Archives de Catégorie: Actualités

« Nous sommes là pour rester » : au cœur de la mobilisation des campus US pour Gaza

A New York et Washington, comme dans tout le pays, les camps de solidarité pro-Palestine se maintiennent au cœur des universités, malgré les menaces des directions et de certains élus. (Article publié dans l’Humanité du 2 mai 2024.)

Washington et New York (États-Unis), envoyé spécial.

Elle sort de sa tente, les paupières encore un peu somnolentes. Ses pupilles règlent la mire : le printemps est enfin arrivé, ce matin, à Washington. Elle ajuste son keffieh, remet plus ou moins sa coiffure en ordre, s’étire, regarde autour d’elle. Une autre étudiante la guide : « Le café, c’est par là. » « Ah oui, c’est vrai », dit-elle d’une voix pas encore réveillée. Sally a rejoint le campement la veille, après avoir un peu hésité.

Elle est une « freshman », une étudiante en première année, arrivée de son Texas natal à la fin de l’été dernier. Elle a finalement sauté le pas et partage une tente avec deux autres étudiantes qu’elle ne connaît pas : l’une vient de Californie, l’autre du New Hampshire. Elle se dirige donc vers la table où elle pourra prendre son petit-déjeuner gratuitement, grâce aux dons qui arrivent régulièrement.

Un nouveau jour se lève et c’est le quatrième de la « zone libérée » et du « camp de solidarité » organisés en plein cœur de l’université George-Washington, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de la Maison-Blanche. Dans la foulée de l’université Columbia, à New York, quelques étudiants de l’université George-Washington, ainsi que leurs compères de l’université voisine de Georgetown, ont dressé quelques tentes sur la pelouse centrale, avec, en plein milieu, une statue de George Washington drapée d’un drapeau palestinien. La direction de l’université a fait poser des barricades pour ceindre et isoler le camp. Les étudiants s’en servent comme un tableau d’affichage : « Palestine bientôt libre »« Le sionisme est un fascisme »« Génocide Joe, tu vas dégager ». Et elles n’ont pas empêché l’extension à H Street, la rue qui longe le carré de verdure. « Nous sommes là pour rester, assure Mahmoud, palestinien et étudiant en recherches internationales. Nous avons certaines exigences et nous voulons qu’elles soient entendues et satisfaites. » Les organisateurs ont élaboré une plate-forme en cinq points : abandonner les poursuites contre les organisateurs et les organisations étudiantes pro-palestiniennes (dès novembre, le groupe « Students for Justice in Palestine », qui avait projeté sur un bâtiment des images disant « Mettez fin au siège de Gaza » et « George-Washington, le sang de la Palestine est sur vos mains », a été suspendu) ; protéger les discours pro-palestiniens sur le campus ; se désinvestir des entreprises qui vendent des technologies et des armes au régime sioniste ; divulguer immédiatement toutes les dotations et tous les investissements ayant trait à la guerre menée par Israël à Gaza ; mettre fin à tous les partenariats universitaires avec l’État d’Israël. Ce dimanche matin, Cynthia a fait une pause dans sa virée à vélo pour venir « apporter sa solidarité ». « Dans les années 1980, j’ai fait partie du mouvement contre l’apartheid en Afrique du Sud. J’étais à Harvard et la police n’est jamais intervenue, comme elle l’a fait à Columbia. C’est assez incroyable. » Si, dans la capitale fédérale, la police se tient à distance, elle est intervenue à plusieurs reprises à New York. La semaine dernière, elle a délogé le camp dressé par des étudiants de la New York University (NYU), une prestigieuse université privée : 150 arrestations dont près d’une vingtaine concernant des professeurs. Peu après, le camp s’est reformé quelques dizaines de mètres plus loin mais sans tentes, avec, en arrière-plan lointain, la même Liberty Tower, érigée sur le site du World Trade Center. La direction de la NYU a averti qu’elle ferait intervenir la police si elle voyait une tente. « Ça n’a pas grand sens », constate Honey Crawford, professeur dans le département d’anglais, inquiète pour la santé des étudiants : ils dorment sous des bâches qui protègent mal du vent et du froid. Ce lundi après-midi, c’est une saucée soudaine, en pleine journée de quasi-canicule, qui les a surpris. « Je vais encore un peu plus friser », plaisante Layla, avant de retourner vaquer à ses occupations. Car il y a un programme bien précis ici, affiché sur un « paperboard » : à 11 h 30, actualisation des informations sur Gaza ; à 12 heures, réunion de la communauté ; 13 heures : manifestation ; 17 heures : formation aux soins ; 18 heures : yoga ; 20 h 30 : nouvelle réunion de la communauté. Le repas n’a pas été consigné, mais il arrive. Comme souvent, Ayat, un restaurant palestinien de l’East Side que le New York Times vient d’inclure dans ses 100 adresses culinaires incontournables, a fait livrer les repas. Il y en aura pour tout le monde et même plus. Ça, c’est pour l’organisation. Pour le fond de l’affaire, une porte-parole officieuse des étudiants revendique : « Cela fait six mois que le génocide dure et, à part quelques paroles officielles, rien n’a changé et rien n’a été fait. Maintenant, avec les campements, on oblige les directions d’université à faire face à leurs responsabilités. » Sur tous les campus américains impliqués, les demandes sont les mêmes : que les directions d’université cessent de financer la guerre à Gaza. À Yale et Cornell, ils demandent que les facs, devenues des entreprises comme les autres, cessent d’investir dans les fabricants d’armes. À Columbia, ils veulent que l’université revende ses participations dans Google, qui a conclu un important contrat avec le gouvernement israélien, et dans Airbnb, qui autorise les annonces dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée.

