Archives de Catégorie: Eclairages

Trump-Le Pen, « même poil, même bête »

(Article publié dans l’Humanité du 23 mars)

Trumpisme et lepénisme jouent sur les mêmes peurs et enfilent les mêmes camouflages « sociaux ». Seuls divergent les verbes. Deux tactiques pour une même stratégie.

 

Marine Le Pen n’a sans doute pas poussé son plaisir jusqu’à envoyer un petit mot d’encouragement à Donald Trump qui creuse son sillon vers la nomination du parti républicain mais le cœur y est, on n’en doute pas. Les grandes admirations sont parfois pudiques. Mais d’autres n’ont pas ces vapeurs de circonstance. Il y a quelques mois, Sarah Palin, actuelle soutien de Donald Trump et ancienne colistière de John Mc Cain en 2008 qui s’était distinguée par sa méconnaissance totale du monde entourant l’Alaska, a avoué un « coup de cœur politique » pour une députée du Vaucluse, « fervente catholique », qui lui rappelle « Jeanne d’Arc ». Marion Maréchal-Le Pen, bien sûr. Côté FN, les outrances verbales du milliardaire nationaliste et xénophobe amènent les dirigeants les plus « marinistes » à une grande discrétion. Mais on peut toujours compter sur Robert Ménard pour dire ce qui est masqué dans les hautes sphères de l’extrême-droite. Dans « Le Monde », il reconnaissait: « Ses constats et sa sensibilité sont très proches de ceux de la droite patriote.»

« Même poil, même bête », comme le veut le proverbe antillais. Dans un article publié par « The American Prospect », trois universitaires décortiquent ce « trumpisme, phénomène transatlantique ». Dépassant la seule analyse du « monstre de Frankenstein du parti républicain », ils dressent un parallèle entre Trump, Ukip ou le Front national. Ils y voient des « réactions à la globalisation », promue « de manière presque monolithique par les gouvernements de centre droit ou centre gauche». Comme un dernier cri politique des « perdants » de la mondialisation, peu diplômés. Mais attention au raccourci d’une version transatlantisée du « gaucho-lepénisme », promue par Pascal Perrineau et déclinée à sa façon par le journaliste américain Thomas Frank dans son livre: « Pourquoi les pauvres votent à droite ? »

« Les gens qui sont vraiment déclassés ne votent pas, rappelle, pour l’Humanité, Charlotte Cavaillé, post-doctorante à l’institute for advanced studies in Toulouse, et co-auteur de l’article cité. Mon hypothèse de départ: ce sont ceux qui sont juste au-dessus de la ligne de déclassement qui se retrouvent en Trump. » En France, aussi, des chercheurs ont fait un sort à la fable des « damnés de la terre » convertis au « lepénisme ». Après les élections régionales de 2015, le démographe et historien Hervé Le Bras, le disait justement dans le Parisien: «Le FN recrute beaucoup au sein des artisans ou des cadres moyens, au sein d’une classe moyenne inférieure ou d’une classe populaire supérieure pour qui l’ascenseur social est bloqué. Ce sont le plus souvent des personnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie active, qui sont de plus en plus souvent diplômées mais qui sont bloquées dans leur métier, dans leur pavillon de la périphérie urbaine.» Aux Etats-Unis, David Frum, éditorialiste néo-conservateur, dresse, dans un point de vue publié en janvier dans le magazine The Atlantic, un constat voisin : « Les personnes les plus en colère et les plus pessimistes en Amérique sont ceux que l’on appelle les « Américains moyens ». Classe moyenne, âge moyen, pas riche et pas pauvre, qui sont agacés lorsqu’on leur demande de taper 1 pour l’Anglais (les services aux Etats-Unis sont souvent bilingues, NDLR) et qui se demandent comment « homme blanc » a pu devenir une accusation plutôt qu’une description. »

La « racialisation » de la peur, le ressentiment aux relents ethnicistes, la « matrice » du rejet de l’autre : nouveaux points communs entre trumpisme et lepénisme. « Comme dans le vote Le Pen, il y a un noyau raciste dans le vote Trump. Après, d’autres électeurs se rajoutent. La frontière est difficile à tracer entre le refus des changements démographiques (dans une génération, les Blancs constitueront moins de 50% de la population, NDLR) et la protestation « personne ne nous aide, ne s’occupe de nous», estime Charlotte Cavaillé. Les sondeurs indiquent pourtant le tronc commun des électeurs de Trump : soutien massif à la proposition d’interdire l’entrée du pays aux musulmans et approbation sans faille aux propos anti-immigrés mexicains du milliardaire.

En France, un article récent de la politologue Nonna Mayer (« Le mythe de la dédiabolisation du FN »), met en lumière le bien le mieux partagé des sympathisants du FN, noyau dur de l’électorat lepéniste : « Sur toutes les questions relatives à la perception de l’autre – autre par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture – et quelle que soit la vague de sondage retenue, les réponses des sympathisants du FN sont toujours beaucoup plus négatives que celles des sympathisants des autres partis.»

Pour surfer sur la vague de rejet des effets de la « mondialisation », les alliés objectifs transatlantiques se parent du même camouflage « social ». Marine Le Pen se découvre des sympathies (verbales) pour des aspects du modèle social français tandis que son acolyte américain affirme, contrairement à tous les autres prétendants républicains, ne pas vouloir toucher au système de retraite et de protection sociale

Un seul point les différencie : stratégie de dédiabolisation au FN, diabolisation stratégique chez Trump. « Même poil, même bête », mais deux méthodes à l’instar de de l’hypnotique Kaa et de l’agressif Shere Kan dans « Le livre de la jungle ».

