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Convention démocrate, jour 4 : Kamala Harris dans les pas de Barack Obama ?

Dans son premier discours de candidate officielle du parti démocrate, la vice-présidente a prêché l’unité dans un pays ultra-polarisé. Un choix qu’avait déjà fait Barack Obama et qui l’avait condamné à l’impuissance. (Article publié dans l’Humanité du 23 août 2024.)

Au terme d’une convention réglée comme du papier à musique, Kamala Harris a accepté la nomination du parti démocrate et délivré son premier discours de candidate officielle. Loi du genre : ce dernier a articulé son parcours et sa vision du pays. On connaissait le premier, assez moins la seconde.

Kamala Harris a longuement redéroulé son histoire personnelle et le rôle qu’a joué sa mère aujourd’hui décédée, Shyamala, immigrante indienne devenue oncologue. Elle a de nouveau évoqué l’une des raisons pour lesquelles elle avait décidé de devenir procureur alors qu’elle était encore au lycée : l’abus sexuel subi par sa meilleure amie de la part de son beau-père.

Quant à son projet politique, elle a commencé à le dessiner à partir de son bilan de procureure (d’abord de San Francisco puis de l’État de Californie) qui a « défendu les femmes et les enfants contre les prédateurs qui les maltraitaient » comme « les anciens combattants et les étudiants qui se faisaient escroquer par les grandes universités à but lucratif » et s’est « attaqué aux grandes banques » en faisant débloquer « 20 milliards de dollars pour les familles de la classe moyenne menacées de saisie ».

Mais quid de la suite de cette élection qu’elle présente comme « l’une des plus importantes dans la vie de notre nation » ? Après une charge contre Donald Trump, le bilan de son premier mandat et ses promesses, la vice-présidente a multiplié les généralités sans propositions concrètes hormis « un plan de réduction des impôts qui profitera à 100 millions d’Américains. »

Sans jamais évoquer le niveau des inégalités sociales, au plus haut depuis les années 1920 soit avant les politiques redistributrices du New Deal de Franklin Delano Roosevelt, Kamala Harris s’est engagée à favoriser « une économie de l’opportunité, une économie de l’opportunité où chacun a la possibilité d’être compétitif et de réussir ». La formule, aux relents méritocratiques voire néolibéraux, n’a pas été accompagnée de mesures concrètes.

Peut-être faut-il chercher l’épine dorsale de son discours dans la partie où elle s’engage à être « une présidente qui nous unira autour de nos plus hautes aspirations », ajoutant : « Nous avons bien plus en commun que ce qui nous sépare. » Ce message relève de la figure imposée. On imagine mal un candidat déclarant au pupitre d’une convention qu’il va élargir les divisions du pays, même si, de manière subliminale, c’est ce que fait Donald Trump.

Mais ces formules en disent certainement plus sur la stratégie des démocrates qu’elles ne peuvent en donner l’impression. Leur utilisation rappelle le discours de Barack Obama, alors jeune sénateur, lors de la convention démocrate en 2004, marquant les esprits en affirmant qu’il n’y avait « pas une Amérique démocrate et une Amérique républicaine et une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, mais les États-Unis d’Amérique. »

Cette assertion était factuellement fausse dans un pays déjà polarisé. Elle l’est encore plus aujourd’hui alors que le processus de divisions idéologiques et politiques s’est accéléré. En arrivant à la Maison-Blanche, Barack Obama avait fait de cette recherche d’unité sa boussole, renonçant à sa promesse de campagne d’un système public de protection sociale pour entrer dans des négociations avec les républicains d’où est sortie la proposition bancale de l’Obamacare (renoncement à la création d’un système public, obligation pour les compagnies privées d’assurer tout le monde et obligation pour les Américains de s’assurer).

En cherchant un terrain d’entente avec des républicains qui n’en voulaient pas, le premier président noir de l’histoire du pays s’était condamné à l’impuissance. Kamala Harris empruntera-t-elle le même chemin ou a-t-elle juste momentanément cédé à une figure de style ?

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Convention démocrate, jour 3 : « Coach Walz » à l’offensive

Le colistier de Kamala Harris a livré un discours énergique – à son image – mêlant des éléments de son parcours personnel et un peu de substance politique. (Article publié dans l’Humanité du 22 août 2023.)

« C’est l’honneur de ma vie d’accepter votre nomination à la vice-présidence des États-Unis ». La formule est on ne peut plus convenue mais le personnage qui l’a déclamé, mercredi soir à l’United Center de Chicago, l’est beaucoup moins. Il y a un mois, chez les bookmakers politiques, Tim Walz était la très grosse cote, loin derrière l’ultra-favori, Josh Shapiro, gouverneur de Pennsylvanie, le plus important des « swing states ». Aujourd’hui, il semble être une carte majeure de la coalition démocrate à deux mois et demi du scrutin présidentiel. Depuis que Kamala Harris l’a choisi comme colistier, le pays découvre une personnalité singulière dont le bilan, en tant que gouverneur du Minnesota, rappelle que l’on peut mener des politiques progressistes et être populaire.