À NYU, ils demandent, en vain, que les investissements et participations soient rendus publics. La fermeture du site-satellite de Tel-Aviv figure également au menu des revendications. Ce point particulier, qui relève du boycott, est utilisé par certains élus et médias pour nourrir leurs accusations d’antisémitisme contre les protestataires. Témoin depuis la première minute du mouvement, Honey Crawford réfute ces allégations : « Des juifs non sionistes y sont investis. Il y a des prières communes entre musulmans et juifs. J’ai vu, un jour, un étudiant se faire reprendre par tout le monde car il mobilisait des stéréotypes antisémites : ” Pas de ça, ici. ” »

C’est pourtant le même argument qu’oppose une poignée de personnes aux manifestants pro-Palestiniens, réunis mardi, face à l’entrée principale de l’université Columbia. Des barrières séparent les deux sous l’œil vigilant de plusieurs policiers. « Haïsseurs de juifs », lance un homme revêtu du drapeau israélien. « Condamnez plutôt le Hamas », ajoute son voisin, qui arbore une étoile de David au cou. « Libérez tous les otages », hurle une femme, brandissant une pancarte, et tentant de couvrir la voix d’une oratrice qui, via un mégaphone, tente d’exprimer sa solidarité avec la Palestine. Il y a, face à elle, une petite assistance, mêlant jeunes portant souvent le keffieh et vétérans de l’action militante. « À leur âge, j’avais fait ça contre la guerre au Vietnam et on m’accusait des pires saloperies, comme eux, explique Ken, casquette rouge à l’effigie du Vietnam. Ils ont raison de poursuivre et on est là pour les aider. Le seul point de divergence que j’ai avec quelques-uns d’entre eux porte sur le Hamas. Pour moi, ce n’est pas un mouvement de libération, mais une organisation oppressive. »

À l’intérieur, c’est une nouvelle étape de la mobilisation des campus qui se joue au même moment. Des étudiants viennent d’occuper Hamilton Hall, un bâtiment universitaire, et de le rebaptiser « Hind’s Hall », en l’honneur de Hind Rajab, une enfant palestinienne de 6 ans, tuée par l’armée israélienne. D’après le Columbia Spectator, le journal des étudiants du campus,« dès leur entrée, les manifestants ont bouclé le bâtiment en cinq minutes, barricadant les entrées à l’aide de tables et de chaises en bois, ainsi que d’attaches de fermeture éclair. »

Version de l’un des porte-parole de l’université : ils auraient « vandalisé les biens, brisé les portes et les fenêtres et bloqué les entrées ». Ils risquent l’expulsion. Face à cette menace récurrente brandie par la direction de Columbia, Will affiche sa conviction : « Que voulez-vous que cela me fasse d’être exclu et de ne pas avoir un diplôme délivré par une université qui aura été complice d’un génocide ? » Cela se passait quelques heures avant une nouvelle intervention de la police à la demande de la présidente de Columbia, Minouche Shafik, qui demande même au NYPD de rester sur le campus jusqu’au 17 mai, une demande inédite dans l’histoire académique du pays.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Reportages

« Comme en 1968 et 1985, Columbia est à l’avant-garde du mouvement de protestation »

Entretien avec Cathy Schneider, professeur à l’American University de Washington DC. (Article publié dans l’Humanité du 01er mai 2024.)

