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De Blasio, marijuana, Virginia, mariage gay : la journée cauchemar des républicains

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Quelques semaines après l’épisode du « shutdown », la fermeture de nombreux services gouvernementaux causée par l’absence d’accord entre démocrates et républicains au Congrès, le « electoral day » qui s’est déroulé mardi a donné quelques indications sur l’évolution du paysage politique. Les stratèges républicains y trouveront matière à réflexion, certainement pas à auto-satisfaction. Ils pourront se consoler avec la facile réélection (60% des voix) du gouverneur du New Jersey, Chris Christie, plus que jamais en lice pour les primaires républicaines de 2016, et l’échec d’un référendum au Colorado portant sur une augmentation des impôts afin de financer le système éducatif. Juste se consoler. Car, pour le reste, la confirmation de plusieurs mouvements de fond de la société a de quoi leur donner des maux de tête pour les prochaines échéances électorales.

 

La disparition du parti républicain du paysage urbain

A New York, le triomphe de Bill de Blasio était annoncé depuis sa victoire inattendue lors des primaires démocrates. Il est éclatant malgré une très faible participation (25%) : avec 73,3% (752000 voix) le candidat le plus à gauche du champ électoral écrase son adversaire républicain réputé modéré Joseph Lotha (249000 voix et 24%). Bill de Blasio avait mené campagne sur le thème du « conte des deux villes », en référence au roman de Dickens sur Paris et Londres. Mais dans l’Amérique du XXIe siècle, les deux villes sont enchâssées dans l’enveloppe corporelle de New York : une ville très riche avec la plus forte proportion de milliardaires au monde et une autre ville (parmi lesquels 1,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté) qui tire le diable par la queue. De Blasio a d’ailleurs proposé d’augmenter les impôts des plus aisés (au-dessus de 500000 dollars) afin de financer l’école maternelle pour tous. Outre les inégalités grandissantes, il a également dénoncé la pratique du « stop and frisk » (« arrêter et fouiller ») permettant à la police d’arrêter qui bon lui semble puis de le fouiller sans autre forme de soupçon. Un véritable « délit de faciès » auquel le maire nouvellement élu a promis de mettre fin.

Pour la première fois depuis 1993, un démocrate va siéger au City Hall faisant disparaître un peu plus le parti républicain du paysage de l’Amérique urbaine. Il faut descendre à la douzième place des villes les plus peuplées du pays pour y découvrir une cité gérée par un membre du parti de droite : Indianapolis (Indiana), en l’occurrence. Dans le top 30, une seule autre ville a accordé sa confiance à un maire républicain : Fort Worth (Texas, 16e).

Le Grand Old Party ne parie désormais plus que sur les zones rurales et périurbaines, ce qui s’avère insuffisant depuis un quart de siècle puisqu’il a été minoritaire en voix lors de cinq (1992, 1996, 2000, 2008, 2012) des six scrutins présidentiels.

Marijuana, mariage gay, salaire minimum : des victoires pour les progressistes et libéraux

Après le Colorado et l’Etat de Washington, en novembre 2012, un autre Etat a voté la légalisation de la marijuana. 70% des électeurs du Maine ont dit « yes » à la fin de la prohibition. Le même jour, les électeurs du Colorado ont d’ailleurs approuvé une taxe de 25% sur la consommation du cannabis dont les revenus seront alloués aux écoles publiques. Depuis peu, une majorité se dessine à l’échelle nationale en faveur de la légalisation (https://presidentiellesamericaines.com/2013/04/05/marijuana-les-americains-favorables-a-la-legalisation/)

Dans le New Jersey, les électeurs ont dit « oui » à 61% à une augmentation du salaire minimum de 1 dollar, le portant à 8,25 dollars de l’heure, mesure à laquelle le gouverneur républicain pourtant réélu, Chris Christie, avait opposé son « veto », obligeant les promoteurs de cette augmentation du SMIC à passer par la voie référendaire.

Enfin, les élus de l’Etat de l’Illinois ont approuvé une proposition de loi visant à instituer le mariage homosexuel. L’Illinois deviendra ainsi le 15e Etat américain à l’autoriser.

 

La Virgine est-elle encore un « swing state » ?

