Archives de Catégorie: Non classé

Sur les pas de l’Amérique et d Ali

(Article publié dans l’Humanité du 6 juin 2016.)

De Cassius à Mohamed, de l’Amérique d’hier à celle d’aujourd’hui, voyage depuis sa ville natale, Louisville, à New York, la « grosse pomme » des boxeurs, en passant par Miami, où il devint champion du monde.

 

Ali1« Je suis allé à l’école avec Mohamed Ali ». A Louisville, tout le monde a dû aller à l’école avec Cassius Clay (c’est ainsi qu’il s’appelait encore). «Enfin, mon frère surtout ». Enfin, peu importe. Miles Wilbur est l’un des premiers noirs à avoir été embauché chez Ford dans les années 60 et c’est bien ça, le plus important. « En 1967, précisément », alors que l’enfant le plus célèbre de Louisville (prononcez Louiville ou même Louville, pour paraître du coin) purgeait une suspension pour son refus d’aller tirer sur ses « les Vietcong qui ne l’avaient jamais traité de nègre…. »

Il nous a raconté son histoire, un jour de repas des retraités de l’UAW, le syndicat de l’automobile, local 862, celui de l’usine Ford de Louisville, Kentucky, ouverte en 1955. «Je peux vous dire que ce n’était pas facile à l’époque. » A l’usine aussi ? « A l’usine aussi, opine-t-il. Mais ma priorité était de travailler, alors je me suis accroché. On était pas nombreux au département peinture : cinq noirs, pas plus.» Debout, à ses côtés pour témoigner des « sixties », Noodles MacDonald, petite dame blanche aux cheveux gris, le relance : « Les chefs t’en ont fait voir ? »

Miles : « Non, les gars sur la chaîne. » Silence pesant.

Noodles, un peu embarrassée: « Enfin, tu sais les gars quand ils ont vu rentrer les femmes dans l’usine dans les années 70, ils n’étaient pas contents non plus. »

Miles : « Mais nous, ça n’était pas que dans l’usine, tu sais. » Oui, elle sait mais elle préfère oublier.

Celui qui a, pendant trente ans, donné des couleurs aux modèles Ranger, Bronco ou Explorer, la rassure : « Ca a changé, quand même. On est toujours séparés mais ça a changé… » Miles feint une tâche urgente pour ne pas alourdir le climat et, sans doute, éviter la question : « Et dans le syndicat ? ». La réponse eut, sans doute, été : « Compliqué mais mieux que dans le reste de la société. »

En nous raccompagnant, Mary Briscoe, l’une des responsables des retraités de l’UAW, dit juste : « Ca n’était pas facile. Mais moi, je ne vivais pas cela directement. J’habitais dans le sud de l’Indiana et nous n’avions pas ce genre de problème ». L’Indiana, c’est juste de l’autre côté de la rivière Ohio, mais un autre monde déjà. Louisville est la dernière ville du Sud, le dernier nuage grondant de l’asservissement qu’ont vu des esclaves franchissant la frontière vers la liberté.

« Ca a changé, quand même. On est toujours séparés mais ça a changé… »

Bien qu’esclavagiste, le Kentucky n’a partie de la Confédération durant la guerre de Sécession, que les habitants des Etats-Unis appellent « guerre civile ». Il a même été un point d’ancrage des forces de l’Union. Dans cet Etat, célèbre pour son bourbon et sa course de chevaux (le Kentucky Derby), ce n’était pas le Sud profond mais c’était quand même le Sud. Que vous soyez ouvrier chez Ford ou champion olympique. Le jeune Cassius Clay, auréolé d’or en 1960 à Rome, en fait l’expérience au retour du pays : parade en centre-ville, beau discours du replet maire démocrate Bruce Hoblitzel puis retour à la réalité. En ville, on ne veut pas servir un noir, eut-il porté haut les couleurs de la bannière étoilée. Dans le Muhammad Ali Center, en bordure de la rivière, le visiteur lambda peut revivre la scène. Un décor des années 50, un comptoir en zinc, des tabourets en skaï, et aussitôt posé le pied, une voix, à l’accent traînant du Sud, surgit : « Et toi, que fais-tu ici ? Tu sais bien que je ne peux pas te servir. » En naîtra une légende : Clay junior jetant sa médaille au tumulte de l’Ohio. En fait, il l’a égarée.

