Derek Chauvin condamné, « un tournant dans l’Histoire »

Par décision unanime d’un jury populaire, le policier a été reconnu coupable du meurtre de George Floyd. Grâce notamment au mouvement Black Lives Matter, le climat n’est plus à l’impunité. (Article publié dans l’Humanité du 22 avril 2021.)

«Coupable. » Il n’a fallu qu’une dizaine d’heures de délibération au jury pour rendre le verdict : Derek Chauvin est jugé « coupable » des trois chefs d’inculpation (meurtre au deuxième degré, meurtre au troisième degré et homicide involontaire) pour lesquels il comparaissait. Onze mois après la mort de George Floyd sous le genou de ce policier blanc de 45 ans, c’est « une victoire pour la justice », s’est félicitée la famille de la victime, tandis que le verdict était accueilli par une explosion de joie de la foule massée devant le tribunal.

Les 12 jurés – 7 femmes et 5 hommes – ont donc suivi les conclusions du procureur. « Cette affaire est exactement ce à quoi vous avez pensé au départ, en regardant cette vidéo, a lancé, lundi, Steve Schleicher dans son réquisitoire. C’était un meurtre, l’accusé est coupable des trois chefs d’accusation et il n’y a aucune excuse. (George Floyd​​​​​​​) a appelé à l’aide dans son dernier souffle, mais l’agent ne l’a pas aidé, (Derek Chauvin) est resté sur lui. » Au cours des trois semaines du procès, l’avocat de la défense avait tenté d’instiller le doute en arguant que George Floyd avait succombé à un abus de drogue.

Aux États-Unis, l’unanimité des 12 jurés est requise pour obtenir un verdict. Il suffisait donc d’un seul récalcitrant à l’évidence pour faire annuler le procès. Lorsque le tribunal a annoncé mardi soir que le jury avait rendu son verdict, au lendemain des réquisitoires, le doute n’était guère permis sur l’issue, un temps de délibération très rapide étant presque toujours de bon augure pour l’accusation. Derek Chauvin a été menotté et emmené en prison. Le juge, Peter Cahill, doit prononcer la sentence dans les deux mois qui viennent. L’ancien policier encourt au minimum douze ans et demi de prison. Le magistrat a toute latitude pour aggraver la peine s’il conclut à l’existence de circonstances aggravantes.

« C’est une victoire pour ceux qui luttent pour la justice contre l’injustice », s’est félicité l’avocat Ben Crump, entouré de la famille Floyd, concluant : « Nous quittons Minneapolis en sachant que l’Amérique est meilleure. » « Nous avions besoin d’une victoire dans ce dossier, c’était très important et nous l’avons eue, a confié à l’AFP Rodney Floyd, un des frères de la victime. Nous allons peut-être respirer un peu mieux maintenant. » Une référence aux derniers mots de son frère qui, sous le joug de Derek Chauvin, avait supplié : « Je ne peux pas respirer. » Cette expiration était devenue ensuite un slogan lors des immenses manifestations qui se sont déroulées aux États-Unis, « le plus important mouvement social de l’histoire du pays », selon l’historien Pap Ndiaye. Jamais autant de personnes ne s’étaient mobilisées dans autant de villes autour d’une cause commune : celle de la dénonciation des meurtres policiers et du racisme systémique.

Ce n’est pas seulement la masse des personnes mobilisées qui a fait évoluer le débat public outre-Atlantique mais également la teneur de leur message. « On est sur de l’antiracisme politique, pas sur une question morale de bien, de mal ou de bonne volonté », constatait, quelques semaines à peine après le déclenchement du mouvement, Charlotte Recoquillon, chercheuse à l’Institut français de géopolitique, dans un entretien à l’Humanité L’empreinte de Black Lives Matter sur l’évolution des mentalités est désormais indélébile. Elle a permis d’instaurer un nouveau climat idéologique dans lequel il devient plus difficile, si ce n’est impossible, de trouver des circonstances atténuantes ou de « blanchir » des policiers. « Ce verdict est un tournant dans l’Histoire », estime Ben Crump.

Fait exceptionnel, le président des États-Unis, après avoir téléphoné à la famille de la victime, a prononcé un discours officiel. « Le verdict de culpabilité ne fera pas revenir George », a-t-il déclaré, dénonçant le racisme qui « entache » l’âme de l’Amérique. Joe Biden et de nombreux élus démocrates veulent y voir le signe d’un « changement significatif ». Quelques heures avant le verdict, une adolescente noire de 16 ans était tuée par la police dans l’Ohio, terrible symbole du chemin restant à parcourir.

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