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Fragilisé, Donald Trump abat la carte sécuritaire

A 60 jours du scrutin, devancé, dans les sondages, dans presque tous les « swing states », il se trouve dans une situation presque inédite pour un président sortant. Pour tenter de renverser la tendance, il ne dispose que d’un seul atout: sa rhétorique de « la loi et l’ordre ». (Article publié dans l’Humanité du 03 septembre 2020.)

Joe Biden en visite à Pittsburgh, lundi, pour anticiper celle de Donald Trump, mardi, à Kenosha : à 60 jours du vote, la campagne électorale est sortie des réunions virtuelles et des conférences par « zoom » pour entrer dans la dernière phase du face à face direct. Anticipant les crochets de droite du président sortant, le candidat démocrate a multiplié les directs du gauche. Ce qui inonde les écrans de TV, « ce ne sont pas les images imaginaires de l’Amérique de Joe Biden, dans le futur. Ce sont des images de l’Amérique de Donald Trump, aujourd’hui »Sans surprise, dès le lendemain, dans la ville où Jacob Blake a été criblé de sept balles dans le dos par un policier, Donald Trump a travaillé au corps son adversaire, tout en ignorant soigneusement de mentionner et encore moins de rencontrer la victime ou sa famille. Il a accusé Joe Biden d’être l’agent des « anarchistes, émeutiers et pilleurs » et même des « forces sombres ». Les policiers, auteurs de violences, ont en revanche droit à toute sa commisération. Sous une « pression terrible », ils « craquent » parfois. « Comme un type qui n’arrive pas à rentrer un putt d’1 m », a-t-il dit sur Fox News, dans une comparaison nauséeuse.  Si les deux candidats se sont rendus coup pour coup, il n’en est pas moins vrai que c’est Donald Trump qui boxe dans sa catégorie préférée : celle de la sécurité. « Avec un bilan de 180.000 morts du coronavirus et des sondages le montrant largué par Biden, le président essaie de transformer l’élection d’un référendum sur son bilan abject en une course centrée sur Biden, les démocrates radicaux et l’agitation dans les rues », cadre le magazine The New Yorker dans un article récent.

  1. Trump, le Nixon 2.0 ?

Pour l’instant, c’est le thème de la « sécurité » qui occupe le centre du ring. Et avec lui, Donald Trump. « C’est malin, dans les deux sens du terme, décrypte Mark Kesselman, professeur de sciences-politiques honoraire à l’Université Columbia de New York. Pour lui, c’est la meilleure stratégie et certainement la seule qu’il soit capable de mener d’ailleurs. » Sa rhétorique incendiaire vise à souder un bloc qui ne s’est pas érodé depuis 2016, comme le montrent tous les indicateurs sondagiers. Calmer le jeu reviendrait à risquer d’effriter ce socle minoritaire mais solide sans pour autant appâter des « modérés » qui ont quasiment disparu du paysage. Son pari : rejouer à la ligne près le scénario de 2016, en l’emportant de quelques dizaines de milliers de voix dans quelques « swing states.» « Cela peut marcher… à condition qu’il réussisse à faire oublier qui est le président en place en ce moment ! », note Mark Kesselman.

Le cinéaste Michael Moore, soutien de Bernie Sanders durant les primaires, avait flairé le « hold up » trumpien il y a quatre ans. Il a partagé, il y a quelques jours, son inquiétude grandissante : « Je vous alerte dix semaines en avance. Le niveau d’enthousiasme des 60 millions d’électeurs de Trump est HORS DU COMMUN ! Pour Joe, pas tellement. » « Trump connaît sa base. Il EST sa base », commente l’historien Romain Huret, directeur de recherches à l’EHESS. Les études montrent que le profil-type de cet électeur est un « faible diplôme, hauts revenus » (donc plutôt âgé) et que le ciment de cet électorat demeure le « nativisme », un courant idéologique anti-immigration qui émaille l’histoire du pays. Jusqu’où peut aller la fuite en avant nationaliste voire suprémaciste ? Indicateur : Trump a récemment « aimé » sur Twitter un post soutenant Kyle Rittenhouse, meurtrier de deux manifestants antiracistes à Kenosha le 25 août dernier. « C’est grâce aux milices que Trump a été élu en 2016 », estime Romain Huret qui rappelle que « le poids de ces milices est indissociable des guerres extérieures. Nombre d’anciens combattants ont importé des méthodes et des façons de penser, notamment ceux qui ont été engagés contre l’Etat islamique.» Dans un climat d’intense polarisation, où peut mener cette alliance, surtout si Trump sent la victoire lui échapper ?

2. Biden, « Hillary, saison 2 » ?

Sur le papier, la stratégie des démocrates semble limpide: transformer le scrutin en référendum sur la présidence Trump, les 180.000 américains morts du Covid, une situation économique catastrophique, ses mots comme autant de pétards jetés en pleine poudrière. Mais la question sécuritaire est venue gripper cette belle machine théorique. « Biden doit trouver une solution pour condamner la violence urbaine sans s’aliéner la base militante de son parti qui soutient Black Lives Matter », pointe une analyse du site Real Clear Politics. C’est toute la stratégie de la « big tent » (littéralement « grande tente ») – soit rassembler autour de sa candidature de l’aile gauche démocrate aux républicains modérés – qui subit un sa première véritable épreuve du feu. Le choix de Kamala Harris et le refus d’incorporer à la plateforme démocrate des propositions-signatures (Medicare for All, création d’un impôt sur la fortune, annulation de la dette étudiante) de la gauche Sanders-Warren ont déjà déçu de nombreux électeurs progressistes. Quid si Joe Biden veut se montrer « dur » sur les questions de sécurité ?

« La tente n’est pas déjà pas suffisamment étendue, estime Mark Kesselman. Les jeunes et la gauche y sont sous-représentés. A la convention, John Kasich, Colin Powell et d’autres vieux routiers républicains ont eu droit à de grands honneurs, et Alexandria Ocasio-Cortez à 90 secondes de discours. » « Ce parti démocrate-là, centriste, risque de se tirer une balle dans le pied », selon Romain Huret. Il poursuit : « En attirant des républicains modérés, Biden fera un meilleur score à New York et en Californie, déjà acquis aux démocrates. Et alors ? Cette élection va se jouer à quelques milliers de voix dans quelques Etats. Or, la mobilisation des jeunes compte aussi dans les opérations de porte à porte. » Pour Marie-Cécile Naves, directrice de recherches à l’IRIS, Joe Biden gagnerait à produire « une mesure symbolique qui marquerait les esprits. » De gauche, ce serait encore plus marquant.

3. Participation : 2016 ou 2018 ?

« C’est la clé, indique Marie-Cécile Naves, et à ce jour, la grande inconnue. » Entre la situation sanitaire, la volonté de Trump de limiter le vote par correspondance (un quart des bulletins en 2016), les obstacles dressés sur la route du vote des « minorités » depuis une décennie par des majorités républicaines dans des Etats-clés, tout est réuni pour un taux d’abstention encore plus élevé alors que la défaite de Donald Trump passe par une mobilisation record. Une « vague bleue » (10 millions de voix d’avance et la prise de contrôle de la Chambre des représentants) avait déferlé dans les isoloirs lors des élections de mi-mandat en 2018 marquée par le plus fort taux de participation depuis les années 1920. L’élection présidentielle de 2016, en revanche, avait enregistré une abstention supérieure au scrutin de 2008 qui vit l’élection de Barack Obama. 

