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Les planètes s’alignent pour Joe Biden

Les déboires de Donald Trump et les revers des républicains alliés aux effets économiques de la grande loi sociale et climatique placent le président en exercice en bonne position pour sa réélection en 2024. (Article publié dans l’Humanité du 10 août 2023.)

Les malheurs de Donald Trump font le bonheur de Joe Biden. L’hôte de la Maison Blanche observe les nuages qui s’accumulent dans le ciel des républicains, dégageant ainsi son propre horizon en vue d’une réélection, le 5 novembre 2024. Alors qu’il se trouvait en visite dans le sud-ouest du pays afin de faire le service après-vente de la grande loi sociale et climatique votée en août 2022, il a pu feuilleter avec délectation les dépêches d’agence. Ces dernières relatent notamment que le GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain) s’est encore pris les pieds dans le tapis électoral. Dans l’Ohio, où Donald Trump l’a pourtant emporté en 2016 et 2020, une proposition des républicains soumise à référendum a mordu la poussière. Il s’agissait de relever le seuil d’adoption d’un amendement constitutionnel de la majorité simple à 50% à une majorité qualifiée à 60%. 57% des électeurs du septième Etat le plus peuplé du pays (11,5 millions d’habitants) ont rejeté cette « réforme » dont le but était évident : rendre plus difficile l’adoption d’un amendement qui inscrirait le droit à l’avortement dans la Constitution de l’Etat, objet d’un référendum en novembre prochain et dont l’issue semble favorable au camp « pro-choice ». Depuis que la cour suprême a, en juin 2021, supprimé la protection constitutionnelle à ce droit, ce dernier mène la bataille, Etat par Etat. En août 2021, le Kansas, un Etat conservateur, répondait « oui », premier revers pour les républicains. En novembre dernier, les électeurs de la Californie, du Michigan et du Vermont ont également érigé cette muraille.

«Aujourd’hui, les électeurs de l’Ohio ont rejeté une tentative des législateurs républicains et des intérêts particuliers», s’est félicité Joe Biden dans un communiqué. Il s’est, en revanche, gardé de tout commentaire à la lecture de l’édition du New York Times et d’un long papier sur un mémo secret enfin rendu public : le document posait les fondations, bien avant le 6 janvier 2021, de la stratégie de Donald Trump de contester la certification des résultats et de tenter de les inverser. Cela complique encore plus la situation de l’ancien président dans le troisième dossier qui lui vaut une mise en examen. Une série en cours pour le milliardaire : selon les informations du quotidien new-yorkais, une quatrième risque de s’y ajouter dès la semaine prochaine. Il s’agit cette fois des intimidations et pressions auxquelles s’est livré Donald Trump en Géorgie, peu après l’élection afin de renverser le résultat qui lui était défavorable, Joe Biden l’ayant remporté avec un peu moins de 12.000 voix d’avance.

L’étau se resserre donc chaque jour sur le grand favori des primaires républicaines qui n’a désormais plus qu’un objectif : repousser le plus possible la tenue des procès afin d’éviter une condamnation avant l’élection présidentielle. Dans l’éventualité où il serait condamné à une peine de prison, Donald Trump pourrait quand même être candidat. Un « scénario » auquel ne veulent pas rêver les stratèges démocrates tellement il semble trop beau pour un président peinant autant à masquer son âge (80 ans) qu’à valoriser son bilan. Pour remédier à cette faiblesse, Joe Biden est parti cette semaine en tournée de promotion, en forme de pré-campagne électorale, de sa grande loi climatique et sociale (Inflation Reduction Act, IRA), un an après son adoption. Même si les 370 milliards de dollars qui seront engagés sur dix ans se trouvent bien en deçà des promesses de campagne du candidat Biden, ils n’en constituent pas moins le plus important investissement du pays en matière de transition énergétique. Les créations d’usines se multiplient sur le sol américain, notamment dans la fabrication de batteries pour voitures électriques ou les panneaux solaires. Joe Biden veut donc capitaliser politiquement sur cette loi qui dénote dans un bilan plutôt atone et ainsi donner des gages verts à la partie la plus jeune de son électorat, la plus sensible à la lutte contre le changement climatique. C’est avec la même boussole électorale qu’il a annoncé, en Arizona, la création d’une zone protégée autour du Grand Canyon, destinée à freiner l’extraction d’uranium. Le territoire portera le nom de Baaj Nwaavjo I’tah Kukveni. Baaj Nwaajo, dans la langue des indiens Havasupai, signifie « la terre des tribus », tandis que I’tah Kukveni, en langage hopi, veut dire: « Dans les pas de nos ancêtres ». De manière pas tout à fait accessoire, le vote des amérindiens est crucial dans cet Etat que Joe Biden a remporté avec 10500 voix d’avance…

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Non-coupable et coupable, la double stratégie de Trump

Si l’ancien président a nié en bloc jeudi face au juge les accusations d’entraves au processus électoral, son avocat a reconnu que le président alors encore en exercice avait bien demandé à Mike Pence de suspendre la procédure électorale pendant dix jours. Pas forcément une gaffe. (Article publié dans l’Humanité du 4 août 2023.)

Non-coupable l’après-midi mais coupable le soir. Convoqué le jeudi 3 août devant un tribunal fédéral à Washington, l’ancien président a nié en bloc les charges portées contre lui (avoir orchestré un complot contre les institutions après sa défaite lors de la présidentielle en 2020). Quelques heures, plus tard sur Fox News et Newsmax, deux chaînes conservatrices, son avocat John Lauro affirmait que son client avait demandé au vice-président, Mike Pence, de suspendre la procédure électorale pendant dix jours, ce qui revient très précisément à confirmer la pertinence de l’accusation… Amateurisme ? Ballon d’essai ?

