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Guerre en Iran : comment Donald Trump est tombé dans son propre piège

La trêve de quinze jours signe l’échec de la politique interventionniste du président états-unien, dont aucun des objectifs de guerre n’est atteint, contrairement à sa crédibilité internationale. (article publié dans l’Humanité du 9 avril 2026.)

Donald Trump vient de concéder un cessez-le-feu dans une guerre qu’il a déclenchée et dont il proclame pourtant tous les objectifs atteints. On serait tenté de convoquer des arguments sur sa santé mentale, voire d’ironiser sur le comble du ridicule que constituent ses zigs et zags apparents. Mais c’est plutôt l’acmé d’une contradiction qu’il faut cibler et tenter de comprendre.

Dans une longue enquête exclusive, le New York Times raconte par le menu comment le président de la plus grande puissance mondiale s’est lui-même tendu un piège, duquel l’accord de cessez-le-feu ne l’extirpe que momentanément.
Selon le quotidien états-unien, tout commence donc le 11 février lors d’une réunion secrète dans la salle de crise (situation room) située au sous-sol de la Maison-Blanche. Donald Trump accueille Benyamin Netanyahou. Le vice-président, J. D. Vance, supposément le plus opposé aux aventures militaires, est en déplacement en Azerbaïdjan.

En visio, apparaissent David Barnea, le directeur du Mossad, service de renseignement israélien, ainsi que plusieurs dirigeants militaires. Benyamin Netanyahou présente un plan en quatre volets pour un changement de régime à Téhéran : le premier ministre israélien y projette notamment une vidéo de dirigeants susceptibles de prendre la relève, parmi lesquels Reza Pahlavi, le fils du shah d’Iran exilé aux États-Unis.

Le premier ministre israélien avance également que le programme de missiles balistiques iranien pourrait être détruit en quelques semaines et assure que le pouvoir serait trop affaibli pour fermer le détroit d’Ormuz. Le Mossad, quant à lui, indique que des manifestations de rue – avec le concours de certains de ses espions – pourraient conduire à un soulèvement tandis que des combattants kurdes venus d’Irak ouvriraient un front terrestre dans le Nord-Ouest.

À aucun moment ne semble avoir été évoquée la question du nucléaire iranien, argument pourtant central du duopole américano-israélien au début de la guerre. « Cela me semble bien », lâche le locataire de la Maison-Blanche à la fin de la présentation de près d’une heure, pour tout commentaire et en forme de validation. « Ces informations soulignent à quel point la pensée belliciste de M. Trump a été en phase avec celle de M. Netanyahou pendant de nombreux mois, bien plus que ne l’avaient même réalisé certains des principaux conseillers du président », souligne le New York Times.

Dès le lendemain, dans l’entourage du républicain, une sorte de révolte à bas bruit s’exprime. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, qualifie le scénario de changement de régime de « grotesque »« Des conneries », tranche même le secrétaire d’État Marco Rubio. Plus diplomate bien que militaire, le chef d’état-major, le général Dan Caine, tente de pousser Donald Trump à relativiser les promesses de Benyamin Netanyahou : « D’après mon expérience, c’est la procédure habituelle des Israéliens. Ils en font trop, et leurs plans ne sont pas toujours bien élaborés. » Rien n’y fait, la machine est enclenchée.

Quinze jours plus tard, nouvelle réunion dans la salle de crise. Cette fois-ci, J. D. Vance est présent et lance à Donald Trump : « Vous savez, je pense que c’est une mauvaise idée… mais je vous soutiendrai. » Une fois les hostilités lancées, le vice-président disparaîtra des radars et des écrans TV pour ne réapparaître que ces derniers jours.

On l’a d’abord vu en Hongrie au secours d’un Viktor Orban menacé d’une défaite lors des prochaines législatives, stigmatisant l’ingérence supposée de Bruxelles pour mieux assumer sa propre ingérence… Et on a appris qu’il se rendra à Islamabad, au Pakistan, pour mener les négociations avec Mohammad Baqer Qalibaf, le président du Parlement iranien.

En fait, à la veille du déclenchement du déluge de feu, seul Pete Hegseth, le testostéroné secrétaire à la Guerre, s’affiche en partisan absolu du plan de guerre discuté quelques jours plus tôt. Marco Rubio continue d’estimer que le changement de régime est irréaliste tandis que les hauts responsables militaires soulignent les risques : épuisement des munitions, blocage d’Ormuz. Mais personne ne s’oppose au plan. « Je pense que nous devons le faire », conclut Donald Trump.

Deux jours plus tard, les premiers bombardements ont lieu et, assez rapidement, les craintes exprimées dans son entourage deviennent des réalités politiques dans lesquelles le président états-unien s’englue jour après jour, tentant de s’en extraire, ultimatum après ultimatum, pour finalement se glisser dans la porte entrouverte par le Pakistan, d’une trêve d’une quinzaine de jours. Dernier épisode de la fable d’un Trump isolationniste transformé en « faucon »… déplumé.

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Manifestations « No Kings »: pour les démocrates, les limites d’une démonstration de force

Les manifestations record dans tout le pays ne constituent pas pour autant un blanc-seing pour le parti d’opposition, lui aussi impopulaire. (Article publié dans l’Humanité du 30 mars 2026.)

La plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis. C’est, en tout cas, ce que revendiquent les organisateurs du mouvement No Kings (« Pas de rois ») pour cette troisième salve. Plus de 8 millions de personnes ont défilé dans plus de 3 300 cortèges, correspondant à une augmentation estimée à 1 million de participants et 600 cortèges supplémentaires par rapport à la journée précédente, en octobre dernier.

Même les chiffres des polices locales donnent l’ampleur de la mobilisation : 600 000 a minima à New York, avec Robert de Niro en tête de cortège, 450 000 à Washington DC, 300 000 à Los Angeles, 200 000 à Minneapolis, qui ont pu entendre Bruce Springsteen interpréter sa chanson Streets of Minneapolis, écrite en hommage à Renée Good et Alex Pretti, assassinés par des agents fédéraux dans le cadre de l’opération de chasse aux migrants Metro Surge. La démonstration de force est incontestable.

Les deux limites principales

Pour la troisième fois en moins d’un an, une Amérique a crié – et en augmentant le volume à chaque fois – son refus des politiques du milliardaire républicain. Néanmoins, deux limites apparaissent.

La première est sociologique, comme le souligne le journaliste Alexis Buisson dans sa lettre hebdomadaire Le Caucus. « Quiconque s’est rendu aux rassemblements du mouvement sait que c’est une certaine Amérique qui descend dans la rue. En effet, d’après les quelques études sorties sur le sujet, les manifestants sont loin d’être représentatifs de la société. Une équipe de chercheurs à l’American University a ainsi trouvé qu’ils étaient essentiellement des femmes, blancs et hautement diplômés », écrit-il. Les rassemblements No Kings étaient également nettement plus « boomer » et moins jeunes que les manifestations déclenchées par l’assassinat, en mai 2020, de George Floyd par un policier blanc. Il semble que cette troisième édition ait connu une évolution, avec une plus forte participation des jeunes, sans doute motivés par leur opposition à la guerre en Iran.