Washington, Envoyé spécial.

Les mobilisations auxquelles on assiste sur les campus américains s’inscrivent-elles dans une tradition qui remonte aux années 60 ?

Leurs tactiques – rassemblements, enseignements, marches, villes de tentes (utilisées pour la première fois par le mouvement de désinvestissement sud-africain) et enchaînements à l’intérieur des bâtiments universitaires – s’inspirent en effet d’un répertoire établi par les étudiants en 1968 (contre la guerre du Vietnam) et en 1985 (contre l’apartheid sud-africain). Dans les deux cas, les étudiants étaient motivés par l’indignation morale face, respectivement, à la guerre et à l’apartheid et à la complicité de leur gouvernement. Ils ont demandé aux universités de se désinvestir des entreprises qui soutenaient la guerre ou l’apartheid sud-africain. Dans les deux cas, l’université de Columbia a été à l’avant-garde du mouvement de protestation, en grande partie à cause des mesures extrêmes qu’elle a prises à l’encontre de ses étudiants. Une fois de plus, les administrateurs de l’université de Columbia (ainsi que les administrateurs de plusieurs autres universités qui suivent leur exemple) semblent déterminés à utiliser le type de mesures répressives qui ont échoué de manière si spectaculaire contre les mouvements d’étudiants des universités précédentes.

En 1968, les administrateurs de l’université Columbia ont demandé à la police de New York (NYPD) d’arrêter leurs étudiants. La police en a arrêté 700 et blessé 100. Ces arrestations ont polarisé le campus et entraîné une forte augmentation du nombre de manifestants à Columbia, puis dans d’autres universités du pays.  En 1970, Nixon a fait appel à la garde nationale pour mettre fin aux manifestations étudiantes à Kent State. Elle a tué quatre étudiants. En 1972, les États-Unis se retirent du Vietnam.

En 1985, des étudiants de Columbia construisent des villes de tentes qui ressemblent à des bidonvilles sud-africains. L’administration réprime durement, expulsant un grand nombre d’étudiants peu avant la remise des diplômes, dont plusieurs étudiants sud-africains qui risquent l’expulsion, la torture et même la mort dans leur pays d’origine. Les mesures administratives se sont retournées contre eux de manière spectaculaire. Les étudiants qui ne s’intéressaient guère à la politique étrangère étaient désormais furieux et mobilisés par les mesures injustes prises à l’encontre de leurs camarades de classe. Ils étaient également motivés par le respect et la compassion envers les courageux étudiants sud-africains. Le mouvement a été imité dans les universités du pays. Les jeunes quittent leurs dortoirs pour s’installer dans des bidonvilles et des villages de tentes improvisés sur le campus. Finalement, Columbia a cédé. D’autres universités ont fait de même sur le campus, et finalement le gouvernement américain. En 1989, l’apartheid sud-africain a pris fin.

Vous avez évoqué les continuités. Voyez-vous des différences ?

Tout d’abord, bien qu’ils demandent à l’université de Columbia de se désinvestir des entreprises qui soutiennent un État d’apartheid, celui-ci représente une minorité qui a été victime du pire génocide de l’histoire de l’Europe. En outre, les manifestations ont commencé peu après l’assassinat de 1 000 civils israéliens, dont des enfants, et la prise en otage de 250 autres. De ce fait, nombre de leurs opposants sur les campus se considèrent comme des victimes.

Une déclaration publiée le 7 octobre par l’association nationale Students for Justice in Palestine (SJP), appelant à célébré ce qui s’était passé, est venue compliquer encore la situation. L’appel et la poignée de personnes célébrant ont choqué les campus qui connaissent le SJP, actif sur tous les campus universitaires depuis des décennies. Il travaille en étroite collaboration avec Jewish Voice for Peace (JVP), un groupe juif antisioniste. Les deux groupes ont longtemps affirmé clairement que s’ils condamnaient l’État israélien et le déni des droits des Palestiniens, ils n’étaient pas antisémites. En effet, contrairement à l’appel lancé par le SJP le 7 octobre, la plupart des Palestiniens ont été horrifiés par les attaques contre des civils et par les célébrations de ces attaques.