Ces derniers jours, la ligne de défense du milliardaire a semblé chercher son « angle d’attaque ». A d’abord été évoqué le fameux 1er amendement à la Constitution des Etats-Unis qui garantit la liberté d’expression et protégerait donc Trump… de ses propres mensonges et des pressions exercées contre des fonctionnaires électoraux. Puis est venu l’argument de la « bonne foi », en quelque sorte : Donald Trump croyait vraiment qu’il avait gagné l’élection. Seul hic : dans le volumineux dossier du procureur  Jack Smith, figure une note où Trump reconnaît sa défaite. Sans parler des témoins – parmi lesquels l’ancien ministre de la Justice, William Barr – qui déclarent que le président alors sortant avit bien été sorti. La dernière tentative de l’avocat ressemble à une dernière carte abattue. Sur Twitter, le journaliste William Reymond décrypte : « L’idée est de dire que Trump a simplement interprété la loi électorale. Et que ce n’est pas de sa faute si les textes de loi ne sont pas suffisamment claires ? La défense est risquée car, au-delà de son côté alambiqué, il faudra justifier pourquoi Trump a fait cette interprétation alors que dans les semaines précédentes, 63 différentes décisions de justice ont affirmé qu’il n’y avait pas de fraude électorale. Donc AUCUNE nécessité à suspendre le processus électoral. En jouant cette carte – la seule à sa disposition ? – Trump espère que la décision finale soit prise par la Cour Suprême à majorité conservatrice. Là où il a nommé 3 juges. En réalité, la jurisprudence sur la loi électorale est relativement claire et je ne vois pas la Cour Suprême accéder à la demande de Trump. »

Quant à la stratégie politique, elle n’a pas changé. A peine sorti du tribunal pour aller à l’aéroport Ronald Reagan prendre un avion qui le ramenait en Floride, le favori de la primaire républicaine a crié à la « la persécution d’un opposant politique ». Cette victimisation fonctionne auprès de la base « MAGA (Make America Great Again, le slogan de Trump en 2016) galvanisée et fanatisée : lundi, un sondage réalisé par le New York Times indiquait que Trump recueillerait 54% des suffrages des électeurs républicains qui se mobiliseront pour la primaire, offrant à l’ancien locataire de la Maison Blanche la perspective d’une nomination aisée et celle d’une campagne rythmée par les procès.

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Donald Trump écrase la concurrence 

Ni les insultes lancées à ses opposants ni les affaires judiciaires ne semblent pouvoir empêcher l’ancien président de voler vers l’investiture républicaine. Un sondage du New York Times lui accorde 54 % des suffrages. Une bonne nouvelle pour Joe Biden, qui pourra se targuer d’être le barrage au danger Trump. (Article publié dans l’Humanité du 2 août 2023.)

Ron DeSantis est donc un « fils de pute » et Joe Biden également. Mais l’auteur de ces insultes, Donald Trump, fait toujours la course en tête. Deux mises en examen (affaire Stormy Daniels et détention de documents classés secret-défense) et bientôt trois (tentative de fraude en Géorgie pendant l’élection présidentielle en 2020). Mais Donald Trump caracole au sommet des sondages. Rien ne semble pouvoir arrêter l’ancien président dans la course à l’investiture du parti républicain. Ni les dérapages, ni les affaires judiciaires n’impactent une courbe de sondages qui affichent une santé insolente. Selon une enquête publiée lundi par le New York Times, il est crédite dé 57% des voix contre 17% à son principal challenger, Ron DeSantis, tous les autres candidats (y compris l’ancien vice-président Mike Pence) plafonnant à 3%. C’est le plus large écart enregistré entre le favori et ses concurrents, signe que le GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain) est très largement trumpisé. Mais pas totalement.

Le quotidien new-yorkais découpe la famille des électeurs potentiels aux primaires républicaines, dont le premier vote aura lieu en février 2024, en trois sous-groupes. Les MAGA (Make America Great Again, le slogan de Donald Trump en 2016 après avoir été celui de Ronald Reagan en 1980) représentent 37%. C’est la base trumpiste, la forteresse, qu’aucun candidat ne pourra attaquer. Elle est vieillissante, blanche, peu diplômée mais avec des revenus moyens ou moyens-supérieurs, convaincus que le pays est en train de perdre son âme et que Trump va corriger tout cela. D’une certaine façon, 37% représente donc le plancher de Donald Trump. « La base MAGA ne le soutient pas en dépit de ses défauts. Elle le soutient car elle ne semble pas penser qu’il a des défauts », note le New York Times. Ainsi la même insulte (« fils de pute ») lancée la semaine dernière au président démocrate en exercice et au gouverneur de Floride reflèterait sa propension à dire ce qu’il pense. Et les mises en examen qui se cumulent constitueraient plutôt la preuve d’un harcèlement judiciaire des démocrates et donc du fait que leur champion se trouve dans le vrai. Le deuxième segment de l’électorat républicain, également 37%, est composé d’électeurs qu’il faut encore persuader. Ils sont conservateurs, n’apprécient pas particulièrement Donald Trump mais ne refusent pas le principe d’un vote en sa faveur. En l’état actuel du rapport des forces, la moitié se prononce d’ailleurs pour lui. Contrairement à l’ultime frange (environ 25%), moins âgée, plus éduquée, plus « modérée » politiquement, qui représentent le bloc « Never Trump » (« Jamais Trump »), et qui sera donc acquise à l’opposant au milliardaire.

