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L’emprise contrariée de Donald Trump sur le GOP

L’onction du milliardaire fonctionne moins comme un sésame lors de ce cycle des primaires, même si la base MAGA lui demeure fidèle. Une défaite lors des midterms en ferait un président sans leviers. (Article publié dans l’Humanité du 25 août 2026.)

Darline Graham l’avoue : elle n’est pas plus informée que cela sur les enjeux de sécurité nationale en ce qui concerne Taïwan et la mer de Chine. Ce ne serait pas embarrassant si elle n’était qu’une électrice lambda de Caroline du Sud. Or, elle aspire à occuper le siège de sénatrice de l’État.

La chambre haute du Congrès dispose de pouvoirs très étendus en matière de politique étrangère, de la confirmation de nominations clés à la ratification des traités. La candidate républicaine devrait le savoir puisque son frère, Lindsay, a occupé cette fonction de 2003 au 11 juillet dernier, jour de son décès.

Sa gaffe, intervenue en plein milieu d’un débat avec ses concurrents, a encore affaibli sa position : lors du premier tour, le 11 août, elle n’a recueilli que 33 % des suffrages, l’électorat républicain très conservateur de cet État du Sud profond ne semblant pas emballé par le népotisme ambiant.

La candidate a reçu un soutien de poids : Donald Trump lui-même. Le président s’est même déplacé vendredi 21 août à Myrtle Beach pour tenir un meeting. L’issue de cette primaire aura pourtant peu d’impact sur l’élection de novembre : la Caroline du Sud est un bastion républicain. Pourquoi Donald Trump a-t-il pris de son temps qu’on imagine précieux, entre une guerre pas terminée avec l’Iran et un conflit commercial entamé avec le voisin canadien ? Par fidélité à Lindsay Graham, un faucon anti-Trump devenu un zélote ?

« S’il vous plaît, faites comme si j’étais sur le bulletin »

Fidèle à sa transparence égotiste, l’hôte de la Maison-Blanche a rapidement éventé la raison unique de son déplacement : ce vote constitue un référendum sur lui-même. « S’il vous plaît, faites comme si j’étais sur le bulletin », a-t-il imploré. Une défaite de Darline Graham ce mardi 25 août lors du second tour de la primaire serait d’abord et avant tout un échec pour Donald Trump. Un de plus. La saison des primaires s’est en effet avérée plus compliquée que prévu pour celui qui se voit en « faiseur de rois » au sein du Parti républicain.

En Iowa, en Géorgie et en Caroline du Sud – trois États qu’il a remportés lors de l’élection présidentielle de 2024 –, les candidats qu’il soutenait ont échoué dans les scrutins pour le poste de gouverneur. Dans l’Illinois, le Minnesota, le Tennessee ou la Caroline du Sud, l’adoubement présidentiel n’a pas suffi pour d’autres ultra-trumpistes. Exemple le plus frappant : dans le Wyoming, État rural des grandes plaines et place forte inexpugnable du GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain), Megan Degenfelder a mordu la poussière face à Eric Barlow, au ton plus apaisé.

Même en Floride, désormais son État de résidence, Donald Trump semble avoir perdu la main. Il a apporté son onction au député Cory Mills, notamment visé par une ordonnance de protection à son encontre obtenue par une femme. Après la défaite de ce dernier, le président a assuré qu’il lui avait conseillé en privé de se retirer…

« Tu gagnes, c’est grâce à moi. Tu perds, c’est ta faute. » Mais ce qui représentait un sésame depuis 2016 n’est plus infaillible. Dès avril, Larry J. Sabato, l’un des meilleurs spécialistes des rapports de force électoraux du pays, soulignait le problème montant : « Les républicains ont besoin que leur situation s’améliore. Pour l’instant, Trump ne les aide pas. »

L’impact électoral de la guerre commerciale avec le Canada

Quelques mois plus tard, la situation ne s’est toujours pas améliorée : les démocrates sont donnés vainqueurs à la Chambre des représentants mais aussi au Sénat et la cote de popularité de Donald Trump, au plus bas, semble les envoyer par le fond. Son socle « MAGA » (Make America Great Again) demeure solide, mais une frange de son électorat de 2024, particulièrement des jeunes et des latinos, s’est évaporée, selon les sondages. Donald Trump a néanmoins plus décroché dans l’opinion publique que dans l’électorat républicain.

Kyle Kondik, autre analyste réputé, souligne que même si Donald Trump dispose de moins de « muscle » qu’auparavant, il en conserve suffisamment pour garder un rôle central. Cela changera si le Congrès bascule. Le 47e président des États-Unis sera alors un « canard boiteux », selon l’expression consacrée, un chef sans avenir, puisque ne pouvant pas se représenter, et sans pouvoir, faute de majorité législative. Le scénario cauchemar pour un Donald Trump qui ne se voit qu’en deus ex machina.

Mais aussi une perspective qu’il contribue à ouvrir par ses politiques. Ainsi, comme le souligne le sondeur Adam Carlson, la guerre commerciale lancée avec le Canada aura un « impact démesuré » sur trois États – Michigan, Ohio et Maine – qui sont aussi les principaux terrains d’affrontement entre républicains et démocrates pour le contrôle du Sénat.

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Le parti démocrate s’organise déjà pour la présidentielle 2028

Le calendrier a été bouleversé au profit d’États plus en phase avec la diversification démographique du pays mais en respectant l’équilibre entre les centristes et l’aile gauche. (Article publié dans l’Humanité du 18 août 2026).

D’une primaire à l’autre. Le Parti démocrate n’en a pas encore terminé avec le cycle de désignation de ses candidats pour les élections de mi-mandat qu’il se projette déjà dans l’organisation de la bataille suivante : celle de l’élection présidentielle de novembre 2028.

Samedi 15 août, la direction du Parti démocrate a annoncé le calendrier qui a fait l’objet de vives tensions ces dernières semaines, puisqu’il s’agissait de changer l’ordonnancement en place depuis des décennies.

Ce n’est évidemment pas une simple affaire administrative : les premiers scrutins donnent le ton, même si les États dans lesquels ils se déroulent ne sont pas à l’image du pays. Et c’est justement au nom de la représentativité que l’Iowa et le New Hampshire, deux États où les Blancs sont ultra-majoritaires, perdent leurs premières places.

