Archives de Catégorie: Actualités

Quand le socialiste Sanders bat le nombre de voix recueillies dans une primaire du New Hampshire

Dans un Etat qui n’est pas un bastion progressiste, le sénateur du Vermont règle le problème de son « éligibilité » et catalyse une mobilisation grandissante. Jusqu’où ?

Si on voulait verser dans le style ampoulé, on écrirait : l’Histoire ne fait pas les choses à moitié. En effet… Bernie Sanders est le premier candidat qui se définit comme « socialiste » à remporter une étape des élections primaires. En soi, voilà déjà un moment politique unique. Mais c’est l’ampleur de cette victoire qui lui confère définitivement son estampille « historique ».

Face à une ancienne First Lady et ancienne secrétaire d’Etat, soutenue par l’appareil démocrate, il remporte 60% des suffrages contre 38% à son adversaire (qui, rappelons-le, avait 50% d’avance au début de la campagne). Il domine dans toutes les catégories, parfois de manière « plébiscitaire » : 83% des voix chez les moins de 29 ans, 66% chez les 30-44 ans, 65% chez ceux qui gagnent moins que le revenu médian, 55% chez les 45-64 ans et même 55% chez les électrices, alors qu’Hillary Clinton mène notamment campagne sur le thème de « la première présidente du pays. » Cette dernière ne l’emporte que chez les plus de 65 ans et ceux qui gagnent plus de 200000 dollars par an.

Plus encore : Bernie Sanders est le candidat qui a recueilli le plus de voix de toute l’histoire des primaires du New Hampshire. 151.000 électeurs (décompte sur 97% des bulletins dépouillés). Ceux qui complètent le « top 5 » :

Hillary Clinton en 2008 : 112.400 voix

Barack Obama en 2008 : 104.815

Mitt Romney en 2012: 97.591

John McCain en 2008: 88.500

Sanders rassemble un tiers d’électeurs de plus que Clinton en 2008, numéro 2 au classement, alors que la population n’a évolué que de quelques milliers de personnes.

Cette année, l’Etat compte 1,326 millions d’habitants, selon les données les plus récentes (soit l’année 2014) du recensement, environ 1,1 million d’électeurs éligibles (tous ceux en âge de voter) et très officiellement, au 31 décembre, 873 932 électeurs enregistrés qui se répartissent ainsi (229.202 démocrates, 260.896 républicains et 383.834 « indépendants »). Pour participer à la primaire dans le New Hampshire, il faut s’enregistrer et se déclarer mais on peut s’enregistrer le jour même du vote. 525.000 électeurs ont participé aux primaires des deux camps.

Bernie Sanders a donc recueilli dans le cadre d’une primaire 17,2% de l’ensemble des électeurs enregistrés et 28,9% de ceux qui se sont déplacés pour choisir entre dix candidats (deux démocrates et huit républicains).

Ca fait beaucoup de chiffres comme dirait certains de mes amis. Mais ça vaut le coup, quand même pour saisir l’ampleur de la mobilisation créée autour de sa candidature. A titre de comparaison (un peu faussée mais c’est juste pour donner une idée), lors de la primaire du PS en 2011, dans un département de poids démographique équivalent (le Val-de-Marne comptait 1,33 millions d’habitants cette année-là), François Hollande avait recueilli 20.000 voix et l’ensemble des candidats, 56.297 voix. Rappel : Sanders, 148.000…

Cela apporte une pierre au débat sur le fait de savoir si Sanders est « éligible », question soulevée par l’équipe de campagne de Clinton (notons au passage qu’elle a perdu 20000 voix en huit ans dans cet Etat). Celle de Sanders répond désormais que le sénateur du Vermont est le mieux à même de rassembler le cœur de l’électorat démocrate et au-delà. La preuve par le vote de mardi…

L’argument de la proximité avec l’Etat du Vermont dont il est sénateur ne tient pas une seule seconde, comme l’a rappelé un article du New York Times. Le Vermont est un Etat progressiste, l’un des plus à gauche du pays, tandis que le New Hampshire relève plus d’une culture « libertarienne » (on ne paie pas d’impôt dans cet Etat où la devise est « vivre libre ou mourir »). Pour poursuivre dans l’aller-retour indicatif avec la France, suffit-il à Nicolas Sarkozy d’être des Hauts-de-Seine pour réaliser de bons scores en Seine-Saint-Denis ?