La force de Trump réside aussi dans la faiblesse de l’alternative. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a tenté de jouer la carte du « trumpisme sans Trump. » Il a même repoussé les frontières du « trumpisme », en développant une véritable croisade anti-woke (thème que Trump aborde certes mais sans en faire une obsession), au point de vouloir apprendre aux jeunes écoliers de son Etat que l’esclavagisme a eu ses « bienfaits ». Cette stratégie l’a finalement renvoyé à deux impasses : pour les plus modérés qui demeurent encore au sein du parti républicain, il est trop trumpiste ; et pour la base MAGA, il n’est pas… Donald Trump. L’argument massue du gouverneur de Floride – « Je suis plus à même de remporter l’élection présidentielle que Trump, battu en 2020 » – se révèle poids plume. Et quand bien même un duel se profilerait, Trump maintiendrait une avance plus que confortable: 62% à 31%… Les flux d’argent indiquent assez clairement que le pari DeSantis est perdu : de très nombreux puissants donateurs conservateurs ont retiré leurs billes financières de sa campagne. Certains, préférant l’original à la copie, se sont tournés vers Trump, d’autres étant toujours à la recherche d’un plan B, un candidat sachant marquer sa différence de personnalité avec Trump mais le plus proche possible du centre de gravité du GOP qui a considérablement glissé vers la droite. Une sorte de trèfle à quatre feuilles. Les probabilités que Donald Trump soit le candidat républicain à l’élection présidentielle du 5 novembre 2024 sont au plus haut. Sans doute une bonne nouvelle pour Joe Biden. Une enquête publiée hier par le même New York Times montre que la proportion d’électeurs démocrates souhaitait que l’hôte de la Maison Blanche se représente est passé de 26% en juillet 2022 à 45%. Comme si les mécanismes de 2020 se remettaient en place : face au danger Trump, Biden devient l’agent du barrage y compris pour des électeurs de gauche insatisfaits de son bilan.

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Chez UPS, les Teamsters revendiquent un accord historique

Quelques jours avant le déclenchement d’une grève, la direction de la grande entreprise postale privée a cédé aux demandes du syndicat, avec des hausses de salaires substantielles et l’embauche de 7500 personnes. (Article publié dans l’Humanité du 27 juillet 2023.)

« Historique ». Le syndicat Teamsters a revendiqué mardi soir avoir conclu le « meilleur projet d’accord » avec la direction d’UPS, la grande entreprise postale privée. Cette annonce intervient quelques jours avant la date-butoir du 31 juillet, qu’avait fixé l’organisation syndicale avant de déclencher un mouvement de grève pour lequel la quasi-totalité des 340.000 syndiqués s’étaient prononcé. Dans un communiqué rendu public sur son site, les Teamsters (1,3 millions de membres) égrènent les principales revendications satisfaites : augmentation du salaire horaire de 2,75 dollars en 2023 et de 7,50 au terme des cinq années du nouveau contrat, qui fera des chauffeurs à temps plein « les mieux payés du pays » ; salaire minimum horaire de 21 dollars (13 actuellement) pour les salariés à temps partiel et augmentation totale de 48% d’ici 2028 ; amélioration des conditions de sécurité et sanitaires dans  les camions ; le jour dédié à Martin Luther King (le 15 janvier) sera férié (une majorité des salariés d’UPS sont africains-américains) et enfin création de 7500 emplois à temps plein tandis que la direction d’UPS s’engage à ce que les 22500 postes ouverts soient pourvus. Les contrats – généralement d’une durée de 5 ans – fonctionnent comme des conventions collectives. Elles font donc l’objet de renégociations régulières et sont soumises au vote des syndiqués, ce qui sera le cas chez les Teamsters, entre le 3 et 22 août.

En 2018, la base avait rejeté à 55% le projet de contrat qui instituait notamment un statut moins favorable pour les nouveaux embauchés, mais le président du syndicat, James Hoffa (fils du légendaire Jimmy Hoffa, syndicaliste proche de la mafia et disparu en 1975) avait quand même apposé sa signature en bas du document, déclenchant la colère des membres. En 2021, une majorité d’entre eux élisait une nouvelle direction qui s’engageait à revenir sur les concessions effectuées. Mission partiellement accomplie. « L’accord met plus d’argent dans les poches de nos membres et établit une gamme complète de nouvelles protections », s’est félicité Fred Zuckerman, le secrétaire général des Teamsters. Fait exceptionnel, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a commenté une « annonce (qui) nous rapproche d’un meilleur accord pour les travailleurs. » Pour Bernie Sanders, il s’agit « d’une victoire majeure pour la classe ouvrière américaine. » La négociation productive chez UPS intervient  alors que la grève à Hollywood se poursuit (lire page 2), avec des scénaristes et acteurs, portant certes des revendications différentes mais toujours au coude à coude. Elle précède l’autre moment attendu de l’année syndicale : la renégociation du contrat parmi les trois grands de l’automobile (Ford, General Motors et Stellantis). Le principal syndicat, UAW, dispose d’un nouveau président depuis le début de l’année : Shawn Fain, élu sur une ligne plus combative que le sortant Ray Curry. Dans ce secteur aussi, l’organisation syndicale avait accepté, après le krach de 2008, le principe du « double statut » sur lequel veut revenir l’actuelle direction, soutenue par la base militante.

 

 

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La Cour Suprême, à (ultra) droite toute

La plus haute instance judiciaire du pays a mis fin aux politiques d’affirmative action dans les universités, invalidé le plan de Joe Biden d’annulation de la dette étudiante et autorisé dans la sphère commerciale les discriminations basées sur l’orientation sexuelle. (Article publié dans l’Humanité du 3 juillet 2023.)

Après avoir aboli jeudi 29 juin les politiques d’affirmative action dans les universités, lancées par John Fitzgerald Kennedy en 1961 en plein mouvement des droits civiques, arguant que les « discriminations » basées sur l’origine n’y avaient pas leur place, la cour suprême a estimé vendredi 30 juin que les discriminations basées sur l’orientation sexuelle étaient tout à fait légales dans la sphère commerciale. Dans un tir groupé qui réjouit les conservateurs, la plus haute instance judiciaire du pays a également invalidé l’annulation d’une partie de la monstrueuse dette étudiante, une mesure-phare de Joe Biden.