Le premier avait le privilège d’ouvrir le bal depuis 1972 sous forme de « caucus » (forme particulière qui mêle vote et délibération) tandis que le second organisait la première véritable « primaire » (tous les électeurs votent directement) depuis 1920.

Ils sont remplacés respectivement par la Caroline du Sud et le Nevada, jugés plus en phase avec l’évolution démographique du pays. Ce nouveau duo est le fruit d’un compromis entre les centristes de la coalition démocrate et son aile gauche. En Caroline du Sud, le vote africain-américain est déterminant.

Un calendrier mais pas encore de candidats déclarés

En 2020, les Noirs ont compté pour plus de la moitié des électeurs qui ont donné une large victoire à Joe Biden, remettant en selle l’ancien vice-président de Barack Obama. Au niveau national, le site FiveThirtyEight estime que les Africains-Américains constituent « environ un cinquième » de l’électorat démocrate. Ils optent généralement pour le candidat de l’establishment.

Dans le Nevada, c’est l’électorat latino qui domine. Autre particularité : le poids du puissant syndicat Culinary Workers Union (60 000 membres travaillant dans l’hôtellerie, la restauration et les casinos à Las Vegas et dans tout l’État). En 2020, Bernie Sanders y avait remporté une éclatante victoire avec 40 % des voix grâce à cette base.

Les deux premiers votes interviendront les 22 janvier et 1er février 2028. Le New Hampshire (8 février), le Nouveau-Mexique (15), le Michigan (22) et la Virginie (29) compléteront l’ouverture de la saison des primaires avant le « super-Tuesday » organisé le premier mardi de mars dans une douzaine d’États.

Côté candidats, personne ne s’est encore officiellement déclaré mais les déplacements indiquent des ambitions. Ainsi, Pete Buttigieg, déjà candidat en 2020, participera à un meeting en Caroline du Sud le week-end prochain. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie dont la candidature relève du secret de polichinelle, a fait campagne le 9 août avec Abdul El-Sayed, le candidat démocrate de gauche pour le siège de sénateur dans le Michigan.

L’issue de ce scrutin dans ce « swing state » pourrait déterminer la suite et, en cas de victoire d’El-Sayed, éventuellement convaincre Alexandria Ocasio-Cortez, qui a soutenu le candidat dès le début de sa campagne, de se lancer dans l’arène présidentielle.

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Dans le Wisconsin, les leçons d’un coup d’arrêt pour la gauche US

Francesca Hong, la candidate socialiste pourtant favorite, s’est fait coiffée sur le fil par son concurrent soutenu par l’establishment. (Article publié dans l’Humanité du 13 août 2026).

La gauche états-unienne n’a pas réussi à réitérer son exploit du Michigan. Dans le Wisconsin, autre État pivot (swing state) du Midwest, Francesca Hong, la candidate qui se revendique du socialisme démocratique, a échoué, à quelques milliers de voix de la nomination démocrate pour le siège de gouverneur. Alors qu’elle était donnée largement en tête dans les sondages, la dernière ligne droite lui a été fatale : avec 39,4 % des voix, elle est devancée par David Crowley, le candidat centriste.

Après la victoire d’Abdul El Sayed le mardi 4 août dans le Michigan, toute l’attention médiatique s’est focalisée sur ce scrutin, l’establishment démocrate ouvrant un feu roulant contre la candidate de gauche, élue à l’Assemblée de l’État depuis 2020. Certaines de ses remarques ont été exhumées et ont nourri des boucles médiatiques. Ici, un propos sur la « blanchitude ». Là, une remarque ironique sur Thanksgiving, une fête nationale décrite comme un héritage colonial. Le « bruit » médiatique a obligé Francesca Hong à s’expliquer – et, en l’occurrence, se rétracter – sur ses sorties récentes, faisant passer au second plan la plateforme classique de la gauche en 2026 : système de santé universel (Medicare for all) et de garde d’enfant publique, engagement à ne pas accepter l’argent des entreprises, dénonciation du génocide à Gaza.

Sans le soutien de Sanders ni AOC

L’ancienne cheffe de cuisine, propriétaire de son propre resto jusqu’en 2023, incarnant, à 37 ans, une nouvelle génération en politique est devenue « celle qui est trop extrémiste » pour l’emporter dans le plus incertain des swing states (30 000 voix d’avance pour Donald Trump en 2024, 20 000 pour Joe Biden en 2020). L’establishment a donc réussi son coup.

Pour autant, les leaders de la gauche n’ont pas perdu de capital politique dans cette élection, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) n’ayant pas apporté de soutien à Francesca Hong. Officiellement, pour se concentrer sur les élections au Congrès. Sans doute, aussi et surtout, pour éviter de prendre une « balle perdue » d’une défaite liée à une candidature jugée trop fragile. Le destin aurait-il pu basculer avec le poids de ces deux figures de la gauche états-unienne ?

Cette défaite met en relief un problème récurrent de la gauche : son incapacité à convaincre les électeurs africains-américains. Bernie Sanders avait rencontré ce problème lors de ses deux campagnes présidentielles. Abdul El Sayed a amélioré ses positions à Detroit, mais y a néanmoins été devancé par Haley Stevens. Dans le Wisconsin, Francesca Hong a réalisé ses meilleurs scores à Madison, la plus grande ville universitaire de l’État, ainsi que dans les zones rurales, mais David Crowley, lui-même africain-américain, a bâti son succès à Milwaukee, la capitale économique.

Dans le Minnesota voisin, en revanche, Peggy Flanagan, adoubée par Bernie Sanders et AOC, l’a largement emporté (59 %-39 %) face à la candidate de l’establishment pour un siège de sénateur détenu par les démocrates. Dans cet État où la mobilisation citoyenne a bouté l’ICE hors de Minneapolis, elle fait désormais figure de favorite pour entrer au Sénat, la plus puissante des deux chambres.

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Dans le Michigan, la gauche amplifie sa dynamique

Dernier épisode en date de la révolte de la base démocrate contre une direction discréditée, Abdul El-Sayed, soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, a remporté la primaire dans le dixième Etat le plus peuplé du pays. Il affrontera en novembre un républicain pour un siège au Sénat des Etats-Unis. (Article publié dans l’Humanité du 6 août 2026.)