Bref, pour n’en rester qu’à Sanders : en anglais électoral, cela s’appelle un « momentum ». Un « élan », une « dynamique », qui vont dans quelques semaines affronter deux challenges plus compliqués, le Nevada et la Caroline du Sud, où Hillary Clinton est donnée largement favorite.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Sanders et Trump, figures de la double radicalisation

ImagePolarisation

(Article publié dans l’Humanité du 1er février 2016)

La campagne des primaires commence aujourd’hui dans l’Etat de l’Iowa dans un contexte de polarisation politique des électorats républicain mais aussi démocrate. En toile de fond : accroissement des inégalités et débat sur l’immigration.

La saison  de désignation des candidats des deux grands partis s’ouvre aujourd’hui dans l’Iowa, petit Etat du Midwest peu représentatif du pays. La semaine prochaine, un Etat encore moins peuplé – le New Hampshire – donnera la deuxième note de la « musique » 2016. C’est ainsi. C’est la tradition. Mais cette année, rien de franchement « traditionnel » ne semble se profiler. Côté républicains, un milliardaire outrancier nationaliste (Donald Trump) mène le bal, sous le regard coupablement fasciné des grands médias, juste devant un sénateur texan évangéliste (Ted Cruz) et un sénateur de Floride élu en 2010 sur la vague des Tea Party (Marco Rubio). Un début de campagne républicaine ne s’est jamais autant joué à droite.

Côté démocrate, un sénateur de 74 ans qui se décrit comme « socialiste » (Bernie Sanders) met en grande difficulté l’ultra-favorite (Hillary Clinton). Lors de l’un de leurs débats, les deux responsables se sont affrontés sur le capitalisme, faisant dire à Ted Cruz qu’il avait assisté à une opposition entre « mencheviks et bolcheviks ». « Est-ce que je soutiens le processus capitaliste de casino par lequel si peu ont tant et autant ont si peu ? Non», avait déclaré Sanders. Un début de campagne démocrate ne s’est jamais autant joué à gauche.

Il s’écrit beaucoup de choses sur les deux personnalités – outrancière et quasi-clownesque de Trump,  authentique  et quasi-rigide de Sanders. Certes. Mais ces deux phénomènes politiques nouveaux reposent sur des forces sociales et électorales.

Comme le montre le premier graphique, le mouvement est double. D’un côté, les électeurs républicains glissent vers la droite. C’est le premier mouvement qui a été initié dès les années 1970 avec la « révolution conservatrice », incarnée par Reagan. Le fait est assez bien documenté et renseigné dans la presse française. Ce qui l’est moins : les électeurs démocrates sont de plus en à gauche. Selon trois politologues (McCarty, Poole et Rosenthal), cette polarisation va de pair avec  l’explosion des inégalités (qui retrouve son niveau des années 20) et un fort taux d’immigrés (là aussi, le plus important depuis près d’un siècle). Cette ligne de division politique renvoie à deux Amériques sociologiques. Du côté républicain, l’électeur est blanc, âgé de plus de 50 ans, financièrement installé, plus conservateur que jamais. Du côté démocrate, on trouve une Amérique plus jeune, féminine et multicolore, plus progressiste, celle qui avait porté Obama au pinacle en 2008 et 2012. Entre les deux le choc est total : idéologique, générationnel, culturel, politique. En termes électoraux, le parti démocrate tire les fruits de ces transformations même s’il est loin de répondre aux attentes de ses propres électeurs. Après deux mandats d’Obama, le rapport de forces lui reste favorable comme le montre le deuxième graphique de la colonne de droite : 48% à 39%. Mais la montée en puissance des « indépendants » (1er graphique) indique une insatisfaction grandissante à l’égard des deux grands partis. Ces électeurs ne sont pas des « centristes », car, en général, ils ont des positions fermes sur les grands sujets. Lors des élections, ils votent démocrate ou républicain, seul choix qui leur est laissé mais ils n’en sont pas moins à la recherche d’alternatives au « duopole ». Bernie Sanders est l’un de ses «  indépendants ». Au Sénat, il ne siège pas avec les démocrates même s’il a décidé de briguer l’investiture du parti de l’âne. Sa campagne centrée sur la thématique des inégalités et de Wall Street rencontre un écho parmi la jeune génération (dans les sondages, il recueille 66% des suffrages parmi les moins de 30 ans face à Hillary Clinton). « Bernie » peut s’appuyer sur la radicalisation de l’électeur démocrate : comme le montre le troisième graphique de la colonne, les « libéraux » (au sens américain, soit des progressistes) sont désormais plus nombreux au sein de l’électorat démocrate. A sa façon, Trump est également « indépendant » de l’establishment républicain.