L’Etat le plus septentrional de l’ancienne Confédération fait partie de la liste restreinte des Etats qui font la décision des scrutins présidentiels, les fameux « swing states ». Mais faut-il encore l’y inclure ? En 2012, Barack Obama (51% des suffrages) y a confirmé son succès de 2008 (52%) dans un Etat qui n’avait plus donné de majorité à un candidat démocrate depuis Lyndon Johnson en 1964. Mardi, c’est également un démocrate, Terry McAuliffe, qui a remporté le poste de gouverneur face au républicain soutenu par les Tea Parties, Kenneth Cuccinelli. La marge est certes serrée (48% contre 45,5% avec un candidat libertarien à 6,6%) mais la victoire d’un candidat favorable au contrôle des armes, au mariage gay et à l’avortement dans un Etat sudiste confirme l’évolution de la Virginie, notamment de sa partie septentrionale, arrière-cour économique de la capitale fédérale, Washington DC et vivier démographique multicolore et « libéral » (au sens américain).

Difficile pour le parti républicain de prétendre diriger un pays en étant minoritaires dans les centres urbains, en perdant ses bastions du Sud et en ramant à contre-courant des évolutions des mentalités.

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Un discours sur l’état… d’Obama

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Il y a au moins deux façons d’analyser le discours sur l’état de l’Union de Barack Obama mardi soir.

La première serait de souligner le nombre important de propositions et de pistes de nature « démocrates », « keynésiennes » voire « progressistes » avancées par le président réélu : réforme fiscale (tax reform), augmentation du salaire minimum fédéral (de 7,25 dollars de l’heure à 9 dollars), des investissements (50 milliards de dollars) dans des infrastructures, réforme « globale » (comprehensive) du système d’immigration, réglementation de la détention d’armes, appel à des mesures contre le réchauffement climatique…

La deuxième consisterait à rappeler que Barack Obama ne disposant pas de majorité à la Chambre des représentants il peut proposer tout ce qu’il veut, rien ne sera voté sans les Républicains. Or, comme ces derniers n’ont vraiment pas envie de transiger, rien de ce qu’a proposé le président des Etats-Unis ne sera adopté…

La vraie question n’est pas de savoir laquelle des deux analyses est juste – les deux le sont –  mais de discerner la façon dont Obama va dénouer ce nœud. En gros, s’agit-il d’une posture pour l’Histoire ou d’un jalon dans un rapport de forces ?

La réponse viendra avec le temps mais une absence et un fait inhabituel contribuent déjà à l’élaboration d’une réponse.

L’absence. Contrairement à ce qu’il avait faut lors de son discours d’investiture, Barack Obama n’a pas mentionné la nécessité pour les Américains de peser dans le processus politique. Certes, on pourra objecter qu’il s’adressait au Congrès. Physiquement, oui. Mais le discours sur l’état de l’Union s’adresse à l’ensemble de la nation, pas seulement aux 435 représentants et cent sénateurs. Oubli ? Changement de pied ?

Le fait inhabituel : alors qu’il parlait des armes à feu, le président a été interrompu par… des élus démocrates. « Un vote ! Un vote ! », ont-ils demandé, pendant plusieurs dizaines de secondes, à haute voix, tout en se levant. L’appel est on ne peut plus spectaculaire. Le président lui-même a consacré une partie de son discours à affirmer que les victimes des armes à feu « méritaient un vote ». Le sens du geste de ces quelques élus démocrates peut être double : montrer aux Républicains qu’ils sont déterminés et rappeler à Barack Obama, dont la tendance à agir seul a été critiquée à de nombreuses reprises dans son propre camp, qu’ils existent et qu’il faudra aussi compter sur eux… Comme s’ils pensaient que le « Mr Nice Guy », celui qui pendant son premier mandat recherchait à tout prix le consensus républicain, se soignait mais qu’il ne semblait pas à l’abri d’une rechute…

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Dernier appel: débat mercredi 16 octobre à Montpellier

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Pourquoi ne faut-il pas désespérer des Etats-Unis ? Un entretien au site La faute à Diderot

Voici l’intégralité de l’entretien que j’ai accordé  ce site Internet. Pour consulter: http://www.lafauteadiderot.net/Pourquoi-ne-faut-il-pas-desesperer

Alors que Barack Obama sera officiellement élu le 17 décembre prochain président par le collège des grands électeurs, Christophe Deroubaix, journaliste à l’Humanité, auteur d’un « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis » (éditions Michel de Maule) revient sur les leçons du scrutin du 6 novembre et sur l’évolution du pays.