La seconde est politique et renvoie plus aux dirigeants démocrates qu’au mouvement No Kings lui-même. Si Donald Trump affiche les taux de popularité et d’approbation les plus faibles d’un président à ce stade de son mandat, les démocrates ne disposent, dans la moyenne des sondages concernant les futures élections de mi-mandat, que d’une avance de 5 points sur les républicains. En 2018, lors de la « vague bleue » anti-Trump, les démocrates avaient près de 9 points d’avance.

Le rejet – d’une ampleur inédite – ne constitue pas, loin s’en faut, un blanc-seing pour les démocrates. En avril 2025, David Sirota, journaliste et ancienne plume de Bernie Sanders, expliquait déjà à l’Humanité : « Nous vivons un moment où, pour la première fois depuis très longtemps, les sondages nous disent que la base électorale du Parti démocrate est profondément mécontente de la direction du parti. Nous devons comprendre à quel point cette situation est unique, du moins au cours des cinquante dernières années. Il faut remonter aux années 1960, au mouvement pour les droits civiques puis aux mobilisations contre la guerre du Vietnam pour retrouver un tel état de fait. »

La situation ouvre un espace pour des opposants à Trump qui ne traîneraient pas avec eux la toxicité de la « marque » démocrate : des Bernie Sanders de nouvelle génération, en somme.

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Les 5 échecs de Donald Trump

Quatorze mois après son retour à la Maison-Blanche, le milliardaire républicain ne peut déclarer « victoire » sur aucun des fronts qu’il a ouvert. (Article publié dans l’Humanité du 27 mars 2026.)

Des millions d’États-Uniens vont de nouveau battre le pavé ce samedi 28 mars. Après les démonstrations de force du 14 juin et du 18 octobre 2025, les organisateurs du mouvement « No Kings » (« Pas de rois ») ont fixé rendez-vous aux opposants à Donald Trump. Le contexte de cette troisième étape s’avère bien différent de celui des deux premières : l’offensive généralisée de Donald Trump a depuis heurté le mur de la réalité et des oppositions.

La chasse aux migrants

C’est le thème qui cimente l’électorat et a permis au milliardaire de décrocher un second mandat. Donald Trump avait promis « la plus grande opération d’expulsion de l’histoire ». Désormais, le ministère de la sécurité intérieure, qui supervise la chasse aux migrants, conseille à ses agents de ne plus utiliser la formule. La « bataille » de Minneapolis est passée par là et Donald Trump l’a perdue.

Son administration avait voulu faire de cette ville sanctuaire (qui refuse de coopérer avec les forces fédérales d’immigration) un « exemple », en déclenchant l’opération « Metro Surge ». Au bout de quelques semaines, la Maison-Blanche a dû battre en retraite : deux citoyens avaient été tués, Renee Good et Alex Pretti, tandis que l’auto-organisation des habitants damait le pion aux milliers d’agents dirigés par Greg Bovino, lui-même exfiltré de la ville.

La secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, a ensuite été virée au profit du sénateur ultra-trumpiste Markwayne Mullin. La nouvelle tactique est de poursuivre la chasse aux migrants mais en faisant profil bas, avec un objectif de 1 million d’expulsions en 2026. L’ICE (la célèbre police de l’immigration) dispose pour cela d’un budget de 85 milliards de dollars et de l’embauche récente de 10 000 nouveaux agents.

Les dégâts causés aux familles et communautés continuent d’être colossaux. Le nombre de personnes détenues par l’ICE – 70 000 – atteint un nouveau record et les trois quarts n’ont aucun casier judiciaire, signe d’une traque indifférenciée. Mais l’immigration n’est plus, pour le monde trumpiste, ce levier qu’il suffisait d’activer pour s’attirer le soutien d’une majorité d’États-Uniens : même sur son sujet de prédilection, il est désormais minoritaire.

La maîtrise de l’inflation

Si l’immigration a représenté l’argument principal et fondamental de la campagne de Donald Trump en 2024, l’inflation a constitué un thème d’opportunité. La présidence de Joe Biden avait été marquée par une hausse des prix, conséquence de la pandémie, des immenses plans de relance et d’investissements, et de la guerre en Ukraine (2022). En quatre ans, les prix ont ainsi monté en flèche (environ 21,5 %).

Si les salaires ont, eux aussi, augmenté, le pouvoir d’achat horaire réel des salariés s’est inscrit en recul (environ – 1,3 %) sur l’ensemble du mandat. Surtout, l’augmentation plus soutenue du coût des biens nécessaires (logement et nourriture) a plombé les budgets des familles des classes populaires et même moyennes, dans un contexte de creusement des inégalités sociales depuis plusieurs décennies. Les républicains ont sombré dans le déni, insistant sur le ralentissement de la hausse (sic).

Là aussi, l’avantage concurrentiel du président républicain sur ses opposants démocrates a fondu comme neige au soleil. L’année 2025 a été marquée par une fausse accalmie, les prix du logement et de la nourriture poursuivant une hausse plus importante que celle des salaires. Depuis la fin 2025, les effets de l’augmentation des droits de douane (impact de 600 dollars par foyer, selon l’université de Yale) se sont fait sentir, et se sont ajoutés plus récemment ceux de la guerre en Iran.

L’imposition des droits de douane généralisée

C’est le plus beau mot de la langue anglaise, selon Donald Trump, qui n’en connaît pas non plus des milliers : « tariffs » (droits de douane). Utilisé par nombre de ses prédécesseurs comme moyen tactique, cet outil, le président de l’« American First » a tenté de le transformer en stratégie. Il permettrait, selon lui, de faire revenir sur le sol américain des productions et des emplois, délocalisés depuis des décennies dans le cadre de la mondialisation néolibérale. Les études montrent au contraire que les deux tiers des emplois industriels perdus depuis 2015 sont le fait de la robotisation. Entre 2018 et 2024, la productivité dans les secteurs les plus robotisés (automobile, électronique) a quadruplé, permettant de produire plus avec 15 % de main-d’œuvre en moins.

Lors du « jour de libération », Donald Trump a donc déclenché une guerre douanière mondiale. Isolés face à cette attaque en règle de la principale puissance mondiale, nombre de pays ont cédé et signé des accords asymétriques. L’UE, pourtant plus puissante, a aussi capitulé, poussée par les pays exportateurs (Allemagne et Italie), tandis que la Chine, deuxième économie du monde, a relevé le gant.

Et puis, patatras ! Le 20 février dernier, la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, estime par six juges sur neuf que le président ne dispose pas du pouvoir d’imposer des taxes douanières de manière unilatérale. Piqué au vif, Donald Trump annonce, quelques jours plus tard, une surtaxe de 10 % à la quasi-totalité des importations mondiales. Mais elle ne peut être que temporaire, le Congrès devant les prolonger fin juillet. En attendant, l’exécutif doit rembourser aux entreprises environ 166 milliards de dollars de taxes perçues illégalement. Le consommateur, qui se trouve être aussi parfois un électeur, ne verra, lui, pas la couleur de l’argent.