 

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Verdict du super Tuesday 3: Clinton-Trump

La moitié des Etats ont voté et 35 millions d’Américains (20 millions de républicains et 15 millions de démocrates) ont déjà placé un bulletin dans l’urne, hissant ce cru 2016 des primaires parmi les plus participatives de l’Histoire (http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/03/08/so-far-turnout-in-this-years-primaries-rivals-2008-record/). Les jeux ne sont pas encore faits mais ils vont être difficiles à défaire.

 

Chez les démocrates, grand chelem pour Hillary Clinton

Après sa défaite dans le Michigan, son équipe de campagne craignait le pire dans les autres Etats du Midwest. L’ancienne secrétaire d’Etat s’en sort facilement dans l’Ohio (56,5% contre 42,7%) et un peu moins largement dans l’Illinois (50,5% contre 48,7%) et le Missouri (49,6% contre 49,4%). Elle confirme également sa prédominance dans le Sud avec deux victoires en Floride (64,5% contre 33,3%) et en Caroline du Nord (54,6% contre 40,8%). Avant ce nouveau round, elle avait 215 délégués d’avance. Elle en a désormais 315.

Bernie Sanders qui comptait gagner au moins un Etat (Missouri) voire deux (avec l’Illinois en plus) et idéalement trois (l’Ohio en cerise sur le gâteau) a sans doute vécu sa pire soirée du cycle. Il ne peut désormais plus décemment prétendre à la nomination, puisqu’il lui faudrait remporter 58% des délégués encore en jeu dans les Etats restants, ce qui semble hautement improbable si ce n’est impossible.

 

Le scénario probable: Clinton nominée, Sanders en campagne jusqu’au 8 novembre

Bernie Sanders va rester en course. Aucune raison qu’il jette l’éponge. Il était inconnu il y a un an, cantonné à jouer les utilités il y a 6 mois et le voilà à la tête d’un « capital politique » unique pour quelqu’un qui se définit comme socialiste: neuf Etats remportés, plus de 6 millions d’électeurs à ce jour, soit 41,7% des électeurs démocrates ayant voté jusqu’ici (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_vote_count.html). La suite du calendrier lui est, semble-t-il favorable, et il est donné en tête dans les neuf prochains Etats qui votent d’ici mi-avril. Bernie Sanders va donc continuer à engranger des victoires, des délégués et à donner le ton du débat chez les démocrates. Il pèsera durant la convention que les démocrates tiendront à Philadelphie du 25 au 28 juillet et au-delà. Hillary Clinton a compris que pour remporter la présidentielle du 8 novembre, elle doit pouvoir disposer des deux atouts-maîtres de son concurrent: sa popularité chez les jeunes et parmi la classe ouvrière blanche. Pour Sanders, la question post-novembre sera celle-ci: que faire de sa « révolution politique » naissante?

 

Chez les républicains: Trump reçu 4/5

Les attaques glissent sur la peau du milliardaire nationaliste. Elles semblent même le renforcer politiquement. Il l’emporte largement en Floride (45,8%), poussant vers la sortie le sénateur de l’Etat et favori de substitution (depuis le retrait de Jeb Bush) de l’establishment, Marco Rubio (27%). Trump engrange également l’Illinois, la Caroline du Nord et le Missouri devant Ted Cruz qui reste plus que jamais en course. Paradoxalement, sa défaite dans l’Ohio face à John Kasich (35,7% contre 46,8%) lui rend service car elle permet au gouverneur de cet Etat de rester en piste et donc de rendre impossible un front commun anti-Trump.

 

Le scénario probable: la marche triomphale de Trump…ou un coup tordu

Avec 621 délégués, Trump est à mi-chemin des 1237 nécessaires (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/republican_delegate_count.html) pour rouler sous casaque rouge (la couleur du parti républicain) le 8 novembre. Si Cruz restait en duel face à Trump, le coup pourrait encore être jouable. Avec Kasich toujours sur le ring, mission impossible. Sauf que le national-populiste version étoilée n’est pas certain d’arriver à la convention de Cleveland (18 au 21 juillet) avec 50% des délégués. Dès lors, tout sera possible. Le matin du premier jour de la convention, le comité des règles se réunira pour définir justement ses règles. Quelles seront-elles? Permettront-elles au délégués de voter pour qui leur semble bon au mépris du mandat des électeurs? En tout cas, une chose est certaine: en la matière, la loi du parti prévaudra sur la loi de l’Etat. Et même s’il décroche l’estampille du GOP (Grand Old Party, le surnom du parti républicain), il pourrait faire face à une candidature concurrente suscitée par l’establishment. D’ici quelques jours, des notables républicains vont se réunir pour envisager de lancer ce genre de missile au cas où…

 

 

 

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Coup d’arrêt pour Trump, relance pour Sanders

 

Les votes de samedi ont peut-être marqué un tournant dans la primaire républicaine : un front anti-Trump semble prendre corps. Après ses deux victoires, le candidat socialiste déclare : « Ne nous barrez pas de la liste. »