Un « tremblement de terre » pour les uns, une « révolte », pour les autres. La victoire, mardi 4 août, d’Abdul El-Sayed confirme non seulement que la gauche a le vent en poupe dans ce cycle des primaires en vue des élections de mi-mandat de novembre, mais elle lui donne une dimension supplémentaire, indiscutablement nationale. Jusqu’ici, les candidats, socialistes proclamés ou populistes assumés, avaient battu, de New York à Denver en passant par Philadelphie, les représentants de l’establishment – sortants ou pas – dans des circonscriptions très « bleues » (la couleur du parti démocrate).

Avec le succès d’Abdul El-Sayed face à la députée sortante Haley Stevens, aucun observateur ne peut nier la force de la dynamique de gauche. Il intervient pour un siège de sénateur à l’échelle d’un État, le Michigan, le dixième le plus peuplé du pays, central dans n’importe quelle victoire présidentielle (Obama 2008 et 2012, Trump 2016, Biden 2020 et Trump 2024) et ne peut donc pas s’expliquer par la mobilisation d’une « niche » sociologique d’ultra-militants.

Le candidat soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez l’a certes emporté dans des villes universitaires comme Ann Arbor et Grand Rapids, ou à Dearborn, la « capitale arabe » des États-Unis, mais également dans des zones plus rurales.

Si l’attention médiatique s’est focalisée sur son positionnement sur Israël, elle a sans doute raté l’adhésion à son programme dans de vastes franges de l’électorat. La proposition du « Medicare for All », un système d’assurance santé universelle formulée par Bernie Sanders lors de sa première campagne présidentielle en 2016 est l’une des plus populaires dans le pays.

Abdul El-Sayed en parlait avec d’autant plus de passion que son parcours personnel épouse ce combat : natif du Michigan, formé dans la prestigieuse université de Columbia (New York), cet épidémiologiste a choisi le service public en devenant, entre 2015 et 2017, responsable du département de santé publique du comté englobant Detroit, la capitale historique de l’automobile et principale ville de l’État. La suppression de la police migratoire (ICE), l’augmentation de la taxation des plus riches et la fin du financement privé des campagnes complètent son corpus programmatique.

Sur ce dernier point, sa victoire – certes sur le fil (48,5 % contre 47,5 %) – résonne comme une leçon de choses. D’après le décompte final du New York Times, une poignée de groupes de pression ont dépensé pour la candidate de l’establishment, Haley Stevens, la bagatelle de 62 millions de dollars1Le lobby pro-Israël, Aipac (American Israel Public Affairs Committee), à lui seul, a injecté 32 millions de dollars, un record pour 2026.

Malgré un budget de campagne dix fois supérieur, Haley Stevens a néanmoins perdu, signe que l’argent ne fait pas toujours le bonheur de ceux qui le dépensent sans compter dans les campagnes électorales. « Big money » n’a pas servi de digue à la vague montante de gauche.

Deux autres scrutins ont confirmé la réalité de cette dernière. Dans la 7e circonscription du Michigan, le candidat progressiste William Lawrence a devancé Bridget Brink, ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine tandis que dans la 13e, Donovan Mc Kinney, soutenu par Bernie Sanders, a battu le député sortant Shri Thanedar.

À chaque fois, l’argument préféré de l’establishment à savoir la capacité des candidats soutenus à se faire élire en novembre prochain face aux républicains, a volé en éclats.

Dans un post sur X, Dan Pfeiffer, l’ancien conseiller de Barack Obama, livre un élément d’explication : « Si l’on écoute les groupes de discussion ou les entretiens menés auprès des électeurs du Michigan, on constate qu’ils tiennent vraiment à ce que leur candidat l’emporte. Ils veulent choisir un gagnant ; mais ils ne font tout simplement pas confiance aux responsables politiques démocrates pour leur dire qui a réellement ses chances de l’emporter. C’est une réaction tout à fait compréhensible, après 2024, quand tous les dirigeants démocrates avaient soutenu Biden alors qu’il n’aurait clairement pas dû se présenter. »

La défiance est telle face à la direction du parti démocrate, jugée amorphe face à la déferlante des politiques trumpistes, qu’elle nourrit de facto toute candidature « insurgée ».

David Sirota, l’ancienne plume de Bernie Sanders, nous en livrait la clé lors d’un entretien l’an dernier : « Nous vivons un moment où, pour la première fois depuis très longtemps, les sondages nous disent que la base électorale du Parti démocrate est profondément mécontente de la direction du parti. Nous devons comprendre à quel point cette situation est unique, du moins au cours des cinquante dernières années. Il faut remonter aux années 1960, au mouvement pour les droits civiques puis aux mobilisations contre la guerre du Vietnam pour retrouver un tel état de fait. La base du parti a toujours fait preuve d’une grande déférence à l’égard de la direction. » Plus maintenant. C’est donc l’heure des révoltes et des tremblements de terre.

(1) Un dollar équivaut à 0,87 euro

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Quand l’administration Trump créé une pénurie de main d’oeuvre

La fin d’un programme humanitaire plonge des centaines de milliers de salariés dans l’illégalité et des secteurs économiques dans l’inconnu. (Article publié dans l’Humanité du 28 juillet 2026).

Quel est le rapport entre la Cour suprême américaine, censée dire le droit au regard de la Constitution, et une pénurie de main-d’œuvre sur le marché capitaliste du travail ? Une simple décision, en fait. En l’occurrence, celle prise il y a un mois par la majorité conservatrice des neuf juges nommés à vie, donnant, une fois encore, raison à Donald Trump en lui permettant de mettre fin au « statut de protection temporaire » (TPS).

Ce programme humanitaire avait été créé par un vote du Congrès en 1990 et promulgué par George Bush. Son objectif était alors d’offrir une aide « temporaire » aux ressortissants étrangers déjà présents aux États-Unis qui ne pouvaient rentrer chez eux en toute sécurité en raison de conflits armés ou de catastrophes naturelles.

La situation dans certains pays ne s’étant pas améliorée, le statut est devenu quasiment permanent pour un certain nombre de ressortissants, notamment haïtiens et salvadoriens. Le TPS fait partie des cibles privilégiées de la droite nativiste, à commencer par Stephen Miller, conseiller de Donald Trump et architecte de la chasse aux migrants lancée début 2025.

Première conséquence de la décision de la Cour suprême : ce lundi 27 juillet, 350 000 personnes originaires d’Haïti et de plusieurs autres pays ont perdu leur permis de travail. Environ 190 000 Salvadoriens pourraient être les prochains lorsque leur statut expirera en septembre.

