Dans le Wisconsin, Sanders maintient son « momentum », et après ?

(Article publié dans l’Humanité du 7 avril 2016)

Alors que le candidat qui se définit comme socialiste a remporté le Wisconsin, deux universitaires américains ont débattu, mardi à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, des suites du mouvement ainsi initié.

Bernie Sanders a remporté, mardi, sa sixième victoire d’affilée. Et sans doute l’une des plus significatives. D’abord, parce qu’elle concerne sa plus grosse « prise » après le Michigan ; le Wisconsin, , une terre industrielle et syndicale où le gouverneur républicain, Scott Walker, a lancé, souvent avec succès, des attaques contre le mouvement syndical, notamment dans le public, et sa capacité à négocier collectivement au nom de tous les salariés. Ensuite, car elle permet au candidat qui se définit comme « socialiste » d’entretenir le « momentum », cet esprit de dynamique, et de l’emporter avec lui vers la prochaine étape : l’Etat de New York, sa terre natale, face à une Hillary Clinton qui en a été la sénatrice de 2001 à 2009. Selon les sondages, l’écart se resserre et s’établirait désormais à une dizaine de points contre vingt il y a une semaine.

A l’heure où les Wisconsinites prenaient la direction des bureaux de vote, deux universitaires américains discutaient, à Paris, à l’invitation de la fondation Gabriel-Péri, de l’impact de cette candidature. Malgré son succès dans le Wisconsin, Sanders « ne peut plus gagner la nomination », a estimé Mark Kesselman, professeur émérite de sciences-politiques à l’Université de Columbia (New York). Il a accumulé trop de retard, en nombre de délégués, dans les Etats du Sud. « Les Africains-Américains représentent 20 à 30% de la base du parti démocrate et Hillary Clinton remporte 80% de ce vote. Dans ces conditions, il n’y a pas de possibilité de victoire », a rappelé Gerald Friedman professeur d’économie à l’Université d’Amherst (Massachusetts) et membre du comité de conseillers économiques du candidat. Il n’empêche, selon Kesselman, que « la candidature de Sanders est un phénomène que personne n’a prévu et même pas Sanders lui-même sans doute. » Un « phénomène » qui ne retombera pas avec la fin des primaires, selon les deux intervenants.

Dans un contexte de «guerre idéologique énorme, les électeurs de Sanders vont rester mobilisés», a ajouté Kesselman. « Le mouvement Sanders se poursuivra. Et le mouvement est peut-être plus à gauche que Sanders lui-même », pense Friedman, qui tout en étant l’un des conseillers économiques du candidat qui se proclame « socialiste » le définit plutôt comme un « adepte du New Deal. »

Le mouvement initié par le sénateur du Vermont n’est pas uniquement électoral comme en a témoigné Jim Cohen, professeur américain enseignant à Paris: «J’ai vu, en Arizona, comment le mouvement des migrants sans-papiers en Arizona regardaient Sanders de loin, l’été dernier, et certainement avec raison, car il était suspecté de ne porter des propositions que pour les salariés. J’ai vu comment ce mouvement s’est rapproché de Sanders, comment Sanders s’est rapproché de ce mouvement et comment finalement les mouvements sociaux ont nourri la campagne de Sanders. »

« Il va falloir être très attentif aux primaires pour les élections locales et pour le Congrès, a pointé Daniel Cirera, secrétaire général de la Fondation Gabriel-Péri. Lors des dernières élections de mi-mandat, les démocrates avaient perdu des sièges mais ceux qui avaient été élus étaient beaucoup plus à gauche. » La dynamique politique catalysée par Sanders ne se résume pas à « nomination/pas nomination ». En attendant, le candidat prétend que la possibilité de remporter l’investiture existe toujours. Il lui faut remporter 56% des délégués encore en jeu.

 

 

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