La guerre en Iran

Élus et officiels républicains n’ont pas eu le temps de colmater les brèches du cinglant revers des droits de douane que l’hôte de la Maison-Blanche se lançait dans une autre aventure, en s’engageant, le 28 février, avec Israël dans une guerre contre l’Iran. Un mois après, le bilan, forcément provisoire, ne fait apparaître que des clignotants orange, voire rouges, pour le duo.

L’assassinat du guide suprême, Ali Khamenei, ainsi que de nombreux autres responsables de haut niveau, répondant à une stratégie de « décapitation du régime », n’a pas permis l’ébranlement du pouvoir en place à Téhéran. Celui-ci a d’ailleurs gardé la capacité de riposter militairement, en lançant des missiles sur Israël et les bases américaines situées dans les pays du Golfe, alors que le Hezbollah visait lui aussi le territoire de son voisin, une option que ne semblaient pas avoir anticipé les dirigeants des deux pays agresseurs.

À l’élargissement régional du conflit s’est rapidement ajoutée une onde de choc économique mondiale avec le blocage de fait du détroit d’Ormuz et l’envolée du prix du baril de pétrole. Là aussi, à court de solutions militaires, Donald Trump a constaté son impuissance, l’amenant à annoncer une trêve de quelques jours, au nom de « pourparlers » par ailleurs certainement inventés de toutes pièces.

Enfin, les justifications multiples ont perdu une opinion publique structurellement réticente, depuis l’échec de la guerre en Irak menée par George W. Bush, à des interventions militaires à l’étranger. Donald Trump a fait tomber le masque « isolationniste », voire « faiseur de paix », mais paradoxalement ne le paie pas forcément auprès de sa base « Maga » (« Make America great again »), qui semble prête à suivre son champion jusqu’au bout de l’enfer. Au prix d’un isolement croissant du reste de la société états-unienne.

Le maintien de sa popularité pour gagner les élections

Depuis les élections de mi-mandat de 2006, qui virent les démocrates reprendre le contrôle du Congrès, la sanction constitue l’ordinaire des présidents en fonction. Donald Trump occupe pourtant une place particulière. Aucun président n’a accusé, à ce stade de son mandat, un tel niveau d’impopularité.

Pour son camp, il se transforme en « mistigri ». Dans tous les scrutins organisés depuis début 2025, bénéficiant du rejet du milliardaire, les démocrates surperforment en moyenne de 15 points et remportent même des sièges dans des places fortes républicaines.

Mardi, un démocrate l’a emporté dans un district incluant Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump où il l’avait emporté avec 19 points d’avance en 2024. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 s’annoncent mauvaises (bascule de la Chambre) ou catastrophiques (perte également du Sénat) pour le Grand Old Party, transformant un octogénaire en président démonétisé à deux ans du terme de son dernier mandat.

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Pete Hegseth, la rechute d’un ancien « néocon »

Un temps converti à l’isolationnisme, l’ancien marine est devenu un « secrétaire à la guerre » docile. Nationaliste chrétien jusqu’au bout de sa pochette de costume, il imprime un style « macho » à la fonction. (Article publié dans l’Humanité du 23 mars 2026.)

Pete Hegseth a fait une rechute. Et elle pourrait bien lui être fatale. Le 7 novembre 2024, soit deux jours après l’élection de Donald Trump pour un second mandat, il se livrait sur l’addiction dont il s’était libéré. « Je suis un néoconservateur repenti depuis six ans », expliquait l’actuel secrétaire à la guerre de Donald Trump, détaillant la « bêtise » qui fut la sienne de soutenir ces interventions militaires à l’étranger et d’accompagner « l’hubris du Pentagone ».

C’est pourtant le même Pete Hegseth qui défend, lors de conférences de presse conjointes avec Dan Cain, le chef d’état-major des armées, l’aventure militaire déclenchée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Il le ferait presque avec le zèle du converti, chargeant son propos d’une dose presque létale de testostérone. Exemple : « Ce combat n’a jamais été censé être équitable, et il ne l’est toujours pas. Nous les achevons alors qu’ils sont à terre, et c’est exactement ce qu’il faut. » Chacune de ses phrases, empruntées au sentencieux plus qu’au réflexif, est balancée comme un Tomahawk en pleine face de l’ennemi. Mâchoire carrée, regard d’acier, costume cintré avec une pochette aux couleurs du drapeau US, gestuelle définitive : le style, c’est l’homme.

Chez Pete Hegseth, cela vire presque au sketch. Dans l’émission culte, Saturday Night Live, l’acteur Colin Jost s’en donne à cœur joie, jouant un « clown sous stéroïdes ». La fiction ne rattrape pourtant pas la réalité. Pete Hegseth incarne sa propre caricature. Marie-Cécile Naves, directrice de recherches à l’Iris, décrypte pour l’Humanité : « Hegseth, c’est la masculinité hégémonique saturée de forme et paroxystique de cette présidence : son passé de violences sexuelles, la musculation devant les caméras et sa phobie des « gros » (gros = absence de muscles dans son esprit, donc absence de force et de virilité), l’insulte à l’égard de l’Europe, des médias, de toute forme de critique, le retournement de la vérité, le fait de se défausser sur les autres, l’obsession anti-LGBT et bien sûr son opposition à ce que les femmes combattent ».

Soldat modèle en Irak et en Afghanistan

Pete Hegseth a d’abord été un soldat modèle – au regard des standards bushistes. Durant l’été 2005, alors âgé de 25 ans, il quitte son job à Wall Street, où l’avait emmené son diplôme de Princeton, pour s’engager dans l’armée et partir en Irak. À son retour, toujours shooté au « choc des civilisations », il milite pour l’envoi de troupes supplémentaires. En 2010, il est déployé en Afghanistan.

Mais il est déjà autant militant que militaire. À moins de 30 ans, il a rejoint les rangs du parti républicain, tente sa chance lors de primaires et critique Barack Obama pour sa volonté de retirer les troupes américaines d’Irak. Roger Ailes, le patron de Fox News, la chaîne ultraconservatrice créée par Rupert Murdoch dans les années 1990, repère ce profil très télévisuel – look de gendre idéal, verbe tranchant comme un poignard des forces spéciales – et l’embauche en 2014. C’est en regardant son petit écran que Donald Trump le repère. Dans un premier temps, le jeune commandant de réserve ne prend pas au sérieux le magnat de l’immobilier et star de la télé-réalité. Mais ils se retrouvent dans une « cause » commune : la grâce de trois militaires accusés ou condamnés pour crimes de guerre en Irak et en Afghanistan. Donald Trump envisage même en 2016 d’en faire son secrétaire aux anciens combattants : une levée de boucliers des associations l’en empêche. En 2025, plus rien ne peut s’opposer à un président élu pour un second mandat et préparé, cette fois, à l’exercice du pouvoir : il place le nouvel adepte de l’« America First » à la tête de l’armée la plus puissante du monde (1 000 milliards de dollars de budget, 2 millions de personnes, 810 bases dans le monde).

