur la vie humaine » et un « salut » à tous les Etats qui multiplient les obstacles. Le parti républicain devrait donc prendre position contre l’avortement même en cas de viol ou d’inceste. Lors de la campagne des primaires, Mitt Romney s’était prononcé pour que la Cour Suprême infirme l’arrêt Roe v. Wade rendu en 1973 par cette même Cour et qui reconnaissait l’avortement comme un droit constitutionnel…

Dès vendredi, Mitt Romney et Paul Ryan aborderont, sans doute, les deux derniers mois de la campagne avec une organisation ragaillardie, malgré des divisions profondes, et soudée, au moins par l’envie de bouter Obama hors de la Maison Blanche. Seul petit « problème » pour le ticket républicain: comment rendre majoritaire dans les urnes un projet politique et idéologique minoritaire dans le pays ? (voir http://www.humanite.fr/monde/la-seule-facon-pour-romney-de-l%E2%80%99emporter-face-obama-497554)

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Paul Ryan : l’erreur de Romney

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Mitt Romney vient de faire la même erreur que John McCain en 2008 : choisir un candidat qui plaît à la base du parti républicain. Le candidat du GOP a annoncé, samedi, à bord du cuirassé « USS Wisconsin », qu’il avait choisi pour compléter le ticket, Paul Ryan, représentant du… Wisconsin, conservateur fiscal, chouchou des « Tea Parties ». L’ancien gouverneur du Massachusetts y est allé de sa désormais traditionnelle gaffe en le présentant comme le « prochain président des Etats-Unis ». Pour cela, il faudrait que deux conditions soient remplies : 1. Que Romney soit élu en novembre. 2. Qu’il décède au cours de son mandat !

Revenons aux choses sérieuses. Comme John McCain, en 2008, Mitt Romney pâtit d’une réputation de « tiède » et de « modéré » au sein du « bloc évangélique » et de l’ultra-droite qui font la pluie et le beau temps au sein du parti républicain. Comme John McCain, il a donc décidé de se « couvrir » sur sa droite. Le candidat de 2008 avait, à la surprise générale, choisi Sarah Palin, l’ultra-droitière gouverneur de l’Alaska qui s’était aussitôt lancé dans un festival de déclarations à l’emporte-pièce et de bourdes plombant le ticket. Certes Paul Ryan, représentant depuis 1999, a un profil plus « sérieux ».

Cela ne change rien à l’affaire de Romney : avec Ryan, il déporte le ticket républicain vers la droite de l’échiquier politique. Cela lui assurera une convention républicaine de toute tranquillité mais compliquera sa tâche en novembre. L’homme qu’il a choisi à ses côtés propose de réaliser 6000 milliards d’économies durant les dix prochaines années. Sa recette : des coupes faramineuses dans les budgets fédéraux. Surtout ne pas augmenter les impôts pour les plus riches, pour lesquels celui qui est surnommé par le camp adverse « le Robin des Bois à l’envers » a voté des exonérations massives sous la présidence de Bush. Il entend même s’attaquer à Medicare, le programme de protection sociale des plus de 65 ans, certes coûteux mais efficace et populaire. Les groupies du Tea Party sont aux anges mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces idées-là ne sont pas populaires aux Etats-Unis. Elles le sont même de moins en moins, comme le prouvent de nombreuses enquêtes d’opinion. Le premier effet probable de l’annonce du ticket républicain ? Remobiliser un électeur d’Obama en 2008 déçu par la présidence de ce dernier mais effrayé par la bande d’ultra-conservateurs qui frappent à la porte de la Maison-Blanche.

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