A New York, Zohran Mamdani vole vers la mairie

Lors d’un meeting en compagnie de Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, le candidat socialiste, largement en tête des sondages, a évoqué le sens de sa très probable victoire.  (Article publié dans l’Humanité du 28 octobre 2025.)

New York (États-Unis), envoyé spécial.

Jeu, set et bientôt match. C’est dans le stade de Forest Hills, l’enceinte qui accueille l’US Open de tennis, que Zohran Mamdani a organisé dimanche 26 octobre le dernier grand meeting de sa campagne, accompagné d’Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) et de Bernie Sanders.

Plus de 10 000 personnes ont bravé le début de soirée frisquet pour venir écouter le trio le plus médiatique de la gauche états-unienne, dans une ambiance d’enthousiasme et de quasi-célébration. « Oubliez les sondages et ne sous-estimez pas les adversaires », a prévenu le sénateur du Vermont, natif de Brooklyn.

La partie semble pourtant jouée. « La question est de connaître l’ampleur du score », nous glissait, inspiré par le lieu, un responsable des DSA (Democratic Socialists of America), l’organisation socialiste à laquelle appartiennent Zohran Mamdani et AOC.

De 1 % à la victoire ?

Les derniers sondages montrent une avance de 11 à 18 points pour le candidat socialiste, qui vient de fêter ses 34 ans. Pour filer la métaphore sportive, on peut ajouter que Zohran Mamdani et Andrew Cuomo ayant adopté la même tactique que lors de la primaire démocrate en juin, le même résultat semble logique.

Le candidat socialiste, crédité de 1 % il y a six mois, a continué une campagne de contenu (gratuité des bus, gel des loyers et système de garde d’enfants public), gardant son ton enjoué et sa communication créative.

Le thème générique d’une « ville abordable » lui avait permis de percer en quelques mois et d’arriver en tête de la primaire démocrate, avec un nombre record de voix, devant le favori de l’establishment, Andrew Cuomo, ancien gouverneur de l’État contraint à la démission en 2021 suite à des accusations de harcèlement sexuel.

Se présentant désormais sous l’étiquette « indépendant », ce dernier a reproduit la grammaire d’une campagne négative, ciblant la jeunesse et l’inexpérience de son opposant et surtout l’accusant d’antisémitisme pour ses positions sur la Palestine.

Ces derniers jours, sa campagne a pris un virage ouvertement islamophobe et raciste. Son équipe a publié une vidéo créée par IA où Zohran Mamdani est présenté comme le champion des dealers de drogue, des maquereaux, des chauffards ivres et d’un criminel noir portant un keffieh.

Devant le tollé, la vidéo a rapidement été retirée des réseaux sociaux, mais la tonalité demeure : l’ancien secrétaire au logement de Bill Clinton a effectué un virage à droite afin de tenter de séduire les électeurs républicains, qui se portent pour l’instant sur le candidat trumpiste Curtis Sliwa. Une stratégie qui semble vouée à l’échec.

« On bat des records de participation », se réjouit Steve, qui a passé son après-midi près d’un bureau de vote à Fort Greene, dans l’arrondissement de Brooklyn, puis s’est dépêché pour rejoindre la banlieue résidentielle du Queens, où se trouve le stade de tennis.

Depuis samedi, les électeurs new-yorkais peuvent en effet déposer leurs bulletins même si le mardi 4 novembre sera le jour J. 165 000 d’entre eux l’ont fait durant le week-end, contre 31 000 lors de la précédente élection municipale en 2021 et 66 000 lors de la primaire de juin.

Un indice positif pour la campagne de Zohran Mamdani, qui a renversé l’establishment en juin grâce à une participation record et à un élargissement sans précédent de l’électorat traditionnel démocrate, avec de nombreux primo-votants (jeunes et abstentionnistes) et même certains électeurs de Donald Trump à la présidentielle.

« L’union des classes populaires de toutes les origines est le pire cauchemar de Donald Trump », a lancé Bernie Sanders, tandis qu’Alexandria Ocasio-Cortez soulignait que « New York n’est pas une exception en Amérique mais plutôt la règle ».

Signe que le vent souffle dans les voiles du candidat socialiste : Kathy Hochul, la gouverneure démocrate « modérée » de l’État, qui a tardé à lui apporter son soutien après la primaire victorieuse, a participé au meeting. « Taxez les riches », a scandé la foule à plusieurs reprises à celle qui a fait savoir son opposition à l’impôt sur les millionnaires proposé par Zohran Mamdani. Ce dernier s’est quasiment projeté après l’élection du 4 novembre : « Nous ne devrions plus considérer notre processus politique comme un choix entre le moindre des deux maux. Nous pouvons exiger mieux. Et ce faisant, nous pouvons faire de la mairie un lieu où les New-Yorkais attendent du changement, et non des échecs. »

Bernie Sanders avait aussi l’esprit au 5 novembre lorsqu’il a lancé à la foule : « Quand Zohran sera élu maire, votre boulot ne sera pas terminé. Il aura besoin de vous tous les jours. »

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