Trump a-t-il un plan pour voler les midterms ?

Le président tente d’utiliser l’élection de 2020 qu’il juge frauduleuse pour modifier la trajectoire du prochain scrutin, promis à un vote-sanction contre lui. (Article publié dans l’Humanité du 20 juillet 2026.)

Une adresse à la nation pour se plaindre une nouvelle fois et affirmer qu’il a bien gagné l’élection présidentielle de 2020 ? En apparence, Donald Trump a encore cédé, jeudi 16 juillet au soir, au complotisme teinté d’« autolâtrie » qui caractérise son rapport au scrutin qu’il a pourtant bel et bien perdu (81 millions de voix et 306 grands électeurs pour Joe Biden, contre 74 millions et 232 pour le candidat républicain).

Son discours de vingt-cinq minutes a été émaillé des mots fétiches que tout soutien se doit de faire sien : « truqué et volé », « complot », « manipulation », « corrompu », « fraude », « État profond ». Seul fait nouveau, le président états-unien a nommément accusé la Chine parce qu’elle « voulait que je perde ».

Pour preuves, des documents déclassifiés montrant que, « sur plusieurs années, à partir de l’élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’histoire, aboutissant à son obtention illicite de 220 millions de fichiers d’électeurs américains ».

Si Donald Trump a fait référence à la Chine à une vingtaine de reprises, il n’a, en revanche, cité la Russie qu’une seule fois. Or, les services de renseignements états-uniens ont conclu que, si Pékin avait déployé certains efforts pour influencer l’opinion publique américaine lors de l’élection de 2020, elle est restée largement en retrait, tandis que Moscou a mené une campagne de grande envergure pour aider le candidat républicain à remporter la victoire en 2016. On pourrait penser que l’octogénaire ne se remet pas de la blessure narcissique infligée par le suffrage universel. Derrière l’égotisme de façade, certes bien réel, se dissimule une stratégie, contenue dans cette phrase : « Nous ne pouvons plus jamais assister à une nouvelle élection volée. » Le locataire de la Maison-Blanche ne ressasse pas, il prépare.

Quoi, précisément ? C’est toute la question. Il a annoncé, durant son discours, que le FBI et d’autres agences fédérales avaient été mandatés pour enquêter sur des ingérences électorales, première étape dans l’instauration d’un climat de suspicion.

Il a surtout exhorté les sénateurs républicains à adopter une loi, déjà votée par la Chambre des représentants, qui rendrait plus compliqué le vote des classes populaires hispanique et africaine-américaine en imposant la présentation d’un justificatif de citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales ainsi que d’une pièce d’identité avec photo pour voter.

Si le GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) dispose d’une majorité à la chambre haute, tous ses élus n’approuvent pas cette intrusion du gouvernement fédéral dans l’organisation des élections, historiquement l’affaire des États fédérés.

Certains élus sont également soumis à réélection dans des États disputés et donc à la pression d’un électorat opposé à ce texte et à tout complotisme. Selon un sondage de The Economist-YouGov réalisé en juin, 50 % des républicains et 66 % des militants Maga (« Make America Great Again ») sont convaincus que l’élection de 2020 a été truquée, mais ils représentent seulement 28 % de l’ensemble des électeurs.

Majoritaire chez les républicains, minoritaire dans le pays : sur ce sujet aussi, Donald Trump doit affronter la quadrature du cercle. Certain de perdre la partie en novembre pour les élections de mi-mandat, il tente de s’en sortir par la redéfinition des règles.

« C’est une stratégie courante, chez de nombreux dirigeants populistes autoritaires, de remettre en cause les règles du jeu électoral lorsqu’ils se sentent menacés par leur impopularité dans les sondages ou lorsque les résultats les désignent comme perdants, souligne, auprès du New York Times, Pippa Norris, professeur de sciences politiques à l’université de Harvard. C’est d’ailleurs un leitmotiv que le président utilise depuis plus d’une décennie maintenant. »

Dès l’été 2025, il a lancé une offensive de charcutage électoral unique en son genre. Les redécoupages interviennent généralement après les recensements qui ont lieu tous les dix ans, le prochain étant programmé pour 2030. À peine de retour à la Maison-Blanche, le 47e président sentait déjà venir le vote sanction.

Avec l’aval de la Cour suprême, qui a amputé la loi sur les droits civiques de 1965, Donald Trump a gagné cette bataille : les républicains ont récupéré sur le tapis vert plus de sièges que les démocrates. Les sondages annoncent pourtant une victoire de ces derniers. Quelle sera donc la prochaine étape de Donald Trump pour tenter de « voler » ce scrutin ?

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Laisser un commentaire