Selon une analyse réalisée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, environ 70 % du million de bénéficiaires du TPS font partie de la population active. Les secteurs de la santé et de la construction, notamment, vont subir un gigantesque « trou d’air » de main-d’œuvre. Ce qui inquiète… le patronat. Traditionnellement allié de l’administration Trump, il se retrouve ici dans son opposition. La puissante Chambre de commerce, le lobby qui regroupe les 100 plus grosses multinationales américaines, a lancé une campagne au Capitole.

« Le Congrès peut, et doit, exercer son autorité plénière en matière de politique d’immigration afin d’empêcher une perturbation importante de la main-d’œuvre américaine et d’éviter une crise humanitaire inutile », écrit-elle dans une lettre adressée le 10 juillet aux dirigeants du Sénat. Elle est appuyée par certains élus locaux républicains, comme le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, qui qualifie la décision d’« erreur ».

Mais, à la Maison-Blanche, on ne veut rien savoir. « Les Haïtiens vivent en Haïti. Nous ne considérons pas que les Haïtiens devraient quitter Haïti. Ce serait insensé de notre part de dire que les Haïtiens ne pourraient pas vivre en Haïti. C’est leur pays », a répondu Stephen Miller, tout à son projet suprémaciste blanc.

Cité par le New York Times, Patricia Campos-Medina, politologue à l’université de Cornell (État de New York) dépeint plutôt des salariés étrangers qui sont « chez eux » aux États-Unis : « Ils ont consacré toutes leurs années de vie active à ce pays. La majorité d’entre eux occupent un emploi à temps plein, ont des enfants nés aux États-Unis, sont propriétaires de leur logement et possèdent leur propre entreprise. » Il y a une semaine, ils étaient en situation légale et insérés dans la vie des États-Unis. D’un coup de crayon, ils sont devenus sans statut et indésirables.

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Trump a-t-il un plan pour voler les midterms ?

Le président tente d’utiliser l’élection de 2020 qu’il juge frauduleuse pour modifier la trajectoire du prochain scrutin, promis à un vote-sanction contre lui. (Article publié dans l’Humanité du 20 juillet 2026.)

Une adresse à la nation pour se plaindre une nouvelle fois et affirmer qu’il a bien gagné l’élection présidentielle de 2020 ? En apparence, Donald Trump a encore cédé, jeudi 16 juillet au soir, au complotisme teinté d’« autolâtrie » qui caractérise son rapport au scrutin qu’il a pourtant bel et bien perdu (81 millions de voix et 306 grands électeurs pour Joe Biden, contre 74 millions et 232 pour le candidat républicain).

Son discours de vingt-cinq minutes a été émaillé des mots fétiches que tout soutien se doit de faire sien : « truqué et volé », « complot », « manipulation », « corrompu », « fraude », « État profond ». Seul fait nouveau, le président états-unien a nommément accusé la Chine parce qu’elle « voulait que je perde ».

Pour preuves, des documents déclassifiés montrant que, « sur plusieurs années, à partir de l’élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’histoire, aboutissant à son obtention illicite de 220 millions de fichiers d’électeurs américains ».

Si Donald Trump a fait référence à la Chine à une vingtaine de reprises, il n’a, en revanche, cité la Russie qu’une seule fois. Or, les services de renseignements états-uniens ont conclu que, si Pékin avait déployé certains efforts pour influencer l’opinion publique américaine lors de l’élection de 2020, elle est restée largement en retrait, tandis que Moscou a mené une campagne de grande envergure pour aider le candidat républicain à remporter la victoire en 2016. On pourrait penser que l’octogénaire ne se remet pas de la blessure narcissique infligée par le suffrage universel. Derrière l’égotisme de façade, certes bien réel, se dissimule une stratégie, contenue dans cette phrase : « Nous ne pouvons plus jamais assister à une nouvelle élection volée. » Le locataire de la Maison-Blanche ne ressasse pas, il prépare.

Quoi, précisément ? C’est toute la question. Il a annoncé, durant son discours, que le FBI et d’autres agences fédérales avaient été mandatés pour enquêter sur des ingérences électorales, première étape dans l’instauration d’un climat de suspicion.

Il a surtout exhorté les sénateurs républicains à adopter une loi, déjà votée par la Chambre des représentants, qui rendrait plus compliqué le vote des classes populaires hispanique et africaine-américaine en imposant la présentation d’un justificatif de citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales ainsi que d’une pièce d’identité avec photo pour voter.

Si le GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) dispose d’une majorité à la chambre haute, tous ses élus n’approuvent pas cette intrusion du gouvernement fédéral dans l’organisation des élections, historiquement l’affaire des États fédérés.

Certains élus sont également soumis à réélection dans des États disputés et donc à la pression d’un électorat opposé à ce texte et à tout complotisme. Selon un sondage de The Economist-YouGov réalisé en juin, 50 % des républicains et 66 % des militants Maga (« Make America Great Again ») sont convaincus que l’élection de 2020 a été truquée, mais ils représentent seulement 28 % de l’ensemble des électeurs.

Majoritaire chez les républicains, minoritaire dans le pays : sur ce sujet aussi, Donald Trump doit affronter la quadrature du cercle. Certain de perdre la partie en novembre pour les élections de mi-mandat, il tente de s’en sortir par la redéfinition des règles.

« C’est une stratégie courante, chez de nombreux dirigeants populistes autoritaires, de remettre en cause les règles du jeu électoral lorsqu’ils se sentent menacés par leur impopularité dans les sondages ou lorsque les résultats les désignent comme perdants, souligne, auprès du New York Times, Pippa Norris, professeur de sciences politiques à l’université de Harvard. C’est d’ailleurs un leitmotiv que le président utilise depuis plus d’une décennie maintenant. »

Dès l’été 2025, il a lancé une offensive de charcutage électoral unique en son genre. Les redécoupages interviennent généralement après les recensements qui ont lieu tous les dix ans, le prochain étant programmé pour 2030. À peine de retour à la Maison-Blanche, le 47e président sentait déjà venir le vote sanction.

Avec l’aval de la Cour suprême, qui a amputé la loi sur les droits civiques de 1965, Donald Trump a gagné cette bataille : les républicains ont récupéré sur le tapis vert plus de sièges que les démocrates. Les sondages annoncent pourtant une victoire de ces derniers. Quelle sera donc la prochaine étape de Donald Trump pour tenter de « voler » ce scrutin ?