De nombreux donateurs et parents juifs ont toutefois pris la menace au sérieux. Et ils l’ont fait savoir aux universités. Columbia a été la première à interdire à la fois le SJP et le JVP.  D’autres campus n’ont interdit que le SJP. Sur ces campus, JVP a créé un parapluie pour protéger les militants interdits d’action. Sur d’autres campus encore, les administrateurs ont attendu de voir ce que les groupes allaient faire.

Deuxièmement, les républicains du Congrès ont vu dans les manifestations une occasion de gagner du terrain parmi les riches donateurs juifs et les électeurs démocrates juifs en pleine année électorale. Bien que 1968 ait également été une année électorale, les membres républicains du Congrès étaient alors moins cyniques. Et les opposants aux manifestations sans doute moins bruyants.

Le 12 décembre 2023, le Congrès républicain a convoqué les présidents de Harvard, de l’université de Pennsylvanie (Penn), du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de Columbia pour qu’ils témoignent.  La députée républicaine Elise Stefanik (qui a défendu la théorie antisémite du Grand Remplacement selon laquelle les Juifs introduisaient des immigrants non blancs dans le pays pour détruire la pureté raciale des Américains) a interrogé les présidents de ces trois établissements sur ce qu’elle prétendait être leur incapacité à protéger les étudiants juifs. Le président de l’université de Columbia était à l’étranger à ce moment-là et a pu reporter sa comparution. Une question hypothétique a été posée aux présidentes de Penn et de Harvard (qui était une femme noire). « L’appel au génocide juif était-il contraire à la politique de l’université ? »

Personne n’avait appelé au génocide des Juifs. La députée Stefanik a exigé une réponse par oui ou par non. Les présidents de Harvard et de Penn, sachant que certains étudiants juifs avaient entendu un appel au génocide dans le chant « From the River to the Sea » (de la rivière à la mer), ont répondu que cela dépendait du contexte. Peu après l’audience, les conseils d’administration des deux universités ont demandé aux présidents de démissionner. Lorsque Nemat Shafik, présidente de Columbia, a été appelée à témoigner le 17 avril, elle était préparée. Lorsque la commission lui a demandé pourquoi certains professeurs continuaient à enseigner à Columbia, elle a répondu qu’ils faisaient l’objet d’une enquête et les a nommés, ainsi que dix autres professeurs qui faisaient l’objet d’une enquête et dont elle aimerait s’assurer qu’ils n’enseigneront plus jamais à Columbia. Aucun des membres de la faculté n’avait été informé qu’il faisait l’objet d’une enquête ou qu’il était sur le point d’être licencié.

Le lendemain, Shafik a demandé à la police de New York d’arrêter les étudiants. Plus d’une centaine ont été arrêtés, suspendus de leurs cours et expulsés de leurs dortoirs, se retrouvant de fait sans abri à New York.  La répression des manifestants pacifiques a alimenté le mouvement. Même le chef de patrouille de la police de New York, John Chell, a déclaré que les étudiants « étaient pacifiques, qu’ils n’opposaient aucune résistance et qu’ils disaient ce qu’ils voulaient dire de manière pacifique »

L’attitude de la présidente n’est pourtant pas passé au sein même de l’Université.

La communauté de Columbia était défaite. Quelques jours plus tard, elle a voté pour condamner les actions de la présidente Shafik. Mais le président républicain de la Chambre des représentants s’est rendu à l’université de Columbia et a menacé de faire appel à la Garde nationale, qui n’avait pas été utilisée contre des étudiants depuis les meurtres de Kent State.

Entre-temps, la publicité faite autour de l’arrestation a attiré de nouveaux manifestants sur le campus de Columbia. Ils étaient souvent moins disciplinés, plus en colère et déconnectés de l’université. Un rabbin orthodoxe d’un séminaire voisin a envoyé un mémo disant aux étudiants juifs que « même la police de New York ne pouvait pas garantir leur sécurité sur le campus » et qu’ils devaient rentrer chez eux.