Machiste et masculiniste et nationaliste chrétien : le nouveau patron du Pentagone accompagne la nouvelle phase de la radicalisation du parti républicain qu’incarne le trumpisme. Le grand public, lui, découvre le personnage, son allure, mais surtout son CV politique.

Fan des croisades et islamophobe

Pete Hegseth est un « croisé » dans l’âme. Sur sa poitrine, il porte en tatouage une croix de Jérusalem, un symbole utilisé pendant les Croisades, une « forme extrême de nationalisme chrétien », selon Matthew Taylor, chercheur à l’Institut d’études islamiques, chrétiennes et juives à Baltimore. Sur son bras : la locution latine « Deus vult », cri de ralliement de la première croisade en 1095. L’ennemi, c’est l’Islam. Dans son livre paru en 2020 « American Crusade » (Croisade américaine), il appelle à une guerre sainte contre les Musulmans. Sans surprise, il soutient la colonisation de la Cisjordanie, qu’il ne nomme que par son nom biblique (Judée et Samarie), comme les sionistes religieux. « Il n’y a aucune raison pour que le miracle de la reconstruction du Temple sur le mont du Temple ne soit pas possible », déclare-t-il à Jérusalem, en 2018, un appel direct à la destruction de la mosquée Al-Aqsa.

Sa « croisade » moderne est exclusivement une histoire d’hommes. Pete Hegseth ne veut pas de femmes dans l’armée. Il n’en veut même pas dans les isoloirs. En août 2025, il partage une vidéo dans laquelle plusieurs personnes, parmi lesquels des pasteurs ultraconservateurs appellent à revenir sur le dix-neuvième amendement de la Constitution des États-Unis, adopté en 1920, qui accorde le droit de votes aux femmes. Pour Marie-Cécile Naves, son look très « années 1950 », quasiment comme dans la série « Mad Men », est « à dessein ».

Un message vestimentaro-nostalgique renvoyant à un temps supposément béni pour les hommes blancs, où l’Amérique, auréolée de sa victoire lors de la seconde guerre mondiale, n’avait pas encore connu le traumatisme des guerres perdues (du Vietnam à l’Afghanistan). La liste pourrait s’allonger avec l’Iran. « Nous ne sommes plus en 2003. Il ne s’agit pas d’une reconstruction nationale sans fin », a tenté de se convaincre Pete Hegseth, dont le nom est aujourd’hui indéfectiblement associé à un fiasco en puissance. Plus dure sera la rechute.

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L’administration Trump perd sa première bataille : celle du narratif

La multiplication des justifications de la guerre déclenchée ne convainc pas l’opinion publique et de moins en moins même parmi les fidèles soutiens. (Article publié dans l’Humanité du 4 mars 2026.)

Donald Trump n’a pas lu Louis Aragon. Il aurait pu méditer cette phrase extraite du Roman inachevé : « Il y avait tant de mots que je ne savais plus lesquels croire. » Depuis quelques jours, l’administration Trump semble avoir lancé une sorte de concours Lépine à la justification du déclenchement de la guerre en Iran.

Il était d’abord question de sauver le peuple réprimé par le pouvoir, puis de ramener Téhéran à la table des négociations, puis de l’empêcher de disposer de l’arme nucléaire ou encore d’anéantir sa capacité de missiles balistiques.

Enfin, le secrétaire d’État Marco Rubio a avancé une autre explication : « Le président a pris une décision très sage : nous savions qu’Israël allait passer à l’action, nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas de manière préventive avant qu’ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes. »

« Bon sang. Nous avons entendu six raisons différentes pour justifier cette guerre au cours des dernières soixante-douze heures, mais celle-ci est la plus insultante », a hoqueté, sur X, Kelley B. Vlahos, rédactrice en chef de Responsible Statecraft, le journal en ligne du Quincy Institute, un groupe de réflexion (think tank) basé à Washington.

La dernière trouvaille sémantique en date de l’administration Trump a été aussitôt reprise par Mike Johnson, sans doute le président de la Chambre le plus docile de l’histoire. « Israël était déterminé à agir… Si Israël avait tiré sur l’Iran et pris des mesures pour détruire les missiles, ils auraient immédiatement riposté contre le personnel et les biens américains », a-t-il ânonné, laissant entendre sans doute involontairement que Benyamin Netanyahou a mené la danse.

Mais ces « éléments de langage », comme disent les communicants, ne prennent pas auprès de la population états-unienne. Selon le dernier sondage réalisé par CNN, 59 % des personnes interrogées désapprouvent la décision des États-Unis de mener des frappes militaires contre l’Iran tandis que 60 % estiment que Donald Trump n’a pas de plan clair pour gérer la situation.

Même si une majorité de républicains continue de soutenir celui qui leur a fait gagner deux élections présidentielles, les doutes grandissent au fur et à mesure que le pouvoir iranien se montre plus résistant au déluge de feu déclenché par le duo israélo-américain.

Sur la chaîne d’extrême droite OAN (One America News), l’ancien colonel et conseiller du secrétaire à la défense Douglas Macgregor oscille entre désenchantement et alarmisme : « Je pense que l’Iran, à notre grand regret, s’en sort très, très bien… À l’heure actuelle, les villes équipées de missiles qui sous-tendent toutes les provinces iraniennes sont intactes… La question est la suivante : quand Israël va-t-il intervenir et dire qu’il en a assez… Quand va-t-il déclarer que si cela ne cesse pas, il utilisera l’arme nucléaire ? »

Quant au petit monde Maga, entre le refus fondateur des « guerres sans fin » et la dernière déclaration en date de Donald Trump affirmant qu’il pourrait déclencher une intervention terrestre, il est perdu, écartelé ou… aphone. J. D. Vance, le vice-président, habituellement le plus volubile et le plus agressif de la bande, se retrouve soudain silencieux. Pour l’ancien journaliste de CNN, Chris Cillizza, la séquence solde les espoirs présidentiels du dauphin présumé, supposément le plus isolationniste du cercle des prétendants. En tant que secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth doit, lui, affronter les questions.

Il y répond en tentant de rassurer – « Ce n’est pas l’Irak, ce n’est pas sans fin » – mais en réussissant surtout à inquiéter, en déclarant que les États-Unis feraient tout ce qui est nécessaire pour défendre leurs « intérêts », donc également envoyer des soldats au sol. Une option que seuls 38 % des républicains soutiennent.

Déclarer la guerre à l’Iran s’avère être la décision la plus impopulaire de Donald Trump, le président le plus impopulaire à ce stade de son mandat. À quelques mois des élections de mi-mandat, la catastrophe stratégique qui s’annonce pourrait servir de carburant aux démocrates.