Son parcours met à mal l’angle d’attaque des républicains qui définissent les démocrates comme représentant les élites des deux côtes et méprisant ce « fly over country » (ce pays que l’on survole en avion). Mercredi soir, face aux 4000 délégués de la convention démocrate, il ne s’est évidemment pas privé de le redérouler, mettant l’accent sur son enfance dans une petite ville du Nebraska, aux difficultés qu’il a connues pour concevoir un enfant, en passant par sa carrière de professeur de géographie et de coach de football américain. Il a d’ailleurs filé la métaphore sportive pour décrire la situation politique. « C’est le quatrième quart-temps. Nous sommes menés d’un but sur le terrain (1), a-t-il lancé. Mais nous sommes en attaque et nous avons le ballon. Nous avançons sur le terrain. Et nous avons la bonne équipe ». Cédant à l’impératif du « storytelling », « Coach Walz » a d’ailleurs livré plus de détails sur sa carrière d’entraîneur que les 12 années qu’il a passées au Congrès. Il a néanmoins évoqué son bilan en tant que gouverneur du Minnesota, fonction qu’il occupe depuis 2019. « Alors que d’autres États bannissaient les livres de leurs écoles, nous bannissions la faim des nôtres », a-t-il déclaré, en faisant référence à un projet de loi qu’il a signé et qui permet aux écoles publiques de fournir à tous les élèves un petit-déjeuner et un déjeuner gratuits et aux « purges » des bibliothèques par des élus républicains. Ce jeudi 22 août, en soirée, ce sera au tour de Kamala Harris d’accepter officiellement la nomination, en conclusion d’une convention qui a évité les déchirements programmatiques – quitte à laisser le sujet de la guerre à Gaza en coulisses – pour jouer et parfois surjouer les cartes des destinées personnelles et de l’unité.

(1) En réalité, les sondages n’indiquent pas vraiment que les démocrates sont menés. L’agrégateur de sondages du site realclearpolitics.com donnent à Kamala Harris une avance de 1,5 points au plan national. Une marge insuffisante pour s’assurer d’une majorité au collège électoral.

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Convention démocrate, jour 2 : entre antitrumpisme, bilan et projet

Tandis que Barack et Michelle Obama ont sonné la charge contre le milliardaire nationaliste et xénophobe, Bernie Sanders a déroulé des propositions nouvelles sur lesquelles il espère que le ticket Harris-Walz fera campagne. (Article publié dans l’Humanité du 21 août 2024).

Taper sur Trump et valoriser le bilan : la deuxième soirée de la convention démocrate a respecté un équilibre qui peut parfois s’apparenter à une ligne de crête. Durant sa courte campagne de réélection, Joe Biden avait rejoué le scénario de 2020 : transformer le scrutin présidentiel en référendum anti-Trump.

Stratégie efficace il y a quatre ans (7 millions de voix d’avance et une victoire au collège électoral avec 306 grands électeurs contre 232) mais plus limitée après un premier mandat au terme duquel il faut aussi défendre son bilan… et ses limites. Depuis qu’elle a repris les rênes de la campagne, Kamala Harris prend un peu plus soin d’articuler la critique de son adversaire et la promotion des réalisations effectuées.

Pourtant, l’antitrumpisme demeure un puissant facteur de mobilisation pour les démocrates et c’est sur celui-ci qu’ont joué Barack Obama et Michelle Obama dans leurs discours respectifs. L’ancien président a mis en garde contre le choix de « quatre années supplémentaires de fanfaronnades, de maladresses et de chaos ». « Nous avons déjà vu ce film et nous savons tous que la suite est généralement pire », a-t-il ajouté.

L’ancienne first lady a dénoncé « des mensonges laids, misogynes et racistes pour remplacer les vraies idées et solutions qui amélioreront réellement la vie des gens ». Elle a également moqué l’une des formules récemment utilisées par le milliardaire nationaliste et xénophobe qui faisait référence à des « emplois noirs », comme si certains postes étaient réservés aux africains-américains (sous entendu : les moins qualifiés). « Qui va lui dire que l’emploi qu’il recherche actuellement pourrait bien être l’un de ces « emplois noirs » ? », a-t-elle lancé.

L’antitrumpisme n’étant jamais mieux servi que par les républicains qui ont travaillé ou côtoyé l’ancien président, les organisateurs ont fait défiler au pupitre plusieurs d’entre eux. L’ancienne attachée de presse de la Maison Blanche, Stephanie Grisham, a décrit Trump comme n’ayant « aucune empathie, aucune morale et aucune fidélité à la vérité ». « Le Grand Old Party a été kidnappé par des extrémistes et s’est transformé en une secte – la secte de Donald Trump. Le Parti républicain de John McCain a disparu, et nous ne devons rien à ce qui a été laissé derrière nous », a regretté le maire de Mesa (Arizona).

La convocation de la figure de John Mc Cain, ancien candidat républicain défait par Barack Obama en 2008, faucon assumé et systématiquement opposé aux législations sociales, avait quelque chose de décalé, pour ne pas dire d’incongru, dans une convention qui glorifie le bilan social du mandat de Joe Biden.

C’est sur celui-ci que Bernie Sanders a appuyé la première partie de son discours, estimant même que « ces trois dernières années et demi, en travaillant ensemble, nous avons accompli plus qu’aucun gouvernement depuis FDR (Franklin Delano Roosevelt) ». Le sénateur du Vermont passe sans doute un peu vite sur le bilan de l’administration Johnson (loi sur les droits civiques, création de Medicare) mais c’est la leçon politique qu’il en tire qui compte dans son propos : « Lorsque la volonté politique est là, le gouvernement PEUT agir efficacement pour les citoyens de notre pays ». L’ancien candidat aux primaires démocrates (en 2016 et 2020) a ensuite pivoté vers l’avenir en listant un certain nombre de propositions : garantir les soins de santé à tous en tant que droit de l’homme et non en tant que privilège ; porter le salaire minimum à un niveau décent ; renforcer l’enseignement public, augmenter les salaires des enseignants et veiller à ce que chaque Américain, quel que soit son revenu, reçoive l’enseignement supérieur dont il a besoin ; s’attaquer à Big Pharma et réduire de moitié le coût des médicaments délivrés sur ordonnance. Et de conclure : « J’ai hâte de travailler avec Kamala et Tim pour faire passer ce programme ». Le message est passé : l’antitrumpisme et un bilan honorable ne suffiront pas à faire la décision le 5 novembre prochain, il faut également un projet transformateur.