Fait rarissime, ce dernier a commenté, lors d’une allocution télévisée, ces deux décisions qui confirment le grand virage à droite de l’institution. « Je sais qu’il y a des millions d’Américains qui se sentent déçus, découragés, et même un peu en colère, à cause de l’arrêt pris par la Cour aujourd’hui sur la dette étudiante, et je dois admettre que moi aussi », a-t-il déclaré avant de se dire « très inquiet » du risque accru de discrimination contre les LGBTQ+. « Aux Etats-Unis, personne ne devrait être discriminé en raison de qui il est ou de qui il aime », a-t-il affirmé dans un communiqué.

La Cour suprême a donc encore frappé. Elle a d’abord donné raison à une créatrice de site web qui refuse d’en produire pour les mariages gays. L’Etat du Colorado dans lequel elle vit interdisant depuis 2008 aux commerçants de pratiquer des discriminations liées à l’orientation sexuelle sous peine d’amende pouvant aller jusqu’à 500 dollars, elle a donc fait remonter son cas jusqu’à la cour suprême. Les six juges conservateurs estiment que le premier amendement qui garantit la liberté d’expression « conçoit les Etats-Unis comme une endroit riche et complexe, où les gens sont libres de penser et d’exprimer ce qu’ils veulent, pas ce que le gouvernement leur demande ». « Le Colorado essaie de renier cette promesse », ajoute écrit le magistrat Neil Gorsuch en leur nom. Bref, vous avez le droit d’être anti-gay et de refuser de les servir, c’est votre liberté d’expression. La juge Sonia Sotomayor a dans un avis divergent a stigmatisé cette décision : « Aujourd’hui la Cour a, pour la première fois de son histoire, donné un droit constitutionnel à un commerce ouvert au public de refuser de servir » des clients protégés par des lois anti-discriminations.

La Cour a donc ensuite mis fin à l’une des principales mesures sociales de l’administration Biden : l’effacement totale de la dette étudiante pour 20 millions d’emprunteurs et partielle pour 23 autres millions, pour un coût total de 430 milliards de dollars. « La question ici n’est pas: « est-ce que quelque chose doit être fait ? », mais « qui a l’autorité pour le faire ? », s’est justifié le président de la Cour, John Roberts. Or, ajoute-t-il, « parmi les plus grands pouvoirs du Congrès, il y a le contrôle du portefeuille ». Pour les trois juges progressistes, la Cour « outrepasse son rôle limité dans la conduite de la Nations, en « se substituant au Congrès et à l’Exécutif pour prendre une décision de politique intérieure ». Joe Biden a annoncé dès vendredi « un nouveau plan » pour alléger la dette étudiante « aussi rapidement que possible ».

Après cette nouvelle batterie de décisions réactionnaires, le débat sur le rôle et surtout la composition de la Cour Suprême, qui n’a jamais été aussi peu populaire, sera, à n’en pas douter, relancé. Certains démocrates militent pour une réforme avec notamment l’augmentation du nombre de juges, ce qui permettrait à un président démocrate de nommer de nouveaux juges progressistes. Bernie Sanders, pour sa part, y est opposé, arguant que l’arme peut se révéler à double tranchant et profiter potentiellement aux républicains. Dans les années 30, Franklin Delano Roosevelt avait déjà brandi cette « menace » face à une Cour qui invalidait nombre de mesures du New Deal. Cela avait suffi pour qu’elle mette fin à cette obstruction systématique.

En attendant, la formule d’Alexis de Tocqueville n’a jamais paru aussi juste lorsqu’il évoquait dans « De la démocratie en Amérique » ses « attributions sont presque entièrement politiques quoique sa constitution soit entièrement judiciaire». Dans un pays de « common law », la jurisprudence fait la loi. C’est le cas depuis deux siècles. S’y ajoute désormais une forme de « déni démocratique » : cinq des neuf juges composant l’actuelle cour ont été nommés par des présidents minoritaires en voix.

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La Cour suprême bannit l’affirmative action

La plus haute instance judiciaire du pays a mis fin aux politiques de « quotas » dans les universités instaurées par le président Kennedy. (Article publié dans l’Humanité du 29 juin 2023.)

La Cour Suprême des Etats-Unis poursuit la liquidation des acquis des années 60. Un an après avoir supprimé la protection constitutionnelle au droit à l’avortement, difficile d’interpréter autrement sa décision, annoncée ce jeudi 29 juin, de bannir l’affirmative action dans les universités, instituée par John Fitzgerald Kennedy en 1961. Très improprement traduites en France par « discrimination positive », ces politiques visaient à réduire les inégalités socio-ethniques dans un pays dont l’un des fondements repose sur la « question raciale ». Il n’y a rien de surprenant dans cette décision des six juges conservateurs qui ont été nommés dans cet objectif : effacer ce que les mouvements de contestation et de mobilisation ont conquis au cours du XXe siècle.

Les adversaires de l’affirmative action ont dû s’y reprendre à plusieurs reprises avant d’avoir sa peau. A trois reprises (1978, 2003 et 2016), la plus haute instance judiciaire du pays avaient confirmé le droit pour une université de prendre en compte des critères ethniques pour sélectionner ses étudiants afin de favoriser la diversité sur les campus. La Cour Suprême « nouvelle mouture » (avec les trois nominations effectuées par Donald Trump) avait à statuer sur une plainte déposée en 2014 et visant deux établissements, l’université privée de Harvard dans le Massachusetts et celle, publique, de Caroline du Nord. Un groupe d’étudiants d’origine asiatique conteste cette mesure, estimant qu’elle les pénalise vis-à-vis d’autres minorités.Contrairement au droit à l’avortement, soutenu par une majorité d’Américains, l’affirmative action ne bénéficie pas d’un soutien majoritaire. Selon une enquête du Pew Research Center réalisée en avril, la moitié des Américains désapprouvent la correction des inégalités sur le critère ethnique contre un tiers qui l’approuvent. Les Noirs y demeurent favorables à 47 % et la désapprouvent à 29 %. Les Hispaniques sont partagés (39 % pour, 39 % contre), les Blancs opposés (57 % contre, 29 % pour) et les démocrates ne sont plus si enthousiastes (54 % pour, 29 % contre). Même parmi ses partisans, les limites de ces politiques volontaristes relevant de la logique des « quotas » apparaissaient. Ils n’en considéraient pas moins l’affirmative action comme un rempart face à des inégalités qui vont désormais avoir le champ libre.

