Axe Warren-Sanders : le début de la fin?

Le débat qui s’est déroulé mardi soir à Des Moines (Iowa) a marqué les premières escarmouches entre les deux figures de la gauche américaine (Article publié sur le site web de l’Humanité le 15 janvier 2015).

Il y a deux semaines, Alexandria Ocasio-Cortez avait, une nouvelle fois, provoqué la colère du microcosme démocrate par une de ses formules dont elle a le sens. Face à un journaliste du New York Magazine qui l’interrogeait sur sa façon d’envisager une présidence Biden, la plus jeune élue de l’Histoire du Congrès a lâché : « Oh, mon dieu. Dans n’importe quel pays, Joe Biden et moi ne serions pas dans le même parti, mais en Amérique, nous le sommes. » Sa sortie, manifestement pas calculée, a évidemment déclenché les foudres de l’establishment démocrate, au nom de la nécessaire unité pour battre Donald Trump. De manière théorique, la députée qui se revendique du socialisme démocratique n’a pas tout à fait tort et, en France, il est évident que l’ancien vice-président de Barack Obama et elle ne paieraient pas leur cotisation à la même organisation. En Grande-Bretagne, cependant, ils pourraient tous deux être membres du Labour. Mais, au-delà de ce débat de science-politique, « AOC » a pointé un élément politique central : les divisions idéologiques – « irréconciliables » ou pas, c’est un autre débat – entre la frange centriste du parti démocrate et l’aile gauche, qui sont apparues nettement lors de chacun des six débats organisés depuis juin dernier. Même si le curseur global a évolué vers la gauche ces dix dernières années, la ligne de fracture était évidente entre le centrisme (en France, on dirait « social libéralisme »), version Biden, et l’aile gauche incarnée par Elizabeth Warren et Bernie Sanders sur tous les grands sujets.

Le septième débat, qui s’est tenu mardi soir, n’a pas infirmé ces divergences mais il a apporté un élément nouveau : les premières dissensions dans l’axe progressiste. Le pacte de non-agression tacitement passé entre les deux sénateurs n’a pas vraiment volé en éclats mais une première et très visible fissure est apparue. A trois semaines du premier vote dans l’Iowa (le débat se déroulait d’ailleurs à Des Moines, la capitale de l’Etat), Elizabeth Warren a visé assez directement Bernie Sanders. La tension était montée ces derniers jours suite à la révélation d’un « mémo » interne à la campagne de Sanders détaillant les arguments à développer auprès des électeurs tentés par Elizabeth Warren. Bernie n’a pas contesté l’existence de ce texte mais en a imputé la responsabilité à une initiative personnelle d’un « staffer ».

Sur la scène de la Drake University, Warren a insisté, suspectant Sanders d’avoir déclaré en privé qu’une femme ne pouvait pas battre Donald Trump. Peu porté sur confrontation personnelle (c’est un euphémisme), le challenger d’Hillary Clinton en 2016 a nié et argumenté de façon assez convaincante sur le fond mais a semblé mal à l’aise sur la forme. L’offensive de la sénatrice du Massachussetts doit évidemment beaucoup à la tactique : sa percée de la fin de l’été qui la plaçait en tête des sondages n’a finalement été qu’éphémère. Les « pollsters » (spécialistes des sondages) et observateurs évoquent plutôt désormais un duel final Biden-Sanders. On sait que les deux premiers votes (Iowa, donc, le 3 février puis New Hamsphire, le 11) donnent le « la » et créent ou brisent des dynamiques. Pour l’instant, la sénatrice n’est jamais donnée dans le duo de tête. Son nouvel argument tient en sa capacité à faire l’unité du parti, à être le lien entre ces deux pôles. Sous-texte : Bernie est trop diviseur. Cette nouvelle approche s’est matérialisée lors du débat de mardi sur la question du nouvel accord d’ALENA proposé par Trump. Sanders estime que la Chambre des représentants ne devrait pas le voter car il ne comporte que de « modestes » améliorations. Warren a, au contraire, défendu l’idée de le soutenir car justement il comporte des améliorations même modestes.

Le « plan » des stratèges de Sanders – deux campagnes parallèles qui se rejoignent lors de la convention de Milwaukee en juillet – qui semblait si séduisant sur le papier est écorné. Pas encore déchiré, pour autant.

 

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Classé dans Actualités, Eclairages

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