Pete Hegseth, la rechute d’un ancien « néocon »

Un temps converti à l’isolationnisme, l’ancien marine est devenu un « secrétaire à la guerre » docile. Nationaliste chrétien jusqu’au bout de sa pochette de costume, il imprime un style « macho » à la fonction. (Article publié dans l’Humanité du 23 mars 2026.)

Pete Hegseth a fait une rechute. Et elle pourrait bien lui être fatale. Le 7 novembre 2024, soit deux jours après l’élection de Donald Trump pour un second mandat, il se livrait sur l’addiction dont il s’était libéré. « Je suis un néoconservateur repenti depuis six ans », expliquait l’actuel secrétaire à la guerre de Donald Trump, détaillant la « bêtise » qui fut la sienne de soutenir ces interventions militaires à l’étranger et d’accompagner « l’hubris du Pentagone ».

C’est pourtant le même Pete Hegseth qui défend, lors de conférences de presse conjointes avec Dan Cain, le chef d’état-major des armées, l’aventure militaire déclenchée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Il le ferait presque avec le zèle du converti, chargeant son propos d’une dose presque létale de testostérone. Exemple : « Ce combat n’a jamais été censé être équitable, et il ne l’est toujours pas. Nous les achevons alors qu’ils sont à terre, et c’est exactement ce qu’il faut. » Chacune de ses phrases, empruntées au sentencieux plus qu’au réflexif, est balancée comme un Tomahawk en pleine face de l’ennemi. Mâchoire carrée, regard d’acier, costume cintré avec une pochette aux couleurs du drapeau US, gestuelle définitive : le style, c’est l’homme.

Chez Pete Hegseth, cela vire presque au sketch. Dans l’émission culte, Saturday Night Live, l’acteur Colin Jost s’en donne à cœur joie, jouant un « clown sous stéroïdes ». La fiction ne rattrape pourtant pas la réalité. Pete Hegseth incarne sa propre caricature. Marie-Cécile Naves, directrice de recherches à l’Iris, décrypte pour l’Humanité : « Hegseth, c’est la masculinité hégémonique saturée de forme et paroxystique de cette présidence : son passé de violences sexuelles, la musculation devant les caméras et sa phobie des « gros » (gros = absence de muscles dans son esprit, donc absence de force et de virilité), l’insulte à l’égard de l’Europe, des médias, de toute forme de critique, le retournement de la vérité, le fait de se défausser sur les autres, l’obsession anti-LGBT et bien sûr son opposition à ce que les femmes combattent ».

Soldat modèle en Irak et en Afghanistan

Pete Hegseth a d’abord été un soldat modèle – au regard des standards bushistes. Durant l’été 2005, alors âgé de 25 ans, il quitte son job à Wall Street, où l’avait emmené son diplôme de Princeton, pour s’engager dans l’armée et partir en Irak. À son retour, toujours shooté au « choc des civilisations », il milite pour l’envoi de troupes supplémentaires. En 2010, il est déployé en Afghanistan.

Mais il est déjà autant militant que militaire. À moins de 30 ans, il a rejoint les rangs du parti républicain, tente sa chance lors de primaires et critique Barack Obama pour sa volonté de retirer les troupes américaines d’Irak. Roger Ailes, le patron de Fox News, la chaîne ultraconservatrice créée par Rupert Murdoch dans les années 1990, repère ce profil très télévisuel – look de gendre idéal, verbe tranchant comme un poignard des forces spéciales – et l’embauche en 2014. C’est en regardant son petit écran que Donald Trump le repère. Dans un premier temps, le jeune commandant de réserve ne prend pas au sérieux le magnat de l’immobilier et star de la télé-réalité. Mais ils se retrouvent dans une « cause » commune : la grâce de trois militaires accusés ou condamnés pour crimes de guerre en Irak et en Afghanistan. Donald Trump envisage même en 2016 d’en faire son secrétaire aux anciens combattants : une levée de boucliers des associations l’en empêche. En 2025, plus rien ne peut s’opposer à un président élu pour un second mandat et préparé, cette fois, à l’exercice du pouvoir : il place le nouvel adepte de l’« America First » à la tête de l’armée la plus puissante du monde (1 000 milliards de dollars de budget, 2 millions de personnes, 810 bases dans le monde).

Machiste et masculiniste et nationaliste chrétien : le nouveau patron du Pentagone accompagne la nouvelle phase de la radicalisation du parti républicain qu’incarne le trumpisme. Le grand public, lui, découvre le personnage, son allure, mais surtout son CV politique.

Fan des croisades et islamophobe

Pete Hegseth est un « croisé » dans l’âme. Sur sa poitrine, il porte en tatouage une croix de Jérusalem, un symbole utilisé pendant les Croisades, une « forme extrême de nationalisme chrétien », selon Matthew Taylor, chercheur à l’Institut d’études islamiques, chrétiennes et juives à Baltimore. Sur son bras : la locution latine « Deus vult », cri de ralliement de la première croisade en 1095. L’ennemi, c’est l’Islam. Dans son livre paru en 2020 « American Crusade » (Croisade américaine), il appelle à une guerre sainte contre les Musulmans. Sans surprise, il soutient la colonisation de la Cisjordanie, qu’il ne nomme que par son nom biblique (Judée et Samarie), comme les sionistes religieux. « Il n’y a aucune raison pour que le miracle de la reconstruction du Temple sur le mont du Temple ne soit pas possible », déclare-t-il à Jérusalem, en 2018, un appel direct à la destruction de la mosquée Al-Aqsa.

Sa « croisade » moderne est exclusivement une histoire d’hommes. Pete Hegseth ne veut pas de femmes dans l’armée. Il n’en veut même pas dans les isoloirs. En août 2025, il partage une vidéo dans laquelle plusieurs personnes, parmi lesquels des pasteurs ultraconservateurs appellent à revenir sur le dix-neuvième amendement de la Constitution des États-Unis, adopté en 1920, qui accorde le droit de votes aux femmes. Pour Marie-Cécile Naves, son look très « années 1950 », quasiment comme dans la série « Mad Men », est « à dessein ».

Un message vestimentaro-nostalgique renvoyant à un temps supposément béni pour les hommes blancs, où l’Amérique, auréolée de sa victoire lors de la seconde guerre mondiale, n’avait pas encore connu le traumatisme des guerres perdues (du Vietnam à l’Afghanistan). La liste pourrait s’allonger avec l’Iran. « Nous ne sommes plus en 2003. Il ne s’agit pas d’une reconstruction nationale sans fin », a tenté de se convaincre Pete Hegseth, dont le nom est aujourd’hui indéfectiblement associé à un fiasco en puissance. Plus dure sera la rechute.

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