En tout état de cause, ce n’est pas le Congrès – l’organe législatif élu au suffrange universel direct – qui a décidé d’y mettre fin mais un organe judiciaire composé de neuf juges nommés à vie dont la moitié l’ont été par des présidents (W. Bush et Donald Trump) minoritaires en voix. Aux Etats-Unis, pays de common law, la jurisprudence fait donc la loi, parfois au détriment des représentants élus. S’y ajoute désormais une forme de « déni démocratique ».

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Cour Suprême, 150 ans de décisions politiques

Quotas universitaires, droits civiques, droits LGBTQ+ : de nouvelles décisions de la plus haute instance judiciaire sont attendues dans un pays où la jurisprudence fait la loi. (Article publié dans l’Humanité du 29 juin 2023.)

C’est la saison des décisions de la Cour suprême. Dans les jours qui viennent, la plus haute instance judiciaire du pays, composée de neuf juges nommés à vie, va rendre son oracle sur quelques sujets d’importance dans la vie de la société américaine. Elle a commencé mardi 27 juin dans la soirée en ne faisant pas sienne la théorie selon laquelle seules les législatures d’État sont habilitées à organiser les élections, qui aurait ouvert la voie à un hold-up des républicains lors de l’élection présidentielle de 2024.

Pour le reste, les militants pour l’égalité s’attendent au pire. L’an dernier, une majorité des juges nommés à vie ont mis fin à la protection constitutionnelle du droit à l’avortement. Chaque État peut désormais décider d’interdire ce dernier, ce que n’ont pas manqué de faire quatorze territoires, tous dirigés par les républicains. Au menu de ce début d’été 2023 : l’affirmative action dans les universités, la politique de « quotas » visant à réduire les inégalités socio-ethniques ; la dette étudiante ; une disposition du Voting Rights Act, voté en 1965 en plein mouvement des droits civiques, qui garantit l’égale participation et représentation de tous les citoyens, quelle que soit la « couleur de la peau » ; les protections pour les personnes LGBTQ+.

Pourquoi les décisions de la Cour suprême comptent-elles autant dans l’histoire du pays ? Les États-Unis étant un pays de « common law », la jurisprudence fait la loi et en tant que plus haute instance judiciaire du pays, la Cour suprême a souvent le dernier mot. Comme le notait Alexis de Tocqueville à propos de l’instance judiciaire, ses « attributions sont presque entièrement politiques quoique sa constitution soit entièrement judiciaire ».

Esclavage : 1857, Dred Scott v. Sandford

C’est sans doute l’une des décisions les plus infâmes de l’histoire de la Cour suprême. Depuis le début de la décennie, la question de l’esclave enflamme la vie politique. En 1854, la loi Kansas-Nebraska abroge le compromis du Missouri de 1820, qui interdisait l’esclavage au nord de la frontière sud du Missouri. En réaction, un nouveau parti est fondé la même année : le Parti républicain.

En 1857, arrive devant la Cour suprême le cas de Dred Scott, né en esclavage, dont le dernier propriétaire, le Dr John Emerson, l’a emmené du Missouri (État esclavagiste) au Wisconsin abolitionniste. À la mort du docteur, Dred Scott demande donc sa liberté puisqu’il vit en territoire sans esclavage.

Par sept voix contre deux, la Cour suprême repousse sa demande. Le « cheif justice », le président, l’affreux Roger Brooke Taney, écrit que les Noirs sont « tellement inférieurs aux Blancs qu’ils ne possédaient nul droit qu’un Blanc serait tenu de respecter ; et que le nègre peut, en bonne justice et très légalement, être réduit en esclavage pour le bénéfice du Blanc ». En droit, cette décision stipule que la Constitution de 1787 ne prévoyait pas que des personnes d’origine africaine, esclaves ou libres, soient ou puissent devenir citoyennes, le requérant ne disposant donc pas de base légale pour agir. Victoire sur toute la ligne pour les esclavagistes. La question finira sur les champs de bataille après l’élection comme président du pays du républicain Abraham Lincoln.

Ségrégation : 1896, Plessy v. Fergusson

La guerre de Sécession (1861-1865), que les Américains nomment « civil war » (guerre civile), a mis fin à l’« institution particulière » de l’esclavage avec l’adoption en 1865 du 13e amendement à la Constitution du pays. En 1868, le 14e amendement garantit la citoyenneté à toute personne née sur le sol des États-Unis ainsi qu’une égale protection de tous devant la loi. C’est une véritable seconde fondation du pays.

Mais lorsque les troupes de l’Union quittent le Sud en 1877, le suprémacisme blanc reprend les rênes : les élus démocrates mettent petit à petit en place des politiques de ségrégation connues sous le nom de Jim Crow (du nom d’une chanson et d’une danse de 1828 interprétée par un comédien américain blanc grimé en noir).

Quand un cas de discrimination (en l’occurrence une loi de l’État de Louisiane de 1890 qui exige des compagnies ferroviaires qu’elles établissent des wagons ou des compartiments séparant les Blancs des gens de couleur) atterrit sur le bureau des juges de la Cour suprême, ils donnent raison aux ségrégationnistes et instaurent la doctrine « separate but equal » (séparés mais égaux), arguant que l’essentiel est d’assurer des services identiques pour les habitants, ce qui n’est évidemment pas le cas, et ne le sera pas pendant de longues décennies.