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Pour la première fois, une majorité de démocrates vote contre l’aide annuelle à Israël

L’amendement a été repoussé par la Chambre des représentants à majorité républicaine, mais le retournement du groupe démocrate s’avère spectaculaire. (Article publié dans l’Humanité du 16 juillet 2026.)

L’amendement a été rejeté mais il n’en révèle pas moins une évolution majeure de la politique étasunienne. La proposition visait à supprimer l’intégralité de l’aide du pays à Israël, soit 3,3 milliards de dollars annuels. Pour la première fois, une majorité du groupe démocrate à la Chambre des représentants s’est prononcée en sa faveur : 103 ont voté pour, 98 contre. Cette bascule est intervenue malgré la rédaction même de l’amendement, qui ne différenciait pas aide militaire et aide humanitaire.

« Même si j’avais souhaité que nous puissions voter sur un amendement portant uniquement sur l’aide militaire, tout en soutenant bien sûr les programmes humanitaires, cette option ne s’offre pas à nous, a écrit le député Greg Casar, démocrate du Texas et président du Congressional Progressive Caucus, le comité regroupant les élus les plus progressistes, dans une lettre adressée à ses membres. Le peuple américain réclame à grands cris qu’on cesse d’utiliser l’argent des contribuables américains pour subventionner l’armée israélienne. »

Le vote a divisé jusqu’aux dirigeants démocrates. Les députés Hakeem Jeffries, de New York, chef de file de la minorité et futur président de la Chambre en cas de victoire des démocrates lors des prochaines élections de mi-mandat, et Pete Aguilar, de Californie, numéro trois du parti démocrate, ont voté contre la mesure, tandis que la députée Katherine Clark, du Massachusetts, porte-parole du groupe, a voté en sa faveur.

Dans une déclaration rendue publique peu avant le vote, Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des représentants et toujours députée, a qualifié cet amendement de « choix regrettable », tout en précisant qu’elle le soutiendrait « pour le message qu’il véhicule ». Un fait impensable il y a encore quelques mois. L’évolution d’un certain nombre d’élus est corrélée à celle de l’électorat démocrate.

Selon un sondage national réalisé en mai par le New York Times, 74 % des électeurs du parti de l’âne s’opposent à l’octroi d’une aide économique et militaire supplémentaire à Israël, avec une large majorité dans toutes les tranches d’âge. Des enquêtes d’opinion réalisées en octobre 2025 montrent aussi que l’électorat démocrate soutient majoritairement les droits des Palestiniens et appelle à des sanctions économiques contre Israël de même nature que celles prises contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 80.

Le New York Times évoque « peut-être le revirement le plus rapide de l’opinion publique sur une question politique depuis la légalisation du mariage entre personnes du même sexe ».

Même les défenseurs inconditionnels d’Israël doivent en prendre la mesure. Ainsi Hakeem Jeffries a appelé pour la première fois à une « réinitialisation majeure » des relations entre les États-Unis et Israël. Il a également laissé entendre que les démocrates, s’ils remportaient la majorité au Congrès, insisteraient pour que toute aide en matière de sécurité accordée à Israël soit subordonnée à l’interdiction des violations des droits de l’homme à l’encontre des Palestiniens.

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Primaire démocrate à New York : le premier vrai test pour Zohran Mamdani et la gauche américaine

À New York, la gauche va tester, lors de la primaire démocrate, sa capacité à s’enraciner durablement ainsi qu’à faire un exemple national, dans la lignée de la victoire de Zohran Mamdani. (Article publié sur le site web de l’Humanité le 21 juin 2026.)

La saison des primaires entre vraiment dans sa phase décisive avec, mardi 23 juin, l’étape new-yorkaise. Jusqu’ici, le duel entre l’aile gauche et l’establishment démocrate s’était déroulé plus ou moins à fleurets mouchetés, ou en tout cas sans attention médiatique particulière ou interprétation nationale.

Pour l’instant, la gauche de la coalition démocrate a marqué des points, avec notamment la nomination de Graham Platner pour la sénatoriale dans le Maine, ou la victoire de Chris Rabb, soutenu par Alexandria Ocasio-Cortez, en Pennsylvanie. Mais pas encore d’avantage décisif pour l’un des deux camps.

Il pourrait en être différemment dans la cité désormais dirigée par Zohran Mamdani, un socialiste revendiqué, qui a décidé de peser de tout son poids dans le processus de désignation des candidats démocrates pour les prochaines élections de mi-mandat.

Le rapport de force va se dessiner particulièrement dans trois circonscriptions. Dans deux d’entre elles, Zohran Mamdani soutient des candidats qui défient des députés sortants. À commencer par Brad Lander qui affronte Dan Goldman. Le premier a été le concurrent puis l’allié de l’actuel maire de New York durant la campagne municipale. Le second est le sortant, soutenu par les dirigeants centristes de l’appareil démocrate.

Il est également connu pour être l’un des plus fervents défenseurs d’Israël. À ce titre, il finance ses campagnes avec les dons de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le plus puissant lobby pro-israélien, qu’un nombre grandissant de députés démocrates refusent désormais sous la pression de leur base.

La circonscription est l’une de celles du pays avec la plus forte proportion de citoyens juifs. Brad Lander, qui se définit comme sioniste et dénonce le génocide à Gaza, est donné vainqueur dans les sondages.

Un peu plus haut dans Manhattan, Darializa Avila Chevalier, membre du DSA (democratic socialist of America) affronte Adriano Espaillat, un autre récipiendaire des dons de l’AIPAC ancien sans-papiers devenu premier élu dominicain au Congrès. L’affrontement est également générationnel : elle a 33 ans, lui 72. Dans cette circonscription qui englobe Harlem, le vote des Africains-Américains sera déterminant.

Enfin, la troisième opposition de choix oppose deux progressistes pour le siège laissé vacant par la retraite politique de Nydia Velaquez, élue depuis 1993. Cette dernière a choisi Antonio Reynoso. Mais Zohran Mamdani soutient la candidature de Claire Valdez, également membre du DSA. L’issue indiquera également où se situe le curseur au sein même de la gauche new-yorkaise.