Revenons au musée. Il a ouvert ses portes en 2005. Sa scénographie est organisée autour des six «valeurs fondamentales» d’Ali : Confiance, Don, Conviction, Respect, Dévouement et Spiritualité. On pouvait craindre un musée hagiographique, un « Saint Ali Center». Le film d’orientation, diffusé en ouverture du parcours, rassure. On y voit Ali avec Brejnev et Castro, ce qui demeure peu populaire aux Etats-Unis. On ne cache pas son penchant pour les femmes, sa misogynie, ses déclarations sur les « diables de blancs ». Un Ali de contradictions.

AliMusée2La deuxième partie de la visite est consacrée, non au personnage mais au sportif. Depuis le 5e étage, vue plongeante sur un ring où est projeté sur le sol-écran un film sur la carrière du « Greatest ». Dans une salle voisine, montez sur le ring et suivez la leçon de boxe de Laïla, la fille de… Installez-vous dans un fauteuil et revivez, à la demande, le « rumble in the jungle » Ali-Foreman ou le « thrilla in Manilla », Ali-Frazier III.

Nous quittons le Muhammad Ali Center, magnifiquement dessiné et quelques minutes plus tard nous remontons une banale rue américaine, Grand Street, succession de maisons toutes différentes, certaines cossues, d’autres modestes. Arrêt au 3302… On se surprend presque à vouloir empêcher la bicoque de s’effondrer, car c’est manifestement ce qu’elle menace de faire. Un panneau planté sur le trottoir nous confirme pourtant qu’il s’agit de la bonne adresse : c’est donc bien ici qu’a grandi Cassius Marcellus Clay Jr, fils d’Odessa et Cassius Clay Sr.

En 2012, un promoteur immobilier de Las Vegas, fan du boxeur, un certain Jared Weiss, a racheté la masure pour la modique somme de 70000 dollars. Il voulait en faire un musée. Le temps a passé et la maison se transforme en épave. L’acheteur assure qu’il continue de travailler à son projet, en lien avec la famille. Mais pourquoi le Muhammad Ali Center n’a-t ’il pas pris possession de cette maison ? Réponse au New York Times de Jeanie Kahnke, la porte-parole : « Notre centre est une organisation à but non lucratif qui se concentre essentiellement sur la préservation de l’héritage d’Ali par d’autres façons ». Quel mystère cache cette déclaration trop officielle qui ne répond pas vraiment à la question ? Le quartier est-il considéré par toutes les parties prenantes comme trop infréquentable pour faire venir les touristes ?

De ce point de vue, les choses ont changé sans tout à fait changer complètement, comme le constatait l’ouvrier de l’automobile, Miles Wilbur. La ségrégation n’est plus légale. Elle est sociale. Depuis le milieu du XXe siècle, la ville est divisée en trois. Le « West end » est « un euphémisme pour la partie africaine-américaine de la ville », avait l’habitude de dire Bill Dakan, professeur de géographie à l’Université de Louisville, décédé en 2005. Le « South end » accueille la classe ouvrière blanche et l’«East End » est réservé à la classe moyenne et supérieure.

Walnut street, l’artère centrale du West End, a été rebaptisée Muhammad Ali Boulevard. A l’angle de la 21e rue, au premier étage d’une échoppe insignifiante aux briques rouges, un panneau blanc interpelle. « Americans Slaves Inc. Reparations for slavery. Apply inside». En substance, rentrez et venez demander réparation pour l’esclavage. Rentrez et venez rencontrer le promoteur de cette initiative. Norris Shelton, une figure locale, également propriétaire du « Silks Liquor », le magasin du rez-de-chaussée. Soixante-quinze ans bien tapés, haute stature, barbe et moustache blanche, chauve comme un nouveau-né,  le rire tonitruant, la « gueule » qui va avec. Fondateur de la First church of American Slaves, il refuse de parler des « Africains-Américains ». Il préfère : « descendants d’esclaves. » En 2012, sous les couleurs du Parti des descendants d’esclaves, il a défié le sortant démocrate, également africain-américain, pour un siège au Sénat de l’Etat. Battu à plate couture. L’adresse internet USAslaves.com n’est plus atteignable. Son aventure a fait long feu.

Sa démarche n’est pas sans rappeler celle de la Nation of Islam (NOI). Son échec confirme la perte d’influence d’un discours de « séparation » d’avec l’Amérique blanche, idée maîtresse d’Elijah Muhammad, gourou de la NOI lorsque Cassius Clay devint Mohamed Ali. La nouvelle de la conversion est venue au monde, le 27 février 1964, soit deux jours après la fracassante victoire du jeune boxeur de Louisville sur Sonny Liston.