Mais de nombreux manifestants à Columbia (et ailleurs) sont juifs. Les juifs représentent 18 % des habitants de la ville de New York et 22 % des étudiants de l’université de Columbia, ainsi que 15 % des personnes arrêtées, suspendues et expulsées le 18 avril. De nombreux étudiants juifs sont particulièrement angoissés par les actions d’Israël, qu’ils considèrent comme les rendant complices d’un génocide. Les divisions sur les campus reflètent les divisions au sein de la communauté juive et de nombreuses familles juives.

La répression à Columbia ne semble pas avoir freiné la nationalisation du mouvement…

De nouveaux villages de tentes ont vu le jour dans des universités telles que Brown (Rhode Island), Emory (Atlanta), l’université du Texas (Austin), l’université de Californie du Sud (Los Angeles) et Berkeley (San Francisco). Dans de nombreux campus, les étudiants ont été confrontés à une répression brutale. À Austin, des policiers à cheval en tenue anti-émeutes ont frappé les étudiants et utilisé du gaz lacrymogène. À l’université d’Emory, la police a utilisé des balles au poivre et des tasers. À Yale, des policiers à cheval ont attaqué et arrêté des étudiants. À l’université de Californie du Sud, la police a arrêté plus d’une centaine d’étudiants.

Mais nous n’avons pas vu les mêmes niveaux de répression partout. À Washington DC, la police a refusé l’appel du président de l’université George Washington d’arrêter ses étudiants. A Brown, les administrateurs de l’université ont accepté d’organiser un vote sur le désinvestissement des entreprises qui alimentent la guerre à Gaza et la répression contre la Cisjordanie à l’automne prochain. Et à Barnard, la faculté a voté la défiance à l’égard de son président, pour la première fois dans l’histoire de l’établissement.

Quelle suite voyez-vous à ce mouvement ?

Il n’est pas certain que le mouvement de protestation perdure pendant les mois d’été, lorsque de nombreux campus sont fermés. Malheureusement pour les démocrates, c’est un président démocrate qui a envoyé de l’aide militaire et des armes à Israël, après avoir promis à Benjamin Netanyahou, le 7 octobre, que les États-Unis resteraient toujours à ses côtés. Alors que Joe Biden se montre de plus en plus critique à l’égard du gouvernement Netanyahou et de ses actions à Gaza et en Cisjordanie, il n’a pas encore suspendu l’aide militaire et l’équipement.

Pour une génération plus âgée, la menace de revivre 1968, lorsque les jeunes électeurs sont restés chez eux et que Nixon a accédé à la présidence, est terrifiante. Pour ajouter aux parallèles, le parti démocrate tiendra sa convention à Chicago en août (comme en 1968, où la convention s’était terminée dans l’affrontement de la police et des manifestants opposés à la guerre du Vietnam, NDLR)A, une ville qui compte en outre la plus grande population palestinienne du pays. Mais la seule alternative à Biden est Trump. Et Trump n’est pas un ami de la Palestine.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Interviews

A Erié, les républicains en ordre de bataille derrière Trump

Alors que se déroulent aujourd’hui les primaires en Pennsylvanie, l’alignement des sympathisants du GOP (Grand Old Party) sur l’ancien président semble total dans ce comté indécis du nord de l’Etat. (Article publié dans l’Humanité du 23 avril 2024.)

Érié (Pennsylvanie, États-Unis), envoyé spécial.

Ils voteront (quasiment) tous pour Donald Trump. Sans hésitation et même avec enthousiasme. Qu’ils aient été des adeptes de la première heure ou des convertis plus ou moins précoces, leur alignement sur l’ancien président est sans faille. Ce mardi, alors que se tiennent les primaires en Pennsylvanie, les républicains du comté d’Érié offriront un plébiscite à celui qui affronte le premier de ses quatre procès, prélude selon eux à son retour triomphal à la Maison-Blanche.

Autant leur mobilisation ne sera que symbolique pour cette primaire républicaine qui n’offre aucun suspense, autant elle sera déterminante le 5 novembre. Le comté d’Érié est un bellwether, soit un baromètre, presque un oracle, dans un État – la Pennsylvanie – figurant sur la courte liste des swing states, ces États clés qui feront pencher le collège électoral.

