Le Nevada place Sanders en orbite

Sa victoire éclatante dans le premier Etat à forte proportion d’électeurs latinos renforce le sénateur du Vermont dans son statut de grand favori. L’establishment prépare une « convention contestée. » (Article publié dans l’Humanité du 24 février 2020)

Désormais, il n’y a plus aucune contestation ou ratiocination possibles : après son écrasante victoire dans le Nevada, Bernie Sanders est le favori pour décrocher l’investiture du parti démocrate afin d’affronter Donald Trump. La victoire, en nombre de voix, dans l’Iowa avait été écrasée par l’immense bug démocratique. Celle, dans le New Hampshire, se révéla moins éclatante que ne le suggéraient les derniers sondages. Les résultats dans le Nevada sont sans appel : selon des résultats partiels, il aurait obtenu 35% dès le 1er tour devant Joe Biden (18,5%) et Pete Buttigieg (15,5%) tandis qu’ Elizabeth Warren (12%) n’a enregistré aucun rebond après une performance remarquée (contre le sexisme de Bloomberg) lors du dernier débat. Au second tour, il progresse encore (près de 40%). Soit un niveau plus élevé que ne le supposaient les dernières enquêtes d’opinion. Sa progression entre les deux tours (il s’agissait d’une primaire sous forme de caucus comme dans l’Iowa) invalide l’hypothèse selon laquelle il se heurterait à un « plafond » électoral ne lui permettant pas de rassembler au-delà d’une base certes solide et galvanisée. D’autant que les électeurs se définissant comme « modérés » l’ont également placé en tête.

Tous les indicateurs qui parviennent de l’Etat dont Las Vegas est la ville principale sont autant de feux verts pour Sanders. La participation a été beaucoup plus élevée qu’en 2016: le promoteur de la « révolution politique » pourra continuer à argumenter que sa campagne mobilise des électeurs restés jusque-là en marge du processus électoral, clé, selon lui, du scrutin présidentiel de novembre prochain. Le travail entamé auprès des Latinos depuis quatre ans a payé. Le magazine en ligne The Intercept a aussitôt publié un article : « Comment les jeunes latinos ont donné la victoire à Tio (Oncle, NDLR) Bernie. »

Autre oracle favorable : le vote des syndiqués. Les dernières semaines de campagne avaient été émaillées d’escarmouches entre l’équipe de Sanders et la direction du syndicat Culinary Workers Union. En cause : la proposition de Medicare for All, une assurance publique qui remplacerait toutes les assurances privées du pays. Or, le syndicat a récemment négocié avec les employeurs (notamment des casinos) un accord avec un volet « benefit » (avantages) concernant une protection santé privée et ne veut pas basculer dans un système public. « Son finish impressionnant sur le Strip de Vegas (où se trouvent les casinos, NDLR) indiquent que les syndiqués n’ont pas suivi leur direction syndicale et ont soutenu le socialiste », relate le journal The Washington Examiner.

C’est donc avec ce fameux « momentum » dans ses bagages que Bernie Sanders a pris la direction de la Caroline du Sud, prochaine étape des primaires. Joe Biden, qui a évité le naufrage dans le Nevada, compte sur cet Etat où l’électorat africain-américain est puissant pour redonner du souffle à sa candidature. Viendra ensuite le Super Tuesday et ses deux gros lots : la Californie (415 délégués sur les 4000) et le Texas (228).

L’establishment démocrate s’est rendu à l’évidence : personne ne pourra empêcher « Bernie » qui se réclame du socialisme démocratique d’arriver en position de force lors de la convention de Milwaukee (13 au 16 juillet) avec le plus grand nombre de délégués. Selon les projections du site spécialisé 538, il disposerait de 1800 délégués, soit 45% du total. Mais l’establishment n’a pas renoncé pour autant à barrer la route au vieux sénateur. Et sa dernière carte s’appelle Bloomberg, qui, selon le site Politico, « est tranquillement en train de comploter pour une convention contestée. » Cette formule renvoie à une convention où aucun candidat n’obtient une majorité absolue dès le 1er tour. Lors du deuxième tour, les « superdélégués » entrent en piste : ils ne sont pas élus par les électeurs lors du processus des primaires mais nommés par le DNC (democratic national committee, l’instance dirigeante du parti démocrate). Ils pourraient donc très bien se reporter sur un candidat centriste (Bloomberg ?) derrière lequel se rallieraient tous les autres (Biden, Buttigieg, Klobuchar). Un scénario en forme de hold up. Demeure une question : que fera la personnalité démocrate la plus populaire, à savoir Barack Obama?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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