Quelles leçons tirez-vous des élections américaines ?

Je vois trois enseignements à tirer de cette élection. Le premier c’est la défaite des Républicains. Depuis la fin de la guerre froide, les Républicains ont été minoritaires à 5 reprises sur les six élections présidentielles. Il faut en effet se souvenir que W. Bush a été élu en 2000 mais qu’il a été devancé en nombre de voix par Al Gore. Le projet conservateur et ultralibéral des républicains est minoritaire aux Etats-Unis.

Deuxième leçon, contrairement aux sondages qui donnaient les candidats au coude à coude, Obama a finalement 4,5 millions de voix et 3% d’avance sur Romney, dans le cadre d’une forte participation. Les Républicains pensaient pouvoir gagner, car aucun Président n’avait été élu dans un tel contexte de crise et de chômage. Avec 60,5 millions de voix, Romney retrouve à peu de choses près le score de John Mac Cain en 2008 (60) et à peine moins que Bush en 2004 (62 millions). Dans l’Amérique telle qu’elle évolue, les Républicains sont arrivés à une sorte de plafond stratégique. L’enjeu principal portait sur la participation, notamment des électeurs d’Obama de 2008. Malgré la déception, voire la désillusion, le « peuple » du « Yes, we can » a finalement décidé de ne pas se laisser voler sa victoire de 2008 en donnant les clés du pouvoir aux Républicains. Tentés par l’abstention, les jeunes et les Latino-Américains se sont finalement mobilisés. Les latinos sont devenus une donnée essentielle de la vie sociale et politique des Etats-Unis. Ils constituent la première minorité avec 16 % de la population et 10 % de l’électorat. Ils représentent la nouvelle classe populaire et subissent ce que les sociologues appellent « l’incorporation par le bas de l’échelle » : chaque génération intègre la vie active par l’occupation des boulots les moins qualifiés. Le rêve américain ne fonctionne pas pour eux. Le vote latino existe mais c’est un vote social, pas un vote communautaire. Troisième donnée : l’ouverture culturelle de l’opinion américaine. Ainsi le mariage gay, qui avait été rejeté par référendum à 31 reprises, a été adopté par 3 états, qui ont rejoint 7 autres états qui l’avaient adopté par voie législative. De plus, deux Etats (Colorado et Etat de Washington) ont voté pour la légalisation de la marijuana, ouvrant ainsi une brèche dans la catastrophique « guerre à la drogue ». Ajoutons aussi que la Californie a adopté, toujours par voie référendaire, une taxe sur les millionnaires dont le produit ira financer directement l’éducation et les services sociaux.

C’est cela qui vous rend « optimiste » ?

Les résultats du 6 novembre valident en effet l’analyse de Paul Krugman : « Les Etats-Unis sont prêts pour un nouveau New Deal, une nouvelle ère de politiques progressistes ». Je partage ce point de vue. L’évolution des mentalités ne concerne pas que les questions de société mais également les grands enjeux économiques et sociaux, comme le prouve la taxe sur les millionnaires californienne. Quand on demande aux Américains quelles solutions ils privilégient pour résorber la dette, ils sont 56 % à répondre non au recul de l’âge de la retraite, non à l’augmentation des cotisations sociales, mais 64 % répondent oui à l’augmentation des impôts pour les riches, ce fameux « 1% » mis en lumière par le mouvement « Occupy Wall Street ». En mars dernier, Michael Moore, peu suspect d’optimisme béat, disait lors du « Left Forum » à New York : « Nous sommes majoritaires dans les esprits ».