Le mardi fut bon pour les favoris. Le samedi s’est avéré meilleur pour les outsiders (http://www.nytimes.com/elections/results). Le « super Tuesday » du 1er mars avait permis à Donald Trump et Hillary Clinton d’engranger victoires (sept chacun) et délégués, taillant leur chemin vers un duel en novembre. Les votes qui se sont déroulés samedi indiquent que rien n’est joué, particulièrement chez les Républicains. Le milliardaire nationaliste a accusé le premier revers de sa campagne. Donné largement en tête dans les derniers sondages, il a subi deux défaites cuisantes et engrangé deux victoires courtes, qui révèlent une perte de dynamique certaine. Dans le Kansas (48% à 23%) et le Maine (46% à 33%), il est battu par le candidat chrétien évangéliste Ted Cruz. En Louisiane et dans le Kentucky, il ne le devance de quelques points. Trump n’est pas invincible : l’establishment républicain ne manquera pas d’apprécier. Faut-il mettre ces revers sur l’offensive publique d’un certain nombre de personnalités respectées au sein du parti ? Jeudi dernier, Mitt Romney, le candidat battu par Obama en 2012 a sorti l’artillerie lourde : escroc, charlatan, malhonnête. John Mc Cain, le candidat de 2008, a confirmé tout le mal qu’il pensait de Trump. Et un certain nombre de notables du parti républicain ont clairement fait savoir qu’il ne voterait pas pour le milliardaire nationaliste s’il devait remporter la course à l’investiture.

Les dépouillements des votes montrent que Trump domine largement dans les procurations mais se retrouve distancé dans les votes effectués samedi. Il s’est donc bien passé quelque chose qui ressemble à un début de front anti-Trump. La participation qui a doublé en Louisiane et quadruplé dans le Kansas et le Maine est significative, selon Harry Enten, l’un des spécialistes du site 538 (http://fivethirtyeight.com): « Je ne suis pas preneur de l’argument selon lequel le vote Trump permet une augmentation de la participation. Beaucoup de gens dans le Kansas sont sortis, semble-t-il, pour voter contre lui. »

Mais d’une certaine façon, le week-end fut aussi atroce pour la direction du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) que le mardi précédent. Son favori, Marco Rubio, est en train de sombrer : il réalise entre 8% (dans le Maine) et 17% (dans le Kansas), faisant globalement à peine mieux que John Kasich, le gouverneur de l’Ohio. L’alternative à Trump, cauchemar numéro 1 de l’élite de droite, c’est Ted Cruz, cauchemar numéro 2… Rubio joue son va-tout, le 15 mars prochain, dans l’Etat de Floride, dont il est l’un des sénateurs. Il accuse pour l’instant un retard de 20 points dans les sondages. Pour voir le point sur le nombre de délégués : (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html)

Côté démocrates, les cartes ne semblent pas autant rebattues que chez les républicains mais les deux victoires de Bernie Sanders rappellent que ses lourdes défaites dans le Sud ne l’ont pas mis KO…Dans le Kansas, il  obtient presque autant de voix qu’Obama en 2008 et domine très largement Hillary Clinton (68% à 32%) dans le cadre d’un « caucus » (réservé aux seuls électeurs démocrates enregistrés comme tels auprès des autorités). Dans le Nebraska voisin, autre « caucus », autre victoire avec 57% des voix. En Louisiane, l’ancienne secrétaire d’Etat confirme son « firewall » anti-Sanders, grâce à l’électorat africain-américain : 71% dans l’ensemble de l’Etat, 75% à la Nouvelle-Orléans. Mathématiquement, le samedi n’a pas été profitable à Sanders, puisque son retard, en nombre de délégués (http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/democratic_delegate_count.html), augmente de huit unités (la Louisiane est autant peuplée que le Kansas et le Nebraska réunis) mais politiquement, ces deux victoires lui permettent de déclarer, dans une interview au New York Times : «  Ne nous barrez pas de la liste. » D’autant que le caucus du Maine, qui se déroule dimanche 6 mars, devrait lui apporter une huitième victoire.

 

 

 

 

 

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Clinton-Trump, duel improbable mais annoncé

(Article publié dans l’Humanité du 3 mars 2016)

L’avantage pris, lors du Super Tuesday, par Hillary Clinton sur Bernie Sanders semble décisif. Côté républicains, Trump tient plus que jamais la corde.

Les citoyens des Etats-Unis auront-ils le choix, le mardi 8 novembre prochain, entre deux bulletins : Hillary Rodham Clinton et Donald John Trump ? Voilà ce qui ressort du Super Tuesday qui mettait en jeu plus d’une dizaine d’Etats : le premier est quasiment prêt à l’impression, le second attend encore son « bon à tirer » final.

Sauf retournement spectaculaire, en effet, Hillary Clinton obtiendra la nomination du parti démocrate. Dans la lignée de son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5% contre 26% à Sanders), l’ancienne secrétaire d’Etat a remporté tous les Etats du Sud (Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie), avec des scores très élevés (de 65 à 78%), ce qui lui permet de distancer son concurrent en nombre de délégués (répartis sur une base proportionnelle). Son « pare-feu » anti-Sanders, identifié par son équipe de campagne, fonctionne à merveille (https://presidentiellesamericaines.com/2016/02/28/hillary-clinton-dans-les-pas-dobama/) : le vote des « minorités », surtout celui des africains-américains, lui a permis de gripper la dynamique du candidat qui l’avait lourdement défaite dans le New Hampshire. Tout joue en sa faveur parmi la communauté africaine-américaine, qui représente 25% de l’électorat démocrate : sa défense du bilan d’Obama, les déclarations implicites de ce dernier en sa faveur, la méconnaissance de la personnalité de Sanders, la puissance des appareils locaux du parti démocrate (élus et pasteurs).

