Archives mensuelles : janvier 2013

Obama II : du contenu dans le discours

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En attendant une analyse plus fouillée du second discours d’investiture de Barack Obama, voici ma première impression.

Si Barack Obama met en œuvre ce qu’il a évoqué, ou tout au moins s’il lance des politiques amorçant des processus en ce sens, alors sa présidence pourrait s’avérer réellement transformatrice.

Le président réélu a discouru sur la nécessité de s’attaquer au changement climatique, de procéder à une réforme de l’immigration, de ne pas laisser la législation sur les armes à feu en l’état, de faire en sorte que les gays disposent de droits égaux dans la loi… Il s’est également posé en défenseur des systèmes Medicare et Medicaid, assurances-santé pour les seniors et les enfants pauvres. L’hôte de la Maison-Blanche a également fait une référence directe aux inégalités croissantes : « notre pays ne peut pas réussir quand une minorité de plus en plus restreinte se porte bien tandis qu’un nombre grandissant y arrivent à peine ».

Enfin, en matière de politique étrangère, il a lâché cette phrase lourde de sens sur la possibilité et la nécessité de transformer d’anciens ennemis en amis. Qu’avait-il à l’esprit ? Israël-Palestine ? Iran-Etats-Unis ? Les deux ? Soulignant que la sécurité et la paix ne requéraient pas « une guerre perpétuelle, il a déclaré, de façon tout à fait claire: « Personne n’a plus intérêt à un monde en paix que le pays le plus puissant ».

Des mots, des mots, certes. Mais des engagements, de fait. Et pour passer aux actes, il a rappelé aux citoyens qu’ils avaient l’obligation « de définir les débats de notre temps, pas uniquement avec les bulletins que nous mettons dans l’urne, mais avec les voix que nous élevons dans la défense de nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables ». Question : comment Barack Obama s’y prendra-t-il pour faire suivre d’effets cet  appel à ce que les Américains se mêlent de politique pour contourner l’obstructionnisme des républicains ?

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L’analyse des résultats définitifs des scrutins du 6 novembre

ImageAlors que Barack Obama va prêter serment pour un second mandat, lundi 21 janvier, retour sur le sens du vote des Américains.

Participation « forte »

L’abstention a augmenté depuis 2008 mais pas si fortement que ne le laissaient supposer les derniers sondages avant le vote : on compte 129, 134, 843 millions de bulletins exprimés (l’ouragan Sandy est responsable d’un million de voix manquantes environ) contre 131,463,122, soit un taux de participation de 72,5% des électeurs inscrits contre 74,4% lors du précédent scrutin précédent. Le phénomène de non-inscription sur les listes électorales étant massif aux Etats-Unis, les spécialistes mesurent par rapport à la population en âge de voter (PAV). En 2008, cela donnait 58,3%. Nous ne disposons pas encore du chiffre pour cette élection mais il devrait être inférieur. 2008 et 2012 (ainsi que 2004) s’inscrivent dans la moyenne plutôt haute des participations électorales de ces trente dernières années. Après les années Bush père-Clinton, les mandats de « W. » Bush, très « clivants », ont eu pour conséquence de remobiliser l’électorat.

Nette victoire de Barack Obama

Le président sortant a 65,9 millions de voix, en recul de 3,5 millions par rapport à 2008 (69,5 millions). Il est le premier président depuis Eisenhower à obtenir plus de 51% des voix lors de ses deux élections (52,87% en 2008, 51,03% en 2012). Ces chiffres confirment l’analyse de certains chercheurs (dont Ruy Teixeira) qui avaient prédit l’émergence d’une majorité durable pour le parti démocrate, conséquence des bouleversements démographiques qui voient la part des WASP (blancs anglo-saxons protestants) décliner au profit de celle des minorités (37% de la population), dont les Latinos sont désormais les plus importants représentants avec 16% de la population. Ils ont constitué 10% de l’électorat de novembre dernier et ont voté à 72% pour Obama et 27% pour Romney. C’est grâce à ce vote que le président sortant est réélu.