Mais les résultats seront lus bien au-delà des frontières de « Big Apple ». « On répète souvent que New York est une ville démocrate, trop particulière pour dire quoi que ce soit du pays. C’est l’inverse, décrypte Tristan Cabello, professeur d’Histoire à l’Université Johns-Hopkins, dans sa lettre hebdomadaire The Hype. Parce qu’elle concentre les ambitions, les mouvements sociaux, les organisations militantes et les rivalités idéologiques du camp démocrate, elle agit souvent comme une version accélérée de son avenir. »

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A Los Angeles, un Mondial à l’ombre de Trump

Dans la deuxième ville du pays, où l’équipe des Etats-Unis va jouer son premier match, l’ambiance est plus à la crainte qu’à l’enthousiasme. Près de la moitié des habitants sont latinos – citoyens ou immigrés – et seraient des cibles de premier choix si le président nationaliste décidait de lancer des raids surprises à l’occasion de l’événement. (Article publié dans l’Humanité magazine du 11 juin 2026.)

Los Angeles (Etats-Unis),

Envoyé spécial.

Alexis Mejia ne sait pas encore si ce vendredi 12 juin, au deuxième jour de la Coupe du monde 2026, il pénétrera dans le Sofi Stadium de Los Angeles pour le premier match des États-Unis face au Paraguay. Cela ne dépend pas du choix d’un sélectionneur – Alexis n’est pas joueur de foot professionnel. Cela ne tient pas non plus aux prix astronomiques des billets qu’il n’a pas pu s’acheter. Tout tient à son employeur Legends Global, à la Fifa, voire à Donald Trump. Salarié depuis trois ans au service de restauration du stade qui va accueillir huit matchs de ce Mondial, Alexis a voté jeudi 4 juin le principe d’une grève si les revendications de son syndicat – Unite Here Local 11 (1) – n’étaient pas satisfaites. Revendications qui portent sur deux points essentiels : de meilleures conditions salariales et une protection contre la police de l’immigration, la désormais célèbre ICE.

« J’ai toujours mes papiers avec moi »

Selon la direction du syndicat, « la dernière proposition de Legends Global (groupe états-unien spécialisé dans la gestion de salles de spectacle à l’échelle mondiale, dont le siège social est situé à Los Angeles – NDLR) prévoit un gel des salaires pour certains préposés aux suites et barmans, ainsi qu’une augmentation annuelle de 25 cents de l’heure pour les cuisiniers et les plongeurs ». Une « insulte » pour Maria Herrera, qui fait partie des équipes du Sofi Stadium depuis le premier jour. « Nous sommes bien formés et nous sommes ravis d’aider tous les visiteurs lors de cette Coupe du monde. La Fifa demande des sommes exorbitantes (lire p. 25) pour le service que nous allons fournir et nous voulons donc simplement bénéficier d’une rémunération équitable. Tout augmente ici, la nourriture, l’essence, mais pas nos salaires », explique-t-elle. Après avoir répondu à nos questions, elle se dirige vers la caméra d’une télé locale en langue anglaise avant de redire, en espagnol, ses préoccupations. C’est l’effervescence, à J – 8, face au local du syndicat, perdu dans une zone commerciale : les journalistes se pressent pour recueillir la parole de ceux qui pourraient s’avérer être les petits grains de sable dans l’immense machine à fric qu’est devenu le Mondial.

En plus de la traditionnelle question salariale s’ajoute aussi, et surtout, la problématique de la police de l’immigration. La quasi-intégralité des salariés sont des immigrés et/ou des latinos, donc des cibles potentielles de l’ICE. Susana Lahargue, « une Américaine d’origine argentine au nom de famille français », comme elle se présente, tapote son sac à main : « J’ai toujours mes papiers avec moi. Je suis née ici mais comme je suis hispanique et que j’ai un accent, je suis la personne parfaite pour se faire arrêter. » Elle enchaîne de son débit rapide : « De toute façon, je sais qu’ils m’arrêteraient d’abord et vérifieraient mes documents plusieurs jours plus tard. »

Un climat de traumatisme collectif

« Depuis la désignation des États-Unis comme pays organisateur, on essaie de parler à la Fifa, explique Kurt Petersen, vice-président du syndicat. Mais elle se retranche derrière le fait qu’elle n’est qu’organisatrice d’un tournoi de football. Si elle donne le prix de la Paix à Trump, elle peut aussi lui dire un certain nombre de choses. Si elle disait “pas d’ICE dans et autour des stades”, cela aurait du poids. » Gianni Infantino, le patron de la Fifa, n’a pas porté cette parole qui pourtant lui aurait assuré le bon déroulement de son business colossal.

Dans la dernière ligne droite vers ce Mondial, qui devrait être une grande fête, Los Angeles vit dans une sorte d’apesanteur moite, portant sa crainte comme une plaie ouverte. ICE, c’est un peu comme l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans, dans la série « Treme » : la catastrophe a frappé la ville, presque sans prévenir, exposant les plus démunis – pauvres et racisés, dans les deux cas – et créant un climat durable de traumatisme collectif. Tout le monde se souvient du début du « crackdown » (répression) le 6 juin 2025. Tout le monde redoute que, pour des raisons d’expédient politique, Donald Trump, plus impopulaire que jamais, ne double la mise. Tout le monde veut espérer que la ville sera encore plus préparée pour affronter la vague répressive.

« Donald Trump a toujours voulu faire un exemple avec cette ville », assure Fernando Ramirez, « organizer » pour le syndicat national des infirmiers (National Nurses United) et fils d’immigrés mexicains. Grande ville progressiste dans un État qui a viré au bleu démocrate depuis vingt ans, la Cité des anges est perçue par la base identitaire trumpiste comme le « laboratoire » d’une Amérique du futur dont ils ne veulent pas. Les Latinos représentent près de la moitié de la population de la ville (4 millions d’habitants) comme du comté (10 millions d’habitants).

L’opération lancée il y a un an a procédé, méthodiquement, par étapes. Fernando Ramirez refait le parcours : « Ils ont d’abord ciblé les stations de lavage de voitures : Los Angeles est la capitale de la bagnole et le secteur n’emploie que des immigrés. Ensuite, les vendeurs de rue. Puis les journaliers. Il y a une culture du travail journalier ici : vous pouvez aller sur un parking d’une grande enseigne et embaucher quelqu’un pour des petits travaux chez vous ou pour un chantier si vous êtes entrepreneur. Enfin, sont venus les ouvriers du bâtiment et les jardiniers. Donc, le point commun, c’est : les immigrés et le monde du travail. »

Il y a pourtant un endroit où les agents fédéraux n’ont pas réussi à pénétrer : les écoles. Il faut monter au onzième étage d’un building de Koreatown pour revenir sur cette « bataille » digne du film de Paul Thomas Anderson « Une bataille après l’autre ». Cecily Myart-Cruz nous accueille, vêtue d’un tee-shirt siglé « UTLA » pour United Teachers of Los Angeles. Elle est la présidente (première personne non blanche à occuper cette fonction) de ce puissant syndicat (39 000 membres, deuxième plus grande section syndicale enseignante du pays après New York).

