Archives mensuelles : septembre 2025

« Un mécanisme de fascisation est à l’œuvre »

Le glissement vers l’autoritarisme réactionnaire aux États-Unis s’accompagne d’une idéologie de la contamination par les étrangers, les ennemis du peuple et les indésirables, analyse l’historienne Sylvie Laurent, autrice notamment de « Capital et Race: histoire d’une hydre moderne » (Editions du Seuil). (Article publié dans l’Humanité du 30 septembre 2025.)

Aux États-Unis, le débat alimente la chronique universitaire comme politique : quelle est la nature du projet de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche, manifestement différent de son premier mandat ? Éléments de réponse avec l’une des spécialistes françaises des États-Unis et chercheuse associée à l’université Harvard (1).

Comment décririez-vous ce que l’administration Trump met en place ?

Nous assistons médusés à la mise en place d’un régime autoritaire d’extrême droite, qui bafoue non seulement les formes, normes et règles de la démocratie libérale mais qui instaure le règne de la domination arbitraire de l’État sur la société civile. Toute l’histoire américaine est précisément marquée par cette hantise qu’un despote impose son pouvoir discrétionnaire sur les individus souverains.

Tout l’édifice politique, juridique et culturel des États-Unis repose sur la conjuration d’un César américain. C’est tout le sens du premier amendement et du « free speech » dont on parle beaucoup en ce moment : nul pouvoir public ne peut réprimer la parole des citoyens, leurs droits inaliénables à la dissidence.

Trump contrevient donc radicalement à l’histoire et même à l’esprit de son pays. La violence d’État, l’intimidation, la corruption, les passe-droits et la répression sont aujourd’hui les normes. Une terreur profonde s’est emparée des personnes les plus vulnérables du pays, en premier lieu les immigrés qui sont traqués et déportés sans droit à se défendre.

Le reste du corps social est discipliné et sommé d’obtempérer. Bref, ce ne serait qu’un glissement vers l’autoritarisme réactionnaire si l’idéologie et la pratique du pouvoir n’étaient à ce point ancrées dans l’idée de la contamination par les étrangers, les ennemis du peuple et les indésirables. Un mécanisme de fascisation me semble sans conteste à l’œuvre.

La nature fédérale de l’État peut-elle faire obstacle à ce projet ? De quelles ressources disposent les opposants ?

Les républicains, traditionnellement hostiles à la centralisation du pouvoir, sont désormais des relais zélés du gouvernement intrusif de Donald Trump et aucun élu local conservateur n’émet la moindre réserve. Il existe des divergences au sein de la coalition trumpienne mais elles sont tues tant le projet général de revanche et de réinvention du pays l’unit.

Elle n’est pas plus conservatrice que libertarienne : cette droite révolutionnaire espère que l’État incarné par un homme purgera le pays des effets jugés délétères de la démocratie. Des grands patrons à la Cour suprême, on accompagne et on facilite le projet de l’extrême droite au pouvoir. Quelques juges locaux tentent vaillamment de faire valoir le droit contre la force mais ils sont systématiquement désavoués par la Cour suprême.

Discernez-vous une stratégie des démocrates face à ces tentatives ?

Les démocrates sont à ce jour incapables de porter la résistance et d’articuler un contre-discours efficace. Ils ne se sont pas remis du désastre Biden-Harris et n’ont ni direction incarnée, ni ligne, ni sans doute détermination. Ils sont certes minoritaires au Congrès mais cela n’explique pas l’apathie des deux figures majeures du Sénat et de la chambre (Chuck Schumer et Hakeem Jeffries) ni l’hostilité larvée de l’establishment démocrate vis-à-vis du duo Sanders et Ocasio-Cortez, d’une part, et à l’égard de Zohran Mamdani, d’autre part, alors qu’ils furent chacun à l’origine d’un renouveau de l’espoir et de la mobilisation à gauche.

Que nous disent la récupération et l’instrumentalisation de la mort de Charlie Kirk du régime politique mis en place par Trump ?