Ces derniers échoueront sans doute à faire adopter une résolution qui obligerait le président à obtenir le feu vert du Congrès. Mais, dans quelques jours, Donald Trump devra solliciter des élus des financements supplémentaires pour sa guerre. Le ralliement d’une poignée d’élus républicains suffirait alors à mettre en minorité l’ancien héraut de l’ « America First » transformé en faucon.

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De l’America First à « Fureur épique », la mue de Donald Trump

Après avoir surfé sur le rejet des « guerres sans fin » de George W. Bush, le chantre de l’America First est devenu un républicain comme un autre, c’est-à-dire belliciste. (Article publié dans l’Humanité du 2 mars 2026.)

En 2011, un milliardaire ayant pris Barack Obama en grippe l’accuse sur Twitter de vouloir lancer une guerre contre l’Iran « afin de se faire réélire ». Deux ans plus tard, sur la même plateforme, il revient à la charge : « Rappelez-vous que j’avais prédit il y a longtemps que le président Obama attaquerait l’Iran en raison de son incapacité à négocier correctement – il n’est pas doué ! »

Finalement, en 2015, le président des États-Unis incriminé aboutira à un accord avec Téhéran. Mais revenons à ce milliardaire – il s’agit de Donald Trump, bien sûr. En 2016, il entre avec fracas dans l’arène en surfant sur le rejet des « guerres sans fin » de George W. Bush, largement partagé dans l’électorat. En 2024, lors de la campagne présidentielle qui le propulsera de nouveau à la Maison-Blanche, il publie une photo de lui, accompagné de son colistier, J. D. Vance, avec ce slogan : « Votez pour le ticket pro-paix ».

Les archives sont aussi inépuisables que cruelles. Avec l’opération militaire en Iran, l’assassinat de Khamenei et la volonté de faire « tomber le régime », Donald Trump semble donc achever sa mue « néo-conservatrice ». Une forme de prudence s’impose néanmoins. Le président des États-Unis peut à tout moment interrompre ce processus, comme il l’a fait d’une certaine façon en juin dernier en décrétant la fin d’une aventure militaire au bout de douze jours, sans avoir atteint les objectifs fixés : l’anéantissement des capacités nucléaires de l’Iran.

Robert Pape, professeur de science politique à l’université de Chicago, rappelle, sur X, la « leçon numéro un : la puissance aérienne entraîne rarement un changement de régime favorable. Depuis la Première Guerre mondiale, des dizaines de campagnes de bombardements ont tenté de contraindre des gouvernements depuis les airs. Aucune n’a permis d’installer des dirigeants plus coopératifs avec l’agresseur. Les bombardements peuvent détruire des cibles. Ils ne permettent pas de remodeler la politique de manière fiable ».

L’objectif affiché de rendre sa « liberté » au peuple iranien passerait donc par l’envoi de troupes au sol. Donald Trump s’inscrirait alors dans les pas de George W. Bush qu’il a tant vilipendé. Ce scénario n’est pas écrit, mais le prologue provoque déjà des gênes au sein du monde Maga (« Make America Great Again »), qui demeure pourtant fidèle à son « champion ». Le vice-président J. D. Vance incarne cet embarras stratégique.

Véritable « isolationniste », l’ancien marine déployé en Irak doit assurer le service après-vente de la nouvelle aventure guerrière de Donald Trump : « L’idée qu’on va se retrouver pour des années dans une guerre au Moyen-Orient sans fin en vue, il n’y a aucune chance que cela arrive », assurait-il dans un entretien accordé au Washington Post, le 26 février, soit deux jours avant le lancement de l’opération « Fureur épique ». Puis, dans la phrase suivante, il contredisait sa propre assurance : « Ce n’est pas parce qu’un président a foiré un conflit militaire qu’on ne devrait plus jamais être engagé dans un conflit militaire. »

Seuls ceux qui ont déjà été excommuniés peuvent parler en conscience. « Cela ressemble à la pire des trahisons, car cela vient précisément de l’homme et de l’administration que nous croyions différents et qui avaient dit que cela ne se reproduirait plus », lance ainsi l’ancienne députée ultra-Maga, Marjorie Taylor Greene. Un sentiment que ne partage pas une majorité de l’électorat républicain, si l’on en croit le sondage The Economist/YouGov, réalisé entre le 20 et 23 février : 58 % des électeurs du Grand Old Party (surnom du Parti républicain) manifestent leur soutien à une attaque de l’Iran.

Sauf évolution soudaine, qui sera éventuellement à constater dans la semaine, Donald Trump ne se trouve pas totalement en décalage avec sa propre base. Mais avec l’ensemble de l’électorat, oui : 49 % des États-uniens s’opposent à l’usage de la force militaire contre l’Iran, tandis que seulement 27 % y sont favorables. Selon une autre enquête (Quinnipiac), 70 % des électeurs estiment que le président devrait obtenir l’accord du Congrès avant toute action militaire majeure, ce qu’il n’a pas fait.

Au fond, la guerre déclarée à l’Iran est à l’image de l’exercice du pouvoir par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche : une décision impopulaire prise par un président impopulaire. Engendrera-t-elle un coût politique lors des élections de mi-mandat ? C’est le pari des élus démocrates, qui tentent de faire bloc pour dénoncer l’absence de feu vert du Congrès comme la dangerosité de l’aventure guerrière.

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Jesse Jackson, l’homme qui a maintenu le rêve en vie

Depuis les années 60, le pasteur qui s’est éteint à l’âge de 84 ans a été à l’avant-garde de tous les combats émancipateurs, portant même ses convictions à deux reprises lors de l’élection présidentielle. (Article publié dans l’Humanité du 18 février 2026.)

L’arc-en-ciel, que Jesse Jackson avait utilisé pour symboliser une coalition politique, s’est voilé d’un crêpe noir ce mardi 17 février. Le leader des droits civiques s’est éteint, après une dernière bataille perdue contre la maladie de Parkinson. « Paisiblement », précise sa famille qui l’entourait, au terme d’une vie de tumultes.

« L’histoire des Noirs en Amérique est l’histoire de l’Amérique, et ce n’est pas une belle histoire », avait coutume de dire l’auteur africain-américain, James Baldwin. Par son inlassable engagement, Jesse Jackson a contribué à rendre cette histoire belle.

Compagnon de route de Martin Luther King, candidat à deux reprises (1984 et 1988) à l’élection présidentielle, artisan de tous les combats d’émancipation, le pasteur est la dernière figure d’un mouvement qui a transformé l’Amérique et dont le témoin a été repris par de nouveaux acteurs, de Black Lives Matter à la « génération Sanders ».

Jesse Jackson est un fils du Sud, de cette terre de l’ancienne Confédération qui, après la guerre de Sécession, avait substitué la ségrégation à l’esclavage. Greenville, en Caroline du Sud, est une terre hostile pour un jeune Noir, qui plus est, né (en 1941) hors mariage. « Ce n’est pas une cuillère en argent que j’avais dans la bouche, mais plutôt une pelle dans les mains. » Le racisme le poursuivra à Chicago où, pourtant excellent élève et prometteur joueur de football américain, il renonce à poursuivre ses études supérieures, pour revenir dans le Sud, à Greensboro (Caroline du Nord), dans une université noire.