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Convention démocrate, jour 1 : Joe Biden passe le relais à Kamala Harris, AOC prend date

Le président en exercice a ouvert la grand-messe démocrate qui se tient jusqu’à jeudi à Chicago. La députée socialiste-démocrate de New York a délivré un discours enflammé, achevant sa stratégie de s’inscrire au cœur de la coalition démocrate, non en marge. (Article publié dans l’Humanité du 20 août 2024.)

Un président en exercice qui adoube sa vice-présidente, une ancienne candidate et une future candidate qui prend date : la première soirée de la convention démocrate, qui s’est ouverte, lundi 19 août à Chicago, a été placée sous le signe du passage de relais, avec en « vedettes » Joe Biden, Hillary Clinton et Alexandria Ocasio-Cortez.

Depuis plusieurs mois, l’hôte de la Maison Blanche s’était préparé à délivrer un discours de première importance face à la convention. Sur son calendrier, il avait coché le jeudi – le dernier de la grand-messe démocrate. Finalement, c’est au premier soir qu’il s’est dirigé vers le pupitre pour un discours qui avait des allures d’adieu.

Joe Biden n’a pas fait semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce, à savoir son propre retrait. « J’aime mon travail, mais j’aime encore plus mon pays, a-t-il déclaré. Et toute cette discussion sur le fait que je suis en colère contre tous ceux qui ont dit que je devais me retirer, ce n’est pas vrai. J’aime encore plus mon pays. Et nous devons préserver notre démocratie en 2024 ».

Celui qui restera le président d’un mandat en a profité pour défendre son bilan : « Grâce à vous, nous avons connu l’une des quatre années de progrès les plus extraordinaires jamais réalisées, point final. » Pour son dernier discours d’importance, Joe Biden, élu pour la première fois au Sénat en 1972, a été accueilli par des « Merci Joe » lancés par la foule des délégués et remercié par Kamala Harris elle-même, montée sur scène à l’improviste, qui a évoqué sa « vie au service de notre nation ».

Deuxième tête d’affiche de cette première soirée : Hillary Clinton, à ce jour la candidate la plus proche d’entrer à la Maison Blanche. Lorsqu’elle s’était adressée à la convention en 2016, l’ancienne First Lady était donnée gagnante dans les sondages. Elle a, cette année, évoqué « le plafond de verre le plus haut et le plus dur » et délivré un discours sur le plan émotionnel (« En tant que fille de ma mère et mère de ma fille, je suis très heureuse que ce jour soit arrivé ») dénué des leçons de sa défaite d’il y a 8 ans, qui pourraient être utiles à Kamala Harris.

Un autre nom figurait au bas de l’affiche de cette première journée. Après son discours, il figure tout en haut. « Il ne serait pas surprenant de voir des extraits de ce discours dans les années à venir », selon le Washington Post. Alexandria Ocasio-Cortez a délivré pendant sept minutes un discours enflammé, lançant des flèches à Trump, qui « vendrait ce pays pour un dollar si cela devait lui permettre de se remplir les poches et de graisser la patte de ses amis de Wall Street », et des fleurs à Kamala Harris, « qui comprend les inquiétudes de la classe moyenne car elle vient de la classe moyenne », la vice-présidente étant la fille d’un professeur d’économie et d’une oncologue.

Il y a quatre ans, la députée socialiste-démocrate de New York n’avait eu droit qu’à 90 secondes de temps de parole qu’elle avait utilisées pour apporter son soutien à Bernie Sanders, sans jamais mentionner le nom de Joe Biden, pourtant nominé par le camp démocrate. De nombreux républicains « modérés » appelant à voter pour l’ancien vice-président de Barack Obama avaient obtenu un temps de parole plus important.

Cette place faite à AOC indique à la fois le poids de l’aile gauche dans la coalition démocrate et l’évolution de la jeune députée (34 ans), qui a décidé de jouer à fond la carte de marges de manœuvre au seuil de l’appareil démocrate. Dans son discours, elle a évité le sujet qui fâche et sur lequel elle a pris des positions fortes – la guerre à Gaza – refusant de fait de faire écho à l’intérieur de l’United Center de ce qui se déroulait en dehors, avec une manifestation rassemblant des milliers de personnes exigeant un cessez-le-feu permanent et la fin de l’aide militaire américaine à Israël.

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« Kamala Harris devra marcher sur une ligne de crête entre le soutien à Biden et l’incarnation d’un avenir différent »

Entretien avec Bill Fletcher Jr, militant socialiste, syndicaliste et auteur sur les enjeux de la convention démocrate qui se déroule à Chicago. (Article publié dans l’Humanité du 20 août 2024.)

Kamala Harris a réduit l’écart avec Donald Trump dans les sondages. Pensez-vous qu’elle mène la bonne campagne pour vaincre Trump ?

