La guerre des droits de douane est déclarée

Quatre-vingt-dix pays, dont ceux de l’Union européenne, sont visés par les surtaxes à l’exportation. Les négociations se poursuivent avec la Chine, poids lourd qui conteste l’hégémonie états-unienne. (Article publié dans l’Humanité du 8 août 2025.)

Ceux qui déclenchent des guerres communiquent rarement le jour et l’heure du début de leur forfait. Pas Donald Trump qui avait annoncé la couleur : jeudi 7 août 2025 à minuit et une minute, à Washington D. C., il a déclenché un conflit commercial d’une ampleur inédite.

Plus de 90 pays se voient infliger des taxes à l’exportation, renchérissant ainsi le coût des produits qu’ils envoient sur le marché intérieur américain.

En lançant son offensive, le 2 avril, dans la roseraie de la Maison-Blanche, Donald Trump promettait de conclure « 90 accords en 90 jours ». Il n’en a finalement décroché qu’une poignée. Ce sont donc des sanctions plus que des « deals » qui sont entrées en œuvre.

La différence n’est pourtant que sémantique, puisque les accords conclus se sont systématiquement faits au détriment des autres pays. Donald Trump joue du poids de l’économie américaine (25 % du PIB mondial) pour imposer ses conditions : zéro taxe sur les produits américains exportés, de 10 à 50 %, selon les pays, pour les biens importés par les États-Unis.

Cette salve de hausse va établir le taux moyen des droits de douane à 18 %, soit le plus haut niveau depuis 1934, selon l’université de Yale. Pour Donald Trump, l’outil des « tarifs » a plusieurs fonctions. Il permet de redéfinir les règles du commerce mondial afin de les plier aux seuls intérêts des États-Unis. Le président de l’« America First » fragilise les partenaires économiques en les isolant.

Que pèsent le Vietnam ou la Suisse face au mastodonte économique américain ? Nous assistons à la fin du cycle de « libéralisation » ouvert après la fin de la guerre froide, mais pas forcément à celui du libre-échange. Donald Trump n’est pas opposé au principe : il est juste un libre-échangiste unilatéraliste qui renforce les barrières douanières pour les produits non américains mais les élimine pour les biens et services « made in USA ».

Le droit de douane est également transformé en arme politique. Le taux – actuellement plafond – de 50 % est appliqué en représailles au Brésil et à l’Inde. Le premier est visé pour l’enquête de la justice sur l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro comme pour le positionnement diplomatique global de Lula.

La seconde, pourtant dirigée par Narendra Modi, un nationaliste qui partage la vision du monde de Donald Trump, est prise pour cible car elle achète du pétrole à la Russie.

Il constitue enfin un moyen de contraindre à la relocalisation de productions. Le pari : les entreprises non américaines auront intérêt à produire sur le sol des États-Unis afin d’échapper à cette surtaxe. Les décisions de quelques groupes (du constructeur automobile coréen Hyundai à la multinationale états-unienne Apple) laissent augurer quelques succès en la matière. Suffisamment pour inverser une tendance à la désindustrialisation amorcée dès les années 1960 ?

À plus court terme, les effets risquent d’être néfastes pour les salariés américains. Comme le souligne le New York Times : « En conséquence, les prix ont commencé à grimper. Le dernier indice mensuel de l’inflation a montré que les appareils électroménagers, les vêtements et l’ameublement ont renchéri en juin. L’économie a connu une croissance, mais à un rythme anémique, et certains analystes prévoient peu d’amélioration pour le reste de l’année. Le marché du travail a connu ses propres tensions, avec un ralentissement marqué des embauches en juillet. »

Dans ce bras de fer engagé à l’échelle de la planète, le locataire de la Maison-Blanche a trouvé en Xi Jinping un compétiteur robuste. Lorsque le premier a annoncé, lors du fameux « jour de la libération », le 2 avril, une surtaxe de 145 % sur les produits chinois, le second a riposté avec 125 %.

La tension est depuis redescendue et avec elle les taux : ils s’établissent désormais à 30 %. Une trêve a momentanément été conclue entre les deux principales puissances économiques mondiales.

Elle expire le 12 août et les deux pays semblent d’accord pour la prolonger. Donald Trump ne peut se comporter avec la Chine comme avec n’importe quel autre pays : elle est le premier exportateur vers les États-Unis (20 % du volume global, soit 486 milliards de dollars, contre 13 % pour l’Union européenne) et dispose d’une unité politique qui fait défaut au Vieux Continent.

Dès avril, le pouvoir chinois a montré à l’autoproclamé roi du deal qu’elle disposait de cartes maîtresses dans son jeu, en annonçant des restrictions d’exportations sur sept métaux essentiels aux secteurs automobile et électronique. Cette guerre commerciale ne sera vraiment mondiale que si les deux géants économiques de la planète se livrent une confrontation directe.

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