La situation créée par le meurtre d’Alex Pretti après celui de Renee Good était devenue ingérable pour l’hôte de la Maison Blanche. Il a décidé d’un léger repli tactique en attendant le prochain assaut. (Article publié dans l’Humanité du 28 janvier 2026.)
À la Maison Blanche, le compteur qui mesure la radioactivité politique s’est manifestement affolé. La combinaison du meurtre d’Alex Pretti après celui de Renee Good, des mensonges éhontés des responsables fédéraux (de Greg Bovino, le commandant en chef de l’opération Metro Surge à la ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem), de la publication de nombreuses vidéos qui les exposaient, du maintien de la forte mobilisation des habitants de Minneapolis, des sondages en chute libre, d’un début de grogne chez les élus républicains et de la perspective d’un nouveau « shutdown » (fermeture des services de l’État) par refus des sénateurs démocrates de voter une rallonge budgétaire à la police de l’immigration (ICE) a déplacé les aiguilles de la dangerosité dans la zone rouge pour Donald Trump.
Cela faisait beaucoup trop pour poursuivre sur la même trajectoire. Les derniers éléments dévoilés sur cette affaire n’arrangent pas son cas. Un rapport préliminaire émis par le bureau de surveillance interne des douanes (DHS), envoyé mardi 27 janvier aux membres du Congrès, confirme qu’Alex Pretti a été abattu par deux agents de l’ICE. Si l’enquête – une chronologie détaillée des événements – confirme que le civil a résisté à son arrestation, elle met un terme au récit en vigueur au sein de l’administration trumpienne : aucun élément ne confirme qu’Alex Pretti ait brandi une arme.
Avant même la publication de ce rapport, le président des États-Unis avait déjà décidé de temporiser et de ne pas suivre la ligne de défense suicidaire de l’axe Bovino/Noem. Celui-ci avait fait porter la responsabilité de sa propre mort à Alex Pretti, le présentant comme un « terroriste de l’intérieur » qui s’était rué « arme à la main » sur les agents fédéraux pour « faire le plus de dommage possible » et un « massacre ». Interrogé sur CNN, Greg Bovino osait même affirmer que les agents fédéraux étaient les « victimes » de ce drame.
Selon la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, Donald Trump « ne veut pas voir de gens blessés ou tués dans les rues » et a qualifié la mort de cet infirmier de 37 ans de « tragédie », néanmoins considérée comme étant le « résultat de la résistance délibérée et hostile » des responsables démocrates locaux. Le président nationaliste, qui a déclenché la fureur en lançant les forces fédérales à l’assaut de Minneapolis, a dit avoir eu une « très bonne » conversation téléphonique avec le maire de la ville Jacob Frey ainsi qu’un échange avec le gouverneur Tim Walz, ancien colistier de Kamala Harris.
Stephen Miller, très influent et très radical conseiller de Donald Trump, a de son côté viré de version au vu des déclarations de son supérieur. Après avoir d’abord traité Alex Pretti d’« assassin en puissance », le conseiller à la sécurité intérieur a finalement déclaré, mardi, que sa mort pouvait résulter d’un manquement au protocole. « Nous examinons pourquoi l’équipe de la police de protection des frontières (CBP) pourrait ne pas avoir suivi le protocole », a-t-il affirmé dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP).
Donald Trump a également décidé de confier la direction des opérations fédérales à Minneapolis à Tom Homan. Le « tsar des frontières » et responsable de « la plus grande opération d’expulsions de l’Histoire » rendra « directement compte » à Donald Trump lui-même. Greg Bovino qui était devenu le visage brutal et fascistoïde de la mise sous siège de Minneapolis est donc « exfiltré ». Il a quitté la ville. A-t-il été démis de ses fonctions, comme l’affirme le magazine The Atlantic ? L’administration Trump dément.
Ces changements de ton et de personnes conduiront-ils pour autant à une modification de la stratégie ? Selon le maire Jacob Frey, des agents déployés devaient commencer à quitter les lieux dès mardi. « Je continuerai à lutter pour que le reste (des agents) impliqués dans cette opération s’en aille » aussi, a-t-il écrit dans un message sur X. Quelle proportion des 3 000 agents déployés va-t-elle partir ? Une poignée accompagnant Greg Bovino ou une frange plus substantielle ? En tout cas, rien dans la communication de la maison Blanche n’indique une volonté de retrait immédiat de ce qui est vécu par la majorité des habitants de Minneapolis comme une armée d’occupation ni de modifier substantiellement son approche sur la question migratoire.
Donald Trump exige toujours que les autorités locales coopèrent avec les agences fédérales chargées de l’immigration. Cela équivaudrait pour les élus démocrates à renoncer au statut de « ville sanctuaire », adopté en 2003. L’ordonnance votée cette année-là par le conseil municipal stipule que les employés de la ville (y compris la police) ont l’interdiction de demander à une personne son statut migratoire, sauf si cela est directement pertinent pour une enquête criminelle ou requis par la loi. L’objectif est de garantir que tous les résidents, quel que soit leur statut, puissent appeler les secours, signaler un crime ou inscrire leurs enfants à l’école sans craindre d’être expulsés. Le mouvement « sanctuaire » aux États-Unis compte douze États, plus de 180 villes et 400 comtés. De Los Angeles à Chicago, en passant par Portland et Minneapolis, les raids massifs de l’ICE et l’envoi de la garde nationale visent à briser les reins de cette résistance, qui impliquent également les citoyens.
Malgré d’énormes moyens déployés et des coups portés, la Maison Blanche ne peut que constater son échec opérationnel qu’accompagne une impopularité record sur une thématique pourtant chère au monde MAGA (« Make America Great Again » ). Pour Donald Trump, c’est l’heure d’un relatif repli tactique. En attendant le prochain assaut.