Déségrégation : 1954, Brown v. Board

Le Sud vit toujours sous la coupe de cet « apartheid » à l’américaine mais la contestation grandit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les GI noirs revenant au pays avec des idées d’égalité. En 1948, Harry Truman signe un ordre exécutif bannissant les discriminations raciales au sein des forces armées. Mais le Sud résiste et à l’élection présidentielle de 1948, le démocrate Strom Thurmond fait dissidence et remporte la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama et la Caroline du Sud sur la base du maintien de la ségrégation. De son côté, la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) cherche depuis le début des années 1950 un pied de biche qui permettrait de faire sauter la ségrégation scolaire. En 1952 et 1953, les signalements de discriminations affluent. L’une des situations concerne Oliver Brown, dont la fille Linda est obligée de se rendre dans une école primaire ségréguée loin de chez elle, alors qu’existe à proximité un établissement réservé aux Blancs.

Coup de tonnerre le 17 mai 1954 : la Cour suprême, présidée par Earl Warren, estime inconstitutionnelle la ségrégation dans les écoles publiques. Il faudra évidemment des années pour que les comtés respectent cette jurisprudence mais le mouvement des droits civiques a marqué un éclatant point. L’avocat de la NAACP Thurgood Marshall deviendra, en 1967, le premier Noir à être nommé juge à la Cour suprême.

Avortement : 1973, Roe v. Wade

Les sixties sont la décennie des « temps qui changent » (Bob Dylan). Le mouvement des droits civiques touche au but (législatif) avec le vote de deux lois en 1964 et 1965 qui assurent l’égalité formelle et la fin officielle de la ségrégation. Les revendications féministes attendront quelques années de plus afin de voir assuré le droit fondamental des femmes à pouvoir disposer de leur corps.

Au début des années 1970, dans l’opinion publique, ce droit est devenu majoritaire, fruit du travail de sensibilisation des militantes et militants « pro-choice ». Le champ politique est plus divisé, notamment le Parti démocrate. Ses électeurs catholiques sont opposés à la libéralisation tandis que les femmes de gauche y sont favorables.

Norma McCorvey, enceinte pour la troisième fois à l’âge de 21 ans, ne peut avorter, une loi l’interdisant. Le 22 janvier 1973, une majorité de juges donnent raison à Jane Roe (son pseudonyme judiciaire) en raison du respect de sa vie privée. Les « pro-choice » exultent mais le fondement juridique d’une telle décision est faible, comme le notera peu après Ruth Bader Ginsburg, qui deviendra juge en 1993 jusqu’à son décès en 2020. Remodelée par les nominations de Donald Trump, la Cour suprême, dans l’arrêt Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, le 25 juin 2022, invalide « Roe » au motif que « la Constitution ne fait aucune référence à l’avortement et aucun de ses articles ne protège implicitement ce droit ».

Argent et politique : 2010, Citizens United v. FEC

Un arrêt méconnu, pourtant déterminant pour comprendre l’évolution de la vie politique durant ces dernières années. À une courte majorité (5-4), l’instance judiciaire statue que la liberté d’expression, droit fondamental objet du 1er amendement de la Constitution des États-Unis, interdit de restreindre les dépenses de campagne électorale. Bref, dépenser de l’argent revient à exprimer une opinion. Il n’y a désormais plus aucun plafond.

En toute logique, ceux qui ont le plus d’argent expriment avec le plus de force leurs « opinions ». Sont alors créés des « super-comités d’action politique », au financement anonyme pour ne pas dire occulte, censément indépendants des candidats mais en réalité en lien indirect avec eux. Voilà comment l’argent a encore inondé un peu plus la politique US. D’après l’ONG Open Secrets, 11 milliards de dollars ont été engloutis dans la campagne électorale en 2020 (présidentielle, législatives et référendums locaux).

Mariage gay : 2015, Obergefell v. Hodges

À la surprise quasi générale, la Cour suprême se montre ici en phase avec l’évolution de la société. Une majorité des Américains se déclarent alors favorables à l’union de deux personnes du même sexe (ils le sont toujours d’ailleurs). Ce droit est alors déjà une réalité pour 70 % des habitants du pays. En 2004, le Massachusetts était devenu le premier État à légaliser cette union suite à une décision de la Cour suprême locale. En 2012, le même jour que la réélection de Barack Obama, le Maine, le Maryland et l’État de Washington devenaient les premiers États à approuver ce droit suite à des référendums. Le 26 juin 2015, la Cour suprême considère le mariage homosexuel comme un droit constitutionnel en vertu du 14e amendement, celui, on l’a vu, qui établissait le droit du sol mais aussi l’égale protection de tous par la loi.

La « marche arrière » enclenchée sur le droit à l’avortement et l’argumentation des juges ultraconservateurs Clarence Thomas et Samuel Alito – ne reconnaissant que des droits enracinés dans l’histoire américaine, ce que ne sauraient être, sous ce prisme, l’avortement et le mariage gay – exacerbent les craintes. Fin 2022, Joe Biden a certes paraphé une loi protégeant le mariage homosexuel dans l’ensemble du pays, votée par un Congrès alors en majorité démocrate. Mais il en va des lois comme des décisions de la Cour suprême : ce qui a été fait un jour peut être défait le lendemain… ou le surlendemain.

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Donald Trump: une inculpation à double tranchant

La mise en accusation de l’ancien président – fait historique – va constituer un fait central de la vie politique du pays durant ces prochains mois et peut-être jusqu’à l’élection de novembre 2024. Ce qui pourrait finalement lui profiter. (Article publié dans l’Humanité du 6 avril 2023.)

En 1872, Ulysses Grant, 18e président des Etats-Unis a été arrêté à deux reprises en quelques jours. Son infraction : excès de vitesse dans les rues de Washington avec sa carriole. Emmené au poste de police, l’ancien général en chef des troupes de l’Union avait été libéré après le paiement d’une caution de 20 dollars (équivalent à 500 dollars actuels). La presse n’en avait pas fait état et il a fallu attendre 1908 et une interview du policier publiée dans la presse pour que l’épisode soit connu du grand public. Depuis, plus aucun locataire de la Maison-Blanche n’avait effleuré le moindre problème avec le système judiciaire, Richard Nixon l’évitant par sa démission.