Miami, drôle d’endroit pour une telle annonce. Chicago, le siège de la NOI, aurait eu du sens. New York, la ville de Malcom X, alors très proche d’ex-Cassius-futur-Ali, encore plus. Non, Miami, son éternel soleil, ses anticastristes arrivant par cargos, ses hommes de main de la mafia venant régler un compte ou se reposer, ses « trailers » conduits par les « snowbirds » (personnes qui, tels des oiseaux migrateurs « venus de la neige » viennent passer l’hiver dans les régions chaudes du sud des Etats-Unis), ses retraités prenant l’habitude de s’y installer à demeure… Quelques années plus tard, la Nation Of Islam a fini par ouvrir un quartier général régional au 5600 NW 7th Avenue. C’est une peinture verte écaillée et une porte close qui nous accueillent. Aucun panneau. Information prise, la Mosquée Mohamed 29, siège de la NOI pour la région de Miami, les Caraïbes et l’Amérique latine a été saisie, suite à des impayés de mensualités d’emprunts. Victime des « subprimes ». Le lieu est situé en plein cœur de ce qui est devenu « Little Haïti » où, du point de vue religieux, une « Eglise de Dieu indépendante » concurrence une « Eglise baptiste haïtienne Emmanuel » et tant d’autres églises d’ailleurs. Mais plus la mosquée.

Le Miami d’Ali-Liston était noir et blanc. Celui de 2016, multicolore. A l’échelle de l’aire métropolitaine de Miami, soit près de 6 millions de personnes, la diversité démographique préfigure celle de l’Amérique d’après-demain : 41% d’Hispaniques, 35% de Blancs, 21% de Noirs dont une majorité issue des Caraïbes (à Golden Glades ou North Miami, les Haïtiens représentent près de 40% de la population). Le comté de Miami-Dade (2,5 millions d’habitants) est le premier du pays à comporter une majorité d’habitants nés à l’étranger. 60% parlent une autre langue que l’anglais à la maison. Dans son dernier roman « Bloody Miami », l’inusable Tom Wolfe décrit la relation complexe entre ces « communautés », entre distinctions sociales- culturelles et jeu politique. Comme il l’avait troussé, avec New York, à travers le « Bûcher des vanités ».

New York… Quelle autre ville, quelle autre salle que le Madison Square Garden, théâtre de son dernier combat de champion du monde avant sa suspension pour avoir refusé d’aller faire la guerre au Vietnam,  pouvaient accueillir Ali dans sa reconquête du titre ? Le 8 mars 1971, il affronte Joe Frazier, va au tapis et subit sa première défaite (aux points). Il y reviendra trois ans plus tard pour le deuxième volet de la plus dantesque trilogie de la boxe, battre « Smokin’ Joe » et se donner le droit d’aller rechercher sa ceinture à Kinshasa, face à George Foreman.

Pour les jazzmen en tournée, New York était la plus « grosse des pommes ». Pour les boxeurs aussi. La boxe, c’est (presque) une sainte trinité : New York, le Madison et le Gleason Gym. C’est dans ce dernier que Cassius Clay s’est préparé à « bouleverser le monde » à Miami en détrônant Liston. Créé en 1937, le « gym », baptisé « Gleason » pour attirer les boxeurs irlandais, pléthore à l’époque, a nomadisé du Bronx vers Manhattan puis désormais Brooklyn. Depuis trente ans, c’est Bruce Silverglade qui en est le gardien du temple. En 1976, au beau milieu d’un divorce, il a trouvé un refuge dans la boxe. Tous les chemins du désespoir mènent au noble art.

Au Gleason gym de New York, la boxe reste « le plus grand melting pot »

AliGleason1Le voilà qui arrive. Jeans noirs, t-shirt noir, bonnet noir aux bords légèrement retroussés. En slalomant entre les cinq rings et les piliers rouges, tout en passant devant les bureaux de Mike Tyson, qui vient régulièrement y faire un tour, Bruce présente le Gleason : « 133 champions du monde s’y sont entraînés, 26 films tournés (de « Raging Bull » à « Million Dollar Baby »). Aujourd’hui, c’est 84 entraîneurs, 1050 licenciés dont 350 femmes et 550 « businessmen ». La principale modification depuis quelques décennies, c’est le changement de clientèle : on a une majorité de businessmen qui viennent ici pour leur bien-être. C’est ça la boxe : un sport égal. Gamin du quartier ou mec de Wall Street. Après, je ne suis pas assez naïf pour penser qu’en sortant d’ici, les inégalités ne reprennent pas le dessus. La boxe est en déclin mais les boxeurs, ceux qui vont jusqu’aux combats, viennent toujours des « projects » (logements sociaux, NDLR). C’est toujours le sport des immigrants. Après les blacks et les hispaniques, maintenant, on voit se pointer des européens de l’est qui sont arrivés récemment. La boxe, c’est le plus grand « melting pot. »