Charlie Kirk était un intégriste religieux, un ardent défenseur de la suprématie masculine et blanche. Sa dévotion à Donald Trump, bien plus que sa notoriété toute relative dans le pays, explique son importance politique de son vivant.

Mais avec sa mort et sa sanctification par un régime friand de spectacle politique (grand-messe évangélique, chars blindés dans les rues…), Donald Trump révèle la quête fondamentale des extrêmes droites : le désir d’absolution, de jouir d’une impunité absolue à dominer, exclure, violenter, exploiter et réprimer au nom de leur statut de victime de l’Histoire, dominée selon eux par la gauche.

Voilà pourquoi Trump demande l’impunité pour Bolsonaro ou Netanyahou, pourquoi Meloni ou Bardella reprennent le culte de Kirk. Il s’agit de légitimer, par la propagande du martyr, la violence sociale, la corruption et l’alliance fondamentale de leur tradition politique avec les puissants.

(1) Egalement autrice de “La contre-révolution californienne” (Editions du Seuil).

Poster un commentaire

Classé dans Interviews

Donald Trump imperator : l’assaut contre l’Amérique

Disposant quasiment de pleins pouvoirs, le président profite de son second mandat pour tenter de remodeler en profondeur les institutions et la société. (Article publié dans l’Humanité du 30 septembre 2025.)

En 1935, Sinclair Lewis, premier États-unien récompensé du prix Nobel de littérature et socialiste engagé, formulait cette prédiction : « Quand le fascisme arrivera en Amérique, il sera enveloppé dans le drapeau et portera la croix. » Le débat pour déterminer si ce temps-là est arrivé n’est pas encore tranché, mais c’est bien sur le nationalisme et le christianisme politique que Donald Trump s’appuie pour mettre en œuvre le « Projet 2025 » de la Heritage Foundation, véritable feuille de route de son second mandat.

Durant la campagne électorale, il avait plaisanté – mais plaisante-t-on vraiment avec ce genre de sujet ? – en affirmant qu’il pourrait être un « dictateur d’un jour ». Quelques mois plus tard, il se comporte quotidiennement comme un satrape contre tout ce qui s’oppose à son projet Maga (« Make America Great Again »), dans une tentative de restauration d’une Amérique prétendument éternelle – le drapeau et la croix – chahutée par les mouvements d’émancipation de la société depuis les années 1960. Et c’est justement à la période qui précède que le président de la nostalgie nationaliste renvoie l’Amérique.

Un nouveau maccarthysme

« Nous sommes en 1952 dans une grande partie de l’Amérique en ce moment. » Ken Paulson, directeur du Free Speech Center de la Middle Tennessee State University, résume ainsi pour le site d’informations Truthout le sentiment partagé par des millions d’Américains.

Selon un scénario type de la « stratégie du choc » décrite par Naomi Klein, où un pouvoir se saisit d’un événement pour imposer un projet déjà prêt, l’administration Trump a instrumentalisé l’assassinat de l’influenceur d’extrême droite Charlie Kirk pour dresser, comme dans les années 1950, des listes d’« organisations de gauche » à relier, coûte que coûte, à la violence politique.

Cette nouvelle croisade prend aussi des airs de vendetta personnelle. James Comey, l’ancien directeur du FBI, a ainsi été inculpé quelques jours après un message comminatoire envoyé par Donald Trump à la ministre de la Justice, Pam Bondi, au mépris absolu de la séparation des pouvoirs, l’un des fondements institutionnels de la République américaine. D’autres « ennemis de l’intérieur » suivront.