Mais qu’est-ce qui change vraiment et concrètement aux Etats-Unis ? Ce qui change d’abord, c’est la démographie du pays. La proportion des Blancs se réduit. Dans une génération, ils deviendront une minorité. C’est le déclin annoncé de la République anglo-protestante si propice au développement du capitalisme, comme le notait Max Weber. La montée en puissance des latinos n’est pas qu’une question d’origine. De par leur histoire (ils sont une immigration « américaine »), leur position sociale, comme je l’ai souligné précédemment, et leur vision du monde même qui empreinte plus au catholicisme qu’à un calvinisme individualiste, ils apportent un sang radicalement nouveau dans les veines du pays. Les mentalités changent également. De nombreuses enquêtes montrent que la jeune génération est la plus multicolore mais aussi la plus ouverte et progressiste de l’histoire du pays.

Mais les changements ne se limitent pas aux esprits et aux idées, ce qui constitue pourtant déjà une avancée majeure si l’on attache un peu d’importance au concept gramscien d’hégémonie culturelle. Des changements s’effectuent et s’organisent également dans la vie « réelle », pratique. On a déjà abordé les évolutions sur le mariage gay, la marijuana. Chaque année, un Etat abolit la peine de mort. J’ajoute que le Vermont est le premier Etat à créer un système public d’assurance-santé (ce qu’avait promis de faire Obama pendant sa campagne en 2008 avant de battre en retraite). A New Haven, ville de l’Université de Yale, une coalition syndicale progressiste a chassé du conseil municipal la majorité démocrate « plan-plan ». A Dallas, le shériff est… une femme, démocrate, latina et lesbienne déclarée.

Pourquoi a-t-on, alors, autant entendu parler des Tea Parties ?

En partie par paresse de ce côté-ci de l’Atlantique : il semble que, dans un certain nombre de médias, l’on considère les sujets sur les « dingues », les fous de Dieu et des armes, plus « vendeurs ».

Mais il y a des raisons plus profondes. Le Tea Party incarne l’Amérique WASP (white anglo-saxon protestant) telle qu’elle a été fondée. C’est le système dans sa quintessence. Le Tea Party dispose donc de puissants soutiens financiers (les frères Koch), de relais médiatiques (Fox News) qui décuplent sa voix et son message. Mais il ne faut pas prendre le chant du cygne pour le chant du coq. Le Tea Party constitue une « Réaction » au sens littéral du terme. Une Réaction à un monde qui n’est plus, à un monde qui change, à un monde qui s’ouvre… A sa façon, ce mouvement d’ultra-droite témoigne des évolutions positives que connaissent les Etats-Unis.

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Pour poursuivre le débat: « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis »

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JOUR J, 5h18. Obama réélu

C’est officiel. L’Ohio en poche, Barack Obama décroche un second mandat.

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JOUR J, 4h. Iowa, Nevada… Obama

Nouvelle fournée d’Etats fermant leurs bureaux. CNN donne Obama vainqueur dans l’Iowa (52-46) et le Nevada (52-45). Les marges sont telles que soit les instituts se sont totalement vautrés soit les douze grands électeurs en jeu tomberont bien dans l’escarcelle du président sortant.

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JOUR J, 02h45. Bernie Sanders réélu

Aucun clip à la télé mais une campagne de terrain: le sénateur le plus à gauche des Etats-Unis, Bernie Sanders retrouve sans coup férir son siège (plus de 60%) dans l’un des Etats les plus ruraux d’Amérique. A lire: https://presidentiellesamericaines.com/2012/10/16/vermont-voyage-dans-letat-phare-du-progressisme-americain/

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JOUR J, 01h30. L’Ohio pour Obama, selon CNN

Le sondage sortie des urnes donne Obama devant Romney (51-48) dans ce « swing state » crucial pour les deux candidats. Aucun Républicain n’a été élu président en perdant cet Etat du Midwest. Si la tendance se confirmait, le chemin vers la Maison Blanche serait inaccessible pour le candidat républicain à moins de remporter quasiment tous les « swing states » en jeu (Floride, Virginie, Colorado, New Hamsphire).

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Le Jour J en direct sur ce blog

Dès l’ouverture des bureaux de vote mardi matin aux Etats-Unis (début d’après-midi en France), ouverture en simultané d’un fil d’actualité : les premières indications de participation, les résultats du vote anticipé, quelques éclairages, la mise en évidence des enjeux, puis les premiers résultats dans les premiers Etats, et, au bout de la nuit, le nom du président des Etats-Unis.

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