Donald Trump écrase la concurrence 

Ni les insultes lancées à ses opposants ni les affaires judiciaires ne semblent pouvoir empêcher l’ancien président de voler vers l’investiture républicaine. Un sondage du New York Times lui accorde 54 % des suffrages. Une bonne nouvelle pour Joe Biden, qui pourra se targuer d’être le barrage au danger Trump. (Article publié dans l’Humanité du 2 août 2023.)

Ron DeSantis est donc un « fils de pute » et Joe Biden également. Mais l’auteur de ces insultes, Donald Trump, fait toujours la course en tête. Deux mises en examen (affaire Stormy Daniels et détention de documents classés secret-défense) et bientôt trois (tentative de fraude en Géorgie pendant l’élection présidentielle en 2020). Mais Donald Trump caracole au sommet des sondages. Rien ne semble pouvoir arrêter l’ancien président dans la course à l’investiture du parti républicain. Ni les dérapages, ni les affaires judiciaires n’impactent une courbe de sondages qui affichent une santé insolente. Selon une enquête publiée lundi par le New York Times, il est crédite dé 57% des voix contre 17% à son principal challenger, Ron DeSantis, tous les autres candidats (y compris l’ancien vice-président Mike Pence) plafonnant à 3%. C’est le plus large écart enregistré entre le favori et ses concurrents, signe que le GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain) est très largement trumpisé. Mais pas totalement.

Le quotidien new-yorkais découpe la famille des électeurs potentiels aux primaires républicaines, dont le premier vote aura lieu en février 2024, en trois sous-groupes. Les MAGA (Make America Great Again, le slogan de Donald Trump en 2016 après avoir été celui de Ronald Reagan en 1980) représentent 37%. C’est la base trumpiste, la forteresse, qu’aucun candidat ne pourra attaquer. Elle est vieillissante, blanche, peu diplômée mais avec des revenus moyens ou moyens-supérieurs, convaincus que le pays est en train de perdre son âme et que Trump va corriger tout cela. D’une certaine façon, 37% représente donc le plancher de Donald Trump. « La base MAGA ne le soutient pas en dépit de ses défauts. Elle le soutient car elle ne semble pas penser qu’il a des défauts », note le New York Times. Ainsi la même insulte (« fils de pute ») lancée la semaine dernière au président démocrate en exercice et au gouverneur de Floride reflèterait sa propension à dire ce qu’il pense. Et les mises en examen qui se cumulent constitueraient plutôt la preuve d’un harcèlement judiciaire des démocrates et donc du fait que leur champion se trouve dans le vrai. Le deuxième segment de l’électorat républicain, également 37%, est composé d’électeurs qu’il faut encore persuader. Ils sont conservateurs, n’apprécient pas particulièrement Donald Trump mais ne refusent pas le principe d’un vote en sa faveur. En l’état actuel du rapport des forces, la moitié se prononce d’ailleurs pour lui. Contrairement à l’ultime frange (environ 25%), moins âgée, plus éduquée, plus « modérée » politiquement, qui représentent le bloc « Never Trump » (« Jamais Trump »), et qui sera donc acquise à l’opposant au milliardaire.

La force de Trump réside aussi dans la faiblesse de l’alternative. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a tenté de jouer la carte du « trumpisme sans Trump. » Il a même repoussé les frontières du « trumpisme », en développant une véritable croisade anti-woke (thème que Trump aborde certes mais sans en faire une obsession), au point de vouloir apprendre aux jeunes écoliers de son Etat que l’esclavagisme a eu ses « bienfaits ». Cette stratégie l’a finalement renvoyé à deux impasses : pour les plus modérés qui demeurent encore au sein du parti républicain, il est trop trumpiste ; et pour la base MAGA, il n’est pas… Donald Trump. L’argument massue du gouverneur de Floride – « Je suis plus à même de remporter l’élection présidentielle que Trump, battu en 2020 » – se révèle poids plume. Et quand bien même un duel se profilerait, Trump maintiendrait une avance plus que confortable: 62% à 31%… Les flux d’argent indiquent assez clairement que le pari DeSantis est perdu : de très nombreux puissants donateurs conservateurs ont retiré leurs billes financières de sa campagne. Certains, préférant l’original à la copie, se sont tournés vers Trump, d’autres étant toujours à la recherche d’un plan B, un candidat sachant marquer sa différence de personnalité avec Trump mais le plus proche possible du centre de gravité du GOP qui a considérablement glissé vers la droite. Une sorte de trèfle à quatre feuilles. Les probabilités que Donald Trump soit le candidat républicain à l’élection présidentielle du 5 novembre 2024 sont au plus haut. Sans doute une bonne nouvelle pour Joe Biden. Une enquête publiée hier par le même New York Times montre que la proportion d’électeurs démocrates souhaitait que l’hôte de la Maison Blanche se représente est passé de 26% en juillet 2022 à 45%. Comme si les mécanismes de 2020 se remettaient en place : face au danger Trump, Biden devient l’agent du barrage y compris pour des électeurs de gauche insatisfaits de son bilan.

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