Kamala Harris mène une campagne remarquable, surtout si l’on considère les conditions dans lesquelles elle est entrée en campagne. Elle a suscité un niveau d’enthousiasme que je n’ai pas vu depuis de nombreuses années. Le colistier qu’elle a choisi est apprécié par le mouvement syndical et dispose d’un excellent bilan sur les questions LGBTQ. Elle mène une campagne en faveur de la démocratie mais aussi de la justice économique.

Elle doit valoriser certaines des grandes réalisations de l’administration Biden, tout en mettant l’accent sur ce qu’il faut faire à l’avenir. Le ticket ne peut pas se laisser distraire par les attaques sur le passé militaire de Walz et certainement pas sur la façon dont il a répondu à la montée en puissance de Black Lives Matter en 2020.

Les délégués du mouvement « uncommitted » porteront un message clair : cessez-le-feu, arrêt des livraisons d’armes. Ont-ils réellement une influence sur la question de la guerre à Gaza ?

Oui, et je pense que le choix de Harris de prendre Walz comme colistier reflète, en partie, la reconnaissance du fait qu’un sioniste déclaré comme colistier lui ferait du tort (Josh Shapiro, gouverneur de Pennsylvanie, a, un temps fait figure de favori, NDLR). Elle devra marcher sur une ligne de crête entre le soutien à son patron – Biden – et l’incarnation d’un avenir différent.

Je pense qu’elle essaie, au moins, d’offrir une vision différente de l’avenir du Moyen-Orient. Cela dit, le mouvement pro-palestinien doit maintenir la pression sur Biden et Harris tout en comprenant que le fait de ne pas participer à cette élection ou d’opter pour un tiers parti équivaut à voter pour Trump.

Sur quel programme Kamala Harris va-t-elle mener campagne ?

On a l’impression que le programme va poursuivre dans la direction prise par Biden sur le plan intérieur, c’est-à-dire s’éloigner des politiques néolibérales. Mais il reste des différences importantes et des incertitudes au sein des cercles dirigeants sur ce que devrait être un scénario économique post-néolibéral. Cela offre à la gauche des opportunités si nous arrivons à articuler notre opposition à Trump et à MAGA et l’idée que nous devons être les défenseurs d’une démocratie renforcée.

La gauche dispose donc de marges de manœuvre ?

La gauche américaine – et plus particulièrement la gauche socialiste – doit être refondée. Une grande partie de la gauche socialiste a une conception trop limitée des stratégies nécessaires pour construire un mouvement majoritaire capable de gagner le pouvoir dans le contexte du capitalisme démocratique (en tant qu’étape vers le socialisme).

Nos organisations au sein de la gauche socialiste sont trop faibles et diffuses. Mais les opportunités du moment sont énormes et défaire le projet MAGA (Make America Great Again) représente une opportunité. Il me semble que nous avons beaucoup à apprendre du nouveau Front populaire français !

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Gaza : Harris au pied de la guerre

Une manifestation, organisée dès ce lundi, mettra la pression sur la candidate démocrate afin qu’elle change de politique à l’égard du gouvernement israélien. (Article publié dans l’Humanité du 19 août 2024.)

Ils seront une trentaine à l’intérieur de l’United Center de Chicago, où se déroule la convention du Parti démocrate, mais des centaines voire des milliers à l’extérieur afin de porter la même exigence : que Kamala Harris rompe avec la politique de soutien inconditionnel de Joe Biden au gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Au premier jour de la convention, ce lundi, une coalition de quelque 200 organisations fera entendre ce message lors d’une « marche » de protestation contre la politique. Pour les organisateurs, le retrait de Joe Biden, parfois surnommé « Genocide Joe » par une frange du mouvement antiguerre, ne règle en rien le problème.

Après l’annonce du renoncement du président en exercice à briguer un second mandat, ils se sont réunis pour décider s’il fallait changer d’approche si Kamala Harris devenait la candidate. « Il y a eu un consensus absolu, rapporte Hatem Abudayyeh, porte-parole de la coalition March on the DNC. Elle est comptable des politiques de l’administration. »

Si Kamala Harris a été la première responsable de l’administration Biden à appeler à un cessez-le-feu avant de refuser de présider la session du Congrès accueillant Benyamin Netanyahou, les militants pour la reconnaissance des droits des Palestiniens demandent plus que des mots : des actes. Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé en mai, 44 % des électeurs démocrates inscrits sur les listes électorales désapprouvent la manière dont Joe Biden a géré la guerre. Cette proportion est encore plus forte parmi les jeunes et les électeurs des minorités, notamment les Africains-Américains, sans lesquels aucune candidature démocrate ne peut envisager une victoire.

À l’intérieur, leur voix sera relayée par des délégués élus, lors du processus des primaires, dans le cadre du mouvement Uncommitted (« non engagé »), parti du Michigan, un des principaux « swing states ». L’idée centrale était de profiter des primaires pour faire pression sur Joe Biden : « Nous ne voterons pas pour vous si vous ne changez pas de politique. » Ces listes ont franchi un seuil suffisant dans sept États (avec des pointes à 19 % dans le Minnesota et 13 % dans le Michigan) pour avoir droit à une représentation à la convention. L’avertissement vaut désormais aussi pour Kamala Harris.

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« Kamalamania » ou le retour des démocrates dans la course

Réuni en convention à Chicago à partir de ce lundi, le parti démocrate profite d’une dynamique créée par le retrait de Joe Biden. L’establishment centriste s’est rallié à la vice-présidente et a verrouillé tout débat interne. (Article publié dans l’Humanité du 19 août 2024.)