Distancé dans le Sud, le candidat qui se définit comme « socialiste » a enregistré un certain nombre de victoires qui lui permettent de se maintenir dans la course : outre son fief du Vermont (86%), le Colorado (59%), swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos, le Minnesota (62%), Etat du midwest à la forte tradition de progressisme, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire. Le sénateur échoue de peu (48,5% contre 50,3%) dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy. A l’issue du Super Tuesday, il compte 349 délégués contre 544 à sa rivale. Les rendez-vous de la deuxième quinzaine de mars lui sont plus favorables et il devra remporter des victoires dans l’ancienne ceinture industrielle du midwest (Ohio, Illinois, Michigan) pour espérer renverser la vapeur et ainsi amener les superdélégués (les « grands élus » du parti) à reconsidérer leurs positions, eux qui soutiennent aujourd’hui massivement Hillary Clinton (457 à 22). Mission impossible ?

Mission également de plus en plus impossible pour les opposants à Trump. Le Super Tuesday a de nouveau marqué une soirée cauchemar pour eux. Non seulement le milliardaire raciste et démagogue a remporté sept Etats (Vermont, Massachusetts, Georgie, Virginie, Arkansas, Tennessee, Alabama) mais les résultats dans les autres Etats permettent à tous ses concurrents de rester en course et de ne pas créer un front anti-Trump. Ted Cruz a gagné dans le Texas, où il est sénateur, mais également dans l’Oklahoma et dans l’Alaska. La deuxième place de John Kasich dans le Vermont va le consolider dans sa décision de maintenir sa candidature jusqu’au vote dans l’Ohio, dont il est le gouverneur, le 15 mars. Et le nouveau « champion » de l’establishment républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio a remporté le Minnesota mais pas la Virginie, ce qui l’aurait placé en position de force pour incarner la seule alternative à Trump. L’avance de ce dernier, en nombre de délégués, n’est pas encore irrémédiable : 274 contre 152 à Cruz, 113 à Rubio et 27 à Kasich.

Mais les compteurs vont bientôt s’affoler : à partir de la mi-mars, la distribution proportionnelle des délégués cédera la place à la règle du « winner take all » (le premier rafle la mise). C’est une innovation du cru 2016, mise en place par la direction du parti républicain après le processus sans fin de 2012, afin de favoriser celui qui mène la danse (Romney en 2012). Les stratèges de l’appareil n’avaient tout simplement pas prévu que cela profiterait à un Bush ou à un Rubio mais à un Trump. Le 15 mars, Rubio (Floride) et Kasich (Ohio) joueront leur va-tout à domicile. Faute, ensuite, d’un ralliement derrière un candidat unique, Trump pourra envoyer sur les rotatives un bulletin de vote à son nom.

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Les enjeux du Super Tuesday

Pour les opposants à Trump, qui fait la course en tête chez les Républicains, cela peut se résumer à « Stop ou encore ». Pour Bernie Sanders, sèchement battu par Clinton en Caroline du Sud, c’est : « Maintenant ou jamais. »

C’est l’heure où le premier qui lâche la foulée du leader verra s’envoler ses rêves de franchir la ligne d’arrivée de l’investiture en vainqueur. L’analogie vaut ce qu’elle vaut mais elle pose l’enjeu de ce « super Tuesday » où douze Etats vont voter. Pour Clinton et Trump, il s’agit de maintenir le rythme qui les a placés en leader. Pour leurs concurrents : rester en course. Comment ? Voici quelques indices. Pour une carte, voir ici (http://www.grandhaventribune.com/Nation/2016/02/26/10-things-to-know-today-696). Pour l’ensemble des Etats, ici (http://www.electoral-vote.com)

Démocrates : l’obligation pour Sanders de remporter au moins trois Etats

L’écrasante victoire d’Hillary Clinton en Caroline du Sud (73,5% contre 26%) a confirmé qu’elle pouvait compter sur l’électorat africain-américain pour lui parsemer de pétales de roses sont chemin vers la nomination démocrate. Son soutien indéfectible au bilan d’Obama, les liens tissés depuis plus de vingt ans par son mari et elle, le soutien des élus et des pasteurs lui assurent une position dominante inattaquable. Ainsi, les Etats du Sud qui votent aujourd’hui, avec leur forte proportion d’électeurs africains-américains, lui sont promis : Alabama, Arkansas, Georgie, Tennessee, Texas et Virginie.

Si Bernie Sanders ne veut pas se laisser distancer en nombre de délégués, il doit remporter les autres Etats en jeu. Si ce n’est tous, au moins une immense majorité.  Pour le Vermont, dont il est le sénateur, c’est dans la poche. Pour le reste…  On vote dans le Massachusetts, bastion démocrate et terre des Kennedy ; le Minnesota, Etat du midwest où le socialisme municipal fut vigoureux dans les années 20 et 30 , le Colorado « swing state » (Etat clé) lors des élections générales à la forte proportion de Latinos et, pourquoi pas, l’Oklahoma, Etat du Sud où vivent de nombreux Indiens, parmi lesquels Sanders est très populaire.

S’il passe le cap de ce « super Tuesday », la suite du calendrier durant la deuxième quinzaine de mars lui apparaît plus favorable, selon les spécialistes. A ce bémol près : ce sera la saison du « spring break », les traditionnelles vacances de Pâques et de fêtes déjantées chez les étudiants, force motrice de la dynamique Sanders.