C’est là qu’il commence une deuxième vie : celle de militant qu’il entame aux côtés de Martin Luther King (MLK). Impressionné par ses capacités d’organisation, ce dernier lui confie des responsabilités au sein de la Southern Christian Leadership Conference, l’organisation de défense des droits civiques qu’il a fondée à la fin des années 1950.

À peine âgé de 25 ans, cédant parfois au démon de l’ambition et du besoin d’attention, il devient une cheville ouvrière du mouvement, menant des campagnes de boycott, au grand dam d’une vieille garde conservatrice.

Le 4 avril 1968, il se trouve aux côtés de MLK, dans un hôtel miteux de Memphis, lorsque celui-ci est mortellement touché. Martin Luther King était alors une figure impopulaire, voire honnie, encore plus depuis son discours contre la guerre du Vietnam, en avril 1968, et son virage vers le socialisme. De tous les proches, Jesse Jackson sera l’un des plus fidèles au « dernier MLK ».

Une quinzaine d’années plus tard, il investit directement la scène politique avec une candidature à la primaire démocrate, où il fait revivre l’ambition née à la fin des années 1960 d’union de toutes les organisations des droits civiques : une « coalition arc-en-ciel ».

Il est le premier Noir à remporter plusieurs États (dans sa Caroline du Sud natale comme en Virginie ou en Louisiane) mais ne terminera que troisième, avec 21 % des suffrages exprimés, son élan étant coupé par des accusations d’antisémitisme.

Quatre ans plus tard, il entame une seconde campagne, armé d’un programme très à gauche, en pleine ère reaganienne, dans lequel se retrouvent à la fois Mohamed Ali et un maire presque anonyme d’une petite ville du Vermont, Bernie Sanders« Il a imposé des thèmes que l’establishment démocrate préfère éviter : réduction des dépenses militaires, sanctions contre l’apartheid sud-africain, reconnaissance d’un État palestinien, protection des travailleurs face à la désindustrialisation. Sur toute la ligne, il est en avance sur son temps », avance Tristan Cabello, professeur d’histoire à l’université Johns-Hopkins. Malgré 7 millions de voix et 11 victoires, le militant pour la justice et l’égalité échoue une nouvelle fois à remporter la nomination du Parti démocrate. Il s’agit moins de la fin d’une parenthèse que du début d’un nouveau cycle. Ces deux campagnes infructueuses ont semé : la moisson arrivera des décennies plus tard. En 2008, à Chicago, sa ville d’élection, ses larmes lors de l’élection de Barack Obama deviennent un message politique en elles-mêmes. Elles sécheront pourtant à l’expérience de l’exercice du pouvoir par le premier président noir.

Il faut au camp progressiste un mouvement plus radical : en 2016, Jesse Jackson se reconnaît dans la candidature de Bernie Sanders, auquel il apporte un soutien public, privilégiant encore et toujours ses convictions aux jeux de l’appareil.

Quelques années plus tard, il sera aux côtés de la famille de George Floyd en 2021, ultime étape d’un « engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains (qui) a contribué à galvaniser un mouvement mondial pour la liberté et la dignité », a rappelé sa famille, dans un communiqué. Un de ses « disciples », le révérend Al Sharpton, lui sait gré d’avoir « maintenu le rêve en vie ».

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Alexandria Ocasio-Cortez à Munich, sur la route de la Maison Blanche ?

La députée socialiste de New York participe ce week-end dans la ville allemande à la conférence de sécurité. Un premier déplacement international en forme de préparation pour de futures échéances électorales. (Article publié dans l’Humanité du 13 février 2026.)

Un duel à distance temporelle avant une joute électorale directe ? Un an après J. D. Vance, Alexandria Ocasio-Cortez (« AOC ») participe ce week-end à la conférence de Munich sur la sécurité. En février 2025, le vice-président des États-Unis s’était livré à une violente charge contre les pays européens, accusés de saper la « liberté d’expression » et de favoriser les migrations. Que dira l’égérie de la gauche états-unienne ? Elle adoptera sans doute un profil plus discret. Ce rendez-vous est surtout pour elle l’occasion d’effectuer son premier déplacement international, et donc de poser un jalon sur une longue route vers le Sénat… ou la Maison-Blanche, rien n’est officiel encore. Lors des élections intermédiaires en novembre prochain, elle se contentera de solliciter un nouveau mandat de députée dans sa circonscription de New York. Le « plan de carrière » que les observateurs lui prêtent généralement passe plutôt par le Sénat. Mais son calendrier pourrait se précipiter si aucune candidature ne vient incarner l’aile gauche de la coalition démocrate lors de la primaire en vue de l’élection présidentielle de 2028. Les sondeurs l’ont d’ailleurs intégrée au groupe des candidats putatifs, et, surprise, elle arrive régulièrement dans le top 3 aux côtés de Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, qui ne fait quasiment pas mystère de sa prochaine candidature, et de Kamala Harris, qui a déclaré envisager une deuxième campagne. Dans un sondage de l’institut Verasight, AOC est même donné légèrement gagnante face à J. D. Vance (51 % contre 49 %), donnant du crédit à sa capacité à être « éligible », un critère habituellement central pour nombre d’électeurs démocrates. C’est notamment ce facteur qui avait permis à Joe Biden de dominer Bernie Sanders en 2020.

Seule certitude : en 2028, Alexandria Ocasio-Cortez ne sera plus députée. Le siège de sénateur du très contesté chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, lui tend les bras. La Chambre haute dispose de prérogatives larges en matière de politique étrangère (ratification des traités, confirmation de nominations diplomatiques et, avec la Chambre, pouvoir de déclarer la guerre). Ce qui pourrait expliquer le voyage à Munich, première étape de construction d’une stature internationale. La députée socialiste travaille désormais ces questions avec Matt Duss, l’ancien conseiller diplomatique de Bernie Sanders, preuve supplémentaire de la préparation de prochaines échéances.