« Il s’agit de la plus grande atteinte à la liberté d’expression depuis l’ère McCarthy, mais elle bénéficie d’un consensus populaire nettement moins important que lors de la deuxième vague de chasse aux communistes, met en perspective, sur X, Jeet Heer, journaliste au magazine progressiste The NationElle est menée au nom d’une faction minoritaire dirigée par le président le plus impopulaire de l’histoire moderne. »

Le contrôle des savoirs et de l’information

Les stratèges du Grand Old Party (surnom du Parti républicain) n’ont sans doute pas lu Gramsci, mais ils ont compris l’importance de la bataille pour l’hégémonie culturelle. Dès les années 1970, le mouvement conservateur a créé des « think tanks » afin de juguler la dynamique des mobilisations des années 1960 (droits civiques, féministes, anti-peine de mort, revendications amérindiennes).

Une seconde offensive a suivi les mouvements MeToo et Black Lives Matter, désignant un ennemi sous la forme du « wokisme ». Pour répondre à la censure progressiste présumée, les républicains ont mis en place une censure bien réelle qui commence par les rayons des bibliothèques scolaires. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a accéléré le rythme et étendu le champ de l’assaut.

L’université, lieu de transmission du savoir, et les médias sont désormais dans le viseur. Point commun de ces « institutions » : elles sont des entreprises recherchant le profit. Donald Trump sait où frapper : à la caisse. Il menace de retirer les fonds fédéraux aux établissements universitaires qui ne se conformeraient pas à un certain nombre de règles très « trumpistes ».

Ce sont surtout des frappes chirurgicales qui sont les plus effectives. Un exemple parmi cent : à l’université de Boulder (Colorado), le Centre des études asiatiques a vu son financement de 540 000 dollars supprimé par le ministère de l’Éducation.

« Les inégalités raciales et les questions de genre font clairement partie des thématiques censurées, témoigne Mathieu Desan, professeur de sociologie dans cette université. Pour les chercheurs qui travaillent sur ces sujets, il y a de la pression, parfois imposée directement par les instances du gouvernement qui subventionnent la recherche, pour éviter certains mots et euphémiser les sujets de recherche. »

L’affaire semble encore plus simple pour les chaînes de télévision : elles sont toutes détenues par des conglomérats. En juillet, CBS, propriété de Paramount, a versé 16 millions de dollars à Donald Trump afin d’éviter un procès puis a mis fin à l’émission de Stephen Colbert, l’un des humoristes les plus talentueux du pays. En septembre, c’est Jimmy Kimmel, hôte d’un « late show » sur ABC, qui se voyait suspendre par Disney après une menace directe de Brendan Carr, de la FCC, le gendarme des télécoms et de l’audiovisuel.

Les alliés de Donald Trump contrôlent désormais X, Facebook, Instagram, WhatsApp et bientôt TikTok et détiennent Fox News, CBS, le Washington Post et le Wall Street Journal. Avec le ralliement de la Big Tech, l’écosystème trumpiste domine presque sans partage.

L’utilisation des moyens régaliens (justice, armée)

La mobilisation de la garde nationale était un fait rarissime. Elle est devenue une pratique ordinaire. Cette force militaire de réserve patrouille dans les rues de places fortes démocrates : la Californie, Washington D. C., Memphis et bientôt Portland (Oregon).

À chaque fois, le prétexte est le même : la force armée est envoyée pour juguler une vague de criminalité qui n’existe que dans les fantasmes des républicains. Cette démonstration de force plaît à la base Maga persuadée que le pays est à feu et à sang. N’a-t-elle qu’une vertu galvanisatrice de ces électeurs ? Gavin Newsom y voit plutôt un jalon : selon le gouverneur de Californie, Donald Trump n’acceptera jamais de quitter le pouvoir et prépare un coup de Jarnac en 2028.

La justice constitue l’autre arme du pouvoir trumpiste. Le ministère, supposément indépendant, n’est plus que le bras armé de la Maison-Blanche tandis que le dernier mot sur la constitutionnalité des lois et décrets revient à la Cour suprême avec ses six juges conservateurs sur neuf.

« Il faut y ajouter la clause constitutionnelle de la suprématie, qui garantit généralement la primauté de l’État fédéral en cas de conflit entre une loi fédérale et une loi d’un État fédéré. Elle limite donc l’action des États fédérés pour s’opposer au gouvernement fédéral », souligne, pour l’Humanité, Antoine Yoshinaka, professeur de science politique à l’université de Buffalo (État de New York).