En 2016, Donald Trump avait fait basculer le comté d’Érié (48 %, contre 46,4 % à Hillary Clinton) – une première pour un républicain depuis Ronald Reagan – et la Pennsylvanie (avec 44 000 voix d’avance sur 6,2 millions de suffrages exprimés). En 2020, dans un contexte de plus forte participation électorale, Joe Biden reprenait le manche dans le comté (49,7 %, contre 48,6 %) comme dans l’État, avec un avantage de 82 000 voix sur près de 7 millions d’électeurs.

Ils cocheront tous le nom du milliardaire, à commencer par Tom Eddy, le président du GOP (Grand Old Party, le surnom du Parti républicain) dans le comté d’Érié, cette bande de terre au bord du lac du même nom peuplée de 270 000 habitants. « Je ne vote pas pour les personnalités mais pour les politiques. C’est la raison pour laquelle je vote Trump », dit-il en faisant pivoter son fauteuil vers la vitrine du siège du parti à Érié où une grande affiche bleue a été collée : « Trump 2024 : reprendre l’Amérique ». À part ses tweets et son verbe, tout lui convient dans Trump, son bilan comme ses propositions.

Tom, c’est un peu le portrait-robot du républicain bon teint devenu trumpiste. Un « conservateur par nature », revendique-t-il. Des tas d’aïeux qui ont fait la guerre d’indépendance. Un père républicain, vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Lui-même électeur pour le GOP depuis ses 21 ans, avec un premier vote pour Richard Nixon. Un fils qui vient de sortir de West Point, la prestigieuse académie militaire, « encore plus conservateur à sa sortie ».

Donald Trump est-il un « vrai » conservateur ? Il ne sait pas et ça ne l’intéresse pas. Seul le bilan compte. « Je dis aux gens qui ont des doutes : dites-moi une chose qu’il a faite et qui vous a heurtée », lâche-t-il. Un électeur démocrate en trouverait des dizaines, mais manifestement pas ceux que le chef des républicains locaux rencontre.

Cet enseignant retraité de 75 ans ne fait pas partie de la base fanatisée Maga (Make America Great Again, le slogan de campagne de Trump en 2016). Toutefois, il en a parfois les accents. Sur l’immigration, thème central de la campagne du candidat nationaliste, Tom reprend à son compte la « théorie » selon laquelle cette « vague » serait organisée par les démocrates « qui veulent repeupler les États où ils sont majoritaires mais qui perdent des habitants, donc des sièges. Vous n’avez pas besoin d’être citoyen pour être compté dans le recensement, donc… »

Un argument qui ne résiste pas à l’examen de la réalité des chiffres. Les nouveaux immigrés latinos ne s’installent plus dans les principales métropoles des grands États, trop chères, mais dans des villes moyennes des États moyens, souvent dirigés par les républicains, au demeurant.

Sur la question des armes à feu, centrale dans cette partie de la Pennsylvanie, même doxa conservatrice qui flirte avec le complotisme. « Les armes ne tuent pas les gens, ce sont les gens qui tuent avec des armes » : le propos semble tout droit sorti d’une plaquette de la NRA, le puissant lobby. Tom se lève d’un bond et nous emmène dans le hall où sont affichés les dix premiers amendements de la Constitution qui forment la déclaration des droits. « Regardez, le deuxième amendement est clair : droit de porter des armes (les juristes se divisent sur son interprétation comme un droit individuel ou un droit collectif – NDLR) ».

Jusqu’en 2020, Tom ne l’avait pas utilisé. « Mais pour montrer à Biden qu’il ne nous enlèvera pas ce droit, j’en ai désormais trois chez moi. » À peine reposé dans son fauteuil pivotant, le septuagénaire ajoute : « Si j’étais la Chine et que je voulais envahir les États-Unis, je préférerais que les Américains ne soient pas armés. »

La fable du vol de l’élection de 2020, centrale dans la rhétorique trumpienne ? « Je ne suis pas conspirationniste, mais des choses ont affecté l’élection », répond-il avant d’en faire une liste sans preuve. « Il faut oublier 2020 et aller de l’avant. Voilà ce que je dirais à Trump si je pouvais dîner avec lui ou le croiser : il faut se concentrer sur l’avenir. » Un cas de figure d’autant plus hypothétique que Tom concède ne pas avoir forcément envie de passer un dîner avec celui pour lequel il va voter.