Tout est bon pour décourager les électeurs potentiels de Biden : Donald Trump envisage, sous prétexte de sécurité, de déployer devant les bureaux de vote des forces de police. Rien de tel pour dissuader un électeur latino, même administrativement en règle, ou pour tendre une situation déjà potentiellement explosive. « On n’a pas vu un tel climat de violence depuis 1968», alerte Romain Huret. Cette année-là, dans un contexte d’émeutes dans les grandes villes, déclenchées après l’assassinat de Martin Luther King, et de guerre du Vietnam, le candidat autoproclamé de la « majorité silencieuse » et de la « loi et l’ordre », Richard Nixon avait été élu. L’Amérique a certes changé depuis mais dans quelle mesure a-t-elle assez changée pour empêcher Donald Trump d’effectuer un second mandat ?

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À Kenosha, l’extrême-droite désormais à découvert

Le meurtre de deux manifestants antiracistes par un jeune milicien blanc de 17 ans plonge la petite ville du Wisconsin – et peut-être le pays – dans un état de tension inédit, renforcé par la rhétorique de « la loi et de l’ordre » de Donald Trump. Mais l’Amérique antiraciste n’abdique pas et poursuit sa mobilisation. (Article publié dans l’Humanité du 28 août 2020.)

Les deux vidéos ont désormais fait le tour des réseaux sociaux et sans doute du monde entier. La première montre un policier tirer à sept reprises dans le dos de Jacob Blake, un Africain-Américain de 29 ans. À bord de la voiture dans laquelle la victime voulait entrer, se trouvaient trois de ses enfants âgés de 8, 5 et 3 ans. La seconde intervient quelques jours plus tard, dans la même ville de Kenosha (Wisconsin) où, chaque soir, en dépit du couvre-feu, se déroulent des manifestations pacifiques et où, en marge de celles-ci, la colère conduit à des saccages et incendies volontaires. On y voit Kyle Rittenhouse, 17 ans, arme automatique en bandoulière, mains en l’air, passer tranquillement devant les forces de police sans que celles-ci n’interviennent, alors que le milicien d’extrême droite vient de tuer deux manifestants antiracistes.

Kenosha marque sans doute une nouvelle étape dans l’état de tension d’un pays violent et injuste, scindé en deux blocs : pour la première fois, des manifestants antiracistes ont été tués par un milicien d’extrême droite. La polarisation du pays – cette grande divergence politique, idéologique et sociétale entamée il y a quarante ans et accélérée par le trumpisme – est devenue physique et meurtrière. C’est un précédent. L’Histoire dira si ce drame est « isolé » ou annonciateur, si le spectre de la « guerre civile » (nom donné à ce que nous appelons en France, la « guerre de Sécession ») resurgit.

En tout cas, certains le souhaitent et… y travaillent. Ils s’appellent les boogaloo boys, portent des chemises hawaïennes qui les rendent visibles et se préparent à une guerre civile afin d’empêcher le gouvernement de les priver de leurs droits, notamment celui de porter une arme. Ils constituent une frange de la mouvance des milices d’extrême-droite, dont la diversité ne masque pas l’objectif commun : la suprématie blanche.

Depuis le début du puissant mouvement de protestation après le meurtre de George Floyd, le 25 mai, ces miliciens de tout acabit ont marqué leur présence en marge des manifestations. « Quand vous avez tous ces éléments – un moment politique chargé, beaucoup de désinformation et des groupes lourdement armés –, c’est juste une question de temps avant que quelque chose de dangereux ne survienne », explique au Washington Post Lindsay Schubiner, directrice d’études de l’ONG Western States Center. Cela est donc survenu à Kenosha, que la nébuleuse milicienne a vu comme un terrain de répétition générale. Kyle Rittenhouse est venu d’Antioch – Illinois –, à trente minutes de là, avec son arme chargée. Il a abattu deux hommes – de 26 et 36 ans – et en a blessé un troisième. Les enquêteurs ont découvert sur les réseaux sociaux ses affinités pour les armes, les forces de police et… Donald Trump.

Il ne faut pas attendre de ce dernier qu’il prenne quelque distance que ce soit avec l’auteur de ce double meurtre. Le président sortant s’en tiendra certainement à sa stratégie encore et toujours déroulée lors de la convention qui s’est terminée hier: accabler les démocrates de tous les maux, appeler à la « loi et l’ordre » afin de galvaniser sa base, dont ces groupes d’extrême droite constituent une partie essentielle, comme le souligne Mark Potok. « L’un des avertissements les plus pessimistes à propos de la présidence Trump devient une réalité. Les milices d’extrême droite sortent de l’ombre et se positionnent aux côtés de la police et parfois de responsables du parti républicain pour contrer les manifestations contre les brutalités de la police raciste », alerte le site de gauche AlterNet.

Le site journalistique The Trace, spécialisé sur les questions d’armes à feu, se montre encore plus précis : « Désormais, dans une poignée d’États avec une tradition d’extrême droite, des sections de groupe comme les Oath Keepers et les Three Percenters émergent comme des acteurs politiques directs, fournissant le service d’ordre des élus pro-Trump et des organisations républicaines. Dans un cas, un de ces miliciens était même le collaborateur d’un élu. »

Si la trumpisation du parti républicain, avec sa nouvelle garde prétorienne, est l’une des facettes de la polarisation galopante, quel est son équivalent « progressiste » ? Dans un article publié dans Vanity Fair, Ta-Nehisi Coates le discerne dans l’émergence, « pour la première fois dans l’histoire américaine (…), d’une majorité antiraciste légitime (…) qui peut donner naissance à un monde au-delà de l’idolâtrie des pères fondateurs, où nous pouvons chercher non pas seulement à défaire le président sortant, mais aussi à sortir sa philosophie entière de l’humanité ». Trop optimiste, l’écrivain et journaliste réputé pour son magnifique livre, Une colère noire ?

L’action historique des joueurs de l’équipe de basket de Milwaukee (lire encadré) donne du crédit à son hypothèse d’un « grand feu » naissant. Le « mouvement » né après le meurtre de George Floyd franchit lui aussi un cap, et il pourrait emprunter les mots de Letetra Widman, la sœur de Jacob Blake : « Je ne suis pas triste, je ne suis pas désolée, je suis en colère et je suis fatiguée (…) Je ne veux pas de votre pitié, je veux le changement ! »

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Joe Biden ou le pari de la coalition « attrape tout »

Alors que s’ouvre aujourd’hui la convention démocrate à Milwaukee, la direction du parti a clairement choisi de faire de l’antitrumpisme le seul vecteur de rassemblement autour de la candidature de l’ancien vice-président de Barack Obama. (Article publié dans l’Humanité du 17 août 2020.)

