L’empreinte Sanders sur le programme Clinton

 

Article publié dans l’Humanité du 25 juillet 2016

Alors que s’est ouverte hier à Philadelphie, la convention démocrate, le souffle de la « révolution politique » du sénateur socialiste continue de rebattre les cartes politiques. La plateforme adoptée par les congressistes sera la plus progressiste de l’histoire récente.

 

A partir d’aujourd’hui, à Philadelphie, la ville où fut rédigée, en 1776, la déclaration d’indépendance, Hillary Rodham Clinton va être la première femme à obtenir la nomination d’un « grand » parti politique aux Etats-Unis. Elle se présente en favorite pour prendre la succession du premier président noir de l’histoire du pays. Cela dit déjà quelque chose de l’évolution du pays. Mais il y a plus. « HRC »  sera intronisée lors d’une convention qui va également adopter  la plateforme « la plus progressiste jamais vue », selon la formule de Katherine Van den Heuvel, chroniqueuse au Washington Post. Il y a 20 ans, la First Lady Hillary Clinton défendait la troisième voie « centriste » de son mari de président. Qu’est-il arrivé à la politique américaine ? Comme aurait dit Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui a changé mais le vent qui a tourné. Et l’autre nom de ce souffle nouveau est : Bernie Sanders.

« Même si Sanders a perdu la nomination, il a gagné la bataille. L’objectif de sa campagne, ce n’était pas 2016, mais 2020, 2024 ou même 2030, même si le mouvement se serait déroulé sans lui, analyse John Mason, professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Sauf que les choses sont allées beaucoup plus vite que prévu. » Sa spectaculaire percée  (vingt Etats remportés, 43% des voix soit 11 millions d’électeurs) a exprimé un mouvement politique et idéologique de la société et propulsé ce même mouvement dans une autre dimension : des marges à la centralité.

La « révolution politique » s’appuie les Millennials, que deux auteurs, Ruy Teixeira et David Madland, ont définis comme « la nouvelle génération progressiste.» Ces jeunes, qui ont atteint l’âge de la majorité entre le 11 septembre 2001 et l’élection de Barack Obama, sont devenus politiquement majeurs avec l’explosion des inégalités, le krach de 2008 et leur contestation. Comme l’aspirine dans un verre d’eau, Occupy Wall Street s’est dissous dans le corps social avant de ressurgir sous la forme effervescente d’un vieux socialiste. Dès 2009, les deux auteurs écrivaient : « Le plus important à propos de ces électeurs n’est pas leur prédilection actuelle pour les candidats démocrates mais plutôt leurs croyances progressistes profondément ancrées, base de leurs préférences électorales. Les croyances progressistes de ces jeunes électeurs pourraient refonder le cœur idéologique des batailles qui ont défini le discours politique post-Vietnam. » Le conditionnel employé à l’époque n’est plus de mise. Les Millennials rebattent les cartes politiques. Leur mobilisation en novembre prochain constitue l’une des clés du scrutin. Hillary Clinton, qui a fini par emporter la primaire, grâce au vote des plus de 45 ans, a bien compris qu’elle ne pourrait faire sans eux et sans leur plus illustre porte-parole, Bernie Sanders.

Celui-ci a apporté officiellement le 12 juillet dernier son soutien à l’ancienne secrétaire d’Etat mais contrairement à ce qu’a écrit une partie de la presse « le rebelle ne se range pas. » Cet épisode fait partie d’un feuilleton que Charles Lenchner, un ancien militant d’Occupy, fondateur de « People for Bernie » nous avait décrit, dès le mois de mai: « Bernie fera campagne jusqu’au bout du processus des primaires. Puis il ne se ralliera pas et mettra la pression sur le clan Clinton en vue de la convention. Il obtiendra des concessions majeures sur le programme. Puis il soutiendra Clinton mais continuera de faire les choses à sa façon» Charles n’est pas un visionnaire. Il s’y connaît juste en politique et en rapport de forces. Tandis que les anciens concurrents de la primaire battaient estrade commune dans le New Hamsphire, la bataille se poursuivait au sein du comité chargé de la rédaction du programme où les représentants de Bernie Sanders ont réussi à faire intégrer nombre de mesures propositions, au premier rang desquelles, le SMIC à 15 dollars de l’heure. L’offensive combinée des « sandernistas », des syndicats et des gouverneurs de Californie et New York (qui ont annoncé que les 15 dollars deviendraient la loi dans leur propre Etat) ont eu raison de la timidité politique de Clinton. Sanders a également fait bouger le curseur sur sa proposition de gratuité de l’université publique : le parti démocrate propose un plan qui amènera vers la gratuité pour les familles gagnant moins de 125000 dollars par an. Autres points marqués par les adeptes de la « révolution politique » : abolition de la peine de mort (contenue pour la première fois dans une plateforme du parti démocrate), taxe sur les millionnaires, acceptation du principe d’extension et non plus simplement de sauvegarde du système de retraite, abolition de toutes les « réformes » de Bill Clinton en matière de politique pénale. Quant aux sujets sur lesquels Sanders n’a pas été entendu (comme la condamnation du traité transpacifique), il compte bien les remettre en débat lors de la convention. Selon Katherine Van den Heuvel, l’influence de Sanders se reflète dans « la remise en cause les piliers du consensus néoliberal qui a marqué la politique américaine depuis les années Reagan. » Le Wall Street Journal, quotidien des milieux d’affaires, constate un « virage abrupt vers la gauche » : « Le parti qu’Hillary Clinton mènera à la bataille cet automne n’est pas le Parti démocrate de Bill Clinton. Par certains aspects, ce n’est même pas celui de Barack Obama. » Ce n’est pas encore totalement le « parti de Bernie Sanders » mais le combat se poursuit.

 

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