C’est dire, si finalement, l’irruption d’un socialiste et d’un nationaliste reflète les évolutions des mentalités politiques de l’opinion publique américaine.

1 commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Primaires américaines, mode d’emploi

Un « caucus », kesako ? Une primaire « ouverte » ou « fermée » ? Voici un aide-mémoire pour comprendre le processus de désignation des candidats.

Le caucus de l’Iowa lance ce lundi 1er février le processus de désignation des candidats des deux grands partis, démocrate et républicain. Ce moment politique est connu sous le nom de « primaires ». Sa simplicité apparente (les électeurs votent pour désigner le candidat) masque en fait une grande complexité.

Sacro-saint principe fédéral oblige : chaque Etat est maître chez lui, même si l’ensemble est supervisé et homologué par les deux « appareils » nationaux «(le Democratic National Committee et le Republican National Committee). Il y a trois façons de faire appel aux électeurs : le caucus, la  primaire ouverte et la primaire semi-ouverte

 

Les différents types de primaires

Le caucus – c’est par exemple, le choix de l’Iowa et de onze autres Etats avec lui – est réservé aux militants des partis. Simple ? Attendez de voir. Le vote commence par la réunion des militants, bureau par bureau. Ils sont tous convoqués à la même heure (dans l’Iowa, un lundi, … pas facile à organiser pour ceux qui travaillent). Ils se regroupent par préférence derrière un capitaine qui a officiellement apporté son soutien à un candidat, à charge pour lui de convaincre les indécis. Le vote ne se déroule pas à bulletins secrets. Chaque bureau élit ses représentants au niveau du comté où, rebelote, on élit les délégués aux conventions de l’Etat qui élisent leurs délégués à la convention nationale. Ouf !

La primaire implique une participation beaucoup plus large. Trois variantes existent. La primaire ouverte qui concerne tous les électeurs sans restrictions. Par exemple, un républicain peut participer à la primaire démocrate.

La primaire « fermée » n’autorise la participation que des électeurs dûment enregistrés, auprès des autorités, comme « démocrates » ou « républicains ». Entre les deux, la primaire « semi-ouverte » autorise les électeurs à voter pour telle ou telle primaire, interdisant la possibilité de participer au vote des deux partis.

La Louisiane et l’Alaska ont deux méthodes encore différentes dont on vous reparlera au moment du vote dans ces deux Etats.

 

Les conventions nationales

Les délégués élus lors de ces processus se retrouvent lors des conventions nationales. Cette année, elles se dérouleront du 18 au 21 juillet pour les républicains à Cleveland (Ohio) et du 25 au 28 juillet à Philadelphie (Pennsylvanie) pour les démocrates. Les délégués y retrouvent les superdélégués (élus, gouverneurs, membres des comités nationaux et personnalités qualifiées) désignés par l’appareil du parti, ce qui permet donc à celui-ci d’avoir un poids supplémentaire dans la désignation en cas de coude à coude entre deux prétendants.

 

La surprise des « outsiders »

La pré-campagne a défié toutes les prévisions. Dans les deux camps, ce sont les « outsiders » qui mènent la danse : le socialiste Bernie Sanders chez les démocrates et le milliardaire xénophobe Donald Trump chez les Républicains. La presse et les observateurs annoncent, depuis des mois, que ces soufflés vont retomber…et ils ne cessent de gonfler. On reviendra assez vite sur les raisons de ces percées.

Autre enjeu de ce cru 2016 : mesurer l’implication de l’électorat. En 2008, 45 millions d’électeurs avaient participé au processus. 35 millions dans la primaire démocrate pour un score d’Obama, lors du vote général de novembre 2008,  de 70 millions. Et 15 millions dans la primaire républicaine pour un score de McCain de 60 millions. Pour le camp démocrate, la primaire sert évidemment à désigner son candidat mais aussi à jeter les bases d’une mobilisation électorale puissante, indispensable à sa victoire. Lorsque le taux d’abstention est fort, ce sont les républicains qui l’emportent.