Cent cinquante ans plus tard, c’est en mondiovision que son lointain successeur – un républicain, également – a eu maille à partir avec la justice. Les charges retenues sont un peu plus lourdes qu’une bride fougueuse et lui valent de devenir le premier président à être inculpé dans l’histoire du pays. Il est accusé pour avoir falsifié à trente-quatre reprises les documents comptables de son groupe, la Trump Organization, « afin de dissimuler aux électeurs américains des informations dommageables et une activité illégale avant et après l’élection [présidentielle] de 2016. » L’accusation va au-delà du seul versement de 130.000 dollars à Stormy Daniels, une actrice de films X avec laquelle il avait eu une relation extraconjugale, afin d’acheter son silence. Elle concerne aussi un paiement à deux autres personnes entre « août 2015 et décembre 2017 », des faits intervenus dès le lancement de sa campagne et qui se sont poursuivis alors qu’il se trouvait à la Maison Blanche.

Arrivé de sa luxueuse résidence de Mar o Lago, en Floride à bord de son avion personnel, Donald Trump s’est rendu de lui-même au tribunal. Bénéficiant d’un régime dérogatoire (pas de menottes, pas de « perp walk », cette exhibition à la face des photographes et caméras), le milliardaire, visage fermé a opposé un « non coupable » à chacun des chefs d’accusation. De retour le soir-même en Floride, l’ancien président s’est exprimé devant quelques militants. « Le seul crime que j’ai commis, c’est de défendre courageusement notre nation contre ceux qui cherchent à la détruire », a-t-il déclaré, tentant de transformer la procédure à son encontre en procès politique. Pour l’instant, la manœuvre fonctionne plutôt bien. Il n’a jamais été aussi populaire parmi la base républicaine et tous ses concurrents putatifs à l’investiture du GOP (Grand Old Party, surnom du parti républicain), pour laquelle il a déjà déclaré sa candidature, se trouvent contraints d’adhérer à son récit.

La procédure judiciaire va d’ailleurs télescoper le calendrier électoral. Les premiers débats des primaires républicaines auront lieu en août. Aucune chance que le procès ait déjà eu lieu puisque la prochaine date de comparution est prévue pour le 4 décembre. Il ne se tiendra peut-être même pas avant l’élection générale du 8 novembre 2024.

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Golf aux Etats-Unis : les raisons d’un déclin

Chaque année, 200 parcours ferment outre-Atlantique. Le sport longtemps incarné par Tiger Woods n’a plus le vent en poupe. Explications. (Article publié dans l’Humanité du 04 avril 2023.)

Tout le petit monde du golf converge ces jours-ci vers Augusta pour le Masters, première des quatre levées du Grand Chelem, la plus prestigieuse sur le sol des États-Unis. Le nom de cette ville moyenne de Géorgie, à mi-chemin entre Atlanta et la côte atlantique, a une résonance particulière pour tout amateur de ce sport en forme d’« agréable promenade gâchée par une petite balle blanche » (Mark Twain). Pour reprendre une image commune, Augusta, c’est un peu la Mecque du golf américain.

Mais cette capitale règne désormais sur un empire en déclin. Le palmarès des dix dernières éditions n’en livre pourtant aucun indice : six des vainqueurs sont des joueurs des États-Unis, dont Tiger Woods, en 2019, pour sa cinquième victoire au terme d’un ahurissant come-back.

Un coup d’œil au top 100 n’est guère plus révélateur : les golfeurs américains représentent la moitié de l’élite, contre 60 % dans les années 1980, un recul presque infime dans un sport mondialisé et professionnalisé avant bien d’autres.

Pourtant, les données brutes ne trompent pas : il y a de moins en moins de pratiquants aux États-Unis. Le phénomène date du début de ce siècle. Depuis 2003, le nombre de joueurs ayant effectué au moins 8 tours dans l’année a reculé de 6,8 millions, soit une diminution de 22 %, dans un pays dont la population est passée de 290 millions d’habitants à 330 millions. L’érosion se poursuit à un rythme annuel compris entre 3 et 4,5 %.

Conséquence : entre 2005 et 2018, le pays a subi une perte de 1 300 parcours. Chaque année, 200 parcours ferment, entraînant autant de micro-perturbations immobilières, la construction de parcours de golf s’étant régulièrement accompagnée de projets de résidences qui, de fait, perdent de leur valeur en cas de fermeture.

À la traque d’explications, certains chercheurs estiment que le travail prend trop de place dans la vie des américains et en laisse donc trop peu pour les loisirs. Il est vrai qu’outre-Atlantique, un salarié travaille, selon l’OCDE, 1 791 heures par an, contre 1 607 pour un japonais, 1 490 pour un français et 1 349 pour son homologue allemand. Mais le fait n’est pas vraiment nouveau.

Le prix d’un sport réputé plutôt onéreux et sélectif ? Argument repoussé par le site Bleacher Report, qui rappelle que 80 % des pratiquants jouent sur des parcours publics, encore abordables à une bourse moyenne.

Certains ont suggéré que la force propulsive de l’« effet Tiger » était désormais épuisée. L’entrée fracassante, au milieu des années 1990, du jeune prodige métis (son père était noir et sa mère thaïlandaise) dans un sport à l’image poussiéreuse aurait amené de nouveaux pratiquants. Pourtant, les taux les plus élevés ont été enregistrés avant même que Woods ne débarque dans le milieu.

Alors ? L’explication la plus tangible est que le golf épouse la destinée du pays. Dans l’immédiat après-guerre, ce sport, que l’on dit avoir été inventé par des bergers écossais, demeurait l’apanage des classes supérieures exclusivement blanches jouant dans des « clubs privés ». Puis, avec les Trente Glorieuses, la classe moyenne s’est constituée, a eu accès à la propriété et au golf, signe extérieur de respectabilité. Entre 1950 et 1970, le nombre d’aficionados du fer 7 est passé de 3,5 millions à 11,2 millions.