Un mot sur Ali ? « Ali est pour moi le nom d’un mouvement. Il a changé la façon de boxer, avec sa technique les bras le long du corps. Mais surtout, durant la guerre du Vietnam, il a pris position à un moment où ça n’était pas facile. C’est un homme de conviction. Il est venu ici pour la dernière fois en 2013. En toute simplicité, comme toujours avec lui. Ce gars n’a pas oublié d’où il vient. Mais, allez parler à « Country », il vous en parlera mieux que moi. »

Jeans noirs et t-shirt noir, lui aussi, James « Country » Thornwell a une fesse posée sur une table de massage. L’œil perçant, il analyse l’entraînement de l’un de ses protégés. D’une voix posée, il se raconte bien volontiers : « Je suis né à Lancaster, en Caroline du Nord. Je me suis barré de chez moi à 15 ans pour aller à Greensboro, puis Atlantic City puis à NY en 1960, à Manhattan puis Brooklyn. Là, j’habitais à côté d’un mec qui aller faire le camp d’entraînement avec Ali à Deer Lake, en Pennsylvanie. Un jour, il m’a demandé si je voulais venir. Tu penses. C’était en 1969. J’avais jamais envisagé d’entraîner ou même de me retrouver impliqué dans le milieu de la boxe. Je n’étais qu’un fan et ça m’est tombé dessus. Ali, c’était un grand guerrier mais pendant les camps, il déconnait tout le temps. Il était vraiment marrant. Même quand il était au sommet de sa gloire, il était sympa. Il aimait les gens. Bon, les femmes aussi. La boxe est un milieu de serpents. Vous trouvez pas beaucoup de mecs comme lui. Est-ce qu’il est « The greatest », le plus grand ? Sept ou huit fois de suite, il a annoncé le round où il allait gagner. Jamais personne a fait ça. Ni avant, ni après. »

« Country » repart « coacher » quelques jeunes. Silhouette sombre à l’allure traînante. Au dos de son t-shirt est imprimée en lettres blanches une phrase de Virgile : « Maintenant, qui a le courage et un esprit fort et calme dans sa poitrine vienne enfiler les gants et lever ses mains. »

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Clinton-Trump, duel improbable mais annoncé

(Article publié dans l’Humanité du 3 mars 2016)

L’avantage pris, lors du Super Tuesday, par Hillary Clinton sur Bernie Sanders semble décisif. Côté républicains, Trump tient plus que jamais la corde.

Les citoyens des Etats-Unis auront-ils le choix, le mardi 8 novembre prochain, entre deux bulletins : Hillary Rodham Clinton et Donald John Trump ? Voilà ce qui ressort du Super Tuesday qui mettait en jeu plus d’une dizaine d’Etats : le premier est quasiment prêt à l’impression, le second attend encore son « bon à tirer » final.

Sauf retournement spectaculaire, en effet, Hillary Clinton obtiendra la nomination du parti démocrate. Dans la lignée de son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5% contre 26% à Sanders), l’ancienne secrétaire d’Etat a remporté tous les Etats du Sud (Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie), avec des scores très élevés (de 65 à 78%), ce qui lui permet de distancer son concurrent en nombre de délégués (répartis sur une base proportionnelle). Son « pare-feu » anti-Sanders, identifié par son équipe de campagne, fonctionne à merveille (https://presidentiellesamericaines.com/2016/02/28/hillary-clinton-dans-les-pas-dobama/) : le vote des « minorités », surtout celui des africains-américains, lui a permis de gripper la dynamique du candidat qui l’avait lourdement défaite dans le New Hampshire. Tout joue en sa faveur parmi la communauté africaine-américaine, qui représente 25% de l’électorat démocrate : sa défense du bilan d’Obama, les déclarations implicites de ce dernier en sa faveur, la méconnaissance de la personnalité de Sanders, la puissance des appareils locaux du parti démocrate (élus et pasteurs).

Distancé dans le Sud, le candidat qui se définit comme « socialiste » a enregistré un certain nombre de victoires qui lui permettent de se maintenir dans la course : outre son fief du Vermont (86%), le Colorado (59%), swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos, le Minnesota (62%), Etat du midwest à la forte tradition de progressisme, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire. Le sénateur échoue de peu (48,5% contre 50,3%) dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy. A l’issue du Super Tuesday, il compte 349 délégués contre 544 à sa rivale. Les rendez-vous de la deuxième quinzaine de mars lui sont plus favorables et il devra remporter des victoires dans l’ancienne ceinture industrielle du midwest (Ohio, Illinois, Michigan) pour espérer renverser la vapeur et ainsi amener les superdélégués (les « grands élus » du parti) à reconsidérer leurs positions, eux qui soutiennent aujourd’hui massivement Hillary Clinton (457 à 22). Mission impossible ?