1 commentaire

Classé dans Actualités

2014, l’année du salaire minimum

Image

Barack Obama a annoncé une augmentation du SMIC pour les fonctionnaires fédéraux. Partout, aux Etats-Unis, des villes et des Etats font de même tandis que l’opinion publique y est largement favorable.

Les discours sur l’état de l’Union relèvent souvent de la déclaration de politique générale et recèlent rarement de mesures concrètes. Pour son 6e exercice, Barack Obama a dérogé à cette règle en faisant une annonce si ce n’est spectaculaire, du moins très importante : l’augmentation du salaire minimum (bloqué nationalement à 7,25 dollars depuis 2009) pour les 560 000 fonctionnaires fédéraux. Le président a indiqué : « Dans les prochaines semaines, je prendrai un décret ordonnant les entreprises bénéficiant de contrats publics d’accorder un salaire juste d’au moins 10,10 dollars de l’heure à leurs employés, parce que si vous cuisinez pour nos troupes, si vous lavez leur vaisselle, vous ne devriez pas être contraint de vivre dans la pauvreté. »

Là est le seul pouvoir dont il dispose. Une augmentation générale du SMIC fédéral doit passer par un vote du Congrès. Sans surprise, les Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, y sont opposés. De toute façon, le salaire minimum national sert de référence. Il n’a rien d’obligatoire pour les Etats, système fédéral oblige. Mais c’est ici que le sujet prend une tournure intéressante. Obama n’est pas le seul à parler du SMIC. Son puissant « Donnez une augmentation à l’Amérique ! » entre en écho avec les innombrables initiatives qui pourraient faire de 2014, l’année du salaire minimum.

En novembre, les électeurs du New Jersey avaient dit « oui » à 61% à une augmentation du salaire minimum de 1 dollar, le portant à 8,25 dollars de l’heure, mesure à laquelle le gouverneur républicain pourtant réélu, Chris Christie, avait opposé son « veto », obligeant les promoteurs de cette augmentation du SMIC à passer par la voie référendaire. Quelques jours après ce vote, le Sénat de l’Etat du Massachussetts votait l’augmentation progressive du salaire minimum, d’ici 2016, de 8 à 11 dollars. En décembre, le conseil municipal de la ville de Washington a adopté le principe d’un SMIC à 11,50 dollars de l’heure. La mesure sera appliquée dans les territoires voisins du Maryland, qui forment un espace économique commun de 2,5 millions d’habitants. D’autres villes dans les Etats de Washington, du Nouveau-Mexique, de Californie ont augmenté le SMIC.

A Seattle, la bataille est également engagée. Elle est portée par Kshama Sawant, élue au conseil municipal en novembre, la première « socialiste » (c’est ainsi qu’elle se définit politiquement) à entrer dans l’assemblée élue d’une grande ville américaine depuis plusieurs décennies. Le thème principal de sa campagne victorieuse : le salaire minimum à 15 dollars de l’heure. Répondant à une campagne multiforme (politique et syndicale), le maire (démocrate) a lancé l’affaire en début de ce mois de janvier.

Enfin, du côté de l’opinion publique, l’affaire est entendue. Selon, une enquête publiée par le Pew Research Center, 73% des Américains (90% des démocrates, 71% des indépendants et même 53% des républicains) se disent favorables à l’augmentation du SMIC de 7,25 à 10,10 dollars de l’heure. Seuls les militants du Tea Party y sont opposés, ceux-là même qui « tiennent » la majorité du groupe républicain au Congrès, seul obstacle à une augmentation massive et généralisée du SMIC.

1 commentaire

Classé dans Actualités

Avec Volkswagen, le mur antisyndical du Sud se fissure

Image

Pour la première fois dans le Sud, une section syndicale va s’implanter dans une usine automobile.

Les quelques bonnes nouvelles qui peuvent parfois nous parvenir d’outre-Atlantique relèvent souvent du champ sociétal (un Etat a aboli la peine de mort, un autre a promulgué le mariage gay), quelquefois du champ politique (l’opposition de l’opinion publique à des frappes militaires en Syrie), beaucoup plus rarement du champ économique et social. C’est dire la valeur de l’information suivante : le syndicat de l’automobile (UAW, United Auto Workers) va s’implanter dans l’usine Volkswagen de Chattanooga, dans le Tennessee. Cet Etat, comme tous ses voisins du Sud américain, a développé des législations antisyndicales, sous la houlette des législatures républicaines. Cela a facilité une délocalisation en interne de l’industrie automobile aux Etats-Unis : de Detroit et des villes du Nord industrialisé aux syndicats puissants et aux conventions collectives favorables aux ouvriers vers le sud de la ligne Mason-Dixon (qui marquait la frontière entre la Confédération et l’Union pendant la guerre civile de 1861-1865 et qui constitue toujours une frontière politique).