Que feront de commun aujourd’hui le premier candidat autoproclamé socialiste à la présidence des Etats-Unis et un ancien candidat du parti républicain à la même fonction ? Ils appelleront tous deux à voter pour Joe Biden, le 3 novembre prochain. Assurément, Bernie Sanders et John Kasich le feront de façon différente et pour des raisons divergentes. Mais l’inscription de ces deux orateurs dès la première journée d’une convention très spéciale (la première de l’Histoire en l’absence physique de délégués), donne le ton de ce que l’establishment a choisi comme stratégie. Aux Etats-Unis, on appelle cela la « big tent », soit une coalition qui rassemble des personnes aux points de vue souvent, si ce n’est tout le temps, opposés. En l’occurrence, on entendra aujourd’hui un sénateur socialiste favorable à un système de santé universel, à la gratuité des  études supérieures dans les universités publiques, à l’alourdissement des impôts pour les plus riches et à la création d’un impôt sur la fortune clore la première journée au cours de laquelle se sera exprimé un ancien député et gouverneur républicain…opposé à toutes ces propositions. Cette « big tent » 2020 ne dispose que d’une seule une poutre-maîtresse: l’anti-trumpisme. Cela sera-t-il suffisant pour vaincre Donald Trump le 3 novembre prochain ? Le parti démocrate ne commet-il pas la même erreur qu’en 2016 où, au cours d’une campagne molle et centriste, Hillary Clinton avait tenté, en vain, de capitaliser le rejet personnel et politique d’un milliardaire nationaliste jamais élu ? Le pari des élites du parti de l’âne repose sur le fait que le bilan de trois années de présidence ultra-droitière et chaotique suffira à convaincre, d’un côté, les électeurs de l’aile gauche de ne pas mégoter et, de l’autre, les derniers républicains modérés de se décrocher d’un bloc trumpiste de plus en plus ouvertement nationaliste voire suprémaciste blanc. Les enquêtes d’opinion indiquent, pour l’instant, que cette stratégie fonctionne : Joe Biden distance Donald Trump de 8 points dans les sondages nationaux et de près de 5 points dans les fameux « swing states » qui feront pencher la balance dans quelques mois. D’une certaine façon, l’ancien vice-président de Barack Obama a déjà testé une parti de son dispositif lors de la primaire, en forgeant son « comeback » en Caroline du Sud grâce aux électeurs africains-américains puis en portant un coup décisif à Bernie Sanders lors du « super Tuesday » en attirant foule d’électeurs républicains modérés des banlieues blanches. Demeure l’inconnue de la mobilisation d’une jeunesse, clé de la victoire de Barack Obama en 2008 puis de l’émergence politique de Sanders en 2016, située bien plus à gauche que ses aînés. Joe Biden leur a envoyé très peu de signes, si ce n’est aucun. Il a choisi la « modérée » Kamala Harris plutôt que la progressiste Elizabeth Warren comme colistière tandis que la plateforme du parti démocrate n’intègre pas, à cette heure, les propositions-phares de Bernie Sanders. Et c’est peut-être le débat  le programme officiel qui empêchera la convention de se dérouler au millimètre consensuel. Selon les derniers décomptes, 700 des 1000 délégués dont dispose Bernie Sanders (Joe Biden en dispose de 2700 pour une majorité établie à 1900) refusent de voter le texte en l’état. Cela ne l’empêcherait certes pas d’être adopté mais gâcherait la fête consensuelle si ce n’est œcuménique tant souhaité par l’establishment. Une manifestation est également prévue en dehors du centre de convention de Milwaukee à l’appel d’une organisation qui demande une réforme de la police, sujet sur lequel Joe Biden s’est montré d’une grande prudence, s’insurgeant contre les violences policières après le meurtre de George Floyd mais refusant d’envisager des réformes radicales comme le « définancement » ou la réorganisation des services de police locaux. La convention démocrate pourrait avoir à affronter Donald Trump lui-même qui envisage de tenir un meeting, cette semaine, dans le Wisconsin, un Etat qu’il a remporté avec 10.000 voix en 2016 et dans lequel il est crédité de cinq points de retard sur Joe Biden.

 

 

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Trump, le scénario d’un nouveau « complot contre l’Amérique » ?

En chute libre dans les sondages, en raison notamment de sa gestion de la crise sanitaire, le président sortant refuse de dire s’il acceptera le verdict des urnes, entend saper l’exercice du droit de vote. Les ingrédients d’un coup de force – légal ou non – semblent réunis. (Article publié dans l’Humanité du 29 juillet 2020.)

«Imaginez des files d’attente interminables. Des millions de bulletins rejetés. Des milices avec des armes. Des supporters de QAnon (théorie complotiste d’extrême droite – NDLR). La Russie qui sème la discorde. Et un président qui tweete « FRAUDE » avant même que les bulletins aient été comptés. » Ces quelques phrases anxiogènes n’ont pas jailli du cerveau fertile d’un scénariste spécialiste en apocalypse, mais émanent d’une analyse récente du Brennan Center for Justice, institut rattaché à l’École de droit de l’université de New-York et réputé pour son sérieux. Imaginez… l’inimaginable : une sorte de coup de force contre la démocratie perpétré par le président des États-Unis lui-même. Les indices s’accumulent et ils peuvent constituer un faisceau. Le refus de Donald Trump, le 19 juillet dernier, répondant aux questions d’un journaliste de Fox News, d’assurer qu’il acceptera le verdict des urnes car l’élection pourrait être « truquée », a relancé craintes et rumeurs. En 2016, alors candidat républicain, il avait déjà adopté la même posture. En tant que président, il dispose désormais de pouvoirs incommensurablement supérieurs. Trois ans après, qui plus est, le climat politique s’avère encore plus incandescent, flirtant avec une « guerre civile froide », selon la formule du journaliste Carl Bernstein.

Non seulement un scénario « inimaginable » n’est pas à exclure, mais il a même été étudié par un groupe – connu sous le nom de Transition Integrity Project – regroupant responsables démocrates et républicains, universitaires et juristes, anciens fonctionnaires et militaires. Fin juin, via Internet, ils se sont posé quelques questions : que se passera-t-il si Donald Trump refuse de reconnaître sa défaite ? Jusqu’où pourrait-il aller pour préserver son pouvoir ? Et si les démocrates refusaient de concéder ? Selon une des participantes, Rosa Brooks, professeur de droit à l’université Georgetown et ancienne du Département de la défense, les « quatre scénarios étudiés se terminent par de la violence dans les rues et une impasse politique ».