Et aujourd’hui ? Le pays se trouve en pleine mutation démographique, la part des habitants qui sont labellisés membres des minorités (Afro-Américains, Latinos, Asiatiques, métis) ne cessant d’augmenter : 37 % de la population actuellement, avec une projection de 50 % à l’horizon 2040. Or, il se trouve que la pratique du golf est ultra-majoritairement une affaire de Blancs. Mécaniquement, elle épouse le recul de la proportion des « Caucasiens » (appellation officielle dans les statistiques ethniques) dans le pays.

C’est d’ailleurs l’ensemble du monde du sport qui est chamboulé par ces évolutions historiques : le football, fortement pratiqué par les « minorités », se trouve en pleine expansion, tandis que le football américain a pris un sacré coup de vieux, à l’image d’une population blanche vieillissante.

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Colorado, le fleuve de la discorde

La ressource diminue de manière presque dramatique mais les Etats n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la répartition des réductions. Personne ne veut toucher à son modèle de développement qu’il soit basé sur l’agriculture irriguée (le sud de la Californie) ou la croissance démographique (Arizona et Nevada). Le gouvernement fédéral a pris la main. (Article publié dans l’Humanité du 14 février 2023).

La sécheresse endémique a mis le Colorado quasiment à sec. Les Etats que traverse le fleuve nourricier se livrent une lutte sans pitié pour accaparer le peu d’eau qu’il reste. L’Etat fédéral s’effondre lentement et ne peut plus jouer les arbitres. C’est l’heure de la guerre de l’or bleu. Voici la trame du roman « Water knife », écrit en 2015 par la star de la science-fiction américaine, Paolo Bacigalupi. Sept ans après sa publication, il ne fait quasiment plus figure de roman d’anticipation.  

Ce n’est pas encore tout à fait la guerre de l’or bleu mais les tensions n’ont jamais été aussi vives entre les Etats dont l’approvisionnement dépend du fleuve qui prend sa source dans les Montagnes rocheuses et traverse l’Ouest américain pour se jeter dans le Pacifique, après 2300 kilomètres de course. L’Arizona, la Californie, le Colorado, le Nevada, le Nouveau-Mexique, l’Utah et le Wyoming avaient jusqu’au 31 janvier pour parvenir à un accord, sous peine de se voir imposer des coupes par le gouvernement fédéral. A ce stade, les différends sont trop importants entre la Californie et ses six voisins. Ces derniers ont élaboré un plan commun afin de réduire leur consommation d’eau qui ne convient pas au « Golden State ». Celui-ci a donc formulé sa contre-proposition, concédant des efforts sans s’attaquer à son modèle de surconsommation. Ce qui, sans surprise, ne convient pas aux six autres, dont la population cumulée (22 millions d’habitants) atteint à peine plus de la moitié de celle de la Californie (39 millions) même si seul le sud du « Golden State », soit 20 millions d’habitants, dépend du fleuve.  

L’Etat fédéral s’en mêle désormais. Le fleuve Colorado est à l’agonie, malgré de premiers plans de réductions qui se sont avérés avoir un coup de retard sur le niveau de la baisse de la ressource, induite par la sécheresse devenu un phénomène ordinaire depuis le début des années 2000. Désormais, les économies nécessaires correspondent à 20 à 40% de la capacité actuelle du fleuve. Faute d’accord, le ministère de l’intérieur, qui gère les espaces naturels dont les rivières, a donc pris la main, une première depuis 1922 et le grand accord passé entre les Etats fédérés eux-mêmes. Le pilotage centralisé depuis Washington passe mal. Dans le cadre des pourparlers, le ministère a proposé d’explorer un scénario au cours duquel Phoenix (Arizona) et Las Vegas (Nevada) se trouveraient coupées d’approvisionnement issu du Colorado. Refus catégorique des deux Etats concernés. La piste n’apparaît pourtant pas du tout improbable. La volonté des autorités fédérales d’aller y regarder de plus près dans ces deux métropoles ne doit rien au hasard: elles répondent toutes deux à un mode de développement qui n’est littéralement plus soutenable. La population de l’aire urbaine de Phoenix a doublé en 30 ans, absorbant désormais plus des deux-tiers de la population de l’Arizona, le tout en plein désert de Sonora. Au cœur de cette métropole, on trouve notamment la ville de Scottsdale, « la Mecque » des golfeurs avec ses dizaines de aprcours, dévoreurs d’eau. Autre désert – celui des Mojaves – mais même problématique avec l’agglomération de Las Vegas et ses 2,2 millions d’habitants sur les 3 que compte le Nevada, soit un quadruplement de la population depuis les années 90. Les élus ne veulent notamment pas assumer les réductions drastiques concernant les remplissages de piscines privées et d’arrosage de golfs, un premier pas impopulaire mais pourtant insuffisant pour sortir de cette crise historique. Quant à la Californie, elle argue que son agriculture – véritable grenier des Etats-Unis – ne peut descendre en dessous d’un niveau donné de consommation d’eau. Bref, la quadrature du cercle. 

Le changement climatique et les effets combinés de la croissance démographique et d’une agriculture ultra-intensive, ont amené les niveaux des lacs Mead et Powell quasiment à sec. Or, ces deux réserves alimentent en eau et en électricité l’Arizona, le Nevada et le sud de la Californie. Le lac Mead a atteint son plus bas étiage l’an dernier à 315 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une baisse du niveau de 30 mètres et le barrage Hoover ne sera plus en capacité de générer de la puissance hydroélectrique. 45 mètres de moins et l’eau ne passerait plus la rampe, créant une situation connue sous le nom de “deadpool” (piscine morte). « C’est un désastre au ralenti, constate, dans le New York Times, Kevin Moran, de l’ONG Environmental Defense Fund. On est vraiment à un moment de vérité. » 

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