Mission également de plus en plus impossible pour les opposants à Trump. Le Super Tuesday a de nouveau marqué une soirée cauchemar pour eux. Non seulement le milliardaire raciste et démagogue a remporté sept Etats (Vermont, Massachusetts, Georgie, Virginie, Arkansas, Tennessee, Alabama) mais les résultats dans les autres Etats permettent à tous ses concurrents de rester en course et de ne pas créer un front anti-Trump. Ted Cruz a gagné dans le Texas, où il est sénateur, mais également dans l’Oklahoma et dans l’Alaska. La deuxième place de John Kasich dans le Vermont va le consolider dans sa décision de maintenir sa candidature jusqu’au vote dans l’Ohio, dont il est le gouverneur, le 15 mars. Et le nouveau « champion » de l’establishment républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio a remporté le Minnesota mais pas la Virginie, ce qui l’aurait placé en position de force pour incarner la seule alternative à Trump. L’avance de ce dernier, en nombre de délégués, n’est pas encore irrémédiable : 274 contre 152 à Cruz, 113 à Rubio et 27 à Kasich.

Mais les compteurs vont bientôt s’affoler : à partir de la mi-mars, la distribution proportionnelle des délégués cédera la place à la règle du « winner take all » (le premier rafle la mise). C’est une innovation du cru 2016, mise en place par la direction du parti républicain après le processus sans fin de 2012, afin de favoriser celui qui mène la danse (Romney en 2012). Les stratèges de l’appareil n’avaient tout simplement pas prévu que cela profiterait à un Bush ou à un Rubio mais à un Trump. Le 15 mars, Rubio (Floride) et Kasich (Ohio) joueront leur va-tout à domicile. Faute, ensuite, d’un ralliement derrière un candidat unique, Trump pourra envoyer sur les rotatives un bulletin de vote à son nom.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages, Non classé

De Blasio, marijuana, Virginia, mariage gay : la journée cauchemar des républicains

Image

Quelques semaines après l’épisode du « shutdown », la fermeture de nombreux services gouvernementaux causée par l’absence d’accord entre démocrates et républicains au Congrès, le « electoral day » qui s’est déroulé mardi a donné quelques indications sur l’évolution du paysage politique. Les stratèges républicains y trouveront matière à réflexion, certainement pas à auto-satisfaction. Ils pourront se consoler avec la facile réélection (60% des voix) du gouverneur du New Jersey, Chris Christie, plus que jamais en lice pour les primaires républicaines de 2016, et l’échec d’un référendum au Colorado portant sur une augmentation des impôts afin de financer le système éducatif. Juste se consoler. Car, pour le reste, la confirmation de plusieurs mouvements de fond de la société a de quoi leur donner des maux de tête pour les prochaines échéances électorales.

 

La disparition du parti républicain du paysage urbain

A New York, le triomphe de Bill de Blasio était annoncé depuis sa victoire inattendue lors des primaires démocrates. Il est éclatant malgré une très faible participation (25%) : avec 73,3% (752000 voix) le candidat le plus à gauche du champ électoral écrase son adversaire républicain réputé modéré Joseph Lotha (249000 voix et 24%). Bill de Blasio avait mené campagne sur le thème du « conte des deux villes », en référence au roman de Dickens sur Paris et Londres. Mais dans l’Amérique du XXIe siècle, les deux villes sont enchâssées dans l’enveloppe corporelle de New York : une ville très riche avec la plus forte proportion de milliardaires au monde et une autre ville (parmi lesquels 1,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté) qui tire le diable par la queue. De Blasio a d’ailleurs proposé d’augmenter les impôts des plus aisés (au-dessus de 500000 dollars) afin de financer l’école maternelle pour tous. Outre les inégalités grandissantes, il a également dénoncé la pratique du « stop and frisk » (« arrêter et fouiller ») permettant à la police d’arrêter qui bon lui semble puis de le fouiller sans autre forme de soupçon. Un véritable « délit de faciès » auquel le maire nouvellement élu a promis de mettre fin.