Républicains : l’état d’urgence face à Trump

Il reste quinze jours, et sans doute pas un de plus, pour barrer la route au milliardaire qui retweete des phrases de Mussolini (http://www.nytimes.com/politics/first-draft/2016/02/28/donald-trump-retweets-post-likening-him-to-mussolini/) et ne trouve rien à redire à ce qu’est le Klu Klux Klan, prétend ne pas savoir ce que sont les « suprématistes blancs » (http://www.npr.org/sections/thetwo-way/2016/02/28/468455028/trump-wont-condemn-kkk-says-he-knows-nothing-about-white-supremacists) après avoir reçu le soutien d’un grand maître de l’organisation secrète raciste . Il est donné vainqueur dans l’ensemble des Etats en jeu aujourd’hui sauf dans le Texas, où le sénateur de l’Etat, Ted Cruz le devancerait de quelques points. Si Trump devait gagner dans le deuxième Etat le plus peuplé du pays, ce serait un triomphe et sans doute la fin de l’aventure pour Cruz, le champion des chrétiens évangélistes. Mais finalement, ce ne serait peut-être pas une si mauvaise nouvelle pour le plan « Tout sauf Trump » : un retrait de Cruz permettrait éventuellement de regrouper les forces restantes derrière Marco Rubio, le seul qui, en l’état, peut encore prétendre faire dérailler ce qui était impensable il y a encore six mois : Donald Trump, candidat du parti républicain aux élections présidentielles. Serait-ce suffisant pour autant ? La date-clé, c’est le 15 mars. Ce jour-là, on vote notamment en Floride. Une victoire de Marco Rubio, sénateur de l’Etat, et il regagnerait du vent dans les voiles. Une victoire de Trump et c’est la marche triomphale assurée. Surtout, à partir du 15 mars, on passe d’une allocation proportionnelle des délégués au système du « winner take all » (le premier emporte la mise), extrêmement favorable, comme son nom l’indique,  à celui qui arrive en tête : soit, aujourd’hui, Donald Trump.

 

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Hillary Clinton dans les pas d’Obama

Son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5%) et son quasi-plébiscite chez les électeurs africains-américains (87%) valide sa stratégie de défense intégrale du bilan d’Obama. Certainement suffisant pour décrocher la nomination démocrate. Probablement pas pour entrer à la Maison Blanche.

C’est une victoire écrasante qu’a enregistrée Hillary Clinton en Caroline du Sud, dans le premier Etat du Sud à entrer dans la danse des primaires : 73,5% des voix contre 26% à Bernie Sanders. Ce succès éclatant clarifie le chemin vers la nomination et confirme qu’elle va remporter les Etats du Sud avec d’importantes marges, obligeant son adversaire à engranger non seulement des victoires mais de très larges victoires dans les Etats dans lesquels il peut prétendre dominer (Massachusetts, Colorado, Minnesota). Ce qui demeure très improbable. Il faudrait donc un retournement brutal de situation pour que Sanders puisse contester la position dominante prise par Hillary Clinton.

La clé du succès de cette dernière est assez simple : l’électorat africain-américain. Après sa défaite dans le New Hamsphire, la direction de campagne avait évoqué les Etats à plus fortes proportions de « minorités » comme un « pare-feu » contre Sanders. Dans le Nevada, le score de Sanders parmi les Latinos (bien plus important que ne le pensait le camp Clinton et même majoritaire selon certains sondages) avait instillé un doute dans cette stratégie.

La Caroline du Sud le confirme : il y a bien « firewall ». Il est monocolore mais surpuissant. Hillary Clinton a remporté 87% du vote des africain-américains qui représentent 61% de tous les électeurs qui se sont déplacés samedi (contre 55% en 2008). Imparable. En répétant que Barack Obama « n’a pas eu le crédit qu’il mérite », en défendant quasiment tous les aspects des deux mandants du premier président noir de l’Histoire, Clinton joue sur du velours parmi les électeurs africains-américains.

Face à elle, le discours de Bernie Sanders n’a pas réussi à percer. Le candidat socialiste paie aussi très cher l’absence de relais (pasteurs, députés) dans une communauté très organisée autour de ses églises et de ses grands élus. Fidèle à son éthique en politique, il a refusé de jouer la carte de son engagement politique passé en faveur du mouvement des droits civiques (une photo sortie récemment des archives du Chicago Tribune montre son arrestation en 1963 lors d’une manifestation de protestation contre la ségrégation) (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina).

S’il ne modifie pas le rapport de forces au sein de l’électorat africain-américain (et on ne voit pas ce qui pourrait se produire de cette nature en quelques jours) la voie semble sans issue pour Sanders (il lui faut au moins remporter cinq Etats lors du « super Tuesday » de mardi pour continuer à rester en compétition) et le boulevard apparaît dégagé pour Hillary Clinton. Mais la force de Clinton dans ses primaires constituera sa faiblesse lors de l’élection générale.

Elle ne pourra pas, alors, se contenter de proposer un « troisième mandat d’Obama », de continuer à affirmer que tous les grands problèmes ont trouvé une loi votée ces huit dernières années. Sa stratégie est un « coup sûr » pour se défaire de Sanders. Mais elle n’instille aucun « souffle », aucune dynamique. Elle ne parle pas de changement dans un pays qui réclame (parfois à hue et à dia, comme le prouve le phénomène Trump) tout sauf le statu quo. Déjà, le nombre de participants en Caroline du Sud doit alerter : 367491 contre 532468 en 2008, soit 30% de moins. La semaine dernière, 737917 électeurs républicains se sont déplacés, soit deux fois plus que d’électeurs démocrates, dans un Etat qui est certes « rouge » (la couleur du GOP) depuis un demi-siècle (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina). Mais dans toutes les primaires organisées jusqu’ici, le parti républicain a mobilisé plus d’électeurs que le parti démocrate. La variété offerte par le républicains (cinq candidats mobilisent toujours plus que deux) constitue une explication partielle. Et, au-delà de la douce euphorie provoquée par la reprise en main de leur championne, c’est l’inquiétude qui pourrait rapidement s’emparer l’appareil démocrate. Les victoires de novembre se préparent souvent dès février. Les défaites aussi.

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Triomphant dans le Nevada, Trump est-il inarrêtable?