L’hôte de la Maison-Blanche laboure ce terrain en menant une guerre ouverte au vote par correspondance (qu’il utilise lui-même) et par procuration, voie privilégiée par un quart de l’électorat en 2016. La raison ? Il serait un nid à « fraudes ». Cela va sans dire : aucune enquête ou étude ne le démontre. Mais comment justifier, en ces temps d’épidémie galopante de coronavirus, que chaque électeur soit obligé de se déplacer en personne ? Pour Trump, il s’agit bien du but de la manœuvre : favoriser une abstention élevée, désert démocratique dans lequel prospère le Parti républicain, dont l’électorat est plus âgé, plus installé socialement et plus assidu civiquement. En 2018, les élections de mi-mandat avaient combiné le taux de participation le plus élevé depuis 1920 et l’une des plus larges victoires des démocrates (53,4 % contre 44,8 %). Depuis plusieurs années, « les républicains cherchent à décourager les démocrates de se rendre aux urnes, souligne Olivier Richomme, maître de conférences de civilisation américaine à l’université Lyon-II. Mais comme ils ne peuvent pas identifier précisément l’affiliation partisane de chacun, ils utilisent l’affiliation ethno-raciale. Puisque les Africains-Américains votent à 90 % pour les démocrates, les républicains n’ont aucun intérêt à les voir voter (les Latinos aussi puisqu’ils votent au moins à 70 % démocrate). Il en va de même pour les jeunes et surtout les étudiants ». Les « purges » des listes électorales ciblent les « minorités » et les fermetures de bureaux de vote se concentrent dans les quartiers populaires et les campus. Éminent paradoxe de l’époque : le maintien au pouvoir du parti de Lincoln passe par le moindre exercice du droit de vote.

Crier sans relâche à la « fraude » et à l’élection « volée » peut aussi permettre au président en exercice de préparer un coup de force légal, selon un plan détaillé par deux auteurs (lire ci-contre). Et si cela ne fonctionnait pas ? Certains observateurs voient dans le déploiement des troupes fédérales dans de nombreuses grandes villes comme une sorte de « répétition générale ». « La bataille de Portland, où les policiers fédéraux ont été envoyés contre des manifestants à 80 % blancs, est très importante, confirme John Mason, professeur de science politique à l’université William-Paterson. D’abord, parce que cela montre qu’une partie du pays, même si elle est blanche, est perçue comme une ennemie par une autre partie du pays. Ensuite, cela prouve qu’une majorité de Blancs n’adhère pas à une politique identitaire blanche. » Battu le 3 novembre, Trump conservera les manettes de l’État jusqu’à l’entrée en fonction de son successeur le 20 janvier. Que peut-il se passer en deux mois s’il refuse sa défaite et en appelle au « peuple trumpiste » ? Que feront les milices armées qui s’étaient déjà mobilisées contre les mesures de confinement, et a fortiori les « boogaloos », ces extrémistes de droite qui se préparent ouvertement à une guerre civile ?

À un peu moins de 100 jours du scrutin, la chute libre du président sortant dans les sondages, lesté par sa gestion de l’épidémie de coronavirus et des manifestations de protestation après la mort de George Floyd, ne semble dessiner que trois scénarios : un « come-back » d’anthologie de Trump, une victoire massive de Biden ou celui que personne n’osait imaginer jusqu’ici.

 

 

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La trumpisation achevée du Grand Old Party

La convention du parti républicain a consacré la prise de pouvoir du président nationaliste et de son idéologie. Il n’y a plus ni débats, ni d’opposants dans le parti fondé par Abraham Lincoln, juste un chef  : Donald Trump. (Article publié dans l’Humanité du 28 août 2020.)

«Ce n’est plus le parti républicain, c’est un culte à Trump. » La féroce critique ne provient pas d’un opposant démocrate ou d’un éditorial de journal « liberal » que Trump aime tant à attaquer, mais de l’essayiste Bill Kristol, fils d’Irving Kristol, considéré comme le fondateur du mouvement néoconservateur. La formule est cinglante mais elle se révèle… fausse. Si les quatre jours de la convention républicaine ont bel et bien tourné au « culte à Trump », il s’agit toujours du « parti républicain ». « Les conservateurs ont enfanté un monstre : c’est Trump. C’est leur Frankenstein. Ils ne se sont d’abord pas reconnus dans cet enfant illégitime, puis ils s’y sont ralliés car Trump a gagné », analyse l’historien Romain Huret, directeur de recherches à l’EHESS. « Cette évolution remonte aux années 1960 et à la capture du parti républicain par Barry Goldwater (candidat battu à plate couture lors de l’élection présidentielle de 1964 par Lyndon Johnson et considéré comme le père de la révolution conservatrice – NDLR). Trump est la version la plus extrême, la plus aboutie de l’aile droite », ajoute-t-il.

La « trumpisation » du GOP (Grand Old Party, son surnom) s’est achevée entre vidéos enregistrées et harangues devant une salle de conférence vide. Les voix dissonantes n’ont pas été invitées. Elles n’y tenaient pas plus que cela. « Ne pas être publiquement loyal à Trump peut se payer cher : disqualification sur Twitter, campagne négative en circonscription, insultes, etc. », indique Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Iris. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, toute la famille Trump est passée derrière le pupitre, des enfants aux beaux-enfants en passant par l’épouse. « Du reste, le parti ne publie pas de plateforme (programme) différente de celle de 2016, ce qui est exceptionnel. C’est aussi un indicateur que le parti est uni derrière Trump et n’engage pas de débats internes », poursuit la spécialiste.

Le renoncement à l’élaboration d’un programme actualisé en dit long sur la vampirisation du vieux parti par le milliardaire. Pour autant, ce programme existe bien, mais il est, selon David Frum, ancien conseiller de W. Bush et républicain en rupture de ban, « trop effrayant pour être rendu public ». Les choix et propos des orateurs, ainsi que les mises en scène ont dessiné le projet trumpiste entre darwinisme social, nationalisme, dérégulation (sociale et environnementale) et nativisme assumé (« Le parti républicain tient un meeting du Klan », https://platform.twitter.com/widgets.js« >a tweeté l’élue socialiste de Pittsburgh, Summer Lee). « C’est un conservatisme sans filtre, sans garde-fous », résume Romain Huret. À titre d’exemple : en rupture avec la coutume, et sans doute en violation des règles administratives américaines, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie, s’est immiscé dans le débat électoral en diffusant une vidéo de soutien à Donald Trump enregistrée depuis Jérusalem. Un signal on ne peut plus clair envoyé aux électeurs évangéliques blancs, noyau dur de la base républicaine. « Le seul but de la convention de Donald Trump était de parler aux spectateurs de Fox News », constate David Frum. Solidifier sa base en la chauffant à blanc : le même choix qu’en 2016. Pour le même résultat ?

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La fuite en avant de Donald Trump, largué dans les sondages

Le président sortant, donné perdant dans tous les cas de figure face à Joe Biden, vient de changer de directeur de campagne. Objectif : s’appuyer sur le suprémacisme blanc dans la course à la Maison-Blanche. (Article publié dans l’Humanité du 17 juillet 2020.)

« Vous êtes viré .» Donald Trump s’était rendu célèbre, il y a une dizaine d’années, avec cette formule par laquelle il congédiait les candidats à son émission de télé-réalité « The Apprentice » Mercredi, il a appliqué la même sentence à Brad Parscale : ce zélé défenseur du président n’est plus son directeur de campagne même s’il reste conseiller en charge de la stratégie numérique. A moitié viré, d’une certaine façon. L’impétrant paie sans doute le fiasco du meeting de Tulsa(Oklahoma), le 21 juin dernier, le premier organisé par Trump depuis le déclenchement de l’épidémie de coronavirus : les images des tribunes à moitié vides avaient fait le tour du monde, sapant le récit du leader charismatique mobilisant des foules nombreuses et courageuses au point de braver le danger pour écouter ce même messie. Celui qui occupait cette fonction centrale depuis février 2018 sert sans doute aussi de « fusible » au moment où il devient évident que quelque chose cloche dans la campagne pour la réélection de Trump.