Chicago 2024 ne sera pas Chicago 1968. Au creux de leurs courtes nuits, les stratèges démocrates doivent se répéter cette phrase comme un mantra. Alors que s’ouvre ce lundi la convention démocrate, le spectre d’un chaos, prélude à une défaite – scénario tellement redouté lors de l’annonce du retrait de Joe Biden de la campagne –, ne semble plus qu’une ombre très lointaine. Le ralliement express de l’establishment autour de la candidature de Kamala Harris a conjuré la perspective d’une grand-messe démocrate transformée en bataille fratricide de chapelles.

Chicago 2024 ne sera sans doute pas Chicago 1968. Cette année-là, Lyndon Johnson avait dû, en raison de son impopularité grandissante liée à la guerre du Vietnam, renoncer à briguer un second mandat complet. Durant la convention, alors que le vice-président Hubert Humphrey ralliait, au terme d’interminables tractations, une majorité de suffrages autour de sa candidature, dehors, la police de Chicago, aux ordres du maire démocrate Richard Daley, battait comme plâtre les manifestants pacifistes.

Quelques mois plus tard, Richard Nixon était élu président en promettant de mettre fin à l’escalade au Vietnam, le premier d’une litanie de mensonges qui conduira finalement à sa chute en 1974. L’Histoire ne bégaiera peut-être pas mais la coalition démocrate devra affronter ses propres dissensions sur une autre guerre – celle à Gaza, en l’occurrence – qui la divise comme aucun autre sujet.

Pour le reste, elle affichera une unité derrière Kamala Harris, renforçant la dynamique en cours : l’agrégateur de sondages du site Realclearpolitics crédite la vice-présidente d’une moyenne de 47,9 % des suffrages au plan national, contre 46,9 % pour Donald Trump. Dans les « swing states » (États indécis) qui feront la décision le 5 novembre, les nouvelles s’avèrent même encore meilleures.

Selon une enquête du New York Times publiée ce week-end, la candidate démocrate remporterait les trois États du Midwest qui suffiraient à la propulser à la Maison-Blanche – Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin – avec la même marge (50-46). Elle disposerait également d’une avance en Arizona (50-47) et en Caroline du Sud (49-47), ne cédant qu’au Nevada (47-48) et en Géorgie (46-50). « Les nouveaux sondages prouvent que Mme Harris parvient à consolider une partie de la base démocrate qui hésitait depuis des mois à soutenir M. Biden, en particulier les jeunes électeurs, les non-Blancs et les femmes », analyse le quotidien new-yorkais.

Dans un pays ultra-polarisé, le chemin vers la Maison-Blanche passe d’abord par la mobilisation de sa propre base avant d’aller tenter de convaincre d’hypothétiques « swing voters ». Kamala Harris a clairement effectué une partie du chemin… et Donald Trump ne trouve pas la riposte à ce retournement de situation. Il l’a d’ailleurs avoué la semaine dernière : « Je n’ai pas du tout recalibré ma stratégie. »

Le milliardaire xénophobe a passé ces trois dernières semaines à questionner l’intelligence de Kamala Harris, son identification « raciale » (alléguant que la fille noire d’immigrés indiens et jamaïcains « a pris un virage et est devenue une personne noire » par opportunisme politique), l’affluence à ses meetings et à écorcher volontairement son nom. Et lorsqu’il revient sur les rails du contenu programmatique, c’est pour cultiver sa monomanie nativiste, insulter les migrants sans papiers (« des monstres sauvages ») et décrire une situation migratoire aussi apocalyptique qu’irréelle.

Quant à son colistier, il fait lui aussi du Trump mais presque en pire. J. D. Vance, présenté comme un idéologue, a successivement prêté l’intention à Kamala Harris de vouloir faire interdire la viande rouge puis les gazinières (sic). Le sénateur de l’Ohio s’est également lancé dans une croisade contre les femmes sans enfants – ce qui est le cas de Kamala Harris, comme d’un nombre grandissant de citoyennes américaines.

Il n’est pas en reste à l’encontre du colistier choisi par celle-ci, Tim Walz, d’abord accusé d’avoir abandonné son unité déployée en Irak alors qu’il avait simplement pris, à l’âge de 51 ans, sa retraite de la garde nationale, dans laquelle il servait depuis vingt-quatre ans.

Deuxième salve : en tant que gouverneur du Minnesota, Tim Walz aurait tardé à envoyer la troupe face aux manifestations suivant l’assassinat de George Floyd, à Minneapolis, une retenue pour laquelle l’aile gauche le loue. Le débat entre les deux colistiers, prévu le 1er octobre, pourrait revêtir une importance particulière pour un exercice habituellement sans surprises.

Les services involontairement rendus par le ticket républicain au ticket démocrate ne s’arrêtent pas là. À chaque évocation d’une possible proposition économique ou sociale, les républicains crient au délire d’extrême gauche, voire au communisme. Pourtant, un certain flou demeure sur le curseur programmatique, l’un des principaux enjeux de cette convention.