C’est donc un coup d’ampleur qui est porté à cette stratégie. Il y a une semaine, Bob King, le président de l’UAW a annoncé qu’une majorité des 2700 salariés de l’usine Volkswagen avaient signé les « authorization cards », permettant ainsi au syndicat d’être considéré comme représentatif et de pouvoir ouvrir un « local » (une section syndicale). Etape suivante : la négociation d’une convention collective. Avec Chattanooga, l’UAW trouve sa première implantation dans le Sud.

Les élus républicains sont furieux. Ils ont déroulé le tapis vert (plus de 500 millions de dollars d’aides publiques) au constructeur automobile allemand et voici que celui-ci ouvre une brèche dans la politique du « right-to-work » (législations locales qui disposent que moins le salarié a de droits, meilleur c’est pour l’économie). « Que le management de Volkswagen invite le syndicat UAW dans son usine dépasse l’imagination », s’est étouffé le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker. Ce n’est pas tout à fait la direction du groupe qui a favorisé la syndicalisation ! Celle-ci a aussi été rendue possible par la « gentille » pression du puissant syndical, IG Metall. « Nous ne voulons pas d’un village gaulois chez Volkswagen. Avec l’élection probable d’une commission équivalente à un comité d’entreprise allemand à Chattanooga, les 100 usines de Volkswagen dans le monde disposeront d’une assemblée de représentation des travailleurs », a expliqué à l’Expansion un responsable de l’IG Metall à Francfort. Désormais, les usines de BMW en Caroline du Sud et Mercedes-Benz en Alabama sont invitées par les responsables syndicaux à laisser les travailleurs créer une section syndicale.

2 Commentaires

Classé dans Actualités

Les trois raisons de la faillite de Detroit

Image

(Ci dessus, cartographie du recensement de la population: en bleu, les Africains-Américains dans le centre de Detroit, en rouge, les Blancs dans les banlieues résidentielles)

1903-2013 : R.I.P. Detroit. Avec l’annonce de la déclaration de faillite de la ville, c’est un siècle d’Histoire américaine qui se clôt. Detroit n’était pas seulement le berceau de l’industrie automobile. Elle était également le cœur atomique de la période du New Deal (les « Trente glorieuses américaines »), la capitale du syndicalisme qui y remporta des batailles décisives, la « Motor City » qui enfanta la « motown », le label « soul » (Diana Rosse, Jackson Five, Marvin Gaye, Stevie Wonder et la « reine de la soul » Aretha Franklin). Bref, une partie du « patrimoine » des Etats-Unis que le pays d’apprête à remiser dans ses réserves, sans ciller. Comment en est-on arrivés là ?

  1. La désindustrialisation.

Le destin de la petite ville au nom français, fondée en 1701 par Antoine de Lamothe-Cadillac, bascule en 1903 quand Henry Ford fonde sa compagnie à Dearborn, dans la banlieue de Detroit. En 1908, c’est General Motors qui est créé. Suivi en 1925 par Chrysler formant ainsi les « big three ». A ce moment-là, avec la sortie du model T et l’instauration du Fordisme (organisation du travail et compromis salaires-productivité), l’industrie automobile est en pleine expansion. Detroit explose : 285.000 habitants en 1900, 465.000 en 1910, 993.000 en 1920, 1,5 million en 1930.

Extrait de « Voyage au bout de la nuit » : « Et j’ai vu en effet des grands bâtiments trapus et vitrés, des sortes de cages à mouches sans fin dans lesquelles on discernait des hommes à remuer, mais à remuer à peine, comme s’ils ne se débattaient plus que faiblement contre je ne sais quoi d’impossible. C’était ça, Ford ? »

Oui, c’était ça Ford, mais des hommes décidèrent de se débattre. En mai 1935, est fondé l’United Auto Workers (UAW). En 1937, après des grèves à Atlanta (Georgie) et Flint (Michigan), General Motors et Chrysler doivent reconnaître le fait syndical. Seul Ford résiste. Le 26 mai 1937, la bataille de l’Overpass, au cours de laquelle, les milices d’Henry Ford agressent les syndicalistes de l’United Auto Workers, devant l’usine de River Rouge à Dearborn, marque un tournant décisif. En 1940, 33 % des ouvriers de l’industrie ont une carte syndicale en poche. Il faudra attendre 1941 pour que la première convention collective soit signée chez Ford.