Presque majoritaire à lui seul (46%) dans cet Etat de l’ouest, le milliardaire démagogue peut envisager un grand chelem lors du « Super Tuesday » du 1er mars.

Il n’est plus permis d’en douter : Donald Trump est bien le favori dans la course à l’investiture républicaine. Après le nord-est (New Hampshire), le Sud (Caroline du Sud), il vient d’écraser la concurrence dans l’ouest (Nevada). Le milliardaire démagogue et nationaliste a recueilli 45,9% dans ce caucus (seuls les militants républicains sont autorisés à voter), devant Marco Rubio (23,8%) et Ted Cruz (21,5%). Le succès était annoncé. C’est quasiment un triomphe (http://www.nytimes.com/elections/2016/primaries/results/nevada). « Trump a gagné le vote des modérés comme des très conservateurs par des marges énormes. Il a gagné dans les zones rurales comme urbaines, et parmi les électeurs non-diplomés comme diplômés. Trump a même fait mieux que Cruz parmi sa base supposé de Chrétiens évangéliques et a même devancé ces deux opposants Cubains-Américains parmi les peu nombreux, il est vrai, électeurs hispaniques », écrit le site Politico.

L’enjeu désormais est simple pour la direction du Grand Old Party (G.O.P., surnom du parti républicain) : si dans les quinze jours, il ne trouve pas une martingale, c’est Trump qui portera les couleurs républicaines en novembre prochain. Lors du « super Tuesday » du 1er février, c’est un quasi grand-chelem qui est annoncé : seul le Texas (Etat de Ted Cruz) lui échapperait, les onze autres succombant à sa rhétorique, mélange de xénophobie, d’appels incantatoires à la grandeur et de virilité. Problème pour l’élite républicaine : aucun des autres candidats ne semble décidé à se retirer de la course pour se ranger derrière Marco Rubio, dernière carte maîtresse depuis le forfait de Jeb Bush. John Kasich, attend la mi-mars et l’Ohio dont il est gouverneur. Ben Carson, le neurochirurgien, n’attend plus rien après avoir dominé les sondages, mais reste là, pour d’obscures raisons. Et Ted Cruz, détesté par ses pairs, demeure le seul, à ce jour, à avoir battu Trump (dans l’Iowa). Et quand bien même… « Ils n’ont pas compris que si des candidats se retiraient, une partie de leurs électeurs voteraient pour moi », fanfaronnait le milliardaire il y a quelques jours. A juste titre.

Dans sa grande majorité, l’électorat républicain se dit « en colère » et veut renverser la table. Et il vient de trouver le personnage idéal qui parle à ses « tripes » et qui promet de ne pas faire comme tous les autres « politiciens ». Trump peut l’affirmer puisque personne ne peut le renvoyer à son « bilan » en la matière. Il joue sur du velours. « Trump n’est pas un idiot. Il joue un terrible jeu mais ça n’est pas un idiot », prévient John Nichols, journaliste pour le magazine progressiste The Nation.

A chaque « micro-famille » de la famille républicaine, il dit ce qu’elle a envie d’entendre. Aux « nativistes », il dit que les Mexicains sont des violeurs. A destination de la frange droitière de la classe ouvrière, il lance des diatribes contre les accords de libre-échange. Pour séduire les libertariens isolationnistes, il s’en prend aux guerres de Bush. Il flatte les « chrétiens évangélistes » en promettant de bloquer les musulmans à la frontière. Et ainsi de suite.

Trump s’affranchit allégrement de la « bible » du parti républicain, dont de plus en plus d’électeurs se moquent puisque, de toute façon, elle n’a pas empêché le monde de changer (changements démographiques dans le pays, déclin relatif de la puissance US dans le monde) et Obama d’être élu et réélu… Donc, pourquoi pas Trump plutôt qu’un autre Bush, qu’un autre McCain, qu’un autre Romney ?

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A Las Vegas, Hillary Clinton remporte la mise mais…

Victoire avec six points d’avance pour l’ancienne secrétaire d’Etat mais sa stratégie reposant sur les « minorités » s’avère comporter une faiblesse.

Le « pare-feu » d’Hillary Clinton s’est montré efficace. Le « pare-feu » (firewall), c’est le nom donné par son directeur de campagne aux « minorités », censés lui être plus favorable que l’électorat blanc. Après une victoire sur le fil dans l’Iowa et une lourde défaite dans le New Hampshire, deux Etats à 90% blancs, les résultats dans le Nevada à la composition de la population beaucoup plus diverse semblent lui donner raison. L’ancienne secrétaire d’Etat l’emporte avec 53%, comme le prévoyait le dernier sondage publié samedi matin. Alors que pour la première fois, vendredi, un sondage national (certes réalisé par la très conservatrice Fox News http://www.foxnews.com/politics/interactive/2016/02/18/fox-news-poll-national-presidential-race-february-18-2016/  dont l’intérêt est d’affaiblir celle qui est toujours considérée comme la plus probable nominée démocrate) donnait Sanders devant (47-44), cette victoire signifie qu’elle dispose toujours d’un avantage national. Elle y puise aussi un surplus de dynamique pour la prochaine étape, samedi prochain : la Caroline du Sud, où le « pare-feu » est encore plus puissant, avec notamment une forte implication des électeurs africains-américains. Voilà donc Hillary Clinton rassurée. Même si elle doit constater la persistance de ses points faibles : elle ne suscite toujours pas l’enthousiasme de la jeunesse (Sanders a remporté 82% du vote des moins de trente ans et 62% des 30-44 ans), les électeurs démocrates la considèrent toujours comme moins honnête et moins proche des gens que son concurrent et n’élargit pas son cercle de soutien au-delà des électeurs traditionnels démocrate tandis que la dynamique de la campagne de Bernie Sanders incite des nouveaux venus à plonger dans le processus électoral. Bref, elle domine car elle apparaît comme la candidate la plus expérimentée, la plus sérieuse et la plus à même de remporter l’élection présidentielle de novembre prochain. La force de sa candidature repose sur des électeurs démocrates de longue date, membres des classes moyennes et dont l’âge dépasse 45 ans. Et, donc, sur le fameux « pare-feu ». Mais… Un sondage réalisé à la sortie des urnes par la chaîne de télévision CBS (http://www.nbcnews.com/politics/2016-election/primaries/NV) révèle pourtant une donnée inattendue : le « firewall » est en fait monocolore. Hillary Clinton doit sa victoire dans le Nevada aux Africains-Américains (13% de l’électorat) qui ont voté pour elle à 76% lui apportant un gain brut de 7% alors qu’elle l’emporte de 6%… Les blancs (59% de l’électorat) ont coté Sanders (49-47) et surtout, les Latinos (19% de l’électorat) ont aussi privilégié le candidat socialiste (53-45). La nette différence ne laisse aucun doute sur le fait que le discours de Sanders sur les inégalités économiques, le SMIC à 15 dollars, l’université gratuite, a trouvé un écho parmi cet électorat, à la composition populaire plus prononcée que la moyenne.