« Jusqu’à présent, Mme Harris a mené une campagne électorale solide en tant que démocrate générique compétente, mais la classe des donateurs semble y voir une opportunité, décrypte David Sirota, ancien conseiller de Bernie Sanders, scénariste du film oscarisé Don’t Look Up et créateur du site d’information The Lever. Certains milliardaires démocrates se sentent encouragés à exiger qu’elle se retire de la politique populiste la plus réussie de l’administration Biden. En effet, les articles parus dans la presse économique montrent que les grands patrons considèrent la nomination de Walz comme un simple geste rhétorique et esthétique à l’égard de la base du parti, mais pas comme un signal de l’engagement de Harris à adopter les ”Walzonomics” (les principes économiques de Tim Walz pendant son mandant de gouverneur du Minnesota – NDLR) ou même les éléments les plus forts de l’agenda économique Biden-Harris. »

Dans une première ébauche du déroulé de la convention, l’aile gauche du parti n’avait droit à aucun créneau. Les discours de Joe Biden, des anciens présidents Bill Clinton et Barack Obama et de l’ancienne candidate Hillary Clinton étaient prévus, mais pas celui de Bernie Sanders. Finalement, le sénateur et ancien candidat aux primaires démocrates, s’exprimera mardi 20 août en soirée devant les 4000 délégués.

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Joe Biden renonce : Kamala Harris ou une convention ouverte pour lui succéder ?

L’annonce du président en exercice de renoncer à la course présidentielle ouvre chez les démocrates le scénario d’une convention ouverte à Chicago, du 19 au 22 août, une possible boîte de Pandore même si Joe Biden a d’ores et déjà apporté son soutien à Kamala Harris. (Article publié dans l’Humanité du 21 juillet 2024.)

Ses jours comme candidat démocrate étaient comptés et Joe Biden, en bon catholique, a préféré ne pas boire le calice jusqu’à la lie. Par un communiqué publié hier, en début d’après-midi, le président sortant, 81 ans, a annoncé qu’il se retirait de la course à l’élection présidentielle et qu’il ne briguera pas un second mandat.

« Cela a été le plus grand honneur de ma vie de servir en tant que votre président », a-t-il déclaré dans une lettre publiée sur les médias sociaux. « Et bien que j’aie eu l’intention de me représenter, je pense qu’il est dans l’intérêt de mon parti et du pays que je me retire et que je me concentre uniquement sur l’exercice de mes fonctions de président jusqu’à la fin de mon mandat. »

Depuis sa prestation catastrophique lors de son premier duel face à Donald Trump, les déclarations l’appelant à jeter l’éponge s’étaient multipliées. Ce week-end, encore, Sherrod Brown, sénateur de l’Ohio et poids lourd démocrate du Congrès, avait demandé à Joe Biden de renoncer. L’étape suivante – forcément humiliante – aurait pris la forme d’une quasi-exécution politique par l’un de ses plus proches alliés. En l’occurrence, le rôle aurait été dévolu, selon de nombreux observateurs, à Nancy Pelosi, l’ancienne présidente de la Chambre des représentants.

Dans sa déclaration, le président en exercice a annoncé qu’il s’exprimerait plus tard dans la semaine. Pourtant, quelques minutes après, il apportait son soutien à la vice-présidente, Kamala Harris. Ce dernier ne tranche pas entre les deux scénarios. A ce stade, il ne peut y en avoir que deux.

Le premier : la candidature de Kamala Harris ne rencontre pas de concurrence et, dès début août, un vote est effectué pour valider cette proposition.

Le second : une convention « ouverte » comme en 1968. Les délégués élus durant le cadre de la primaire démocrate se rendent, comme prévu, à Chicago, du 19 au 22 août avec les « super délégués » (non élus mais bénéficiant d’un droit de vote). Comme Biden se retire, ils sont déliés (« unbound ») de leur engagement à le soutenir et peuvent choisir le candidat de leurs choix. Les candidatures seront ouvertes et il ne devrait pas manquer d’y en avoir plusieurs, ne serait-ce que pour peser au sein de l’appareil démocrate dans les années à venir.

C’est sans doute le plus démocratique mais également le plus dangereux pour le parti au pouvoir. L’histoire peut se terminer en déchirements dont les démocrates auraient dû mal à se remettre alors que les Américains pourront commencer à voter de manière anticipée à peine quelques jours plus tard, soit début septembre.

La dernière convention « ouverte » remonte à 1968. Elle se déroulait (déjà) à Chicago. Lyndon Johnson avait dû renoncer à se présenter, en raison de son impopularité grandissante liée à la guerre du Vietnam. C’est finalement son vice-président, Hubert Humphrey, qui sortit vainqueur d’une convention demeurée dans les mémoires : tandis que les tractations se déroulaient à l’intérieur du centre de convention, la police de Chicago de triste réputation frappait dehors les militants pacifistes. Quelques semaines plus tard, Richard Nixon remportait l’élection présidentielle sur une double promesse : du respect de la loi et de l’ordre ; de mettre fin à, l’escalade au Vietnam (on sait ce qu’il en advint).

Si les éléments d’analogie semblent frappants, la convention de cette année ne se présente pas forcément sous les mêmes auspices. Contrairement à celle du Vietnam, la guerre à Gaza, pour laquelle Joe Biden est rendue responsable par une partie de sa base électorale, n’est pas menée directement par Washington. Et le mouvement anti-guerre, bien que présent dans les campus, n’a pas atteint le point d’ignition de 1968, l’année rebelle par excellence. Le candidat républicain, Richard Nixon, n’avait pas encore fait la démonstration de son cynisme, ce que Donald Trump a parfaitement prouvé lors de son premier mandat. Rien ne dit pourtant que l’Histoire se terminera mieux pour les démocrates.

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Trump, du sang sur la route de la Maison Blanche

La tentative d’assassinat contre l’ancien président le renforce dans sa stratégie de reconquête de la magistrature suprême, au moment où les démocrates présentent un candidat affaibli et une stratégie anti-trumpiste désormais caduque. (Article publié dans l’Humanité du 15 juillet 2024.)

