Hillary Clinton dans les pas d’Obama

Son écrasante victoire en Caroline du Sud (73,5%) et son quasi-plébiscite chez les électeurs africains-américains (87%) valide sa stratégie de défense intégrale du bilan d’Obama. Certainement suffisant pour décrocher la nomination démocrate. Probablement pas pour entrer à la Maison Blanche.

C’est une victoire écrasante qu’a enregistrée Hillary Clinton en Caroline du Sud, dans le premier Etat du Sud à entrer dans la danse des primaires : 73,5% des voix contre 26% à Bernie Sanders. Ce succès éclatant clarifie le chemin vers la nomination et confirme qu’elle va remporter les Etats du Sud avec d’importantes marges, obligeant son adversaire à engranger non seulement des victoires mais de très larges victoires dans les Etats dans lesquels il peut prétendre dominer (Massachusetts, Colorado, Minnesota). Ce qui demeure très improbable. Il faudrait donc un retournement brutal de situation pour que Sanders puisse contester la position dominante prise par Hillary Clinton.

La clé du succès de cette dernière est assez simple : l’électorat africain-américain. Après sa défaite dans le New Hamsphire, la direction de campagne avait évoqué les Etats à plus fortes proportions de « minorités » comme un « pare-feu » contre Sanders. Dans le Nevada, le score de Sanders parmi les Latinos (bien plus important que ne le pensait le camp Clinton et même majoritaire selon certains sondages) avait instillé un doute dans cette stratégie.

La Caroline du Sud le confirme : il y a bien « firewall ». Il est monocolore mais surpuissant. Hillary Clinton a remporté 87% du vote des africain-américains qui représentent 61% de tous les électeurs qui se sont déplacés samedi (contre 55% en 2008). Imparable. En répétant que Barack Obama « n’a pas eu le crédit qu’il mérite », en défendant quasiment tous les aspects des deux mandants du premier président noir de l’Histoire, Clinton joue sur du velours parmi les électeurs africains-américains.

Face à elle, le discours de Bernie Sanders n’a pas réussi à percer. Le candidat socialiste paie aussi très cher l’absence de relais (pasteurs, députés) dans une communauté très organisée autour de ses églises et de ses grands élus. Fidèle à son éthique en politique, il a refusé de jouer la carte de son engagement politique passé en faveur du mouvement des droits civiques (une photo sortie récemment des archives du Chicago Tribune montre son arrestation en 1963 lors d’une manifestation de protestation contre la ségrégation) (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina).

S’il ne modifie pas le rapport de forces au sein de l’électorat africain-américain (et on ne voit pas ce qui pourrait se produire de cette nature en quelques jours) la voie semble sans issue pour Sanders (il lui faut au moins remporter cinq Etats lors du « super Tuesday » de mardi pour continuer à rester en compétition) et le boulevard apparaît dégagé pour Hillary Clinton. Mais la force de Clinton dans ses primaires constituera sa faiblesse lors de l’élection générale.

Elle ne pourra pas, alors, se contenter de proposer un « troisième mandat d’Obama », de continuer à affirmer que tous les grands problèmes ont trouvé une loi votée ces huit dernières années. Sa stratégie est un « coup sûr » pour se défaire de Sanders. Mais elle n’instille aucun « souffle », aucune dynamique. Elle ne parle pas de changement dans un pays qui réclame (parfois à hue et à dia, comme le prouve le phénomène Trump) tout sauf le statu quo. Déjà, le nombre de participants en Caroline du Sud doit alerter : 367491 contre 532468 en 2008, soit 30% de moins. La semaine dernière, 737917 électeurs républicains se sont déplacés, soit deux fois plus que d’électeurs démocrates, dans un Etat qui est certes « rouge » (la couleur du GOP) depuis un demi-siècle (http://www.nytimes.com/elections/results/south-carolina). Mais dans toutes les primaires organisées jusqu’ici, le parti républicain a mobilisé plus d’électeurs que le parti démocrate. La variété offerte par le républicains (cinq candidats mobilisent toujours plus que deux) constitue une explication partielle. Et, au-delà de la douce euphorie provoquée par la reprise en main de leur championne, c’est l’inquiétude qui pourrait rapidement s’emparer l’appareil démocrate. Les victoires de novembre se préparent souvent dès février. Les défaites aussi.

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Classé dans Actualités, Eclairages

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