Son nouveau statut de présidentiable représente une sorte de retour en grâce pour l’élue née en 1989. L’ancienne barmaid titulaire d’une maîtrise en relations internationales a déboulé dans le champ politique comme un météorite avant de voir son étoile pâlir. En 2018, sa victoire face à un baron démocrate, Joe Crowley, la propulse au rang de « star » (pour la presse) ou d’égérie (pour les militants). Bien que s’inscrivant pleinement dans le mouvement initié par Bernie Sanders lors de sa première campagne présidentielle de 2016, la plus jeune femme élue de l’histoire du Congrès fait alors un choix différent de celui du sénateur du Vermont en décidant de peser à l’intérieur du Parti démocrate. Le point culminant de cette stratégie représente aussi, pour ses détracteurs, le début des désillusions. Lors de la convention démocrate, en août 2024, elle utilise son temps de parole pour vanter les mérites de Kamala Harris, assurant que la vice-­présidente fait tout ce qui est en son pouvoir pour imposer un cessez-le-feu à Gaza. Or, les faits sont désormais établis : l’administration Biden n’a jamais exercé aucune pression en ce sens. « Sa normalisation” ne lui a rien apporté, ni sur le plan politique ni sur celui des idées, tranche, pour l’Huma­nité, Tristan Cabello, professeur d’histoire à l’université Johns-Hopkins. L’élan des débuts s’est dissous dans la respectabilité parlementaire, sans qu’aucune avancée majeure en ressorte. »

Mais la réélection de Donald Trump, puis les actions de Bernie Sanders et Zohran Mamdani l’ont remise en selle. En l’invitant à rejoindre, au printemps 2025, sa tournée pour combattre l’« oligarchie », le sénateur socialiste octogénaire lui a officieusement tendu le relais. Enfin, l’élection municipale new-yorkaise finit (presque) de raccommoder le lien déchiré avec la frange la plus militante. AOC jette tout son poids politique en faveur de l’outsider à un moment où personne n’estime qu’il a la moindre chance de renverser le candidat de l’establishment, Andrew Cuomo. Le meeting à New York, fin octobre, réunissant Bernie Sanders, Zohran Mamdani et AOC fait peut-être figure de moment fondateur pour la gauche états-unienne. Le trio se reforme d’ailleurs pour l’entrée en fonction officielle, le 1er janvier 2026, du nouveau maire de New York. Au premier, le rôle d’initiateur et de mentor. Au deuxième, la gestion de la plus grande métropole du pays. À la troisième…

Mais AOC, évidente porte-drapeau de la gauche, a aussi su s’insérer dans la coalition démocrate. « Elle sait bâtir des coalitions », souligne le député démocrate « modéré » Pat Ryan. Nombre de candidats ou élus centristes sollicitent ses conseils stratégiques et profitent de son aura grandissante auprès d’un électorat démocrate, doublement enragé par les actions de l’administration Trump et l’apathie des dirigeants démocrates. À 36 ans, la députée d’origine portoricaine peut se targuer d’incarner à la fois l’opposition résolue au président nationaliste et la vague montante d’une alternative progressiste (de Zohran Mamdani à Katie Wilson, autre socialiste, élue maire de Seattle, en passant par Analilia Meija, ancienne directrice de campagne de Bernie Sanders, vainqueure d’une primaire dans le New Jersey).

L’incertitude demeure sur ses ambitions (elle n’a prévu aucune annonce avant 2027), mais l’appétit pourrait venir au fil de sondages s’ils témoignaient d’une dynamique. « Dépasser le vice-président dans les sondages est un exploit très impressionnant pour quelqu’un qui n’occupe actuellement aucun poste important », souligne pour l’Humanité Ted Hamm, professeur de journalisme à l’université Saint-Joseph. Tristan Cabello, estime, lui, qu’« AOC est coincée : trop institutionnalisée pour la base de gauche et trop à gauche pour le reste du Parti démocrate. » Si la route commence à Munich, personne ne sait encore où elle se terminera. 

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Un nouveau chapitre du « roman noir » de l’affaire Epstein

La divulgation partielle et partiale des documents en possession du ministère de la Justice n’a fait qu’alimenter la suspicion et le complotisme. (Article publié dans l’Humanité du 5 février 2026.)

Avec la publication la semaine dernière de 3 millions de documents, l’administration Trump s’estime quitte avec le dossier Epstein. « Je pense qu’il est temps pour le pays de passer peut-être à autre chose, comme le système de santé ou quelque chose qui importe aux gens », a décrété le président états-unien. Il semblerait plutôt que les zones d’ombre qui planent toujours sur le tentaculaire dossier alimentent la diffusion du poison lent de la suspicion.

Une publication tronquée

Les termes de la loi – l’Epstein Files Transparency Act – adoptée à une quasi-unanimité (427 pour, 1 contre et 6 abstentions) par le Congrès en novembre 2025 étaient on ne peut plus clairs. Obligation est faite à la ministre de la Justice, Pam Bondi, une ancienne avocate de Donald Trump, de rendre publics tous les documents en possession de son ministère. Elle contient également une « clause anti-réputation » : aucune information ne peut être masquée ou retenue dans le but d’éviter l’embarras ou l’atteinte à la réputation d’une personnalité publique, d’un fonctionnaire ou d’un dignitaire étranger. Le ministère de la Justice s’est-il conformé à cette loi ? La réponse est simple : non. L’ensemble des documents à la disposition des autorités fédérales n’ont pas été dévoilés, comme l’a reconnu et assumé le ministre adjoint de la Justice, Todd Blanche, également un ancien avocat de Donald Trump. Il reste donc 2,5 millions de documents, assurément les plus sensibles, soustraits à l’attention publique. Les arguments de l’administration Trump semblent pour le moins spécieux. Todd Blanche a justifié cette décision par le respect des obligations légales (protection judiciaire, enquêtes en cours) tout en déclarant qu’aucune poursuite judiciaire ne pourra être lancée sur la base des éléments jusqu’ici révélés. Il a également mis en avant la nécessité de protéger l’identité et la vie privée des victimes alors que le ministère de la Justice n’a de toute évidence pas fait son travail dans la partie des documents rendue publique.

C’est le New York Times qui a appelé ce même ministère pour lui signaler que les visages de jeunes femmes – potentiellement des adolescentes – n’avaient pas été floutés sur des clichés où elles apparaissent nues. Les noms d’une centaine de victimes ont également été jetés en pâture par défaut de caviardage avant leur retrait à la suite de l’intervention de ces mêmes victimes.

Comment réagira le Congrès face à une contravention évidente à une loi qu’il a lui-même votée ? Les républicains semblent pour l’instant dans le même état d’esprit que Donald Trump : considérer l’affaire comme close et passer par pertes et profits les documents restés dans l’ombre.

La mise à nu d’un cercle des puissants

Ce qui a été projeté dans la lumière révèle plus qu’une simple liste de proches ou suspects : il s’agit quasiment d’un « Who’s Who » international où l’on retrouve des milliardaires, des têtes couronnées, des anciens et actuels ministres, des responsables politiques encore en poste, avec Jeffrey Epstein, retrouvé pendu dans sa prison en 2019, comme grand ordonnateur.

À Londres, Peter Mandelson, ancien ministre travailliste, se voit contraint de quitter la Chambre des lords. À Paris, Caroline Lang a démissionné du Syndicat des producteurs indépendants tandis que son père, Jack, plaide la « naïveté ». À Bratislava, l’ancien ministre des Affaires étrangères Miroslav Lajcak a été forcé de présenter sa démission de son poste de conseiller du premier ministre, Robert Fico. Aux États-Unis, en revanche, rien. Elon Musk prétend toujours avoir refusé les propositions de Jeffrey Epstein alors qu’un échange de mails établit clairement qu’il a au contraire sollicité une visite sur l’île maudite. Howard Lutnick demeure secrétaire au Commerce. Et Sergey Brin se prévaut encore de la confiance du conseil d’administration de Google.