Le bon score d’Obama est à mettre au crédit du « vote » stratégique d’électeurs déçus (dont de  nombreux Latinos) par son premier mandat mais qui n’ont pas voulu, pour autant, la victoire de l’ultra-droitier parti républicain. Cette mobilisation de dernière minute est particulièrement visible dans les « swing states » où l’abstention a été moins forte (sauf dans l’Ohio industriel) en 2012 qu’en 2008 (contrairement à l’évolution nationale),

Le plafond républicain

60,5 millions de suffrages pour Bush en 2004. 59,9 pour McCain en 2008 et 60,9 pour Romney : alors que la population américaine a augmenté de 35 millions d’habitants en dix ans et le nombre d’électeurs enregistrés de dix millions, l’électorat républicain stagne. La force (de nuisance) du parti de l’éléphant, réside dans la mobilisation permanente et la cohérence de sa base sociale. Son « petit » problème est que cette-dernière, dont les Blancs évangéliques sont le pilier, est en déclin numérique.

Parlement : les démocrates majoritaires en voix mais minoritaires en sièges

Les candidats démocrates ont obtenu, aux élections à la Chambre des représentants qui se sont déroulées le même jour que le scrutin présidentiel, 1,4 millions de voix de plus que leurs adversaires. Pourtant, ces derniers ont gardé leur majorité (233 à 200 malgré une perte de neuf sièges). L’explication ? Le redécoupage électoral. Après le recensement de la population de 2010, les Etats les plus dynamiques démographiquement (dans le Sud notamment) ont gagné des sièges. Les législatures et gouverneurs républicains qui y sont en place, chargés de la nouvelle carte électorale, ont sorti les ciseaux de compétition. Exemple : le Texas qui a gagné 4 sièges grâce à un boom démographique dont les Latinos, qui votent massivement démocrate, comptent pour 80%. Le parti républicain a gagné trois des quatre nouvelles circonscriptions dont il faut voir le dessin tortueux pour comprendre tout le mal que les « charcuteurs » se sont donnés (voir ci-dessous l’exemple de l’aire métropolitaine de Dallas)… Voilà comment un parti minoritaire lors des scrutins de novembre peut bloquer la politique américaine.

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Dernier appel: débat mercredi 16 octobre à Montpellier

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Armes à feu: la surprenante enquête

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315 millions d’armes pour 320 millions d’Américains : l’affolante statistique, (re)découverte après le massacre de Newton, nous avait presque collectivement poussés à penser que tous les Américains étaient des dingues des « guns », presque tous « coupables ». Et voici qu’une enquête bouscule une idée reçue. Plus même, les données de la dernière livraison du General Social Survey (GSS), grande enquête sociologique réalisée depuis 1972 par le National Opinion Research Center (NORC) de l’Université de Chicago, et présentées par le Violence Policy Center, une fondation favorable au contrôle des armes (http://www.vpc.org/) nous indique que de moins en moins d’Américains possèdent une arme à feu. Vous avez bien lu, oui. En 2010 (date de la réalisation de l’étude qui vient de sortir), 20% des Américains étaient détenteurs d’une de ces armes contre 30% en 1985 à son plus haut. Une arme se trouve ainsi dans 32% des foyers (contre 54% en 1977).

Un certain nombre de facteurs expliquant cette spectaculaire décroissance sont ensuite.

Le vieillissement de la population détentrice d’armes – des hommes blancs, et le peu d’intérêt des jeunes pour les armes.

La fin de la conscription militaire.

Le recul de la pratique de la chasse.

Les mesures qui limitent l’utilisation des armes.

On pourrait ajouter aussi : la baisse de la part des Blancs dans la population.

La question vient alors naturellement : pourquoi ce blocage américain sur les armes alors que la base sociale de ces utilisateurs baisse ?

Pour esquisser une réponse, voici : la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby (plus des fabricants que des possesseurs, d’ailleurs) a incontestablement marqué des points idéologiques et politiques dans la bataille d’interprétation du second amendement. Celui-ci dit : « Une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit du peuple à détenir et porter une arme ne doit pas être enfreint. » Le lobby y voit un droit « personnel » de chaque Américain. C’est cette lecture qui a été reprise dans une loi votée sous Reagan. Car, oui, l’affaire est récente. Elle ne date pas des Pères fondateur ou du Far West. La lutte idéologique de la NRA a participé de la (contre) révolution conservatrice lancée au début des années 70.Mais à l’instar du conservatisme américain à bout de souffle, la NRA ne dispose plus d’une majorité. Une carte de la possession d’armes (voir ci-dessus) nous éclaire assez rapidement : le « pays des armes » est principalement celui qui vote Romney. C’est aussi le « pays de la Bible ». Le Sud et les grandes plaines. Ce même « bloc évangélico-conservateur » défait, une fois de plus, dans les urnes, qui va tenter par l’obstruction des élus républicains au Congrès, d’empêcher des évolutions législatives alors que des évolutions réelles dans le pays ont déjà eu lieu.