« Quand l’ICE a lancé ses raids, notre premier réflexe a été de préserver les cérémonies de diplômes », reconnaît la syndicaliste, ancienne prof en école élémentaire et en collège. À cette pulsion première de maintenir une forme de « normalité » pour les élèves succède rapidement l’établissement d’une volonté : « Nous avons dit qu’ils ne prendraient pas un seul de nos enfants. » Pour tenir cette ligne rouge, le syndicat a édité et distribué des « red cards » (cartons rouges). Rédigés en plusieurs langues par le réseau juridique de défense des immigrés, ils rappellent les principes et droits fondamentaux. Cette forme d’éducation populaire débouche dès l’été sur des formations « Know your rights » (« connaissez vos droits »). « À ce moment-là, on a atteint un niveau de compétences pour affronter l’ICE. Cela a constitué la clé », ponctue Cecily Myart-Cruz. Les « équipes sanctuaires », regroupant enseignants, citoyens et militants associatifs, deviennent l’instrument de la résistance à l’ICE. « À chaque intervention de l’ICE, on savait précisément qui faisait quoi et comment. »

Trump tenté de reprendre la main ?

Après avoir envoyé la garde nationale en soutien de sa garde prétorienne anti-immigration, Donald Trump a dû se résoudre à retirer l’une et l’autre des rues de la deuxième ville du pays. Une victoire au goût amer. « Je préfère gagner les guerres que les batailles », conclut la syndicaliste. Domine l’idée que le président n’a pas digéré ce revers et qu’il va tenter de reprendre la main. Pendant la Coupe du monde ? La présidente du syndicat n’utilise pas tout à fait ces mots mais, en substance, elle fait comprendre : « Ils peuvent revenir, on est prêts désormais. »

Joe Wagner n’en est pas si certain. Ce mécanicien et membre du syndicat ATU, Local 1277, a été en première ligne face à l’ICE. Littéralement. Une photo dans le « Los Angeles Times » le montre, lors d’une manifestation le 4 juillet 2025, jour de la fête de l’Indépendance, haranguer un rang de soldats avec casques, matraques et boucliers. « Ce qu’il s’est passé, je ne le vois pas comme une défaite pour l’ICE, mais comme un test pour jauger la réaction », estime-t-il. « Quand je fais le tour des ateliers, 90 % des gars me disent : “S’ils reviennent, qu’ils aillent se faire foutre.” Mais c’est autre chose de transformer ça en force militante », poursuit le natif de LA. La direction de son syndicat appellerait-elle à une grève immédiate en cas d’intrusion de l’ICE dans le Mondial ? Il n’en mettrait pas sa carte d’adhérent à couper…

Après sa longue journée de travail et d’heures supplémentaires pour cause de sous-effectif, Joe ramène sa colère et ses doutes dans sa petite maison. « J’ai choisi de vivre au cœur de l’action parce que je suis un militant, sourit-il. Quitte à vivre dans moins grand. » À quelques jours du coup de sifflet initial, il ressentait « beaucoup plus d’inquiétude que d’enthousiasme » dans ce quartier composé à 95 % de Latinos. C’est le grand paradoxe de ce pré-Mondial : Los Angeles, la ville à la culture footballistique la plus aiguisée du pays, ne vibre pas. Ou pas encore. Cela viendra peut-être après le premier match. Selon les conditions dans lesquelles il se sera déroulé. Alexis, Maria et Susana ont en effet été rejoints par 96 % de leurs collègues pour adopter le principe d’une grève.

(1) Il représente 32 000 employés du secteur de l’hôtellerie et de la restauration travaillant dans les stades, les restaurants, les hôtels et les aéroports du sud de la Californie et de l’Arizona.

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A Los Angeles, un peuple du football privé de Mondial

Dans la capitale étatsunienne du « soccer », les tarifs ont découragé jusqu’aux plus passionnés tandis qu’une possible intervention de la police de l’immigration effraie les quartiers latinos. La Coupe du monde « made in Trump » sent le fiasco populaire. (Article publié dans l’Humanité du 11 juin 2026).

Los Angeles (États-Unis), envoyé spécial.

Le soleil rejoint l’horizon. Une petite brise balaie la ville qui s’étend à perte de vue. La sortie des bureaux a commencé. C’est donc l’heure de la « Cascarita ». Rien à voir avec un cousin lointain de la margarita, même si les deux affichent des racines latino-américaines. Non, c’est l’heure du football informel, entre potes, avec la simple joie de jouer mais toujours une pointe d’enjeu, les échauffements sérieux et les tactiques qui ne le sont pas. Tout ce qu’il faut, c’est un terrain qui se tient à peu près et un objet universel : un ballon.

Comme tous les jeudis, les amateurs passionnés du Cascarita Football Club ont rendez-vous sur un petit terrain presque introuvable, coincé entre deux autoroutes, chose assez commune à Los Angeles. Même sur le parking qui fait face au Los Angeles River Center and Gardens, à la fois poumon vert et espace communautaire, la vue du terrain se fait désirer. Il faut suivre les « Go »« Pass »« Shoot » pour trouver l’antre. L’entraînement se termine pour les plus petits par un match qu’un éducateur a décidé de motiver avec une musique pop crachée par une enceinte portative. Les adultes, femmes et hommes, arrivent au compte-gouttes, libérés des embouteillages endémiques de la mégalopole.

