Le crash de l’axe Sanders-Warren place Biden en orbite

L’ancien vice-président a remporté une majorité d’Etats, mardi, profitant de l’unité des modérés face à la division des progressistes. (Article publié dans l’Humanité du 12 mars.)

Ils ont attendu longtemps mais rien n’est venu. Les militants et sympathisants de Bernie Sanders ont voulu croire jusqu’à la dernière seconde qu’Elizabeth Warren allait mettre son poids dans la balance. Lors de l’annonce de son retrait de la campagne, le 5 mars dernier, la sénatrice du Massachussetts avait fait part de son besoin de temps afin d’annoncer lequel des deux candidats encore en course – Sanders ou Biden – elle allait soutenir. Puis rien… Le « mini Tuesday » du 10 mars est arrivé et Sanders n’a pu se prévaloir du soutien de l’autre figure marquante de l’aile progressiste, seule possibilité, sans doute, pour lui de renverser la vapeur.

Les résultats du vote dans les six Etats qui ont voté mardi renforcent l’avantage pris par Joe Biden. Il a remporté haut la main (53% contre 36%) l’Etat crucial du Michigan, dans lequel Sanders avait décroché une retentissante victoire en 2016 face à Hillary Clinton. L’ancien vice-président domine sans surprise dans le Mississippi, le Missouri et, de façon plus inattendue en Idaho. Bernie Sanders gagne le très peu peuplé Dakota du Nord et a pris un léger avantage dans l’Etat du Washington, le deuxième pourvoyeur de délégués de la soirée, où les bulletins étaient encore comptés, à l’heure où ces lignes étaient écrites. L’écart, en nombre de délégués, s’est encore creusée et il pourrait s’établir, à 150. Rien n’apparaît définitif au regard des 4000 délégués qui se rendront à la convention de Milwaukee, dont la moitié n’ont pas encore été élus. Mais il faudrait un retournement aussi spectaculaire que celui qui a permis à Biden de se relancer, suite à une victoire massive en Caroline du Sud et au soutien de deux des candidats modérés, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar.

Le sénateur du Vermont a donc besoin d’un succès et de renforts. Ce qui nous ramène à Elizabeth Warren. Depuis les premiers débat, les deux élus à la chambre haute du Congrès affichaient une unité sans failles. Ils étaient « amis », rien ne pouvait se glisser entre eux, à peine plus entre leurs programmes. L’axe progressiste défendait un système d’assurance-maladie universel et public (dit Medicare for All), la création d’un impôt sur la fortune, l’annulation de la dette étudiante, etc… Le duo a commencé à se fissurer lors de la « cristallisation » du mois de janvier, quelques semaines avant le premier vote, alors qu’Elizabeth Warren, en tête des sondages durant les derniers mois de 2019, reculait inexorablement tandis que Bernie Sanders émergeait. Lors d’un débat, la première accusait le second de lui avoir dit en privé « qu’une femme ne pourrait pas devenir présidente», ce que celui-ci niait. Sur les réseaux sociaux, le débat s’envenimait entre soutiens de l’une et de l’autre.

Après le ralliement express derrière Biden, début mars, Elizabeth Warren a clairement fait le choix stratégique de rester en piste dans l’espoir de capter une frange de l’électorat de Buttigieg et Klobuchar, dont elle apparaissait, dans les enquêtes d’opinion, comme le second choix. Mais ces électeurs ont suivi les consignes et se sont reportés massivement sur Biden, laissant la sénatrice sans victoire, avec peu de délégués (69) et aucune voie possible vers la nomination. Une union préalable aurait sans doute permis à Sanders de remporter le Massachusetts, le Minnesota et le Texas, créant une « dynamique » apte à concurrencer celle créée autour du candidat de l’establishment.

Demeure la question : pourquoi, depuis, Warren n’a-t-elle pas apporter son soutien à son « ami de longue date » ? L’explication relève-t-elle du personnel (indépassable déception, amertume face aux attaques) ou du politique ? Est-elle en train de négocier avec Joe Biden ? Un article récent de Politico relate les longs échanges entretenus fin 2014 par Elizabeth Warren et Hillary Clinton au terme desquels la première s’est engagée à ne pas être candidate après acceptation par la seconde d’un certain nombre de conditions. Déçus par ce renoncement, des milieux progressistes se tournèrent alors vers un autre sénateur, unique socialiste déclaré du Congrès, un certain Bernie Sanders.

 

 

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s