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Débat à Montpellier le 16 janvier

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Falaise fiscale : deux, trois choses sur l’acte I

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La grosse frayeur est passée : les Etats-Unis n’abordent pas l’année  en situation de défaut de paiement. Mais l’accord trouvé in extremis ne donne que deux mois de répit : fin février, la question du plafond de la dette se reposera. En attendant l’acte II, que retenir de l’acte I ?

–          Mini-défaite pour les Républicains.

On aurait pu aussi écrire : mini-victoire pour Obama. Mais comme ce sont les Républicains qui détiennent la majorité au Congrès et qui ont décidé de faire de l’obstruction systématique, prenons le compromis dans ce sens-là. 238 représentants et 41 sénateurs membres du Grand Old Party avaient en effet signé « l’engagement de Norquist », du nom de l’ultra-conservateur républicain. L’engagement ? Refuser toute hausse d’impôt fédéral, quelle qu’elle soit. Certains des appelants se sont déjugés et ont voté l’accord qui s’est dessiné à l’heure du réveillon. Les impôts augmenteront bien pour les familles gagnant plus de 450.000 dollars par an (400.000 pour un célibataire). Le relèvement est modeste (de 35 à 39% pour les revenus salariaux et de 15 à 20% sur les dividendes). Durant sa campagne, Barack Obama avait fixé le seuil à 250.000 dollars. Il a transigé mais on peut légitimement considérer qu’il a marqué un point sur le principe même si l’épisode signe un énième échec de sa stratégie de recherche de solutions « bipartisanes ».

–          Confirmation de la polarisation croissante de la vie politique

Si quelques républicains – des sénateurs, surtout – ont abandonné en rase campagne la vache la plus sacrée de leur parti, une immense majorité des élus ont refusé de transiger. On peut trouver l’une des explications dans une enquête récente de Nate Silver, le « M. Sondage » du New York Times (http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/2012/12/27/as-swing-districts-dwindle-can-a-divided-house-stand/?emc=eta1). En 2012, le nombre de circonscriptions disputées n’a jamais été aussi faible (35 contre en 1992) et celui des districts ultra-bleus ou ultra-rouges jamais aussi élevé : 117 pour les démocrates (contre 65 en 1992) et 125 pour les républicains (58 en 1992). A Washington, les députés sont en quelque sorte les porte-paroles fidèles de leurs électeurs, nous dit le journaliste. Le redécoupage de 2010, effectué suite au recensement de la population, a renforcé l’homogénéité sociale et politique des districts électoraux. La seule chose que peut craindre un représentant républicain élu avec 75% des suffrages c’est d’être concurrencé sur sa droite lors des prochaines primaires s’il ne s’avère pas assez ferme sur les « fondamentaux ». Comme les représentants sont élus tous les deux ans…  Et comme les électeurs républicains se radicalisent… Le processus vaut aussi pour le côté démocrate de l’échiquier, aussi bien avec la radicalisation des électeurs eux-mêmes (voir dans le précédent post la façon dont les démocrates déclarés abordent le sujet de la falaise fiscale : https://presidentiellesamericaines.com/2012/12/26/mur-fiscal-ce-quen-pensent-les-americains/) que des députés. Les rangs du « caucus » progressiste au Congrès, créé en 1991 (http://cpc.grijalva.house.gov/), n’ont jamais été aussi bien garnis. Il est désormais le plus important « caucus » parmi les élus démocrates tandis que le caucus des « blue dogs » (démocrates conservateurs) est passé en quelques années de 54 à 14… Pour information, le graphique en tête du poste montre que les courbes de la polarisation à la chambre des représentants celle des inégalités sociales (mesurées par le coefficient de Gini) s’épousent parfaitement, comme les travaux de Nolan McCarty, Keith T. Poole et Howard Rosenthal l’ont mis en lumière dès 2006 (voir http://voteview.com/polarized_america.htm). Pour un tableau complet de cette polarisation : http://www.people-press.org/files/legacy-pdf/06-04-12%20Values%20Release.pdf.

– Comme les économistes prévoient un accroissement des inégalités dans les années à venir…

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