Pour la première fois depuis 1993, un démocrate va siéger au City Hall faisant disparaître un peu plus le parti républicain du paysage de l’Amérique urbaine. Il faut descendre à la douzième place des villes les plus peuplées du pays pour y découvrir une cité gérée par un membre du parti de droite : Indianapolis (Indiana), en l’occurrence. Dans le top 30, une seule autre ville a accordé sa confiance à un maire républicain : Fort Worth (Texas, 16e).

Le Grand Old Party ne parie désormais plus que sur les zones rurales et périurbaines, ce qui s’avère insuffisant depuis un quart de siècle puisqu’il a été minoritaire en voix lors de cinq (1992, 1996, 2000, 2008, 2012) des six scrutins présidentiels.

Marijuana, mariage gay, salaire minimum : des victoires pour les progressistes et libéraux

Après le Colorado et l’Etat de Washington, en novembre 2012, un autre Etat a voté la légalisation de la marijuana. 70% des électeurs du Maine ont dit « yes » à la fin de la prohibition. Le même jour, les électeurs du Colorado ont d’ailleurs approuvé une taxe de 25% sur la consommation du cannabis dont les revenus seront alloués aux écoles publiques. Depuis peu, une majorité se dessine à l’échelle nationale en faveur de la légalisation (https://presidentiellesamericaines.com/2013/04/05/marijuana-les-americains-favorables-a-la-legalisation/)

Dans le New Jersey, les électeurs ont dit « oui » à 61% à une augmentation du salaire minimum de 1 dollar, le portant à 8,25 dollars de l’heure, mesure à laquelle le gouverneur républicain pourtant réélu, Chris Christie, avait opposé son « veto », obligeant les promoteurs de cette augmentation du SMIC à passer par la voie référendaire.

Enfin, les élus de l’Etat de l’Illinois ont approuvé une proposition de loi visant à instituer le mariage homosexuel. L’Illinois deviendra ainsi le 15e Etat américain à l’autoriser.

 

La Virgine est-elle encore un « swing state » ?

L’Etat le plus septentrional de l’ancienne Confédération fait partie de la liste restreinte des Etats qui font la décision des scrutins présidentiels, les fameux « swing states ». Mais faut-il encore l’y inclure ? En 2012, Barack Obama (51% des suffrages) y a confirmé son succès de 2008 (52%) dans un Etat qui n’avait plus donné de majorité à un candidat démocrate depuis Lyndon Johnson en 1964. Mardi, c’est également un démocrate, Terry McAuliffe, qui a remporté le poste de gouverneur face au républicain soutenu par les Tea Parties, Kenneth Cuccinelli. La marge est certes serrée (48% contre 45,5% avec un candidat libertarien à 6,6%) mais la victoire d’un candidat favorable au contrôle des armes, au mariage gay et à l’avortement dans un Etat sudiste confirme l’évolution de la Virginie, notamment de sa partie septentrionale, arrière-cour économique de la capitale fédérale, Washington DC et vivier démographique multicolore et « libéral » (au sens américain).

Difficile pour le parti républicain de prétendre diriger un pays en étant minoritaires dans les centres urbains, en perdant ses bastions du Sud et en ramant à contre-courant des évolutions des mentalités.

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Un discours sur l’état… d’Obama

Image

Il y a au moins deux façons d’analyser le discours sur l’état de l’Union de Barack Obama mardi soir.

La première serait de souligner le nombre important de propositions et de pistes de nature « démocrates », « keynésiennes » voire « progressistes » avancées par le président réélu : réforme fiscale (tax reform), augmentation du salaire minimum fédéral (de 7,25 dollars de l’heure à 9 dollars), des investissements (50 milliards de dollars) dans des infrastructures, réforme « globale » (comprehensive) du système d’immigration, réglementation de la détention d’armes, appel à des mesures contre le réchauffement climatique…

La deuxième consisterait à rappeler que Barack Obama ne disposant pas de majorité à la Chambre des représentants il peut proposer tout ce qu’il veut, rien ne sera voté sans les Républicains. Or, comme ces derniers n’ont vraiment pas envie de transiger, rien de ce qu’a proposé le président des Etats-Unis ne sera adopté…

La vraie question n’est pas de savoir laquelle des deux analyses est juste – les deux le sont –  mais de discerner la façon dont Obama va dénouer ce nœud. En gros, s’agit-il d’une posture pour l’Histoire ou d’un jalon dans un rapport de forces ?

La réponse viendra avec le temps mais une absence et un fait inhabituel contribuent déjà à l’élaboration d’une réponse.

