Avec Volkswagen, le mur antisyndical du Sud se fissure

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Pour la première fois dans le Sud, une section syndicale va s’implanter dans une usine automobile.

Les quelques bonnes nouvelles qui peuvent parfois nous parvenir d’outre-Atlantique relèvent souvent du champ sociétal (un Etat a aboli la peine de mort, un autre a promulgué le mariage gay), quelquefois du champ politique (l’opposition de l’opinion publique à des frappes militaires en Syrie), beaucoup plus rarement du champ économique et social. C’est dire la valeur de l’information suivante : le syndicat de l’automobile (UAW, United Auto Workers) va s’implanter dans l’usine Volkswagen de Chattanooga, dans le Tennessee. Cet Etat, comme tous ses voisins du Sud américain, a développé des législations antisyndicales, sous la houlette des législatures républicaines. Cela a facilité une délocalisation en interne de l’industrie automobile aux Etats-Unis : de Detroit et des villes du Nord industrialisé aux syndicats puissants et aux conventions collectives favorables aux ouvriers vers le sud de la ligne Mason-Dixon (qui marquait la frontière entre la Confédération et l’Union pendant la guerre civile de 1861-1865 et qui constitue toujours une frontière politique).

C’est donc un coup d’ampleur qui est porté à cette stratégie. Il y a une semaine, Bob King, le président de l’UAW a annoncé qu’une majorité des 2700 salariés de l’usine Volkswagen avaient signé les « authorization cards », permettant ainsi au syndicat d’être considéré comme représentatif et de pouvoir ouvrir un « local » (une section syndicale). Etape suivante : la négociation d’une convention collective. Avec Chattanooga, l’UAW trouve sa première implantation dans le Sud.

Les élus républicains sont furieux. Ils ont déroulé le tapis vert (plus de 500 millions de dollars d’aides publiques) au constructeur automobile allemand et voici que celui-ci ouvre une brèche dans la politique du « right-to-work » (législations locales qui disposent que moins le salarié a de droits, meilleur c’est pour l’économie). « Que le management de Volkswagen invite le syndicat UAW dans son usine dépasse l’imagination », s’est étouffé le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker. Ce n’est pas tout à fait la direction du groupe qui a favorisé la syndicalisation ! Celle-ci a aussi été rendue possible par la « gentille » pression du puissant syndical, IG Metall. « Nous ne voulons pas d’un village gaulois chez Volkswagen. Avec l’élection probable d’une commission équivalente à un comité d’entreprise allemand à Chattanooga, les 100 usines de Volkswagen dans le monde disposeront d’une assemblée de représentation des travailleurs », a expliqué à l’Expansion un responsable de l’IG Metall à Francfort. Désormais, les usines de BMW en Caroline du Sud et Mercedes-Benz en Alabama sont invitées par les responsables syndicaux à laisser les travailleurs créer une section syndicale.

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2 Commentaires

Classé dans Actualités

2 réponses à “Avec Volkswagen, le mur antisyndical du Sud se fissure

  1. Moi qui assure une correspondance sociale sur les Etats-Unis depuis un autre Etat « right to work », je suis contente de constater que cette information effectivement majeure n’est pas passée inaperçue pour tous les autres correspondants français aux US. Merci pour ce post qui souligne la nécessité de mieux couvrir le champ économique et social, si possible pas par le petit bout de la lorgnette politique !

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