Donald Trump venait de commencer son discours de campagne à Butler, une petite ville située au nord de Pittsburgh, dans l’État de Pennsylvanie, l’un de ces « swing states » (États pivots) qui feront la décision, le 5 novembre. Comme d’habitude, il avait accusé les démocrates de faire venir des millions de migrants afin de changer la nature de l’Amérique, une assertion complotiste centrale dans la rhétorique de l’ancien président, quand, en quelques secondes, dans un registre pourtant tellement commun à la vie politique des États-Unis, la campagne électorale a basculé.

Une déflagration. Donald Trump porte la main à son oreille. Les agents du secret service, qui se précipitent sur lui, le plaquent au sol et le protègent avant de l’évacuer, le visage perlé de sang, brandissant le poing en direction d’une foule encore abasourdie.

Que sait-on du tireur et des circonstances ?

Pareil événement nourrira des questions (légitimes) pendant des jours, voire des semaines et les théories du complot durant des décennies. « Incompétence extrême ou alors c’était délibéré », a insidieusement glissé sur X le milliardaire Elon Musk, soutien officiel de Donald Trump, en appelant à la démission des responsables du Secret Service, l’agence gouvernementale chargée de protéger les personnalités.

Comment un ancien président a-t-il pu être laissé dans la ligne de mire d’un tireur, armé d’un fusil semi-automatique ? L’enquête le déterminera. Des vidéos montrent en revanche qu’un sniper du Secret Service, positionné sur le toit d’un hangar proche de l’estrade, a repéré le tireur après avoir entendu les premières balles et l’a mortellement atteint.

L’auteur des tirs serait, selon les informations du FBI, Thomas Matthew Crooks, un homme blanc de 20 ans. D’après les registres de l’État de Pennsylvanie, il y était enregistré comme électeur républicain qui aurait pu voter pour la première fois à la présidentielle de novembre. Le New York Times rapporte qu’il aurait fait, à l’âge de 17 ans, un don de 15 dollars à Progressive Turnout Project, une organisation liée au Parti démocrate dont l’objet est de favoriser la participation électorale. L’enquête sur ses motivations se poursuivait.

Le jeune homme était positionné sur le toit du hangar d’une entreprise située à un peu moins de 120 mètres de l’estrade où se tenait Donald Trump. Plusieurs participants ont témoigné l’avoir repéré sur le toit avant la fusillade et alerté la police locale qui confirme avoir « répondu à un certain nombre de rapports d’activité suspecte », sans donner plus de précisions. Le bilan s’établit à un homme tué et deux autres sévèrement blessés.

Quelles conséquences pour la campagne de Trump ?

Au-delà de la gravité du fait lui-même, chaque observateur est amené à répondre à la question : « Cela favorise-t-il Donald Trump ? » La réponse est assez évidemment positive. Échapper à une tentative d’assassinat renforce à la fois la cohésion de l’électorat déjà décidé à voter pour le républicain et bride de fait les attaques que Joe Biden pourra porter contre lui. Donald Trump abordait déjà la dernière ligne droite en situation de favori avec des sondages presque unanimement favorables et un adversaire fragilisé par une catastrophique prestation lors du premier de leurs débats.

L’ancien président des États-Unis se présentera aujourd’hui à la convention républicaine à Milwaukee (Wisconsin) auréolé de cette image de miraculé qui brandit le poing, alors qu’il vient manifestement d’échapper à la mort. Il pourrait désormais adopter une posture plus consensuelle, comme l’indique son premier message sur Truth Social, son propre réseau social : « Il est plus important que jamais que nous restions unis et que nous montrions notre véritable caractère en tant qu’Américains, en restant forts et déterminés, et en ne laissant pas le mal l’emporter. J’aime vraiment notre pays, je vous aime tous, et je me réjouis de m’adresser à notre grande nation cette semaine dans le Wisconsin. »

Tout ce qui lestait sa candidature – une première condamnation et trois autres procès à venir ; son soutien à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 ; des défaites à répétition (2018, 2020) – se trouve relégué au second plan. Momentanément ? C’est pour rendre durable cet état passager que les républicains ont frontalement attaqué leurs adversaires démocrates. J.D. Vance, le sénateur républicain de l’Ohio figurant parmi les favoris pour devenir le colistier de Donald Trump, a incriminé la « rhétorique » de Joe Biden.

« Il ne s’agit pas aujourd’hui d’un simple événement isolé. Le postulat central de la campagne de Biden est de dire que le président Trump est un fasciste autoritaire qu’il faut arrêter à tout prix. Cette rhétorique a directement conduit à la tentative d’assassinat du président Trump », a-t-il avancé dans une tentative assez grossière d’instrumentalisation. « Ils ont essayé de le mettre en prison. Ils ont essayé de le tuer. Cela ne marchera pas », a de son côté artillé le gouverneur du Texas, Greg Abbott. « Joe Biden a envoyé les ordres », a même osé le député Mike Collins.

Pourtant, le profil du tireur – en l’état de ce que l’on en sait – ne correspond pas à la description politique des trumpistes de l’opposant féroce à Trump dont le doigt aurait été armé par les propos des démocrates. De plus, l’acte a été perpétré avec un type d’arme dont les républicains refusent de réglementer la vente, contrairement aux démocrates. Ces derniers disposeraient d’un argument de politique publique (« policy ») si le tout n’était pas écrasé par la puissance de l’impact politique (« politics »).

Quel impact pour la campagne de Biden ?