Après la guerre, le New Deal de Roosevelt règne en maître incontesté, même le républicain Eisenhower n’en conteste pas l’héritage social et réglementaire. L’Etat-Providence est incontournable. Les années 50 La production de masse se trouve à son pic, la consommation de masse commence. Les syndicats sont plus puissants que jamais.

C’est à Detroit encore et toujours qu’est conclu un accord qui passera à la postérité sous le nom de Traité de Detroit. Il est conclu entre les Big Three (Ford, General Motors, Chrysler) et l’UAW: salaires indexés sur les prix et sur la productivité, assurance-maladie et retraites pour les syndiqués qui gagnent ainsi une protection sociale unique aux Etats-Unis en échange de la promesse de jouer « le jeu » (productivité, pas de grèves). C’est ce « compromis » que le patronat commence à remettre en cause dès les années 60 et encore plus dans les années 70, profitant des deux chocs pétroliers. Les compagnies organisent une délocalisation interne aux Etats-Unis en ouvrant des usines dans le Sud, véritable désert syndical.

  1. Le « white flight » ou l’exode des classes moyennes

La désindustrialisation organisée rencontre un autre phénomène de société que des sociologues ont baptisé le « white flight » (« le vol blanc »), à savoir : la fuite des classes moyennes blanches des centres villes. Ceci a évidemment à voir avec le mouvement des droits civiques qui se déroule dans le Sud mais aussi  dans les grandes villes industrielles du Nord où des centaines de milliers de Noirs pauvres sont arrivés lors de la « grande migration » (années 20 puis début des années 50). Le racisme n’est pas l’apanage des anciens Etats de la confédération. Il résiste également dans les grandes villes, notamment dans la police. En juillet 1967, une descente de police met le feu aux poudres : les émeutes durent cinq jours et fera 43 morts. Le gouverneur du Michigan (George Romney, le père de Mitt) envoie la garde nationale et Lyndon Johnson, le président, dépêche l’armée. Rien de moins.

Une « grande peur » s’empare des habitants blancs, d’autant qu’elle est instrumentalisée politiquement par le parti républicain qui a décidé, après la signature de la loi sur les droits civiques par le président Johnson en 1965, de faire des angoisses des Blancs son fonds de commerce …

Suprême ironie de l’Histoire : cet exode est rendu possible par… la voiture. On peut désormais travailler dans une usine de Detroit et habiter dans une banlieue résidentielle à trente kilomètres de là. Dans les autres pays occidentaux, ce mouvement de périurbanisation et d’étalement urbain marquera également les années 70. Mais, nulle part ailleurs qu’aux Etats-Unis, il ne sera aussi fortement « racialisé ». Detroit perd 300.000 habitants durant les années 70, 200.000 autres dans la décennie suivante. Actuellement, elle compte 700.000 habitants contre 1,8 million en 1950. 82% de ses habitants sont Africains-Américains. Un habitant sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté.

  1. L’inaction de l’Etat du Michigan et du gouvernement fédéral

D’après un porte-parole de la Maison Blanche, l’administration Obama continue « à surveiller de près la situation à Detroit. » Mais pas plus. Alors que la ville a dû se placer sous le chapitre 9 des faillites, elle sait qu’elle n’a rien à attendre de sonnant et trébuchant du côté du gouvernement fédéral. Sauver l’industrie automobile à coups de milliards d’argent public, comme en 2009, oui. Sauver la ville de Detroit, non.

