L’OPA incomplète de Trump sur le parti républicain

 

(Article publié dans l’Humanité du 21 juillet 2016)

Officiellement nominé par le parti de droite, le milliardaire xénophobe et nationaliste prononce ce soir son discours d’intronisation. Mais les divisions se sont encore creusées ces derniers jours.

 

Le fils a intronisé le père. A la convention du parti républicain, la politique est une histoire de famille. Donc, Donald Trump Jr, porte-parole de la délégation de l’Etat de New York, a pris la parole mardi soir au Quick Loans Arena de Cleveland et a déclaré : « C’est mon honneur de pouvoir placer Donald Trump en tête du compte des délégués avec nos 89 délégués (ceux de l’Etat de New York, NDLR). Félicitations, Papa, nous t’aimons. » C’est ainsi que Donald J. Trump est officiellement devenu le candidat du parti républicain pour l’élection présidentielle. Ses autres enfants présents ont scandé « New York, New York » et les délégués se sont levés pour célébrer le moment. Enfin, pas tous les délégués. Un nombre certain d’entre eux sont restés ostensiblement assis. D’autres avaient préféré ne pas être présent pour ce moment qui leur est douloureux : « le parti de Lincoln est devenu le parti de Trump, » comme le résume John Nichols, dans The Nation.

Un milliardaire qui a joué, durant toute sa campagne des primaires sur le ressentiment racial, la xénophobie, stigmatisé les musulmans et les immigrés mexicains, flirté avec le Klu Klux Klan, portera le 8 novembre prochain les couleurs du parti du président qui permit l’abolition de l’esclavage. En obtenant la nomination, Donald Trump a incontestablement réussi son OPA sur le G.O.P. Mais il a échoué, jusqu’ici, à obtenir l’unité de cette même formation derrière sa candidature. Signe de cette défiance persistante: 721 délégués ont voté pour un autre candidat que le nominé, la plus forte proportion depuis 1976 et la candidature « dissidente » de Ronald Reagan face au président sortant Gerald Ford. Depuis l’ouverture de la convention, les moments de tension et de mécontentement se sont multipliés entre délégués. Sans parler de l’absence des deux derniers présidents républicains (Bush père et fils), des deux derniers candidats présidentiels (McCain et Romney) et du gouverneur de l’Etat hôte (John Kasich, par ailleurs candidat lors de la primaire). Et Ted Cruz, le second des primaires, a refusé dans la nuit de mercredi à jeudi, d’apporter son soutien à Trump.

Une partie de l’establishment républicain a, en revanche, décidé de suivre le mouvement. Son pari ? Que Trump s’assagisse, se « recentre ». C’est ce qu’ont dit plusieurs députés au micro des chaînes d’information américaines. « Sur l’interdiction d’entrée des musulmans aux Etats-Unis, Donald se rend déjà compte que c’est inconstitutionnel », plaide l’un. « Sur le mur entre le Mexique et les Etats-Unis, Donald sait bien que le gouvernement mexicain ne paiera pas », avance une autre. Le speaker républicain de la chambre, Paul Ryan, qui a apporté son soutien à Trump tout en prenant régulièrement ses distances sur nombre de sujets, a, lors de son discours à la convention, lancé cette supplique au nominé : « Que dis-tu ? Que dis-tu pour unifier le parti ? Que dis-tu qui unifie le parti en ce moment crucial quand l’unité est tout ? » Pour une partie des conseillers du milliardaire, cet appel à rentrer dans le rang républicain constitue le piège ultime. Si Trump se rétracte sur l’immigration, les musulmans ou les traités de libre-échange, il va se couper de ses millions d’électeurs qui l’ont fait roi pendant les primaires, avancent-ils. Mais s’il en reste à ses positions, il va dresser contre lui une partie plus grande encore de l’électorat et sera battu en novembre, rétorquent d’autres conseillers républicains qui disent vouloir tirer les leçons de la défaite de Romney en 2012, suite à une campagne beaucoup plus à droite que celle de McCain en 2008. Comment Trump va-t-il gérer ce dilemme stratégique? On trouvera une indication dans le discours qu’il prononcera ce soir en clôture de cette convention. Mais le défilé des orateurs depuis lundi soir donne déjà une indication de la réponse : l’unité du parti, c’est… Hillary Clinton. La candidate démocrate a été accusée de tous les fléaux et maux (y compris celui d’être inspirée par le communiste Saul Alinsky). La carte maîtresse de Trump serait donc l’impopularité- bien réelle – de sa concurrente. Mais comme sa propre côte d’impopularité est encore plus importante, pas certain qu’il y trouve là sa martingale…

 

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