Quelle implication pour la suite ? Hillary Clinton remportera très probablement la Caroline du Sud samedi prochain. Le seul enjeu demeure la marge de sa victoire. Mais, ensuite, si la percée de Sanders se confirme parmi les Latinos, cela mettra un certain nombre d’Etats en jeu alors qu’ils semblaient être promis à Hillary Clinton.

Dernier élément qui dit que la course n’est pas jouée : si elle confirme que Clinton dispose toujours d’une avance au plan national, la marge de la victoire dans le Nevada indique qu’elle n’est beaucoup moins importante qu’il y a peu. Nate Silver, le grand spécialiste du New York Times pour les élections, a bâti deux scénarios : (http://fivethirtyeight.com/features/bernie-sanderss-path-to-the-nomination/). L’un où Clinton dispose de douze points d’avance au niveau national. Un autre où ils sont à égalité. Le résultat du Nevada prouve que l’on se situe plus près du second. Ce qui signifie qu’un grand nombre d’Etats (dont la Californie et New York) seront très disputés. Le premier test grandeur nature aura lieu le mardi 1er mars avec le « super Tuesday » : onze Etats votent le même jour.

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A Las Vegas, rien ne va plus pour Hillary Clinton

 

Dans le Nevada qui vote samedi 20 février, l’avance de la favorite des sondages a fondu comme neige au soleil.

Le Nevada est un Etat qu’Hillary Clinton « devrait » remporter. Les guillemets et le conditionnel sont ici d’importance. Et Nate Silver a bien pesé ses mots. Nate Silver est le « Mr Election » du New York Times. Le site sur lequel il développe ses analyses, torture les chiffres pour leur faire rendre sens est l’un des plus courus de la campagne (http://fivethirtyeight.com/). Et, à quelques heures du scrutin, il en est là : « devrait ».

Hillary Clinton « devrait » en effet remporter le « caucus » (scrutin réservé aux seuls démocrates) du Nevada car elle a, ici, une antériorité (elle y a battu Barack Obama lui-même en 2008) et une avance dans les sondages depuis le début de la campagne (entre 20 et 40 points !). Elle « devrait » car le Nevada fait partie de son « firewall », son « pare-feu » face à l’émergence de Sanders . C’est ainsi que les stratèges clintoniens nomment ces Etats où la proportion des minorités (africains-américains, latinos) est plus élevée. Elle y a tissé des liens de longue date, elle y a le relais et le soutien de l’establishment démocrate local (le sénateur Harry Reid, la majorité des élus locaux) face à un Bernie Sanders qui accuse un terrible déficit de notoriété. « Qui est Bernie Sanders ? », est la question que l’on me pose à chaque porte à laquelle je frappe », confiait il y a quelques jours un militant latino pro-Sanders. Eh oui, les Etats-Unis sont un immense pays et la victoire historique de « Bernie » dans le New Hampshire (http://www.humanite.fr/reccord-de-voix-dans-une-primaire-au-new-hampshire-pour-le-socialiste-sanders-598940) n’a pas forcément eu d’écho à 4000 kilomètres de là.

Donc, Clinton « devrait… ». Mais, si l’on en croit les sondages (http://edition.cnn.com/2016/02/17/politics/hillary-clinton-bernie-sanders-nevada-poll/) comme les retours du terrain (https://twitter.com/NicholsUprising/status/698998981993455616 et https://twitter.com/LucyFlores/status/698969735661158402), Sanders est en train de rattraper son retard. Deux de ses propositions font particulièrement mouche : le SMIC à 15 dollars et la gratuité de l’université. L’électorat démocrate du Nevada (en fait de Las Vegas qui représente les trois quarts de la population) est majoritairement constitué de salariés du secteur du service (hôtellerie, restauration, santé) souvent latinos. Leur vie quotidienne est rendue difficile par des salaires faibles (le smic ne dépasse pas le niveau fédéral de 7,25 dollars de l’heure, soit une misère) et l’avenir de leurs enfants se trouve obstrué par les coûts de plus en plus exorbitants des études supérieures. C’est donc ici que le discours de Sanders parle à ceux qui étaient supposés assurer à Hillary Clinton une victoire dans un fauteuil. Pour ajouter un peu de piment, il se trouve que le New York Times, dans un éditorial, a appelé Hillary Clinton à défendre comme Sanders le SMIC à 15 dollars (http://www.nytimes.com/2016/02/17/opinion/hillary-clinton-should-just-say-yes-to-a-15-minimum-wage.html?partner=rssnyt&emc=rss). Le coup est rude pour celle qui a pris  position pour une augmentation à douze dollars, prétextant d’une infaisabilité d’un SMIC à 15 dollars, pourtant une réalité dans un nombre grandissant de villes (http://www.humanite.fr/le-grand-chelem-du-smic-556883 et http://www.humanite.fr/seattle-la-ville-qui-ouvre-la-voie-au-smic-horaire-15-dollars-556176). De la part d’un journal qui lui apporte officiellement son soutien, en plus. Signe que les jeux ne sont pas faits : les syndicats, très puissants dans cet Etat, ont choisi de ne soutenir aucun des deux candidats, au grand dam de l’équipe Clinton.