L’absence. Contrairement à ce qu’il avait faut lors de son discours d’investiture, Barack Obama n’a pas mentionné la nécessité pour les Américains de peser dans le processus politique. Certes, on pourra objecter qu’il s’adressait au Congrès. Physiquement, oui. Mais le discours sur l’état de l’Union s’adresse à l’ensemble de la nation, pas seulement aux 435 représentants et cent sénateurs. Oubli ? Changement de pied ?

Le fait inhabituel : alors qu’il parlait des armes à feu, le président a été interrompu par… des élus démocrates. « Un vote ! Un vote ! », ont-ils demandé, pendant plusieurs dizaines de secondes, à haute voix, tout en se levant. L’appel est on ne peut plus spectaculaire. Le président lui-même a consacré une partie de son discours à affirmer que les victimes des armes à feu « méritaient un vote ». Le sens du geste de ces quelques élus démocrates peut être double : montrer aux Républicains qu’ils sont déterminés et rappeler à Barack Obama, dont la tendance à agir seul a été critiquée à de nombreuses reprises dans son propre camp, qu’ils existent et qu’il faudra aussi compter sur eux… Comme s’ils pensaient que le « Mr Nice Guy », celui qui pendant son premier mandat recherchait à tout prix le consensus républicain, se soignait mais qu’il ne semblait pas à l’abri d’une rechute…

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Dernier appel: débat mercredi 16 octobre à Montpellier

Image

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Pourquoi ne faut-il pas désespérer des Etats-Unis ? Un entretien au site La faute à Diderot

Voici l’intégralité de l’entretien que j’ai accordé  ce site Internet. Pour consulter: http://www.lafauteadiderot.net/Pourquoi-ne-faut-il-pas-desesperer

Alors que Barack Obama sera officiellement élu le 17 décembre prochain président par le collège des grands électeurs, Christophe Deroubaix, journaliste à l’Humanité, auteur d’un « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis » (éditions Michel de Maule) revient sur les leçons du scrutin du 6 novembre et sur l’évolution du pays.

Quelles leçons tirez-vous des élections américaines ?

Je vois trois enseignements à tirer de cette élection. Le premier c’est la défaite des Républicains. Depuis la fin de la guerre froide, les Républicains ont été minoritaires à 5 reprises sur les six élections présidentielles. Il faut en effet se souvenir que W. Bush a été élu en 2000 mais qu’il a été devancé en nombre de voix par Al Gore. Le projet conservateur et ultralibéral des républicains est minoritaire aux Etats-Unis.

Deuxième leçon, contrairement aux sondages qui donnaient les candidats au coude à coude, Obama a finalement 4,5 millions de voix et 3% d’avance sur Romney, dans le cadre d’une forte participation. Les Républicains pensaient pouvoir gagner, car aucun Président n’avait été élu dans un tel contexte de crise et de chômage. Avec 60,5 millions de voix, Romney retrouve à peu de choses près le score de John Mac Cain en 2008 (60) et à peine moins que Bush en 2004 (62 millions). Dans l’Amérique telle qu’elle évolue, les Républicains sont arrivés à une sorte de plafond stratégique. L’enjeu principal portait sur la participation, notamment des électeurs d’Obama de 2008. Malgré la déception, voire la désillusion, le « peuple » du « Yes, we can » a finalement décidé de ne pas se laisser voler sa victoire de 2008 en donnant les clés du pouvoir aux Républicains. Tentés par l’abstention, les jeunes et les Latino-Américains se sont finalement mobilisés. Les latinos sont devenus une donnée essentielle de la vie sociale et politique des Etats-Unis. Ils constituent la première minorité avec 16 % de la population et 10 % de l’électorat. Ils représentent la nouvelle classe populaire et subissent ce que les sociologues appellent « l’incorporation par le bas de l’échelle » : chaque génération intègre la vie active par l’occupation des boulots les moins qualifiés. Le rêve américain ne fonctionne pas pour eux. Le vote latino existe mais c’est un vote social, pas un vote communautaire. Troisième donnée : l’ouverture culturelle de l’opinion américaine. Ainsi le mariage gay, qui avait été rejeté par référendum à 31 reprises, a été adopté par 3 états, qui ont rejoint 7 autres états qui l’avaient adopté par voie législative. De plus, deux Etats (Colorado et Etat de Washington) ont voté pour la légalisation de la marijuana, ouvrant ainsi une brèche dans la catastrophique « guerre à la drogue ». Ajoutons aussi que la Californie a adopté, toujours par voie référendaire, une taxe sur les millionnaires dont le produit ira financer directement l’éducation et les services sociaux.

C’est cela qui vous rend « optimiste » ?