Ce dernier est distancé, au plan national, par Joe Biden d’une dizaine de points en moyenne. Ce sont les enquêtes d’opinion dans les Etats-clés, les fameux « swing states », qui ont déclenché des signaux d’alerte au sein de l’équipe de campagne de Trump. Le président sortant est donné perdant dans les trois Etats du Midwest (Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin) qui l’avaient fait « roi » il y a un peu plus de trois ans. Il est également distancé en Floride, un morceau de choix avec ses 29 grands électeurs, ainsi qu’en Arizona, une terre historiquement républicaine. Au Texas, le plus grand Etat républicain du pays, son avance de deux points s’inscrit dans la marge d’erreur. A la même époque, en 2016, la situation apparaissait moins favorable pour Hillary Clinton qu’elle ne semble désormais l’être pour Joe Biden.

Quelles sont les raisons de ce décrochage évident? La première renvoie à une évolution de la composition de l’électorat qui, année après année, se diversifie. Or, toute la stratégie de Trump est d’engranger une part grandissante du vote d’un segment déclinant de cet électorat : les blancs plutôt âgés, sans diplômes mais affichant des revenus supérieurs à la moyenne. On sait que le milliardaire est un président minoritaire qui a accusé 3 millions de voix de retard en 2016. Deux ans plus tard, lors des élections de mi-mandat, le déficit des candidats républicains est passé à 10 millions de voix, dans le cadre d’une participation inédite depuis 1920 pour un tel scrutin. Seul le système du collège électoral lui permet d’entretenir l’espoir d’un second mandat, tant sa défaite au suffrage universel semble acquise. La condition de sa victoire tient donc à la conservation du bloc trumpiste dans quelques parties du pays principalement le Midwest. C’est justement l’effritement de ce socle que mettent en lumière les sondages, avec un recul prononcé parmi les plus de 65 ans.

Sa gestion du coronavirus a sans doute rebattu les cartes parmi cette frange de l’électorat, plus fragilisée en cas de contraction du virus. Son déni, son rejet de la science, son nationalisme ne trouvent plus écho que dans une base de plus en plus rabougrie. La réouverture « sauvage » de l’économie, à laquelle il n’a cessé de pousser, a produit un spectaculaire rebond des cas positifs et, ces derniers jours, du nombre de décès. Sa réaction face au mouvement de protestation après le meurtre de George Floyd a manifestement plus galvanisé ses opposants que ses partisans. Son remake nixonien de la loi et de l’ordre a fait un flop. Comme le dit le journaliste Ronald Brownstein, dans le magazine The Atlantic: « Donald Trump se présente pour assumer la présidence d’une Amérique qui n’existe plus. » Afin de prolonger son bail à la Maison-Blanche, il s’est lancé dans une fuite en avant flirtant avec le suprématisme blanc tout en faisant le pari d’une élection à forte abstention, d’où son refus de la généralisation du vote par correspondance (alors que lui-même vote par ce biais). Il sait qu’un taux de participation historique serait synonyme d’un message sans ambigüité : « Vous êtes viré ! »

 

 

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George Floyd: fin d’une histoire, suite d’un débat

(Article publié dans l’Humanité du 10 juin 2020.)

Dans la plus stricte intimité mais dans le plus national des hommages. Hier, c’est à la fois la douleur d’une famille et celle d’une certaine Amérique qui ont accompagné George Floyd dans sa « dernière demeure », selon l’expression consacrée, qu’il n’aurait jamais dû rejoindre dans la force de l’âge qui était la sienne. La famille de l’homme tué par un policier blanc, le 25 mai dernier, a préféré organiser les funérailles en deux temps. Lundi, ce sont des milliers de personnes qui ont pu rendre un dernier hommage à George Floyd, placé dans un cercueil ouvert à l’église Fountain of Praise. C’est dans ce même édifice religieux que son éloge funèbre sera prononcé par le révérend Al Sharpton, figure du mouvement des droits civiques, symbole de l’intime et de la politique qui ne peuvent, en ces circonstances, que se mêler.

Houston, c’est la ville dans laquelle a grandi ce natif de Fayetteville (Caroline du Nord). A Third Ward, le Harlem local situé au sud du centre-ville, quartier pauvre, loi d’airain socio-économique lorsque l’on est un jeune noir aux Etats-Unis. Et, comme nombre de ses « frères », il a trouvé un terrain d’expression dans le sport, le basket et le football américain en l’occurrence. Ses copains l’appelaient le « gentil géant ». Il mesurait 1,93m, un peu moins que Michael Jordan, l’idole de sa génération qui commençait à dicter sa loi avec les Chicago Bulls, alors que George Floyd entrait à l’université – premier de sa famille à franchir ce cap – grâce à une bourse sportive accordée par un établissement en Floride. Mais quand la gloire ne s’offre pas, plus dure est la chute.

Au stade des rêves, succède celui des petits délits et des passages en prison. L’une de ces arrestations concernait une vente de drogue pour 10 dollars. Verdict : dix mois de prison. Système judiciaire d’autant plus impitoyable que le pouvoir politique lui a lâché la bride sur le cou avec la « loi sur le crime » de 1994 (peines planchers, condamnation à perpétuité après trois délits, quelle qu’en soit la nature), promue et signée par Bill Clinton.

Dans les quartiers relégués de ces grandes métropoles américaines, il n’y a souvent qu’un seul havre de paix : l’église. Celle où il allait passer le plus clair de son temps après avoir purgé une ultime peine de prison était la bien nommée Resurrection, où l’on baptisait au milieu du terrain de basket-ball. Sur ce dernier, George Floyd pouvait aussi être le grand frère prenant en main les mômes du quartier. Il s’investira ensuite dans un programme d’aide aux personnes souhaitant décrocher de la drogue. Pour les couper d’un milieu qui fait souvent replonger, on les emmenait loin de ce quartier de Third Ward. Très loin ? Tout au nord : dans le Minnesota. C’est ainsi que George Floyd découvrit Minneapolis, avant de former le projet, en 2017, d’y déménager comme une bonne vieille histoire de rédemption dont on trouve tant d’exemples, de la littérature au cinéma. D’ailleurs, lorsqu’il était revenu à Houston, en 2018, pour les funérailles de sa mère, il avait partagé une forme d’enthousiasme avec ses proches : il se sentait comme chez lui dans la plus grande ville du Minnesota. Il y avait trouvé un emploi d’agent de sécurité, dans un centre pour SDF géré par l’Armée du Salut. Pour compléter ses revenus, il embauchait le soir comme « videur » dans un bar-discothèque. Tous ceux qui ont croisé son chemin décrivent, dans un long portrait que lui consacre le New York Times, un homme attentionné, cool et bienveillant. Ils ont tous été sidérés lorsqu’ils ont visionné la vidéo captant ses derniers moments de vie, puis ses derniers mots : « Mama ! Mama ! » C’est auprès de sa mère que George Floyd repose désormais.