Joe Biden nageait déjà à contre-courant. La vague déclenchée par cet événement de nature historique le submergera-t-elle ? Là encore, aucune réponse définitive ne peut être apportée. Une chose semble pourtant certaine : l’hôte de la Maison-Blanche ne pourra poursuivre sur la même trajectoire. Jusqu’ici, sa stratégie ressemblait à un copier-coller de celle de 2020 : transformer le scrutin du 5 novembre en référendum anti-Trump.

Elle avait parfaitement fonctionné il y a quatre ans, permettant à l’ancien vice-président de Barack Obama de distancer le président républicain sortant au vote populaire (7 millions de voix d’avance) comme au collège électoral (306 grands électeurs contre 232). Elle semblait déjà beaucoup moins bien fonctionner ces derniers mois. Tout d’abord, parce que Joe Biden se présente avec un bilan que sa coalition juge positivement mais qui reflète en creux également des promesses non tenues (salaire minimum à 15 dollars, augmentation des impôts pour les plus riches). Ensuite, parce que depuis le premier duel télévisé entre les deux candidats, le débat public est focalisé sur l’état physique et cognitif de Joe Biden.

Il sera désormais difficile, pour ne pas dire impossible, pour le camp démocrate de dramatiser l’enjeu de l’élection présidentielle en dépeignant Trump en danger pour la démocratie sans se faire qualifier de pousse-au-crime par les républicains. Sans stratégie, avec un candidat affaibli politiquement, les démocrates ont-ils d’autre choix qu’un big bang pour empêcher la tentative d’assassinat de Butler de devenir, dans les livres d’histoire, l’événement fondateur d’un second mandat Trump ?

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Le naufrage du capitaine Joe Biden et de son âge face à Donald Trump

Lors de sa confrontation avec Donald Trump, jeudi 27, juin lors du premier débat avant l’élection présidentielle, le président en exercice est apparu dépassé voire perdu. Joe Biden a démultiplié toutes les craintes de son camp sur sa capacité à pouvoir aller au bout de cette campagne. (Article publié dans l’Humanité du 28 juin 2024.)

Joe Biden vient-il de participer à son dernier débat présidentiel ? La question doit tourner en boucle dans les cerveaux des stratèges et grands élus démocrates après la prestation du président en exercice hier face à Donald Trump, pour la première joute de la saison électorale. Aucun d’entre eux ne peut décemment éluder le problème auquel le parti au pouvoir fait face. L’arc des analyses sur cette soirée cauchemardesque va d’une performance « réellement décevante » pour un de ses anciens conseillers à la Maison Blanche (Washington Post) à un « désastre », selon un député (New York Times). Maniant l’euphémisme, la vice-présidente Kamala Harris a évoqué un « départ lent, c’est évident ».

Joe Biden avait proposé à Donald Trump d’avancer le premier de leur débat à juin (en général il a lieu en septembre) afin de cadrer au plus vite l’élection comme un référendum pour Donald Trump et/ou en faveur de la démocratie. Effet boomerang : c’est désormais à un référendum sur l’âge du capitaine qui émerge. Depuis plusieurs mois, les doutes sur son énergie physique et ses capacités cognitives rythment la chronique politique. En mars dernier, Joe Biden avait rassuré la plupart des siens lors de son discours sur l’état de l’Union où il était apparu pugnace. Mais lire un discours sur un téléprompteur et se trouver en duel face à un ancien président sont deux « sports » vraiment différents.

Quelques moments vont tourner en boucle sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux, dévastateurs pour l’image déjà écornée de l’hôte de la Maison Blanche. Parmi ceux-ci, le passage où il tente de développer sa pensée sur le système de santé, bloque, cherche ses mots, parle du Covid avant que son regard ne se perde dans le vide après que l’un des journalistes lui a signifié que son temps de parole était épuisé. Ou encore les attaques de Biden sur le poids de Trump ou son réel niveau en golf…

Personne ne retiendra de ce débat l’habituelle litanie de mensonges de Donald Trump. Il a revendiqué avoir fait plafonner les prix de l’insuline avant Biden : faux. Il a assuré que les États démocrates permettaient d’exécuter les bébés après la naissance : évidemment archi-faux. Il a accusé Joe Biden de l’avoir inculpé dans les multiples affaires auxquelles il doit faire face : c’est la Justice, via des procureurs, qui l’a fait.

Quelques commentateurs rappellent que Ronald Reagan était apparu vieillissant et hors de forme en 1984 lors du premier débat face à Walter Mondale. Mais il n’avait alors que 73 ans et il dominait dans les sondages. Joe Biden affiche 81 printemps et se trouve toujours distancé par son adversaire républicain dans les « swing states » qui feront la différence le 5 novembre (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, Nevada, Géorgie et Arizona).

Indication du vent médiatique, le chroniqueur du New York Times très proche de l’establishment démocrate, Thomas Friedman a aussitôt publié un article au titre retentissant : « Joe Biden est un homme bon et un bon président. Il doit se retirer de la course ». Une possibilité qu’ont rejeté les responsables démocrates s’étant exprimés après le débat. Mais… l’étau se resserre. Le prochain débat est prévu le 10 septembre. Si Joe Biden s’y montrait aussi déboussolé qu’hier soir, il serait sans doute trop tard pour les démocrates pour mettre en œuvre un plan B. Au demeurant, quelle personnalité pourrait-elle l’incarner ? Si la question devait être posée, elle rouvrirait le conflit entre l’appareil centriste et l’aile gauche.

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