Les résultats du 6 novembre valident en effet l’analyse de Paul Krugman : « Les Etats-Unis sont prêts pour un nouveau New Deal, une nouvelle ère de politiques progressistes ». Je partage ce point de vue. L’évolution des mentalités ne concerne pas que les questions de société mais également les grands enjeux économiques et sociaux, comme le prouve la taxe sur les millionnaires californienne. Quand on demande aux Américains quelles solutions ils privilégient pour résorber la dette, ils sont 56 % à répondre non au recul de l’âge de la retraite, non à l’augmentation des cotisations sociales, mais 64 % répondent oui à l’augmentation des impôts pour les riches, ce fameux « 1% » mis en lumière par le mouvement « Occupy Wall Street ». En mars dernier, Michael Moore, peu suspect d’optimisme béat, disait lors du « Left Forum » à New York : « Nous sommes majoritaires dans les esprits ».

Mais qu’est-ce qui change vraiment et concrètement aux Etats-Unis ? Ce qui change d’abord, c’est la démographie du pays. La proportion des Blancs se réduit. Dans une génération, ils deviendront une minorité. C’est le déclin annoncé de la République anglo-protestante si propice au développement du capitalisme, comme le notait Max Weber. La montée en puissance des latinos n’est pas qu’une question d’origine. De par leur histoire (ils sont une immigration « américaine »), leur position sociale, comme je l’ai souligné précédemment, et leur vision du monde même qui empreinte plus au catholicisme qu’à un calvinisme individualiste, ils apportent un sang radicalement nouveau dans les veines du pays. Les mentalités changent également. De nombreuses enquêtes montrent que la jeune génération est la plus multicolore mais aussi la plus ouverte et progressiste de l’histoire du pays.

Mais les changements ne se limitent pas aux esprits et aux idées, ce qui constitue pourtant déjà une avancée majeure si l’on attache un peu d’importance au concept gramscien d’hégémonie culturelle. Des changements s’effectuent et s’organisent également dans la vie « réelle », pratique. On a déjà abordé les évolutions sur le mariage gay, la marijuana. Chaque année, un Etat abolit la peine de mort. J’ajoute que le Vermont est le premier Etat à créer un système public d’assurance-santé (ce qu’avait promis de faire Obama pendant sa campagne en 2008 avant de battre en retraite). A New Haven, ville de l’Université de Yale, une coalition syndicale progressiste a chassé du conseil municipal la majorité démocrate « plan-plan ». A Dallas, le shériff est… une femme, démocrate, latina et lesbienne déclarée.

Pourquoi a-t-on, alors, autant entendu parler des Tea Parties ?

En partie par paresse de ce côté-ci de l’Atlantique : il semble que, dans un certain nombre de médias, l’on considère les sujets sur les « dingues », les fous de Dieu et des armes, plus « vendeurs ».

Mais il y a des raisons plus profondes. Le Tea Party incarne l’Amérique WASP (white anglo-saxon protestant) telle qu’elle a été fondée. C’est le système dans sa quintessence. Le Tea Party dispose donc de puissants soutiens financiers (les frères Koch), de relais médiatiques (Fox News) qui décuplent sa voix et son message. Mais il ne faut pas prendre le chant du cygne pour le chant du coq. Le Tea Party constitue une « Réaction » au sens littéral du terme. Une Réaction à un monde qui n’est plus, à un monde qui change, à un monde qui s’ouvre… A sa façon, ce mouvement d’ultra-droite témoigne des évolutions positives que connaissent les Etats-Unis.

1 commentaire

Classé dans Non classé

Pour poursuivre le débat: « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis »

ImageImage

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

JOUR J, 5h18. Obama réélu

C’est officiel. L’Ohio en poche, Barack Obama décroche un second mandat.

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

JOUR J, 4h. Iowa, Nevada… Obama

Nouvelle fournée d’Etats fermant leurs bureaux. CNN donne Obama vainqueur dans l’Iowa (52-46) et le Nevada (52-45). Les marges sont telles que soit les instituts se sont totalement vautrés soit les douze grands électeurs en jeu tomberont bien dans l’escarcelle du président sortant.

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

JOUR J, 02h45. Bernie Sanders réélu

Aucun clip à la télé mais une campagne de terrain: le sénateur le plus à gauche des Etats-Unis, Bernie Sanders retrouve sans coup férir son siège (plus de 60%) dans l’un des Etats les plus ruraux d’Amérique. A lire: https://presidentiellesamericaines.com/2012/10/16/vermont-voyage-dans-letat-phare-du-progressisme-americain/

Poster un commentaire

Classé dans Non classé