Mais l’Amérique n’est pas quitte de « l’affaire Floyd. » L’immense mouvement qui s’est levé après son meurtre porte des demandes de changements structurels par rapport auxquels chaque responsable politique, de l’échelon local au niveau fédéral, doit se positionner. Après avoir longuement rencontré la famille de George Floyd, lundi, Joe Biden a jeté le trouble, pour le moins, en s’opposant au « defunding» (la réduction des moyens alloués aux forces de police), l’une des mesures-phrases des mouvements de protestation.

Sans surprise, Donald Trump a pris position pour la thèse de la brebis égarée et en conséquence pour le maintien du statu quo. Organisant une conférence de presse lundi, en présence de représentants des forces de police, le président nationaliste a déclaré : « Parfois, nous pouvons voir des choses horribles comme celles dont nous avons été témoins récemment. Mais je dirais que 99.9 – allez, disons 99% –  (des policiers) sont des personnes vraiment supers. » Comme il n’y a donc aucun problème systémique dans la police, le dossier semble clos pour l’hôte de la Maison Blanche qui a consacré son traditionnel débarbouillage matinal à attaquer ses opposants et se glorifier : « MAKE AMERICA GREAT AGAIN. » A quelques heures des funérailles de George Floyd.

 

 

 

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L’Amérique dans les pas de George Floyd

(Article publié dans l’Humanité le 9 juin 2020, jour de l’inhumation à Houston de George Floyd.)

 

« La question n’est pas le sort des Noirs, de la population noire. La vraie question, c’est le sort de ce pays. » Les mots de l’écrivain James Baldwin prononcés en 1968 n’ont pas pris une ride. Ils collent parfaitement à la situation que traversent les Etats-Unis un demi-siècle plus tard. Ils pourraient figurer en épitaphe sur la pierre tombale de George Floyd, dont l’inhumation a lieu ce mardi dans sa ville natal de Houston (Texas). Cet Africain-Américain de 46 ans, tué le 25 mai dernier par un policier blanc, est désormais plus que sa seule identité. Il est une tragique destinée américaine qui a « réveillé » une partie du pays dont le « sort » est de nouveau sur la table.

 

Coronavirus, la poudrière

Le coronavirus a presque disparu…des gros titres de la presse, relayé en second plan par le mouvement de protestation. La réaction immédiate d’une partie de l’opinion publique doit sans doute beaucoup au contexte créé par la pandémie. Difficile de ne pas y voir – à l’instar de la métaphorique canicule dans le film de Spike Lee, « Do the right thing »– l’élément qui met le feu aux poudres. Le Covid-19 a principalement frappé l’Amérique urbaine, celle où les inégalités sont également les plus puissantes, où les défaillances du système de protection sociale apparaissent impitoyables pour les plus démunis, celle où les Africains-Américains sont surreprésentés. A partir de la première guerre mondiale, des millions de noirs du Sud sont partis dans les grandes villes du Nord et du Midwest à la recherche d’emplois industriels. La désindustrialisation, qui a commencé dès les années 60, puis l’exode des blancsvers les « surburbs », qui s’est accentuée à partir des années 1970, a, de Minneapolis à New York en passant par Detroit et Milwaukee, laissé les populations noires dans une situation de sous-emploi chronique dans des centres-villes paupérisés.

C’est là que le coronavirus a imposé des dégâts sanitaires et sociaux à des quartiers déjà abîmés et fragilisés. Selon les dernières données de APM Research Lab, un groupe de recherches indépendant, « le taux de mortalité des Noirs américains est 2,4 fois plus élevé que le taux de mortalité des blancs et 2,2 fois plus que celui des Asiatiques et Latinos. » La terrible crise économique a laminé des millions d’emplois en quelques semaines, parmi les moins qualifiés. Là encore, les Africains-Américains ont payé un lourd tribut. Les premiers éléments statistiques concernant la légère reprise économique de ces dernières semaines montrent que celle-ci a moins profité aux… Africains-Américains. Cruelle ironie : George Floyd a été atteint par le Covid-19 et s’en est tiré. Il n’a pas survécu à un fléau à la fois plus ancien : le racisme systémique des forces de police.

 

La police, l’éternelle allumette

Pour la première fois, sans doute, dans l’histoire des Etats-Unis, le rôle de la police se trouve au cœur d’un débat public. Avec une rapidité assez étonnante, les partisans d’une « réforme » ou d’une « redéfinition » marquent des points. Et lesquels ! La décision la plus symbolique est venue dimanche de Minneapolis, la ville où George Floyd a rendu son dernier souffle. Le conseil municipal a voté pour le « démantèlement » du département de police locale. Il ne s’agit pas d’une « réorganisation » mais de la reconstruction à partir de zéro « d’un nouveau modèle de sécurité publique. » Samedi, le jeune maire démocrate, Jacob Frey, s’y était opposé. Mais le vote à la majorité qualifiée du conseil municipal l’empêche d’y opposer son veto. Les conseillers municipaux ont également annoncé que les fonds jusqu’ici alloués à la police de la ville seront dirigés vers des projets s’appuyant sur la population. Quelle forme prendra le « nouveau modèle » ? « L’idée de ne pas avoir de police n’est certainement pas un projet à court terme », a lâché la conseillère municipal Alondra Cano. Aucun élu n’a avancé de pistes, et il semble que la dimension expérimentale

Le « defunding », soit la réduction des budgets consacrés aux forces de police, est devenu, en quelques jours, un slogan rassembleur…et une réalité dans un nombre grandissant de villes. Le maire démocrate de Los Angeles avait ouvert le bal, en annonçant une réduction de 150 millions de dollars du budget du LAPD. Celui de New York, Bill de Blasio, a finalement cédé aux pressions d’une partie de sa majorité et des associations de droits civiques en acceptant ce qu’il refusait d’envisager, encore vendredi dernier : baisser le budget de la police et réorienter ces sommes vers les budgets sociaux. Il n’a livré, pour l’instant, aucun montant, mais le revirement est spectaculaire dans une ville où le budget de la police a augmenté de 22% entre 2014 et 2019, pour s’établir à 6 milliards de dollars, alors que les taux de la criminalité sont au plus bas. Dans d’autres métropoles, des premiers pas plus timides – interdiction d’utilisation des gaz lacrymogènes ou des techniques d’arrestation musclées – ont été effectués. Partout, le « statu quo » est impossible.

 

Contrat social : le volcan

Joe Biden rencontrera, avant la cérémonie d’hommage, la famille de George Floyd. Donald Trump ne sera évidemment pas du voyage. Le président en exercice a seulement convoqué le nom du défunt lors d’un indigne exercice d’auto-satisfaction à propos des relatifs bons chiffres de l’économie et s’est bien gardé d’utiliser un mot pourtant au cœur du grand débat du moment : racisme. Ici aussi, l’affaire George Floyd révèle une fracture américaine face à la revendication de redéfinition du « contrat social », porté par les manifestations géantes.

