La trumpisation achevée du Grand Old Party

La convention du parti républicain a consacré la prise de pouvoir du président nationaliste et de son idéologie. Il n’y a plus ni débats, ni d’opposants dans le parti fondé par Abraham Lincoln, juste un chef  : Donald Trump. (Article publié dans l’Humanité du 28 août 2020.)

«Ce n’est plus le parti républicain, c’est un culte à Trump. » La féroce critique ne provient pas d’un opposant démocrate ou d’un éditorial de journal « liberal » que Trump aime tant à attaquer, mais de l’essayiste Bill Kristol, fils d’Irving Kristol, considéré comme le fondateur du mouvement néoconservateur. La formule est cinglante mais elle se révèle… fausse. Si les quatre jours de la convention républicaine ont bel et bien tourné au « culte à Trump », il s’agit toujours du « parti républicain ». « Les conservateurs ont enfanté un monstre : c’est Trump. C’est leur Frankenstein. Ils ne se sont d’abord pas reconnus dans cet enfant illégitime, puis ils s’y sont ralliés car Trump a gagné », analyse l’historien Romain Huret, directeur de recherches à l’EHESS. « Cette évolution remonte aux années 1960 et à la capture du parti républicain par Barry Goldwater (candidat battu à plate couture lors de l’élection présidentielle de 1964 par Lyndon Johnson et considéré comme le père de la révolution conservatrice – NDLR). Trump est la version la plus extrême, la plus aboutie de l’aile droite », ajoute-t-il.

La « trumpisation » du GOP (Grand Old Party, son surnom) s’est achevée entre vidéos enregistrées et harangues devant une salle de conférence vide. Les voix dissonantes n’ont pas été invitées. Elles n’y tenaient pas plus que cela. « Ne pas être publiquement loyal à Trump peut se payer cher : disqualification sur Twitter, campagne négative en circonscription, insultes, etc. », indique Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Iris. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, toute la famille Trump est passée derrière le pupitre, des enfants aux beaux-enfants en passant par l’épouse. « Du reste, le parti ne publie pas de plateforme (programme) différente de celle de 2016, ce qui est exceptionnel. C’est aussi un indicateur que le parti est uni derrière Trump et n’engage pas de débats internes », poursuit la spécialiste.

Le renoncement à l’élaboration d’un programme actualisé en dit long sur la vampirisation du vieux parti par le milliardaire. Pour autant, ce programme existe bien, mais il est, selon David Frum, ancien conseiller de W. Bush et républicain en rupture de ban, « trop effrayant pour être rendu public ». Les choix et propos des orateurs, ainsi que les mises en scène ont dessiné le projet trumpiste entre darwinisme social, nationalisme, dérégulation (sociale et environnementale) et nativisme assumé (« Le parti républicain tient un meeting du Klan », https://platform.twitter.com/widgets.js« >a tweeté l’élue socialiste de Pittsburgh, Summer Lee). « C’est un conservatisme sans filtre, sans garde-fous », résume Romain Huret. À titre d’exemple : en rupture avec la coutume, et sans doute en violation des règles administratives américaines, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie, s’est immiscé dans le débat électoral en diffusant une vidéo de soutien à Donald Trump enregistrée depuis Jérusalem. Un signal on ne peut plus clair envoyé aux électeurs évangéliques blancs, noyau dur de la base républicaine. « Le seul but de la convention de Donald Trump était de parler aux spectateurs de Fox News », constate David Frum. Solidifier sa base en la chauffant à blanc : le même choix qu’en 2016. Pour le même résultat ?

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Classé dans Actualités, Eclairages

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