L’aspect le plus stupéfiant réside moins dans cette liste clinquante de noms que dans la temporalité de leurs rapports avec Jeffrey Epstein. Tous ont continué à entretenir correspondances, amitiés ou relations d’affaires alors que l’ancien golden boy de Wall Street avait été condamné et inscrit dans le fichier des délinquants sexuels depuis 2008. Tous savaient pour le « Lolita Express », le nom de l’avion, et l’existence d’une île en forme d’enfer pédocriminel. Comme le souligne un article du webzine français Frustration, « les ramifications autour d’Epstein montrent l’existence d’une véritable internationale bourgeoise de la défense des criminels et, potentiellement, une internationale de la violence sexuelle envers les femmes et les enfants ».

Le renforcement de la suspicion

La combinaison des révélations – partielles mais réelles – et de la dissimulation d’une partie des Epstein files ne peut produire que l’effet contraire à celui recherché par la loi. Au sentiment de transparence se substitue, jour après jour, une impression de dissimulation volontaire. Quels effets politiques cela peut-il produire à court et moyen terme ?

Donald Trump, dont le nom est cité à plus de 4 500 reprises mais sans aucune preuve concrète, passe apparemment entre les gouttes. En l’état, davantage que Bill Clinton, contraint de venir témoigner devant une commission du Congrès. Pourtant, la base Maga (« Make America Great Again »), très sensible sur le sujet, ne peut que se sentir flouée, voire trahie. Les informations sur la proximité entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump et théoricien de l’insurrection populiste, pourraient avoir un effet de bombe à fragmentation. « Steve Bannon prétend mener un mouvement contre une élite décadente et sans frontières. Or, selon des messages et des courriels récemment rendus publics, ce mouvement dépendait fortement de l’élite la plus décadente et la plus sans frontières qui soit : Jeffrey Epstein », met en relief le magazine marxiste états-unien Jacobin.

Le flou, volontairement entretenu par l’administration Trump, nourrit le complotisme (un « complot » russe est ainsi évoqué ici et là). La diffusion des Epstein files devait épuiser le sujet. Leur divulgation partielle et partiale ne fait qu’ouvrir un nouveau chapitre de ce « roman noir ». 

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Donald Trump, l’homme des défaites électorales

L’impopularité record de l’hôte de la Maison Blanche se transforme en plomb pour tous ceux qui portent les couleurs républicaines. Les élections de mi-mandat s’annoncent catastrophiques pour le parti au pouvoir. (Article publié dans l’Humanité du 3 février 2026).

De martingale à mistigri ? Donald Trump a soudé son camp en prouvant qu’un candidat du Parti républicain pouvait encore remporter une élection présidentielle, y compris en gagnant le vote populaire et pas seulement le nombre de grands électeurs (2024), dans un pays où les évolutions démographiques semblaient favoriser les démocrates. Depuis son retour à la Maison-Blanche, il est plutôt celui par qui la défaite arrive. Subir un vote sanction lors d’élections intermédiaires est certes un classique pour les partis au pouvoir. Pourtant la série de revers enregistrée par le Parti républicain ainsi que son ampleur révèlent un rejet inédit.

L’élection pour un siège de sénateur d’État au Texas n’a pas échappé à la règle. Dans ce fief républicain, Taylor Rehmet, mécanicien dans une usine Lockeed Martin et responsable syndical, a battu la candidate républicaine par une marge de 14 points (57-43), là où Donald Trump avait devancé Kamala Harris de 17 points (58-41). « Je ne suis pas impliqué là-dedans. C’est une élection locale au Texas », a tenté de se défausser Donald Trump, qui avait pourtant apporté son soutien à Leigh Wambsganss, la candidate du GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) qu’il avait décrite comme une « alliée incroyable ». Le Parti républicain avait d’ailleurs investi 2 millions de dollars dans cette « élection locale », soit 20 fois plus que le Parti démocrate. Efforts massifs mais vains. Dans un scrutin à la faible participation, c’est le différentiel de mobilisation qui a fait pencher la balance. Avec 54 000 voix, Taylor Rehmet a retrouvé un tiers des suffrages qui s’étaient portés lors de l’élection présidentielle sur Kamala Harris, tandis qu’avec 40 000 voix Leigh Wambsganss atteint péniblement 17 % du score de Donald Trump.

C’est le même scénario qui se joue depuis le retour de ce dernier à la Maison-Blanche. 2025 a été catastrophique pour les républicains. Ils ont perdu les deux élections les plus visibles de l’année – les postes de gouverneur en Virginie et dans le New Jersey –, dans deux États certes traditionnellement démocrates. Mais le reflux a également touché leurs bastions : dans l’Iowa et le Mississippi, deux États très ancrés à droite, les républicains ont perdu leur super-majorité. Au total, les démocrates ont fait basculer 25 sièges de législateurs d’État.

2026 commence sous les mêmes auspices, avec des élections de mi-mandat qui s’annoncent catastrophiques pour les républicains. À la Chambre des représentants, leur majorité ne tient déjà plus qu’à un seul siège. L’impopularité record de Donald Trump se transforme en plomb pour tous ceux qui portent les couleurs républicaines. Il faut reconnaître au milliardaire la lucidité d’avoir vu arriver la vague sanction. Raison pour laquelle il a poussé les élus républicains à procéder en urgence à des redécoupages électoraux, qui ont traditionnellement lieu après les résultats des recensements réalisés tous les dix ans (le prochain est prévu en 2030). Au Texas, dans l’Ohio et en Caroline du Nord, le « charcutage » permettrait au camp présidentiel de récupérer une dizaine de sièges. Mais les démocrates ont contre-attaqué dans un certain nombre d’États, à commencer par la Californie, le plus peuplé du pays, s’assurant un surplus de 8 à 10 sièges. Match nul, de ce point de vue. Mais les sondages indiquent une large avance – autour de 5 points – des démocrates sur les républicains, qui s’avérerait suffisante pour faire basculer la Chambre des représentants, pas forcément le Sénat.

La Maison-Blanche a longtemps compté sur le discrédit – bien réel, par ailleurs – qui frappe le Parti démocrate pour échapper à une lourde défaite. Les enquêtes d’opinion soulignent l’establishment démocrate est impopulaire, d’abord aux yeux de son propre électorat. Malgré sa colère, ce dernier aura tendance à se mobiliser pour infliger une déroute à Donald Trump tout en privilégiant souvent des candidats « outsiders ».

Taylor Rehmet a ainsi mené une campagne de contenu – principalement en faveur de l’éducation publique – tout en affirmant ne pas aimer les labels partidaires et être « vraiment fatigué de l’esprit partisan ». Pour la base démocrate, ce genre de profil revêt un double avantage : il permet de sanctionner les républicains tout en faisant évoluer le curseur au sein du Parti démocrate. Dans le Maine, c’est ainsi un ostréiculteur de 41 ans, Graham Platner, qui fait la course en tête de la primaire démocrate face à la gouverneure de 79 ans, Janet Mills, pour affronter la sortante républicaine de 74 ans, Susan Collins.

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