Le parti républicain, dont l’électorat est plus âgé et plus blanc que la moyenne de la population du pays, continue de marteler une unique réponse : « Loi et Ordre. » Cette position semble de plus en plus intenable dans une société où les mentalités ont évolué. Donald Trump a d’ailleurs dû battre en retraite, en donnant l’ordre à la garde nationale de se retirer de Washington. Il a justifié sa décision par le fait que la situation était « parfaitement sous contrôle » et que le « nombre de manifestants diminuait », alors qu’il a en réalité augmenté. Le même jour, trois anciens chefs d’Etat-major avaient condamné l’envoi de troupes, joignant leurs voix à celle, notamment, du secrétaire de la Défense, Mark Esper.

Le parti démocrate, dont l’électorat est plus jeune et plus divers que la moyenne de la population du pays, se montre attentif à cette thématique, même si localement – on l’a vu à Minneapolis et New York – les divisions internes à la coalition sont d’importance. Elles pourraient s’approfondir autour de la loi que prépare le groupe démocrate à la Chambre des représentants sur la réforme de la police qui évite, pour l’instant, d’envisager un « defunding. »

 

 

 

 

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Naissance d’un mouvement

Article publié dans l’Humanité du 8 juin 2020.

Retenez la date : le 6 juin. Les Etats-Unis ont connu samedi la naissance d’un mouvement. Partout dans le pays, des centaines de milliers de personnes dans des centaines de rassemblements ont porté un message non seulement de protestation contre les violences policières mais plus largement contre le racisme systémique. Le pays est entré dans la troisième phase de réaction au meurtre de George Floyd, un Africain-Américain de 46 ans, par un policier blanc: après celle, épidermique des premiers jours (marquée par des émeutes), puis pacifique (depuis le milieu de la semaine dernière), voici la phase politique. La nature du message a changé, l’étendue des voix qui le portent également. « Oui, il y a aura eu un avant et un après, estime Jesse Jackson, figure du mouvement des droits civiques, dans un entretien publié par le Journal du Dimanche. Toutes ces manifestations constituent un immense progrès parce que des millions de gens ont voulu exprimer leur révolte face à l’impunité dont jouit trop souvent la police dans ce pays.»

Les grandes métropoles ont été au rendez-vous et des villes moyennes ou plus petites sont entrées dans la danse. A New York, les manifestants se sont rassemblés à Central Park avant de marcher vers Brooklyn, malgré le couvre-feu. A San Francisco, les manifestants ont défilé sur le Golden Gate Bridge. A Los Angeles, où des émeutes avaient ponctué le non-lieu des policiers ayant battu Rodney King en 1992, deux marches se sont déroulées autour de deux campus, l’une à l’initiative des étudiants noirs, l’autre menée par des associations latinas. A Washington D.C., le défilé est passé par « Black Lives Matter Plaza », nouveau nom d’un square rebaptisé en fin de semaine dernière par Muriel Bower, la mairesse de la ville-capitale, qui a fait peindre en jaune les lettres du slogan sur la chaussée. Le message est évidemment aussi destiné au locataire d’un lieu public bien connu située juste à côté : la Maison Blanche.

Le mouvement grandissant de protestation s’est également enraciné, en dehors des métropoles, dans cette Amérique que l’on dit « profonde » et qui serait condamnée à succomber aux sirènes trumpistes. On a manifesté à Marion (Ohio), Simi Valley (Californie), Richmond (Kentucky), Athens (Georgie), au Havre, (Montana), à Garden City (Kansas), à Harvard (Nebraska), autant de « déserts protestataires », ou encore à Huntsville (Texas), à quelques pas de la prison et de sa chambre d’exécution. Encore plus surprenant, une marche a eu lieu dans une petite ville texane de 10.000 habitants, dénommée Vidor, connue pour être une place forte du Klu Klux Klan et des suprémacistes blancs. « Désormais, Vidor, Texas, sera connue pour l’amour », a lancé Michael Cooper, le président de la section locale de la N.A.A.C.P., la grande organisation de défense des droits civiques des Africains-Américains.

Mais la manifestation qui donne sans doute le tempo du nouveau cycle qui s’ouvre s’est tenue dans la ville-épicentre de Minneapolis. Les images ont fait le tour du pays. Le jeune maire démocrate, Jacob Frey, 38 ans, a quitté le rassemblement après avoir refusé d’envisager la réduction des moyens accordés à la police (« defunding »). « Honte », lui ont lancé des dizaines de participants. Quatre conseillers municipaux avaient préalablement appelé au démantèlement du département de police locale. Parmi eux, Jeremiah Ellison, le fils de Keith Ellison, ancien député de la ville, figure nationale des pro-Sanders, et actuel procureur de l’Etat du Minnesota, en charge des poursuites contre les policiers impliqués dans la mort de George Floyd. « Et quand nous l’aurons fait, nous n’allons pas recoller les morceaux, a ajouté, sur Twitter, le jeune conseiller municipal. Nous allons fondamentalement repenser notre approche de la sécurité publique. » Les appels au désinvestissement voire à la dissolution des forces de police se multiplient un peu partout sur le territoire américain. La question du rôle des départements de police créé souvent des clivages au sein même de la coalition démocrate, entre les « liberals » (disons : progressistes bon teint) et les militants et élus, plus jeunes et plus radicaux. Les curseurs bougent. Dès mercredi dernier, Eric Garcetti, le maire démocrate de Los Angeles, a annoncé une réduction de 150 millions de dollars du budget du LAPD. A New York, la plus grande ville du pays, Corey Johnson, président du conseil municipal et deux conseillers municipaux, ont proposé une coupe drastique dans le budget du NYPD gardé intact par le maire, Bill de Blasio, alors que des mesures d’austérité sont imposés à des budgets sociaux. Bill de Blasio, pourtant élu sur une plateforme progressiste en 2012, est confronté à une fronde contre sa gestion des violences policières (il a mis cinq années avant de renvoyer l’agent impliqué dans la mort d’Eric Gardner) et le maintien du statu quo du rôle de la police, puissance au sein de la puissance publique et potentielle force de nuisance électorale, à travers leurs syndicats, principalement conservateurs.
Si le séisme sociétal et politique déclenché par le meurtre de George Lloyd secoue le parti démocrate, c’est bien le parti républicain qui se trouve le plus affaibli par l’évolution de la situation. « Loi et ordre », a encore twitté Donald Trump, calfeutré dans une Maison Blanche, désormais cernée de barricades. Un appel « hors sol » alors que les rassemblements sont désormais délestés des dérives émeutières. Face à la question centrale soulevée – le racisme systémique -, le président nationaliste reste littéralement sans voix. Et, tandis que ses appels à la mobilisation de l’armée ont été contestés dans son propre camp, sa prise sur le cours – électoral et politique – des choses semble s’affaiblir de jour en jour.