Résistances et limites

D’une certaine façon, Donald Trump dispose des pleins pouvoirs. L’armée est, par définition, aux ordres du commandant en chef. La convocation ce mardi à Washington des 800 généraux et amiraux en présence du président laisse augurer d’une nouvelle étape dans l’instrumentalisation de l’institution militaire. Le Congrès, à majorité républicaine, ne joue pas son rôle de contrepoids.

Les démocrates hésitent encore sur la stratégie à adopter, leur establishment apparaissant jusqu’ici plus mobilisé à étouffer la dynamique de l’aile gauche qu’à s’opposer frontalement à Donald Trump.

Mais quelques brèches apparaissent comme autant de signaux positifs. Le projet d’envoyer la garde nationale à Chicago a été mis en pause suite à la réaction musclée des élus locaux. Le retour du show de Jimmy Kimmel comme le départ précipité d’Elon Musk de sa fonction ministérielle illustrent le pouvoir certes limité mais réel des citoyens-consommateurs.

« Une bataille a lieu dans le champ de l’opinion publique et c’est un moyen dont disposent les opposants pour tenter de convaincre la population du danger que peuvent représenter certaines politiques de l’administration Trump », estime Antoine Yoshinaka.

Les sondages sont au plus bas pour Donald Trump, surlignant une absence d’adhésion aux politiques mises en œuvre. Cet état minoritaire du trumpisme dans la société états-unienne ne doit cependant pas masquer le climat général que façonne sa rhétorique. La « guerre civile froide », que pointait le journaliste Carl Bernstein, devient chaque jour un peu plus chaude.

Poster un commentaire

Classé dans Eclairages

Pourquoi Pete Hegseth convoque le gratin de l’armée US à Washington

Le secrétaire à la Défense à convoqué à Washington l’ensemble du commandement militaire, soit 800 généraux et amiraux. Une initiative sans précédent qui interroge sur les motivations réelles. (Article publié dans l’Humanité du 29 septembre 2025).

Le plus grand rassemblement de gradés de l’histoire militaire aura lieu mardi 30 septembre sur la base des marines à Quantico (Virginie), près de Washington D.C. Huit cents généraux et amiraux ont reçu la semaine dernière une convocation de la part Pete Hegseth.

Le secrétaire à la Défense que Trump veut désormais faire appeler secrétaire à la Guerre, dans un changement sémantique dont l’interprétation est limpide, n’a fourni aucune explication ni ordre du jour. Si les 44 généraux bardés de 4 étoiles – le plus haut rang dans l’armée américaine – se réunissent deux fois par an à Washington, jamais l’ensemble du sommet de la hiérarchie de la première puissance militaire du monde ne s’est retrouvé en un seul et même lieu.

Un rassemblement risqué 

Observateurs et militaires se perdent en conjectures sur les raisons de cette réunion aussi soudaine qu’unique. Si Pete Hegseth veut faire passer un message à la hiérarchie, il y a plus simple que ce grand raout qui semble présenter plus de risques que d’avantages.

Rassembler tout son commandement dans un même lieu et l’annoncer défie la plus élémentaire des logiques militaires. De plus, le « shutdown » (fermeture du gouvernement) annoncé pour le soir même du 30 septembre, faute de financement voté par le Congrès en cette fin d’année fiscale, pourrait amener les généraux stationnés à l’étranger à devoir rester à Washington, les coupant ainsi de leurs unités.

Dans un message remarqué, le général à la retraite Ben Hodges a tracé un parallèle avec la réunion surprise en 1935 au cours de laquelle les généraux allemands ont été « tenus de prêter serment » à Adolf Hitler. L’annonce, dimanche après-midi de la présence de Donald Trump à cette réunion, sans tout à fait donner crédit à cette dernière thèse laisse en tout cas supposer qu’il ne s’agira pas d’un message anodin.