Le fondateur du club, Jerry Peña, se présente en dernier. Il ne jouera pas ce soir : douleur à la cheville, legs du dernier match. Depuis la touche, cet artiste, fils d’immigrés mexicains, nous explique comment il a repris la gestion de ce terrain abandonné il y a quelques années et l’histoire du Cascarita FC. « On veut être en lien avec la communauté », nous indique-t-il avant de détailler, d’un débit qui confine au flow : « On donne de l’argent à la Barrio Futbol Academy (une association indépendante à but non lucratif dédiée au football pour les jeunes, basée à Boyle Heights, un quartier de Los Angeles – NDLR). On fait des levées de fonds pour des équipements destinés aux enfants, car l’air de rien, ça a un coût. Au Cascarita FC, qui compte aujourd’hui près de 100 membres, l’adhésion est gratuite, mais je demande à chacun de s’engager. »

560 dollars, prix plancher pour États-Unis-Paraguay

Ce terrain à la pelouse synthétique parfois fatiguée constitue une petite pièce du puzzle du soccer à Los Angeles. La deuxième ville du pays, dont près de la moitié des habitants sont latinos, ultra-majoritairement originaires du Mexique, est celle qui affiche la plus importante culture footballistique des États-Unis, avec deux équipes masculines (Los Angeles Galaxy et Los Angeles FC) en Major League Soccer (l’équivalent de notre Ligue 1), une équipe féminine (Angel City FC) au plus haut niveau également et un nombre inégalé de « petits clubs ». Mais les joueurs du jeudi du Cascarita FC représentent également tous les grands oubliés de cette Coupe du monde VIP, première du genre à 48 équipes, qui exclut ses principaux aficionados. « J’ai toujours rêvé d’avoir une Coupe du monde se déroulant là où je vis et je ne vais voir aucun match. Trop cher », se désole Jerry Peña. Le prix plancher du match États-Unis-Paraguay, vendredi 12 juin, s’est affiché à 560 dollars. À la veille de l’événement, il restait quelques sésames, sur le marché officiel, à plus de 2 000 dollars.

Ni Michaël, un Français spécialisé dans le vintage, ni Sim, un artiste sud-africain né dans la township de Langa aux portes du Cap, ni Iker, professeur de basque à l’université Ucla, n’ont acheté de billet. Pas plus que Nico, né en Équateur, bras droit de Jerry. « Je crois qu’il y en a un seul du groupe qui a acheté des places, mais il n’est pas là ce soir. C’est le plus vieux et le plus aisé d’entre nous. » Crystal, autre cheville ouvrière du club, deuxième génération de l’immigration mexicaine, pointe, elle, ce qu’elle appelle une « ambiance ambivalente ». Les Latinos sont la force propulsive de la passion football. À Los Angeles comme ailleurs : un récent sondage du Pew Research Center montre que les immigrés sont deux fois plus nombreux que les natifs à porter attention à ce Mondial. À quelques jours du coup de sifflet initial, c’est pourtant l’inquiétude qui dominait, l’administration Trump ayant refusé d’annoncer une non-intervention de la police de l’immigration (ICE), un an après les raids violents de juin 2025 qui demeurent dans toutes les mémoires.

Conséquence : aucune vibration n’émane de Los Angeles, la capitale du soccer. Si 5 500 personnes ont officiellement assisté au premier entraînement de l’équipe états-unienne, lundi 8 juin à Irvine, à une heure de route du downtown (centre-ville) de Los Angeles, on ne distingue aucun signe distinctif dans les rues ou avenues de la ville qui va accueillir leur premier match, dont on ne sait dans quelles conditions il se déroulera. Le syndicat Unite Here Local 11 a conclu un accord avec le groupe Legends, qui gère le SoFi Stadium : si un agent de l’ICE pointe son nez dans le périmètre, les 2 000 cuisiniers, plongeurs, serveurs, barmans et agents d’entretien débrayeront aussitôt.

Quelques magasins ont mis en devanture des maillots d’équipes nationales, mais c’est celui du Mexique qui remporte la mise. Quant aux touristes, l’espèce se fait beaucoup plus rare que dans les communiqués au ton triomphal de la Fifa. Les hôteliers, qui avaient eu la main lourde, ont dû baisser leurs prix, sans que cela permette de réamorcer la pompe. Billets trop chers, craintes du « zèle » des services de l’immigration confirmé par des épisodes quotidiens : le Mondial version Trump est un répulsif. Le pays coorganisateur pourrait s’en sortir en pariant sur une dynamique interne et en s’appuyant sur la « base sociale » de ce sport : les latinos, donc, et les femmes. Théâtre du premier match de l’équipe nationale, Los Angeles offrait un écrin idéal pour cela… mais trop à rebours du projet nativiste et masculiniste de Donald Trump.

Le signe du « déclin moral de la nation »

Morgan Wall est venue à notre rendez-vous avec un maillot de l’équipe des États-Unis. « Il y a quatre étoiles, comme vous pouvez le voir. C’est donc le maillot de l’équipe féminine », souligne-t-elle, non sans malice. Le soccer, elle l’a rencontré à la fac, sur le campus de Chapel Hill, dans sa Caroline du Nord natale, puis elle a entretenu la fibre lors de son expatriation en Suède. En juillet 2020, elle décroche un poste de prof d’anglais et d’histoire-géo au lycée international de Los Angeles. « Je ne connaissais absolument personne dans cette ville. Au même moment se créait le club Angel City FC. C’est comme cela que je me suis intégrée », raconte-t-elle dans un de ces coffee shops qui pullulent dans les quartiers middle class. Créé par l’actrice Natalie Portman, le club se veut différent. Il reverse 10 % de ses revenus à la communauté et, après les raids de l’ICE de l’an dernier, a lancé une campagne qui a résonné dans toute la ville : « Nous sommes une ville d’immigrés. »

« Nous sommes tous et toutes sur cette ligne », souligne Morgan. Ou pour le dire autrement : la quasi-intégralité des supporteurs sont des démocrates. Le soccer est d’ailleurs vu comme un sport bleu (la couleur du parti démocrate) par la base trumpiste, qui ne jure que par le football américain et éventuellement le base-ball. La commentatrice d’extrême droite Ann Coulter estime même que le développement du soccer, fruit des changements démographiques du pays et de la montée en puissance des femmes dans la société, représente un signe du « déclin moral de la nation ».

Membre du groupe de fans baptisé Pandemonium, Morgan ne créera pourtant pas de chaos joyeux dans le SoFi Stadium. « Lors de l’ouverture de la vente, j’ai regardé et j’ai refermé aussitôt. Pas pour moi. Alors que j’ai trouvé une place à 200 euros pour la finale féminine de foot pour les JO. C’est bien simple : je ne connais personne qui ait un ticket. » Elle sera quand même de la fête, mais lors de « watch parties », ces visionnages collectifs. « Je suis plus enthousiasmée par les événements autour que par le Mondial lui-même », assume-t-elle. Une seule chose pourrait gâcher le plaisir de la jeune femme anti-Trump : « On espère juste qu’il n’apparaîtra pas au stade le jour du match. »

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