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Le carnage américain

Système de santé coûteux et inégalitaire, filet de protection sociale insuffisant, trumpisme en (in)action : les classes populaires règlent l’addition d’une catastrophe sanitaire et politique évitable. (Article publié dans l’Humanité du 20 avril 2020).

 

Lors de son discours d’inauguration, en janvier 2017, Donald Trump dépeignait, sur l’inspiration de son conseiller d’extrême-droite, Steve Bannon, un « carnage américain » purement fantasmatique. Cette auto-fiction est devenue une réalité : le pays compte près de 900.000 cas positifs (un tiers des cas mondiaux)et 39.000 personnes en sont mortes, 26,5 millions d’Américains ont perdu leur emploi en quelques semaines, dont une bonne proportion qui a, du jour au lendemain, vu s’envoler son assurance santé qui y était liée. Les 330 millions d’habitants des Etats-Unis subissent une triple peine : le coronavirus (comme l’ensemble de la planète), un système de santé et de protection sociale défaillant et le trumpisme, entre déni et darwinisme social rentré. Un drame supplémentaire pourrait s’ajouter alors que l’hôte de la Maison Blanche encourage les mouvements quasi-insurrectionnels contre des gouverneurs démocrates dans un pays dont le climat relève, selon le journaliste Carl Bernstein, de « la guerre civile froide. »

 

Le carnage sanitaire : un quart des morts de la planète

Des infirmières vêtues de simples sacs poubelles de fortune, des corps entassés dans des couloirs d’hôpitaux, la pénurie de matériels de toutes sortes, y compris des indispensables respirateurs : ces images ne sont pas propres aux Etats-Unis mais elles sont sans doute les plus inattendues en provenance de la plus grande puissance du monde.

Facilitée par l’incurie de l’administration Trump, ce « carnage sanitaire », à vrai dire, n’a pas commencé cette année : il était rampant. Hier, et encore plus aujourd’hui, ce sont les classes populaires qui en paient le plus lourd tribut. Non assurés ou mal-assurés, les plus démunis traînent depuis des années les facteurs de comorbidité (obésité, diabète) non-soignés ou mal-soignés qui s’avèrent mortifères, au révélateur du coronavirus. D’autant que la nécessaire distanciation physique s’avère souvent impossible, comme le rappelait dans le magazine en ligne The Intercept, l’épidémiologiste Elizabeth Pathak : «Quand vous êtes membre des classes populaires à New York, vous êtes dans la promiscuité à chaque étape de votre vie, en commençant par la salle de bains. La promiscuité règne chez vous. La promiscuité règne dans les transports publics. La promiscuité règne sur le lieu de travail. La promiscuité règne dans les écoles. » Ville la plus dense et l’une des plus inégalitaires du pays, New York constitue, avec ses 17.000 morts, l’épicentre de l’épidémie aux Etats-Unis. Et, finalement, la promiscuité a également régné dans les urgences des hôpitaux, où se sont conjugués les effets de décennies de sous-investissement et ceux d’un système de santé aussi coûteux qu’inégalitaire. Le pays consacre 18% de son PIB aux dépenses de santé (11% en France), dont un quart est avalé par les frais administratifs, reflet de la complexité quasiment kafkaïenne de l’édifice intégralement géré par les compagnies privées. La couverture supposément universelle apportée par l’Obamacare n’assure qu’une prise en charge minimale, tout comme les contrats des entreprises, souvent insuffisante pour les familles qui doivent mettre de leur poche, souvent poussée à la banqueroute personnelle, lorsqu’un problème grave survient ou…qui ne se soignent pas. En 2018, 44% des Américains ont reporté une visite médicale en raison de son coût. Terreau fertile sur lequel s’est répandu le coronavirus à grande vitesse.

 

Carnage social : retour vers la Grande Dépression

26,5 millions d’Américains se sont inscrits au chômage depuis le 13 mars. En quelques semaines, c’est comme si les 23 millions d’emplois crées entre 2010 et 2020, dans l’après-krach de 2008 s’étaient volatilisés. Ce chiffre ne résume que partiellement l’étendue du drame, puisqu’il n’incorpore par les salariés sans-papiers, ceux qui travaillaient sans déclaration de leur employeur et les «auto-entrepreneurs ». Au total, le taux de chômage s’établit à 20%, un niveau jamais atteint depuis la Grande Dépression. Il nous rappelle que la plus puissante économie du monde est également la moins protectrice.

La loi « coronavirus » de 2000 milliards de dollars votée par le Congrès a, en partie, resserré les mailles du filet de protection sociale. Sur l’insistance des démocrates et de Bernie Sanders, qui a mis dans la balance son vote au Séant, le « package » inclut une allocation hebdomadaire de 600 dollars pour chaque chômeur pendant quatre mois en plus des allocations versées par chaque Etat. La prime spéciale de 1200 dollars par personne (Sanders avait proposé 2000 dollars) et 2400 par famille (plus 500 dollars par enfant) commence à arriver sur les comptes en banque. Elle sert à payer l’ordinaire, notamment la nourriture, dans un pays où 80% des habitants disent vivre avec leur seul salaire du mois et où la moitié de ceux-ci assurent ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400 dollars.

Pour une majorité des nouveaux chômeurs, la peine est double puisque leur assurance-santé était liée à leur emploi. Certains pourront prétendre à la couverture de « Medicaid » (lire papier ci-contre) mais selon un cabinet d’études, 5 millions resteraient dénués de toute couverture. Selon une enquête du Pew Research Center, ce sont les hispaniques – surreprésentés dans les boulots du bas de l’échelle sociale – qui seront les premières victimes de ce carnage social.

 

Le carnage politique : laissez-faire le marché et la nature

Comme si le système d’organisation sociale ne suffisait pas à les mettre au supplice, les habitants des Etats-Unis endurent une torture supplémentaire : le trumpisme. Par ses mots et déclarations, Donald Trump a contribué à créer un climat de déni et de sous-estimation. Par ses actions, il a aggravé la situation. Son nationalisme assumé pourrait parfois faire oublier qu’il est également un libéral patenté. En l’occurrence, il a refusé de faire de l’Etat fédéral le coordinateur de la réponse publique à la catastrophe sanitaire, renâclant, par exemple, à appliquer une loi de 1950 lui permettant de réquisitionner Ford afin que le constructeur automobile construise des respirateurs, dont l’acheminement vers les hôpitaux a ainsi pris des semaines de retard. Conséquence : les Etats fédérés ont été livrés en pâture aux fournisseurs dans un climat de « nouveau far west », pour reprendre la formule du gouverneur de Californie, Gavin Newsom. Et, pour poursuivre sur l’exemple des essentiels respirateurs, ils se sont arrachés aux enchères, les prix flambant de 25.000 à 45.000 dollars.

Dernière lubie : la réouverture au plus vite de l’économie. Il cache à peine qu’il entend aborder l’élection présidentielle de novembre avec les moins catastrophiques chiffres possibles. D’autant que nombre d’Etats-clés (Michigan, Pennsylvanie, Nevada et Ohio) sont parmi les plus touché par l’immense récession. Un deuxième mandat vaut bien quelques milliers de mots supplémentaires…

 

 

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