Dans un long post sur Substack, l’historien Timothy Snyder, qui a quitté les États-Unis pour le Canada, résume les explications possibles : « 1. Il a quelque chose de futile à dire qu’il ne comprend pas les risques. 2. Il souhaite mettre en danger la vie des généraux et des amiraux. 3. Il va organiser une purge, impliquant peut-être un serment d’allégeance ou quelque chose de similaire qui nécessite une présence physique. 4. Il va dire aux commandants que désormais, leur mission sera d’opprimer les citoyens américains («défense du territoire national »). »

Il peut en exister une cinquième : le bras armé de Donald Trump va annoncer une opération militaire dans un pays étranger, auquel cas le Venezuela semble tout désigné.

Selon la chaîne NBC, un plan d’intervention à l’intérieur des frontières est en train d’être préparé, avec pour prétexte le ciblage de trafiquants de drogue, soit le même qui a été brandi pour justifier les attaques de bateaux au large des côtes du pays dirigé par Nicolás Maduro. Là encore, nul besoin d’exposer l’ensemble du commandement militaire pour lancer une telle opération.

Depuis qu’il a quitté son poste de commentateur sur la chaîne ultraconservatrice Fox News pour prendre les rênes du Pentagone, avec son budget de près de 800 milliards de dollars, Pete Hegseth, ancien militaire déployé en Irak et Afghanistan, s’est fixé pour mission de restaurer un « éthos du guerrier ». L’armée serait devenue trop « woke ».

Sans explication, il a ainsi limogé nombre de généraux, tous membres des minorités ou des femmes. Message : la guerre est une affaire d’hommes blancs.

Un possible projet de « défense nationale » face aux « terroristes intérieurs »

Selon le New York Times, cette réunion hors norme pourrait être l’occasion de dévoiler en avant-première un nouveau projet de stratégie de défense nationale pour le Pentagone. Un document, non rendu public, se trouve en cours d’élaboration et placerait la sécurité intérieure et la défense de l’hémisphère occidental au sommet des priorités.

Le premier point est, de fait, déjà mis en œuvre : des milliers de soldats ont été envoyés à la frontière avec le Mexique afin de juguler les flux migratoires, tandis que la garde nationale a été déployée en Californieà Washington D.C. et à Memphis, pour supposément lutter contre l’immigration illégale et la criminalité.

Samedi, c’est une autre ville démocrate qui a été prise pour cible par Donald Trump, qui a autorisé « l’usage de la force maximale si nécessaire ». Portland, dans l’Oregon, est connue pour sa culture contestataire. Les pratiques de l’ICE, la police de l’immigration, qui se comporte comme une garde prétorienne, y rencontrent hostilités et manifestations.

Le président nationaliste veut y voir la main « des antifa et d’autres terroristes intérieurs ». Il installe surtout, touche après touche, une utilisation de l’armée à des fins intérieures.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

J.D. Vance annonce un nouveau maccarthysme

L’administration Trump profite de l’assassinat de l’influenceur d’extrême-droite Charlie Kirk pour lancer une offensive sans précédent contre la gauche. (Article publié dans l’Humanité du 17 septembre 2025.)

J.D. Vance est décidément le théoricien de la bande. A Munich, il avait fait la leçon aux dirigeants européens, accusés de censure et de non-respect du « free speech » ( liberté de parole) et livré une déclaration de soutien de l’administration Trump à toutes les extrêmes-droites du Vieux Continent, de l’Afd allemande au britannique Tommy Robinson. Lundi, en direct de la Maison Blanche, il a annoncé le lancement d’une offensive sans précédent depuis le maccarthysme contre la gauche. Le vice-président se trouvait derrière le micro du show habituel de Charlie Kirk, afin d’animer une émission à la mémoire de son ami assassiné le 10 septembre dernier et pièce essentielle de la galaxie trumpiste. Quelques heures après l’annonce du décès de l’influenceur d’extrême-droite, le président nationaliste avait accusé la « gauche radicale ». Moins d’une semaine après, son bras droit met en musique cet assaut.