Le « firewall » se fissure, se fissure. Jusqu’où ?

 

 

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Quand le socialiste Sanders bat le nombre de voix recueillies dans une primaire du New Hampshire

Dans un Etat qui n’est pas un bastion progressiste, le sénateur du Vermont règle le problème de son « éligibilité » et catalyse une mobilisation grandissante. Jusqu’où ?

Si on voulait verser dans le style ampoulé, on écrirait : l’Histoire ne fait pas les choses à moitié. En effet… Bernie Sanders est le premier candidat qui se définit comme « socialiste » à remporter une étape des élections primaires. En soi, voilà déjà un moment politique unique. Mais c’est l’ampleur de cette victoire qui lui confère définitivement son estampille « historique ».

Face à une ancienne First Lady et ancienne secrétaire d’Etat, soutenue par l’appareil démocrate, il remporte 60% des suffrages contre 38% à son adversaire (qui, rappelons-le, avait 50% d’avance au début de la campagne). Il domine dans toutes les catégories, parfois de manière « plébiscitaire » : 83% des voix chez les moins de 29 ans, 66% chez les 30-44 ans, 65% chez ceux qui gagnent moins que le revenu médian, 55% chez les 45-64 ans et même 55% chez les électrices, alors qu’Hillary Clinton mène notamment campagne sur le thème de « la première présidente du pays. » Cette dernière ne l’emporte que chez les plus de 65 ans et ceux qui gagnent plus de 200000 dollars par an.

Plus encore : Bernie Sanders est le candidat qui a recueilli le plus de voix de toute l’histoire des primaires du New Hampshire. 151.000 électeurs (décompte sur 97% des bulletins dépouillés). Ceux qui complètent le « top 5 » :

Hillary Clinton en 2008 : 112.400 voix

Barack Obama en 2008 : 104.815

Mitt Romney en 2012: 97.591

John McCain en 2008: 88.500

Sanders rassemble un tiers d’électeurs de plus que Clinton en 2008, numéro 2 au classement, alors que la population n’a évolué que de quelques milliers de personnes.

Cette année, l’Etat compte 1,326 millions d’habitants, selon les données les plus récentes (soit l’année 2014) du recensement, environ 1,1 million d’électeurs éligibles (tous ceux en âge de voter) et très officiellement, au 31 décembre, 873 932 électeurs enregistrés qui se répartissent ainsi (229.202 démocrates, 260.896 républicains et 383.834 « indépendants »). Pour participer à la primaire dans le New Hampshire, il faut s’enregistrer et se déclarer mais on peut s’enregistrer le jour même du vote. 525.000 électeurs ont participé aux primaires des deux camps.

Bernie Sanders a donc recueilli dans le cadre d’une primaire 17,2% de l’ensemble des électeurs enregistrés et 28,9% de ceux qui se sont déplacés pour choisir entre dix candidats (deux démocrates et huit républicains).

Ca fait beaucoup de chiffres comme dirait certains de mes amis. Mais ça vaut le coup, quand même pour saisir l’ampleur de la mobilisation créée autour de sa candidature. A titre de comparaison (un peu faussée mais c’est juste pour donner une idée), lors de la primaire du PS en 2011, dans un département de poids démographique équivalent (le Val-de-Marne comptait 1,33 millions d’habitants cette année-là), François Hollande avait recueilli 20.000 voix et l’ensemble des candidats, 56.297 voix. Rappel : Sanders, 148.000…

Cela apporte une pierre au débat sur le fait de savoir si Sanders est « éligible », question soulevée par l’équipe de campagne de Clinton (notons au passage qu’elle a perdu 20000 voix en huit ans dans cet Etat). Celle de Sanders répond désormais que le sénateur du Vermont est le mieux à même de rassembler le cœur de l’électorat démocrate et au-delà. La preuve par le vote de mardi…

L’argument de la proximité avec l’Etat du Vermont dont il est sénateur ne tient pas une seule seconde, comme l’a rappelé un article du New York Times. Le Vermont est un Etat progressiste, l’un des plus à gauche du pays, tandis que le New Hampshire relève plus d’une culture « libertarienne » (on ne paie pas d’impôt dans cet Etat où la devise est « vivre libre ou mourir »). Pour poursuivre dans l’aller-retour indicatif avec la France, suffit-il à Nicolas Sarkozy d’être des Hauts-de-Seine pour réaliser de bons scores en Seine-Saint-Denis ?

Bref, pour n’en rester qu’à Sanders : en anglais électoral, cela s’appelle un « momentum ». Un « élan », une « dynamique », qui vont dans quelques semaines affronter deux challenges plus compliqués, le Nevada et la Caroline du Sud, où Hillary Clinton est donnée largement favorite.

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