Personne ne nie la réalité des chiffres : 18,5 milliards de dollars de dettes. Ce qui n’a rien d’étonnant dans une ville où les industries puis les contribuables ont pris la fuite laissant la population pauvre se débattre sans emplois ni le sou. Le coup de grâce est venu du gouverneur. Le fait qu’il soit républicain ne relève évidemment pas de l’anecdote. En obligeant Detroit (qui a voté Obama à 98% en novembre dernier !) à se déclarer en faillite, Rick Snyder va pousser à la renégociation des conventions collectives dans les services municipaux. Plutôt que d’engager un débat sur une revitalisation économique et urbaine, on va donc imposer à l’ancienne capitale industrielle du pays une cure d’austérité qui ne guérira pas le malade.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Marijuana : les Américains favorables à la légalisation

Image

Lorsque l’on vous dit que des bouleversements profonds s’opèrent dans les mentalités américaines… Une enquête publiée ce matin par le Pew Research Center (http://www.people-press.org/2013/04/04/majority-now-supports-legalizing-marijuana/) montre que « pour la première fois en 40 ans d’enquête », une majorité des personnes interrogées (52%) se déclarent favorables à la légalisation de la marijuana. Les seuls « segments » de la société opposés sont les plus de 65 ans et ceux qui se définissent comme les « conservateurs purs et durs ». Les 18-29 sont les plus en pointe (65%) dans la défense de cette mesure. Pour rappel : en novembre dernier, par référendum et à la surprise générale, les citoyens de deux Etats (Colorado et Washington) avaient légalisé la consommation du cannabis. D’autres Etats l’ont autorisé à des fins médicales et/ou décriminalisé sa possession. Pour en savoir plus : (http://www.mauvaise-herbe.fr/legislation/loi-marijuana-usa-etat-etat/).

La deuxième partie de l’enquête du Pew Research Center est presque encore plus surprenante : 48% des Américains reconnaissent avoir déjà fumé de la marijuana (12% durant l’année écoulée, 36% avant). Parmi ceux-ci, 30% disent l’avoir fait pour des « raisons médicales », 47% « juste pour le plaisir » et 23% « pour les deux ». Un quart des Américains qui dit avoir fumé une drogue douce pour le plaisir : reconnaissons que cela brise quelques clichés paresseusement entretenus de ce côté-ci de l’Atlantique.

Revenons à la conclusion principale de l’enquête : la « guerre à la drogue », déclarée par Nixon au début des années 70, véritable catastrophe politique et sociale, est aujourd’hui minoritaire dans l’opinion publique. On n’attend plus qu’un courageux président pour en finir officiellement…

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Débat à Toulouse le 28 mars

ImageToulouse le

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Débat à Lille le 21 mars

Image

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Obama II : du contenu dans le discours

Image

En attendant une analyse plus fouillée du second discours d’investiture de Barack Obama, voici ma première impression.

Si Barack Obama met en œuvre ce qu’il a évoqué, ou tout au moins s’il lance des politiques amorçant des processus en ce sens, alors sa présidence pourrait s’avérer réellement transformatrice.

Le président réélu a discouru sur la nécessité de s’attaquer au changement climatique, de procéder à une réforme de l’immigration, de ne pas laisser la législation sur les armes à feu en l’état, de faire en sorte que les gays disposent de droits égaux dans la loi… Il s’est également posé en défenseur des systèmes Medicare et Medicaid, assurances-santé pour les seniors et les enfants pauvres. L’hôte de la Maison-Blanche a également fait une référence directe aux inégalités croissantes : « notre pays ne peut pas réussir quand une minorité de plus en plus restreinte se porte bien tandis qu’un nombre grandissant y arrivent à peine ».

Enfin, en matière de politique étrangère, il a lâché cette phrase lourde de sens sur la possibilité et la nécessité de transformer d’anciens ennemis en amis. Qu’avait-il à l’esprit ? Israël-Palestine ? Iran-Etats-Unis ? Les deux ? Soulignant que la sécurité et la paix ne requéraient pas « une guerre perpétuelle, il a déclaré, de façon tout à fait claire: « Personne n’a plus intérêt à un monde en paix que le pays le plus puissant ».

Des mots, des mots, certes. Mais des engagements, de fait. Et pour passer aux actes, il a rappelé aux citoyens qu’ils avaient l’obligation « de définir les débats de notre temps, pas uniquement avec les bulletins que nous mettons dans l’urne, mais avec les voix que nous élevons dans la défense de nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables ». Question : comment Barack Obama s’y prendra-t-il pour faire suivre d’effets cet  appel à ce que les Américains se mêlent de politique pour contourner l’obstructionnisme des républicains ?

2 Commentaires

Classé dans Actualités, Eclairages