Il a accusé « un mouvement extrêmement destructeur d’extrémisme de gauche » d’avoir contribué à ce meurtre. Alors que l’enquête se poursuit et que le mobile demeure incertain, selon le gouverneur républicain de l’Utah, Spencer Cox, J.D. Vance a décrété que l’auteur du coup de feu fatal avait une « idéologie de gauche ». Cette affirmation sans fondement sert de prétexte au démantèlement des institutions de gauche. « Ce n’est pas un problème qui touche les deux camps », a tenté de justifier J.D. Vance, en référence à la tentative d’assassinat de Donald Trump en juillet 2024 ainsi qu’à la fusillade de 2017 contre le leader républicain de la Chambre des représentants, Steve Scalise. Il a cependant omis quelques épisodes: les attaques contre le mari de l’ancienne présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, l’incendie criminel contre la maison du gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro ou le meurtre de la députée de l’État du Minnesota Melissa Hortman, sans parler des défilés racistes et antisémites de Charleston en 2017.

La répression devrait commencer par le « traitement fiscal généreux » dont bénéficient la Fondation Ford et les Open Society Foundations de George Soros, cible privilégiée de l’extrême-droite, des suprémacistes blancs états-uniens au premier ministre hongrois Viktor Orban. Elles sont accusées de financer The Nation qui a publié un « article répugnant » qui, selon J.D. Vance, a été utilisé pour justifier la mort de Kirk. Si la Fondation Ford a accordé une subvention de 100 000 dollars au magazine de gauche en 2019 pour un programme de stages, elle n’a plus versé un cent depuis, selon des informations disponibles en ligne rapportées par le Washington Post. Sur X, Bhaskar Sunkara, président de The Nation (fondé en 1865), a réagi : « Je ne sais pas d’où il tire ses informations, mais J.D. Vance ment au sujet du magazine The Nation. Nous acceptons volontiers les dons de toute personne qui respecte notre indépendance éditoriale, mais nous ne recevons pas un centime de Soros ou de l’Open Society Foundation. » George Soros constitue la cible privilégiée de l’extrême-droite qui, sur fond de tropes antisémites, en fait le grand argentier et l’organisateur-en-chef d’une gauche pêle-même « radicale », « woke » et pro-palestinienne.

La Maison Blanche a confirmé l’établissement d’une liste des « organisations de gauche » qu’elle tente de lier à la violence politique. L’une des armes utilisées pourrait être la remise en cause leur statut d’exonération fiscale mais pas seulement. Donald Trump envisage également d’utiliser la loi fédérale Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act, destinée à lutter contre le crime organisé. Elle viserait les manifestants qui s’opposent aux raids violents de la police de l’immigration comme aux femmes qui l’ont qualifié d’« Hitler de notre époque » dans un restaurant la semaine dernière. Enfin, le président en exercice a également déclaré qu’il était « à 100 % » favorable à la désignation du mouvement Antifa comme organisation terroriste. Une qualification déjà envisagée lors de son premier mandat mais qui se heurte à des obstacles  juridiques.
Ces nouvelles attaques complètent celles déjà lancées par l’administration Trump contre les Universités et par les majorités républicaines dans les Etats qu’elles dirigent, notamment en Floride et au Texas, qui interdisent nombre d’ouvrages dans les bibliothèques scolaires, d’un roman de Toni Morrison à des ouvrages sur le féminisme ou le racisme. Touche après touche, profitant des circonstances pour accélérer leur projet, l’administration Trump tente de mettre en place un Etat autoritaire. « On n’en est peut-être même plus au stade où il faut parler d’un Etat autoritaire, soulignait l’historienne Sylvie Laurent lors d’un débat à la Fête de l’Humanité. Mais à la mise en place d’un Etat fasciste. »

Christophe Deroubaix

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages