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Les pro-Sanders préparent l’acte 2 de la « révolution politique »

 

(Article publié dans l’Humanité du 7 juin 2016)

Grâce à sa victoire en Californie, Hillary Clinton remporte l’investiture du parti démocrate. Mais déjà, pour le mouvement initié par le sénateur socialiste du Vermont, l’heure est à la préparation de l’avenir. Dans une semaine, à Chicago, le « sommet du peuple » posera peut-être les bases d’une nouvelle organisation.

 

Pour la deuxième fois en un an, Charles Lenchner va laisser pour quelques jours ses « deux chats communistes sectaires » (Charles a un côté provocateur assumé !), quitter son appartement de  Brooklyn et tailler la route vers Chicago. Pour la deuxième fois en un an, il va réfléchir à Sanders et à la « révolution politique. »  « Je me souviens très bien de la réunion de mai 2015, commence-t-il, attablé dans un pub new-yorkais après un débat au Left Forum (1). Bernie Sanders venait de décider de participer aux primaires démocrates, non en troisième candidat. Je me souviens très bien de la grande colère qu’il avait dû affronter. » Engagé dans la campagne du sénateur du Vermont depuis un petit mois, ce consultant marketing, ancien militant de la cause des Palestiniens en Israël, ancien du mouvement Occupy Wall Street, avait appuyé la décision de Sanders. Celui qui est devenu depuis l’un des fondateurs de « People for Bernie » prend une gorgée d’eau fraîche et savoure ce qu’il va dire : « Un an après… » Il n’en dit pas plus et laisse un blanc, que nous remplissons. Un an après, à la veille du dernier « super Tuesday » de la saison, avec notamment la Californie en jeu (lire ci-contre), Bernie Sanders a recueilli dix millions de voix (43% des suffrages exprimés). Soit le score le plus important remporté, de toute l’Histoire politique moderne, par ce que les commentateurs politiques nomment un « insurgent », dont la traduction française pourrait se placer entre « outsider » et « insurgé ». « Un an après, reprend Charles, cette campagne est une boussole : nous avons vu nos forces, nous avons aussi repéré nos faiblesses. Surtout, elle a montré à quel point l’establishment démocrate était faible. » Une boussole, certes, mais pour aller où ? C’est la question qui sera débattue lors du « Sommet du peuple », à Chicago, du 17 au 19 juin. Y prendront notamment la parole Naomi Klein, la journaliste et militante altermondialiste, Cornell West, philosophe africain-américain, RoseAnn DeMoro, la présidente du syndicat des infirmières, l’un des seuls à avoir officiellement apporté son soutien à Sanders.

Charles Lenchner y croisera peut-être un autre New-Yorkais, Michael Zweig, professeur d’économie à l’Université Stony Brook qui sera à peine sorti de la conférence de deux jours dont il est la cheville ouvrière « Comment fonctionnent les classes sociales ? » « La difficulté va être de gérer deux « après », estime-t-il. En même temps que la construction du mouvement se pose, il faut se demander ce qu’il faut faire pendant la campagne. » Là, clairement, deux « écoles » s’affrontent. Les uns estiment que Sanders doit officiellement apporter son soutien à Hillary Clinton afin de faire barrage à Donald Trump. Les autres le pressent de se présenter en troisième candidat lors du scrutin de novembre. John Mason fait partie des premiers. Kshama Sawant des seconds. John est professeur de sciences-politiques à l’Université William Patterson. Francophone et francophile, il s’est engagé dans la campagne de Sanders et porte au revers de sa veste un gros pin’s bleu ciel sur lequel apparaissent seulement une chevelure blanche, des sourcils blancs et des lunettes, ne laissant aucun doute pour autant sur l’identité du personnage. Kshama est conseillère municipale socialiste à Seattle, la première à être élue dans une assemblée locale sous cette étiquette depuis les années 20. Elle s’est trouvée à la pointe de la bataille pour le SMIC à 15 dollars que la ville du nord-ouest du pays a été la première à adopter avant que les Etats de Californie et de New York n’en fassent leur loi. Arguments.

Pour John, c’est certain, « Sanders ne fera pas une « erreur Nader ». Référence au candidat des Verts qui, en 2000, avait grignoté suffisamment de voix pour être accusé d’avoir favorisé l’élection de W. Bush face à Al Gore. « On peut avoir une campagne autonome à côté de celle de Clinton, ajoute l’universitaire. La prochaine campagne de Bernie sera celle qu’il va mener auprès de la classe ouvrière blanche afin qu’elle ne vote pas Trump. » Puis, en cas de victoire de Clinton, « Bernie peut peser jusqu’à la composition du cabinet. Pourquoi pas imposer la nomination de Stiglitz (prix Nobel d’économie, critique des politiques néolibérales, NDLR)? »

Kshawa développe un tout autre raisonnement. « Pourquoi, où en ce moment historique, alors que des dizaines de millions d’Américains cherchent une réponse en dehors de l’establishment, devrions-nous suivre le parti démocrate ? Le problème, ce n’est pas le candidat. Les bons candidats qui se présentent pour de mauvais partis produisent toujours de mauvaises choses. Si Sanders se présente en indépendant en novembre, Trump ne pourra pas avoir le monopole du vote anti-establishment. Mais si Bernie apporte son soutien à Clinton, il ne faudra pas le suivre. Notre légitimité nous la devons au mouvement pas à Bernie. » Membre de la même organisation, Socialist Alternative, Philipp Locker insiste : «L’expérience d’une année de campagne primaire est concluante : il n’y a aucune possibilité de changement dans le cadre du parti démocrate. La preuve : « Bernie » n’a pas réussi à obtenir la nomination. Le meilleur moyen de tuer notre mouvement naissant ce serait d’apporter un soutien à Hillary Clinton. Si Sanders se présente en novembre et obtient 5, 10, 15 millions de voix, ce serait un tremblement de terre dans la vie politique. »

Entre ces deux options, Charles Lenchner n’a aucun doute sur le choix stratégique de Sanders. Il écrit déjà le scénario : « Jusqu’à la convention (qui aura lieu du 25 au 28 juillet à Philadelphie, NDLR), Sanders va continuer à marteler son message et à ne pas obéir à Clinton. A la convention, il va y avoir un bras de fer puis un accord. Sanders va faire campagne pour Clinton mais à sa façon, certainement pas sur ordre de la candidate. Puis après, il va utiliser la liste de noms pour monter son organisation. » Bhaskar Sunkara, le jeune rédacteur-en-chef du magazine new-yorkais, Jacobin, qui sera également présent à Chicago, n’en doute pas une seule seconde : « On voit chez Sanders des signes de volonté de construire une sorte d’appareil permanent. »

Ce qui nous amène au deuxième temps : le futur lointain. Une organisation, mais comment et où ? « Les Sandernistas veulent se structurer en courant organisé au sein du parti démocrate », annonce John Mason. Pour Michael Zweig, ce serait une erreur : « Le parti démocrate va devenir un endroit très inamical pour les militants radicaux. Tous ces jeunes qui ont suivi Sanders pendant la primaire n’ont, à mon avis, pas grand-chose à faire du parti démocrate. » L’autre écueil pour cet universitaire, également très proche du syndicalisme et du mouvement anti-guerre : « la constitution d’un troisième parti qui annoncerait la fin du mouvement. » Donc ? « Il faut un mouvement à la fois dedans et dehors. A l’image de ce que fit la Rainbow Coalition de Jesse Jackson. Sauf que Sanders n’est pas un Jesse Jackson et il n’y a personne d’autres. Or, il ne peut y avoir un tel mouvement sans leader charismatique. Un ou plusieurs mais au moins un. C’est ce qui ne me rend pas très optimiste. »

Pour un certain nombre de volontaires de la campagne de Sanders, après-demain se prépare demain. Ils ont publié un document de trois pages en forme de « feuille de route ». Premier acte à poser selon eux : que Sanders organise à côté de la convention démocrate, sa propre convention  dont le thème central serait la transformation politique de l’Amérique et qui poserait les bases d’une organisation indépendante. D’autres militants « sandernistas » engagent la bataille pour un Congrès plus progressiste…en 2018. Leur initiative a été baptisée « Brand New Congress » (Un Congrès flambant neuf). Déjà, dans quelques circonscriptions, le sénateur du Vermont a décidé de défier la direction du parti démocrate. Il soutient ainsi Tim Canova, un professeur de droit, qui s’oppose à la députée sortante de Floride, Debbie Wasserman-Schultz, également présidente du parti démocrate, très vivement critiquée par le camp Sanders pour avoir outrageusement favorisé Hillary Clinton. Pour le député du Minnesota, Keith Ellison, l’enjeu ne se limite pas aux circonscriptions. « Nous avons besoin de militants qui se présentent aux conseils d’école, décrit-il au New York Times. Aux conseils municipaux. Aux cantonales. Aux comités d’urbanisme. Partout, pour développer partout le message de Bernie dans les communautés locales. » « L’une des clés réside dans la convergence des groupes sous le « parapluie » Sanders, ajoute John Mason. Par exemple, sur la question de la fracturation hydraulique, cela se produit déjà avec les écologistes et les communautés amérindiennes car les projets se développent principalement sur leur territoire. »

Les syndicats constituent un autre enjeu majeur. « Ils demeurent la principale force organisée de la société », pointe Justin Molito, organisateur du Syndicat des écrivains de la côte est. Les directions syndicales se sont souvent prononcées pour Clinton alors que la base était pro-Sanders. « Ce qui a provoqué, dans certains syndicats, une révolte des syndiqués qui poussent à changer les règles du soutien officiel apporté aux candidats, pourquoi pas en faisant voter la base », reprend le syndicaliste écrivain. « Il ne faut pas se tromper sur le soutien de certains syndicats, explique Charles Lenchner. SEIU a soutenu Clinton mais dès que celle-ci sera élue, il poussera pour l’adoption du SMIC à 15 dollars, qui n’est pourtant pas la proposition de Clinton mais celle de Sanders. » Autrement dit, la « révolution politique » ne s’arrête pas ce soir, en Californie, ni le 8 novembre, à Washington.

Christophe Deroubaix

 

  • La fondation Gabriel-Péri y a organisé un débat sur le néolibéralisme et sa contestation en France et aux Etats-Unis.

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Dans le Wisconsin, Sanders maintient son « momentum », et après ?

(Article publié dans l’Humanité du 7 avril 2016)

Alors que le candidat qui se définit comme socialiste a remporté le Wisconsin, deux universitaires américains ont débattu, mardi à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, des suites du mouvement ainsi initié.

Bernie Sanders a remporté, mardi, sa sixième victoire d’affilée. Et sans doute l’une des plus significatives. D’abord, parce qu’elle concerne sa plus grosse « prise » après le Michigan ; le Wisconsin, , une terre industrielle et syndicale où le gouverneur républicain, Scott Walker, a lancé, souvent avec succès, des attaques contre le mouvement syndical, notamment dans le public, et sa capacité à négocier collectivement au nom de tous les salariés. Ensuite, car elle permet au candidat qui se définit comme « socialiste » d’entretenir le « momentum », cet esprit de dynamique, et de l’emporter avec lui vers la prochaine étape : l’Etat de New York, sa terre natale, face à une Hillary Clinton qui en a été la sénatrice de 2001 à 2009. Selon les sondages, l’écart se resserre et s’établirait désormais à une dizaine de points contre vingt il y a une semaine.

A l’heure où les Wisconsinites prenaient la direction des bureaux de vote, deux universitaires américains discutaient, à Paris, à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, de l’impact de cette candidature. Malgré son succès dans le Wisconsin, Sanders « ne peut plus gagner la nomination », a estimé Mark Kesselman, professeur émérite de sciences-politiques à l’Université de Columbia (New York). Il a accumulé trop de retard, en nombre de délégués, dans les Etats du Sud. « Les Africains-Américains représentent 20 à 30% de la base du parti démocrate et Hillary Clinton remporte 80% de ce vote. Dans ces conditions, il n’y a pas de possibilité de victoire », a rappelé Gerald Friedman professeur d’économie à l’Université d’Amherst (Massachusetts) et membre du comité de conseillers économiques du candidat. Il n’empêche, selon Kesselman, que « la candidature de Sanders est un phénomène que personne n’a prévu et même pas Sanders lui-même sans doute. » Un « phénomène » qui ne retombera pas avec la fin des primaires, selon les deux intervenants.

Dans un contexte de «guerre idéologique énorme, les électeurs de Sanders vont rester mobilisés», a ajouté Kesselman. « Le mouvement Sanders se poursuivra. Et le mouvement est peut-être plus à gauche que Sanders lui-même », pense Friedman, qui tout en étant l’un des conseillers économiques du candidat qui se proclame « socialiste » le définit plutôt comme un « adepte du New Deal. »

Le mouvement initié par le sénateur du Vermont n’est pas uniquement électoral comme en a témoigné Jim Cohen, professeur américain enseignant à Paris: «J’ai vu, en Arizona, comment le mouvement des migrants sans-papiers en Arizona regardaient Sanders de loin, l’été dernier, et certainement avec raison, car il était suspecté de ne porter des propositions que pour les salariés. J’ai vu comment ce mouvement s’est rapproché de Sanders, comment Sanders s’est rapproché de ce mouvement et comment finalement les mouvements sociaux ont nourri la campagne de Sanders. »

« Il va falloir être très attentif aux primaires pour les élections locales et pour le Congrès, a pointé Daniel Cirera, secrétaire général de la Fondation Gabriel-Péri. Lors des dernières élections de mi-mandat, les démocrates avaient perdu des sièges mais ceux qui avaient été élus étaient beaucoup plus à gauche. » La dynamique politique catalysée par Sanders ne se résume pas à « nomination/pas nomination ». En attendant, le candidat prétend que la possibilité de remporter l’investiture existe toujours. Il lui faut remporter 56% des délégués encore en jeu.

 

 

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La Californie devient le paradis du SMIC

(Article publié dans l’Humanité du 30 mars)

Le plus grand Etat américain, huitième économie du monde, va instituer un salaire minimum à 15 dollars de l’heure.

 

Emue, Holly Dias a posé son épaule sur celle de Jerry Brown qui l’a enlacée. La salariée de Burger King et le gouverneur du plus puissant Etat américain, la Californie. De la matière pour une romance hollywoodienne, célèbre production locale. En fait, cette étreinte symbolise la saga sociale et politique la plus populaire du moment : le combat pour un SMIC à 15 dollars.

Lundi de Pâques, Jerry Brown, le gouverneur démocrate de Californie a annoncé qu’il allait présenter à la législature de l’Etat une mesure qui permettra de porter le salaire minimum à 15 dollars de l’heure (contre 10 actuellement), soit le double du minimum fédéral (7,25). Le SMIC sera augmenté progressivement jusqu’en 2022 où il atteindra la barre des 15 dollars. Les PME de moins de 25 salariés disposeront de deux années supplémentaires pour s’y conformer puis, à partir de 2024, le SMIC de l’Etat sera indexé sur l’inflation. La Californie, huitième économie de la planète, deviendra l’endroit au monde où le salaire minimum sera le plus élevé.

Un tiers du salariat californien, soit près de 6 millions de personnes, bénéficieront de cette avancée sociale. Parmi celles-ci : Holly Dias, donc. Présente lors de la conférence de presse organisée par Jerry Brown pour annoncer l’accord trouvé avec les syndicats, elle a déclaré : « Je voudrais remercier tous les travailleurs qui se sont battus pour eux-mêmes et leurs familles en revendiquant un SMIC à 15 dollars. » Tout est en effet parti d’eux, ces salariés de fast food, dans un modèle de « bottom up », comme on dit outre-Atlantique, c’est-à-dire d’une campagne de terrain qui part du bas (bottom) et agit sur le haut (up).

En novembre 2012, une centaine de salariés de ce secteur à New York déclenchent une grève et quantifient leur revendication : 15 dollars de l’heure. Barack Obama venait de remporter l’élection présidentielle mais les Républicains avaient réussi à maintenir leur majorité à la Chambre des représentants. Quelques semaines plus tard, le premier allait appeler les seconds à donner un coup de pouce à un salaire minimum fédéral famélique (7,25). Et, sans surprise, les apôtres du laissez-faire y répondraient par l’inaction.

Pour les travailleurs souvent pauvres, la réponse ne pouvait venir que du « bottom » : ville après ville, le « fight for 15 » ouvre des sections, reçoit l’appui des syndicats traditionnels, met la pression sur les élus. A Seattle, ils font une étonnante rencontre : Kshama Sawant, une candidate socialiste, d’obédience troskyste, au conseil municipal qui mène toute sa campagne sur ce thème. A la surprise générale, elle est élue, le 5 novembre 2013, face au démocrate sortant. Dans l’enceinte feutrée de l’assemblée municipale, elle fait entrer la voix de Julia, Terran, Sam, Hana ou Iesha qui ont mis la friteuse et le grill sur « off » pour réclamer un salaire décent. La campagne est orchestrée par le local 775 du syndicat SEIU (Service Employees International Union). A la baguette : David Rolf, qui, en 1998, avait organisé la syndicalisation de 74 000 personnes du secteur de la santé à Los Angeles, la plus massive campagne d’adhésion depuis la syndicalisation de l’usine Ford de Rivière-Rouge en 1938. La combinaison d’une campagne politique et d’un mouvement social énergique menée par des salariés sous-payés et non-syndiqués s’avère gagnante: quelques mois plus tard, le SMIC à 15 dollars est adopté par les élus. Il devient la loi pour tous les salariés de l’une des principales villes de la côte pacifique.
Pour le syndicaliste David Rolf, interrogé par l’Humanité en octobre 2014, « en relançant massivement la demande par l’instauration d’un Smic à 15 dollars, nous offrons une alternative au “trickle down”, la théorie de l’offre, qui veut que plus on met d’argent par le haut, plus cela ruisselle vers le bas. C’est une réponse concrète au creusement des inégalités. Réponse construite à partir des villes et des Etats face au blocage de la machine à Washington. »Toujours pour l’Humanité, Kshama Sawant en tirait ces leçons politiques : « C’est un point de départ. D’abord, c’est une ouverture pour une gauche réelle qui ne veut plus se laisser prendre au piège du moindre des deux maux, avec les démocrates. Ensuite, le débat sur les 15 dollars nous a permis de changer la nature du débat politique dans cette ville où les élus, tous démocrates, étaient sensibles aux arguments du monde des affaires. » C’est dans l’ensemble du pays, en fait, que la nature du débat a changé. De l’épicentre Seattle, le combat pour un salaire décent se propage. Fin 2014, c’est San Francisco qui l’adopte par référendum. Puis New York qui l’appliquera pour les salariés des fast foods. Puis Los Angeles. Et désormais, la Californie. Et demain ?

Depuis le début de la campagne des primaires, Bernie Sanders fait du SMIC à 15 dollars un axe de sa « révolution politique ». Hillary Clinton trouve le montant trop élevé, trop irréaliste et propose 12 dollars. Le New York Times l’avait pourtant appelée à rejoindre la position de Sanders jugée la plus à même, par le grand quotidien, de lutter contre les inégalités. Hier, via un tweet, la candidate démocrate a salué une «  grande victoire » et a « applaudi ». Bernie Sanders a aussitôt rétorqué : « Je propose un SMIC fédéral à 15 dollars. Pas Hillary Clinton. » Le 7 juin prochain, les deux prétendants à l’investiture démocrate s’affronteront… en Californie.

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Trump-Le Pen, « même poil, même bête »

(Article publié dans l’Humanité du 23 mars)

Trumpisme et lepénisme jouent sur les mêmes peurs et enfilent les mêmes camouflages « sociaux ». Seuls divergent les verbes. Deux tactiques pour une même stratégie.

 

Marine Le Pen n’a sans doute pas poussé son plaisir jusqu’à envoyer un petit mot d’encouragement à Donald Trump qui creuse son sillon vers la nomination du parti républicain mais le cœur y est, on n’en doute pas. Les grandes admirations sont parfois pudiques. Mais d’autres n’ont pas ces vapeurs de circonstance. Il y a quelques mois, Sarah Palin, actuelle soutien de Donald Trump et ancienne colistière de John Mc Cain en 2008 qui s’était distinguée par sa méconnaissance totale du monde entourant l’Alaska, a avoué un « coup de cœur politique » pour une députée du Vaucluse, « fervente catholique », qui lui rappelle « Jeanne d’Arc ». Marion Maréchal-Le Pen, bien sûr. Côté FN, les outrances verbales du milliardaire nationaliste et xénophobe amènent les dirigeants les plus « marinistes » à une grande discrétion. Mais on peut toujours compter sur Robert Ménard pour dire ce qui est masqué dans les hautes sphères de l’extrême-droite. Dans « Le Monde », il reconnaissait: « Ses constats et sa sensibilité sont très proches de ceux de la droite patriote.»

« Même poil, même bête », comme le veut le proverbe antillais. Dans un article publié par « The American Prospect », trois universitaires décortiquent ce « trumpisme, phénomène transatlantique ». Dépassant la seule analyse du « monstre de Frankenstein du parti républicain », ils dressent un parallèle entre Trump, Ukip ou le Front national. Ils y voient des « réactions à la globalisation », promue « de manière presque monolithique par les gouvernements de centre droit ou centre gauche». Comme un dernier cri politique des « perdants » de la mondialisation, peu diplômés. Mais attention au raccourci d’une version transatlantisée du « gaucho-lepénisme », promue par Pascal Perrineau et déclinée à sa façon par le journaliste américain Thomas Frank dans son livre: « Pourquoi les pauvres votent à droite ? »

« Les gens qui sont vraiment déclassés ne votent pas, rappelle, pour l’Humanité, Charlotte Cavaillé, post-doctorante à l’institute for advanced studies in Toulouse, et co-auteur de l’article cité. Mon hypothèse de départ: ce sont ceux qui sont juste au-dessus de la ligne de déclassement qui se retrouvent en Trump. » En France, aussi, des chercheurs ont fait un sort à la fable des « damnés de la terre » convertis au « lepénisme ». Après les élections régionales de 2015, le démographe et historien Hervé Le Bras, le disait justement dans le Parisien: «Le FN recrute beaucoup au sein des artisans ou des cadres moyens, au sein d’une classe moyenne inférieure ou d’une classe populaire supérieure pour qui l’ascenseur social est bloqué. Ce sont le plus souvent des personnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie active, qui sont de plus en plus souvent diplômées mais qui sont bloquées dans leur métier, dans leur pavillon de la périphérie urbaine.» Aux Etats-Unis, David Frum, éditorialiste néo-conservateur, dresse, dans un point de vue publié en janvier dans le magazine The Atlantic, un constat voisin : « Les personnes les plus en colère et les plus pessimistes en Amérique sont ceux que l’on appelle les « Américains moyens ». Classe moyenne, âge moyen, pas riche et pas pauvre, qui sont agacés lorsqu’on leur demande de taper 1 pour l’Anglais (les services aux Etats-Unis sont souvent bilingues, NDLR) et qui se demandent comment « homme blanc » a pu devenir une accusation plutôt qu’une description. »

La « racialisation » de la peur, le ressentiment aux relents ethnicistes, la « matrice » du rejet de l’autre : nouveaux points communs entre trumpisme et lepénisme. « Comme dans le vote Le Pen, il y a un noyau raciste dans le vote Trump. Après, d’autres électeurs se rajoutent. La frontière est difficile à tracer entre le refus des changements démographiques (dans une génération, les Blancs constitueront moins de 50% de la population, NDLR) et la protestation « personne ne nous aide, ne s’occupe de nous», estime Charlotte Cavaillé. Les sondeurs indiquent pourtant le tronc commun des électeurs de Trump : soutien massif à la proposition d’interdire l’entrée du pays aux musulmans et approbation sans faille aux propos anti-immigrés mexicains du milliardaire.

En France, un article récent de la politologue Nonna Mayer (« Le mythe de la dédiabolisation du FN »), met en lumière le bien le mieux partagé des sympathisants du FN, noyau dur de l’électorat lepéniste : « Sur toutes les questions relatives à la perception de l’autre – autre par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture – et quelle que soit la vague de sondage retenue, les réponses des sympathisants du FN sont toujours beaucoup plus négatives que celles des sympathisants des autres partis.»

Pour surfer sur la vague de rejet des effets de la « mondialisation », les alliés objectifs transatlantiques se parent du même camouflage « social ». Marine Le Pen se découvre des sympathies (verbales) pour des aspects du modèle social français tandis que son acolyte américain affirme, contrairement à tous les autres prétendants républicains, ne pas vouloir toucher au système de retraite et de protection sociale

Un seul point les différencie : stratégie de dédiabolisation au FN, diabolisation stratégique chez Trump. « Même poil, même bête », mais deux méthodes à l’instar de de l’hypnotique Kaa et de l’agressif Shere Kan dans « Le livre de la jungle ».

 

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Verdict du super Tuesday 3: Clinton-Trump

La moitié des Etats ont voté et 35 millions d’Américains (20 millions de républicains et 15 millions de démocrates) ont déjà placé un bulletin dans l’urne, hissant ce cru 2016 des primaires parmi les plus participatives de l’Histoire (http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/03/08/so-far-turnout-in-this-years-primaries-rivals-2008-record/). Les jeux ne sont pas encore faits mais ils vont être difficiles à défaire.

 

Chez les démocrates, grand chelem pour Hillary Clinton

Après sa défaite dans le Michigan, son équipe de campagne craignait le pire dans les autres Etats du Midwest. L’ancienne secrétaire d’Etat s’en sort facilement dans l’Ohio (56,5% contre 42,7%) et un peu moins largement dans l’Illinois (50,5% contre 48,7%) et le Missouri (49,6% contre 49,4%). Elle confirme également sa prédominance dans le Sud avec deux victoires en Floride (64,5% contre 33,3%) et en Caroline du Nord (54,6% contre 40,8%). Avant ce nouveau round, elle avait 215 délégués d’avance. Elle en a désormais 315.

Bernie Sanders qui comptait gagner au moins un Etat (Missouri) voire deux (avec l’Illinois en plus) et idéalement trois (l’Ohio en cerise sur le gâteau) a sans doute vécu sa pire soirée du cycle. Il ne peut désormais plus décemment prétendre à la nomination, puisqu’il lui faudrait remporter 58% des délégués encore en jeu dans les Etats restants, ce qui semble hautement improbable si ce n’est impossible.

 

Le scénario probable: Clinton nominée, Sanders en campagne jusqu’au 8 novembre

Bernie Sanders va rester en course. Aucune raison qu’il jette l’éponge. Il était inconnu il y a un an, cantonné à jouer les utilités il y a 6 mois et le voilà à la tête d’un « capital politique » unique pour quelqu’un qui se définit comme socialiste: neuf Etats remportés, plus de 6 millions d’électeurs à ce jour, soit 41,7% des électeurs démocrates ayant voté jusqu’ici (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_vote_count.html). La suite du calendrier lui est, semble-t-il favorable, et il est donné en tête dans les neuf prochains Etats qui votent d’ici mi-avril. Bernie Sanders va donc continuer à engranger des victoires, des délégués et à donner le ton du débat chez les démocrates. Il pèsera durant la convention que les démocrates tiendront à Philadelphie du 25 au 28 juillet et au-delà. Hillary Clinton a compris que pour remporter la présidentielle du 8 novembre, elle doit pouvoir disposer des deux atouts-maîtres de son concurrent: sa popularité chez les jeunes et parmi la classe ouvrière blanche. Pour Sanders, la question post-novembre sera celle-ci: que faire de sa « révolution politique » naissante?

 

Chez les républicains: Trump reçu 4/5

Les attaques glissent sur la peau du milliardaire nationaliste. Elles semblent même le renforcer politiquement. Il l’emporte largement en Floride (45,8%), poussant vers la sortie le sénateur de l’Etat et favori de substitution (depuis le retrait de Jeb Bush) de l’establishment, Marco Rubio (27%). Trump engrange également l’Illinois, la Caroline du Nord et le Missouri devant Ted Cruz qui reste plus que jamais en course. Paradoxalement, sa défaite dans l’Ohio face à John Kasich (35,7% contre 46,8%) lui rend service car elle permet au gouverneur de cet Etat de rester en piste et donc de rendre impossible un front commun anti-Trump.

 

Le scénario probable: la marche triomphale de Trump…ou un coup tordu

Avec 621 délégués, Trump est à mi-chemin des 1237 nécessaires (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/republican_delegate_count.html) pour rouler sous casaque rouge (la couleur du parti républicain) le 8 novembre. Si Cruz restait en duel face à Trump, le coup pourrait encore être jouable. Avec Kasich toujours sur le ring, mission impossible. Sauf que le national-populiste version étoilée n’est pas certain d’arriver à la convention de Cleveland (18 au 21 juillet) avec 50% des délégués. Dès lors, tout sera possible. Le matin du premier jour de la convention, le comité des règles se réunira pour définir justement ses règles. Quelles seront-elles? Permettront-elles au délégués de voter pour qui leur semble bon au mépris du mandat des électeurs? En tout cas, une chose est certaine: en la matière, la loi du parti prévaudra sur la loi de l’Etat. Et même s’il décroche l’estampille du GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain), il pourrait faire face à une candidature concurrente suscitée par l’establishment. D’ici quelques jours, des notables républicains vont se réunir pour envisager de lancer ce genre de missile au cas où…

 

 

 

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Coup d’arrêt pour Trump, relance pour Sanders

 

Les votes de samedi ont peut-être marqué un tournant dans la primaire républicaine : un front anti-Trump semble prendre corps. Après ses deux victoires, le candidat socialiste déclare : « Ne nous barrez pas de la liste. »

Le mardi fut bon pour les favoris. Le samedi s’est avéré meilleur pour les outsiders (http://www.nytimes.com/elections/results). Le « super Tuesday » du 1er mars avait permis à Donald Trump et Hillary Clinton d’engranger victoires (sept chacun) et délégués, taillant leur chemin vers un duel en novembre. Les votes qui se sont déroulés samedi indiquent que rien n’est joué, particulièrement chez les Républicains. Le milliardaire nationaliste a accusé le premier revers de sa campagne. Donné largement en tête dans les derniers sondages, il a subi deux défaites cuisantes et engrangé deux victoires courtes, qui révèlent une perte de dynamique certaine. Dans le Kansas (48% à 23%) et le Maine (46% à 33%), il est battu par le candidat chrétien évangéliste Ted Cruz. En Louisiane et dans le Kentucky, il ne le devance de quelques points. Trump n’est pas invincible : l’establishment républicain ne manquera pas d’apprécier. Faut-il mettre ces revers sur l’offensive publique d’un certain nombre de personnalités respectées au sein du parti ? Jeudi dernier, Mitt Romney, le candidat battu par Obama en 2012 a sorti l’artillerie lourde : escroc, charlatan, malhonnête. John Mc Cain, le candidat de 2008, a confirmé tout le mal qu’il pensait de Trump. Et un certain nombre de notables du parti républicain ont clairement fait savoir qu’il ne voterait pas pour le milliardaire nationaliste s’il devait remporter la course à l’investiture.

Les dépouillements des votes montrent que Trump domine largement dans les procurations mais se retrouve distancé dans les votes effectués samedi. Il s’est donc bien passé quelque chose qui ressemble à un début de front anti-Trump. La participation qui a doublé en Louisiane et quadruplé dans le Kansas et le Maine est significative, selon Harry Enten, l’un des spécialistes du site 538 (http://fivethirtyeight.com): « Je ne suis pas preneur de l’argument selon lequel le vote Trump permet une augmentation de la participation. Beaucoup de gens dans le Kansas sont sortis, semble-t-il, pour voter contre lui. »

Mais d’une certaine façon, le week-end fut aussi atroce pour la direction du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) que le mardi précédent. Son favori, Marco Rubio, est en train de sombrer : il réalise entre 8% (dans le Maine) et 17% (dans le Kansas), faisant globalement à peine mieux que John Kasich, le gouverneur de l’Ohio. L’alternative à Trump, cauchemar numéro 1 de l’élite de droite, c’est Ted Cruz, cauchemar numéro 2… Rubio joue son va-tout, le 15 mars prochain, dans l’Etat de Floride, dont il est l’un des sénateurs. Il accuse pour l’instant un retard de 20 points dans les sondages. Pour voir le point sur le nombre de délégués : (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html)

Côté démocrates, les cartes ne semblent pas autant rebattues que chez les républicains mais les deux victoires de Bernie Sanders rappellent que ses lourdes défaites dans le Sud ne l’ont pas mis KO…Dans le Kansas, il  obtient presque autant de voix qu’Obama en 2008 et domine très largement Hillary Clinton (68% à 32%) dans le cadre d’un « caucus » (réservé aux seuls électeurs démocrates enregistrés comme tels auprès des autorités). Dans le Nebraska voisin, autre « caucus », autre victoire avec 57% des voix. En Louisiane, l’ancienne secrétaire d’Etat confirme son « firewall » anti-Sanders, grâce à l’électorat africain-américain : 71% dans l’ensemble de l’Etat, 75% à la Nouvelle-Orléans. Mathématiquement, le samedi n’a pas été profitable à Sanders, puisque son retard, en nombre de délégués (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html), augmente de huit unités (la Louisiane est autant peuplée que le Kansas et le Nebraska réunis) mais politiquement, ces deux victoires lui permettent de déclarer, dans une interview au New York Times : «  Ne nous barrez pas de la liste. » D’autant que le caucus du Maine, qui se déroule dimanche 6 mars, devrait lui apporter une huitième victoire.

 

 

 

 

 

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Clinton-Trump, duel improbable mais annoncé

(Article publié dans l’Humanité du 3 mars 2016)

L’avantage pris, lors du Super Tuesday, par Hillary Clinton sur Bernie Sanders semble décisif. Côté républicains, Trump tient plus que jamais la corde.

Les citoyens des Etats-Unis auront-ils le choix, le mardi 8 novembre prochain, entre deux bulletins : Hillary Rodham Clinton et Donald John Trump ? Voilà ce qui ressort du Super Tuesday qui mettait en jeu plus d’une dizaine d’Etats : le premier est quasiment prêt à l’impression, le second attend encore son « bon à tirer » final.

Sauf retournement spectaculaire, en effet, Hillary Clinton obtiendra la nomination du parti démocrate. Dans la lignée de son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5% contre 26% à Sanders), l’ancienne secrétaire d’Etat a remporté tous les Etats du Sud (Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie), avec des scores très élevés (de 65 à 78%), ce qui lui permet de distancer son concurrent en nombre de délégués (répartis sur une base proportionnelle). Son « pare-feu » anti-Sanders, identifié par son équipe de campagne, fonctionne à merveille (https://presidentiellesamericaines.com/2016/02/28/hillary-clinton-dans-les-pas-dobama/) : le vote des « minorités », surtout celui des africains-américains, lui a permis de gripper la dynamique du candidat qui l’avait lourdement défaite dans le New Hampshire. Tout joue en sa faveur parmi la communauté africaine-américaine, qui représente 25% de l’électorat démocrate : sa défense du bilan d’Obama, les déclarations implicites de ce dernier en sa faveur, la méconnaissance de la personnalité de Sanders, la puissance des appareils locaux du parti démocrate (élus et pasteurs).

Distancé dans le Sud, le candidat qui se définit comme « socialiste » a enregistré un certain nombre de victoires qui lui permettent de se maintenir dans la course : outre son fief du Vermont (86%), le Colorado (59%), swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos, le Minnesota (62%), Etat du midwest à la forte tradition de progressisme, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire. Le sénateur échoue de peu (48,5% contre 50,3%) dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy. A l’issue du Super Tuesday, il compte 349 délégués contre 544 à sa rivale. Les rendez-vous de la deuxième quinzaine de mars lui sont plus favorables et il devra remporter des victoires dans l’ancienne ceinture industrielle du midwest (Ohio, Illinois, Michigan) pour espérer renverser la vapeur et ainsi amener les superdélégués (les « grands élus » du parti) à reconsidérer leurs positions, eux qui soutiennent aujourd’hui massivement Hillary Clinton (457 à 22). Mission impossible ?

Mission également de plus en plus impossible pour les opposants à Trump. Le Super Tuesday a de nouveau marqué une soirée cauchemar pour eux. Non seulement le milliardaire raciste et démagogue a remporté sept Etats (Vermont, Massachusetts, Georgie, Virginie, Arkansas, Tennessee, Alabama) mais les résultats dans les autres Etats permettent à tous ses concurrents de rester en course et de ne pas créer un front anti-Trump. Ted Cruz a gagné dans le Texas, où il est sénateur, mais également dans l’Oklahoma et dans l’Alaska. La deuxième place de John Kasich dans le Vermont va le consolider dans sa décision de maintenir sa candidature jusqu’au vote dans l’Ohio, dont il est le gouverneur, le 15 mars. Et le nouveau « champion » de l’establishment républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio a remporté le Minnesota mais pas la Virginie, ce qui l’aurait placé en position de force pour incarner la seule alternative à Trump. L’avance de ce dernier, en nombre de délégués, n’est pas encore irrémédiable : 274 contre 152 à Cruz, 113 à Rubio et 27 à Kasich.

Mais les compteurs vont bientôt s’affoler : à partir de la mi-mars, la distribution proportionnelle des délégués cédera la place à la règle du « winner take all » (le premier rafle la mise). C’est une innovation du cru 2016, mise en place par la direction du parti républicain après le processus sans fin de 2012, afin de favoriser celui qui mène la danse (Romney en 2012). Les stratèges de l’appareil n’avaient tout simplement pas prévu que cela profiterait à un Bush ou à un Rubio mais à un Trump. Le 15 mars, Rubio (Floride) et Kasich (Ohio) joueront leur va-tout à domicile. Faute, ensuite, d’un ralliement derrière un candidat unique, Trump pourra envoyer sur les rotatives un bulletin de vote à son nom.

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Les enjeux du Super Tuesday

Pour les opposants à Trump, qui fait la course en tête chez les Républicains, cela peut se résumer à « Stop ou encore ». Pour Bernie Sanders, sèchement battu par Clinton en Caroline du Sud, c’est : « Maintenant ou jamais. »

C’est l’heure où le premier qui lâche la foulée du leader verra s’envoler ses rêves de franchir la ligne d’arrivée de l’investiture en vainqueur. L’analogie vaut ce qu’elle vaut mais elle pose l’enjeu de ce « super Tuesday » où douze Etats vont voter. Pour Clinton et Trump, il s’agit de maintenir le rythme qui les a placés en leader. Pour leurs concurrents : rester en course. Comment ? Voici quelques indices. Pour une carte, voir ici (http://www.grandhaventribune.com/Nation/2016/02/26/10-things-to-know-today-696). Pour l’ensemble des Etats, ici (http://www.electoral-vote.com)

Démocrates : l’obligation pour Sanders de remporter au moins trois Etats

L’écrasante victoire d’Hillary Clinton en Caroline du Sud (73,5% contre 26%) a confirmé qu’elle pouvait compter sur l’électorat africain-américain pour lui parsemer de pétales de roses sont chemin vers la nomination démocrate. Son soutien indéfectible au bilan d’Obama, les liens tissés depuis plus de vingt ans par son mari et elle, le soutien des élus et des pasteurs lui assurent une position dominante inattaquable. Ainsi, les Etats du Sud qui votent aujourd’hui, avec leur forte proportion d’électeurs africains-américains, lui sont promis : Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie.

Si Bernie Sanders ne veut pas se laisser distancer en nombre de délégués, il doit remporter les autres Etats en jeu. Si ce n’est tous, au moins une immense majorité.  Pour le Vermont, dont il est le sénateur, c’est dans la poche. Pour le reste…  On vote dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy ; le Minnesota, Etat du midwest où le socialisme municipal fut vigoureux dans les années 20 et 30 , le Colorado « swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos et, pourquoi pas, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire.

S’il passe le cap de ce « super Tuesday », la suite du calendrier durant la deuxième quinzaine de mars lui apparaît plus favorable, selon les spécialistes. A ce bémol près : ce sera la saison du « spring break », les traditionnelles vacances de Pâques et de fêtes déjantées chez les étudiants, force motrice de la dynamique Sanders.

Républicains : l’état d’urgence face à Trump

Il reste quinze jours, et sans doute pas un de plus, pour barrer la route au milliardaire qui retweete des phrases de Mussolini (http://www.nytimes.com/politics/first-draft/2016/02/28/donald-trump-retweets-post-likening-him-to-mussolini/) et ne trouve rien à redire à ce qu’est le Klu Klux Klan, prétend ne pas savoir ce que sont les « suprématistes blancs » (http://www.npr.org/sections/thetwo-way/2016/02/28/468455028/trump-wont-condemn-kkk-says-he-knows-nothing-about-white-supremacists) après avoir reçu le soutien d’un grand maître de l’organisation secrète raciste . Il est donné vainqueur dans l’ensemble des Etats en jeu aujourd’hui sauf dans le Texas, où le sénateur de l’Etat, Ted Cruz le devancerait de quelques points. Si Trump devait gagner dans le deuxième Etat le plus peuplé du pays, ce serait un triomphe et sans doute la fin de l’aventure pour Cruz, le champion des chrétiens évangélistes. Mais finalement, ce ne serait peut-être pas une si mauvaise nouvelle pour le plan « Tout sauf Trump » : un retrait de Cruz permettrait éventuellement de regrouper les forces restantes derrière Marco Rubio, le seul qui, en l’état, peut encore prétendre faire dérailler ce qui était impensable il y a encore six mois : Donald Trump, candidat du parti républicain aux élections présidentielles. Serait-ce suffisant pour autant ? La date-clé, c’est le 15 mars. Ce jour-là, on vote notamment en Floride. Une victoire de Marco Rubio, sénateur de l’Etat, et il regagnerait du vent dans les voiles. Une victoire de Trump et c’est la marche triomphale assurée. Surtout, à partir du 15 mars, on passe d’une allocation proportionnelle des délégués au système du « winner take all » (le premier emporte la mise), extrêmement favorable, comme son nom l’indique,  à celui qui arrive en tête : soit, aujourd’hui, Donald Trump.

 

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Hillary Clinton dans les pas d’Obama

Son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5%) et son quasi-plébiscite chez les électeurs africains-américains (87%) valide sa stratégie de défense intégrale du bilan d’Obama. Certainement suffisant pour décrocher la nomination démocrate. Probablement pas pour entrer à la Maison Blanche.

C’est une victoire écrasante qu’a enregistrée Hillary Clinton en Caroline du Sud, dans le premier Etat du Sud à entrer dans la danse des primaires : 73,5% des voix contre 26% à Bernie Sanders. Ce succès éclatant clarifie le chemin vers la nomination et confirme qu’elle va remporter les Etats du Sud avec d’importantes marges, obligeant son adversaire à engranger non seulement des victoires mais de très larges victoires dans les Etats dans lesquels il peut prétendre dominer (Massachusetts, Colorado, Minnesota). Ce qui demeure très improbable. Il faudrait donc un retournement brutal de situation pour que Sanders puisse contester la position dominante prise par Hillary Clinton.

La clé du succès de cette dernière est assez simple : l’électorat africain-américain. Après sa défaite dans le New Hamsphire, la direction de campagne avait évoqué les Etats à plus fortes proportions de « minorités » comme un « pare-feu » contre Sanders. Dans le Nevada, le score de Sanders parmi les Latinos (bien plus important que ne le pensait le camp Clinton et même majoritaire selon certains sondages) avait instillé un doute dans cette stratégie.

La Caroline du Sud le confirme : il y a bien « firewall ». Il est monocolore mais surpuissant. Hillary Clinton a remporté 87% du vote des africain-américains qui représentent 61% de tous les électeurs qui se sont déplacés samedi (contre 55% en 2008). Imparable. En répétant que Barack Obama « n’a pas eu le crédit qu’il mérite », en défendant quasiment tous les aspects des deux mandants du premier président noir de l’Histoire, Clinton joue sur du velours parmi les électeurs africains-américains.

Face à elle, le discours de Bernie Sanders n’a pas réussi à percer. Le candidat socialiste paie aussi très cher l’absence de relais (pasteurs, députés) dans une communauté très organisée autour de ses églises et de ses grands élus. Fidèle à son éthique en politique, il a refusé de jouer la carte de son engagement politique passé en faveur du mouvement des droits civiques (une photo sortie récemment des archives du Chicago Tribune montre son arrestation en 1963 lors d’une manifestation de protestation contre la ségrégation) (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina).

S’il ne modifie pas le rapport de forces au sein de l’électorat africain-américain (et on ne voit pas ce qui pourrait se produire de cette nature en quelques jours) la voie semble sans issue pour Sanders (il lui faut au moins remporter cinq Etats lors du « super Tuesday » de mardi pour continuer à rester en compétition) et le boulevard apparaît dégagé pour Hillary Clinton. Mais la force de Clinton dans ses primaires constituera sa faiblesse lors de l’élection générale.

Elle ne pourra pas, alors, se contenter de proposer un « troisième mandat d’Obama », de continuer à affirmer que tous les grands problèmes ont trouvé une loi votée ces huit dernières années. Sa stratégie est un « coup sûr » pour se défaire de Sanders. Mais elle n’instille aucun « souffle », aucune dynamique. Elle ne parle pas de changement dans un pays qui réclame (parfois à hue et à dia, comme le prouve le phénomène Trump) tout sauf le statu quo. Déjà, le nombre de participants en Caroline du Sud doit alerter : 367491 contre 532468 en 2008, soit 30% de moins. La semaine dernière, 737917 électeurs républicains se sont déplacés, soit deux fois plus que d’électeurs démocrates, dans un Etat qui est certes « rouge » (la couleur du GOP) depuis un demi-siècle (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina). Mais dans toutes les primaires organisées jusqu’ici, le parti républicain a mobilisé plus d’électeurs que le parti démocrate. La variété offerte par le républicains (cinq candidats mobilisent toujours plus que deux) constitue une explication partielle. Et, au-delà de la douce euphorie provoquée par la reprise en main de leur championne, c’est l’inquiétude qui pourrait rapidement s’emparer l’appareil démocrate. Les victoires de novembre se préparent souvent dès février. Les défaites aussi.

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Triomphant dans le Nevada, Trump est-il inarrêtable?

Presque majoritaire à lui seul (46%) dans cet Etat de l’ouest, le milliardaire démagogue peut envisager un grand chelem lors du « Super Tuesday » du 1er mars.

Il n’est plus permis d’en douter : Donald Trump est bien le favori dans la course à l’investiture républicaine. Après le nord-est (New Hampshire), le Sud (Caroline du Sud), il vient d’écraser la concurrence dans l’ouest (Nevada). Le milliardaire démagogue et nationaliste a recueilli 45,9% dans ce caucus (seuls les militants républicains sont autorisés à voter), devant Marco Rubio (23,8%) et Ted Cruz (21,5%). Le succès était annoncé. C’est quasiment un triomphe (http://www.nytimes.com/elections/2016/primaries/results/nevada). « Trump a gagné le vote des modérés comme des très conservateurs par des marges énormes. Il a gagné dans les zones rurales comme urbaines, et parmi les électeurs non-diplomés comme diplômés. Trump a même fait mieux que Cruz parmi sa base supposé de Chrétiens évangéliques et a même devancé ces deux opposants Cubains-Américains parmi les peu nombreux, il est vrai, électeurs hispaniques », écrit le site Politico.

L’enjeu désormais est simple pour la direction du Grand Old Party (G.O.P., surnom du parti républicain) : si dans les quinze jours, il ne trouve pas une martingale, c’est Trump qui portera les couleurs républicaines en novembre prochain. Lors du « super Tuesday » du 1er février, c’est un quasi grand-chelem qui est annoncé : seul le Texas (Etat de Ted Cruz) lui échapperait, les onze autres succombant à sa rhétorique, mélange de xénophobie, d’appels incantatoires à la grandeur et de virilité. Problème pour l’élite républicaine : aucun des autres candidats ne semble décidé à se retirer de la course pour se ranger derrière Marco Rubio, dernière carte maîtresse depuis le forfait de Jeb Bush. John Kasich, attend la mi-mars et l’Ohio dont il est gouverneur. Ben Carson, le neurochirurgien, n’attend plus rien après avoir dominé les sondages, mais reste là, pour d’obscures raisons. Et Ted Cruz, détesté par ses pairs, demeure le seul, à ce jour, à avoir battu Trump (dans l’Iowa). Et quand bien même… « Ils n’ont pas compris que si des candidats se retiraient, une partie de leurs électeurs voteraient pour moi », fanfaronnait le milliardaire il y a quelques jours. A juste titre.

Dans sa grande majorité, l’électorat républicain se dit « en colère » et veut renverser la table. Et il vient de trouver le personnage idéal qui parle à ses « tripes » et qui promet de ne pas faire comme tous les autres « politiciens ». Trump peut l’affirmer puisque personne ne peut le renvoyer à son « bilan » en la matière. Il joue sur du velours. « Trump n’est pas un idiot. Il joue un terrible jeu mais ça n’est pas un idiot », prévient John Nichols, journaliste pour le magazine progressiste The Nation.

A chaque « micro-famille » de la famille républicaine, il dit ce qu’elle a envie d’entendre. Aux « nativistes », il dit que les Mexicains sont des violeurs. A destination de la frange droitière de la classe ouvrière, il lance des diatribes contre les accords de libre-échange. Pour séduire les libertariens isolationnistes, il s’en prend aux guerres de Bush. Il flatte les « chrétiens évangélistes » en promettant de bloquer les musulmans à la frontière. Et ainsi de suite.

Trump s’affranchit allégrement de la « bible » du parti républicain, dont de plus en plus d’électeurs se moquent puisque, de toute façon, elle n’a pas empêché le monde de changer (changements démographiques dans le pays, déclin relatif de la puissance US dans le monde) et Obama d’être élu et réélu… Donc, pourquoi pas Trump plutôt qu’un autre Bush, qu’un autre McCain, qu’un autre Romney ?

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