La primaire démocrate trébuche dès la première foulée

Dans l’Iowa, un incroyable fiasco masque la victoire probable de Bernie Sanders, l’émergence de Pete Buttigieg et l’écroulement de Joe Biden (article publié dans l’Humanité du 5 février 2020).

Bernie Sanders a remporté, en voix, le caucus de l’Iowa, Pete Buttigieg a effectué une percée au détriment de Joe Biden, quatrième ; l’aile gauche remporte la moitié des voix dans un Etat rural et conservateur et les cartes sont rebattues au sein de l’establishment démocrate : tout ce qu’il fallait retenir du premier vote du cycle des primaires démocrates a quasiment disparu derrière une purée de pois générée par une immense confusion. Cela relève d’ailleurs plus de l’accident industriel que du simple « bug »: l’un des deux grands partis du pays le plus puissant de la planète se montre incapable de gérer un vote dans un Etat à peine plus peuplé que le département du Nord… On ne connait toujours pas la nature du problème, laissant place à toutes les interprétations. L’Iowa vient sans doute de perdre son statut disproportionné de faiseur de rois tout comme la forme du « caucus » a vécu ces derniers soubresauts mais l’essentiel est ailleurs : ce désastre fait quasiment de Donald Trump, le double vainqueur de la soirée: incontesté dans son propre camp (97% des voix), il se délecte de l’amateurisme de ses adversaires démocrates.

Chat échaudé craignant l’eau froide, la campagne de Bernie Sanders n’avait pas attendu que la bureaucratie locale démocrate vienne à bout des problèmes en décidant en pleine nuit de publier ses propres relevés. En 2016, novice en la matière, il avait laissé la main au parti démocrate qui, sans publier le détail des votes, déclarait une victoire d’Hillary Clinton d’une courte tête (49,6% contre 49,2%). La thèse du « hold up » est de plus en plus communément admise.

Si les résultats diffusés par Sanders étaient officiellement confirmés, ils produiraient une confirmation et une déflagration. La bataille entre l’aile gauche et l’establishment centriste aura bien lieu, et le vent semble plutôt souffler dans les voiles de la première, puisque ses deux candidats obtiennent un score plus élevé (près de 30% pour Sanders et 20% pour Warren) que ne le disaient les derniers sondages. Mais, manifestement l’incarnation des élites centristes ne sera pas Joe Biden (autour de 15%). Une quatrième place pour un ancien vice-président, favori des élites, cela semble rédhibitoire même si sa campagne « zombie » va sans doute se poursuivre jusqu’à trouver sa tombe naturelle. Le plan B du bloc social-libéral prend les traits d’un jeune maire du Midwest, Pete Buttigieg (environ un quart des voix) mais peut-être aussi d’un milliardaire octogénaire, Michael Bloomberg, qui attend son heure en Californie et y déverse des centaines de millions de dollars.

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Classé dans Actualités, Eclairages

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