C’est un peu le même mariage de raison qui va présider au vote de Melanie Brewer, républicaine dûment enregistrée 1 depuis l’âge de citoyenne. En 2016, elle avait voté pour Marco Rubio, le sénateur d’origine cubaine de Floride. « Je savais que Trump était un homme d’affaires prospère, que j’admirais, mais je pensais que Marco Rubio attirerait le vote hispanique et rassemblerait le GOP. »

« Little Marco » étrillé comme les autres, la trentenaire s’était rangé derrière Trump pour l’élection générale. « Je pense que notre pays se porte mieux sous la présidence de Trump. L’économie, les frontières, les politiques… J’ai du mal à croire que quelqu’un puisse regarder ce qui se passe dans le monde et dire que l’Amérique est plus forte maintenant que là où nous étions en 2019 », argumente cette cheffe d’une PME dans le domaine du voyage et de l’hôtellerie.

« Je n’ai aucun problème avec les politiques du président Trump », même si elle pense que « Biden a gagné les élections de 2020 ». Beaucoup plus engagée dans la vie politique depuis 2020, elle fait partie de l’équipe de campagne de Micah Goring, qui tente de se faire élire à la Chambre des représentants locale.

Lui aussi affiche un impeccable CV de conservateur : ancien militaire, électeur républicain de tout temps, chrétien évangélique, pro-life. Fin mars, une soirée de collecte de fonds s’apparentait à un baptême du feu pour ce quinquagénaire, chef d’une PME. Maillot de basket de l’US Air Force – c’est la saison de March Madness (tournoi) du basket universitaire – recouvrant une chemise blanche, le candidat a d’abord répondu à nos questions, à commencer par sa position sur le droit à l’avortement.

« Les gens ne sont pas très à l’aise avec les sujets de société… » élude-t-il temporairement. Candidat républicain dans un district démocrate détenu par un démocrate sortant, il marche sur des œufs. Comme Tom et Melanie, il est pro-life, mais la majorité des électeurs de son district (comme du pays) sont pro-choice.

Inutile de braquer une frange de l’électorat, il estime donc que « la loi de Pennsylvanie fonctionne bien comme elle est » : soit le droit à l’avortement garanti jusqu’à 24 semaines. Il s’avère tout aussi prudent sur l’immigration « qui est une question fédérale », là où les républicains du Texas revendiquent d’en faire une compétence des États. Lors d’un bref discours, Micah préfère miser sur un sujet sans contrecoup électoral : « La première loi que je proposerai quand je serai élu portera sur l’exonération de la taxe foncière pour les seniors» Des moues approbatrices se dessinent dans une assistance en décalage évident avec l’image que veut projeter localement le parti de Trump. Sur son site, on peut voir une photo avec quatre jeunes personnes : deux hommes, deux femmes, un Blanc, une Asiatique, une Noire, un Métis. Dans la salle, une ultra-majorité de Blancs aux cheveux gris siège.

Retour au slalom tactique entre ses convictions et la réalité du comté d’Érié où 46 % des électeurs sont enregistrés comme démocrates, contre 39 % de républicains, lorsqu’il s’agit de la présidentielle. « Je pense que l’isoloir est comme le confessionnal dans une église catholique. C’est personnel. Je voterai en novembre pour la personne qui fera respecter notre Constitution, qui protégera nos frontières et qui ramènera un sens de la diplomatie dans notre pays. » Comprenez : Donald Trump.

  1. Aux États-Unis, il est de coutume de déclarer sa préférence partisane lors de l’enregistrement sur les listes électorales. Dans certains États, il s’agit même d’une obligation pour participer à une primaire.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Reportages

Nouvelle victoire éclatante pour l’UAW

Les salariés de l’usine Volkswagen de Chattanooga (Tennessee) ont voté à une écrasante majorité la création d’une section syndicale, une première dans le Sud depuis les années 40. (Article publié dans l’Humanité du 22 avril 2024.)

L’UAW (United Auto Workers) vient de remporter sa deuxième victoire majeure en moins de six mois. Après avoir obtenu un accord record à l’issue d’une grève lancée simultanément chez les Big Three (Ford, General Motors et Stellantis, qui détient Chrysler), le syndicat de l’automobile va pouvoir créer une section dans l’usine Volkswagen de Chattanooga (Tennessee), la seule du groupe allemand où un syndicat n’avait pas le droit de cité. Ainsi en a décidé une écrasante majorité (73 %) des 4 300 salariés.

Il s’agit de la première usine à voter pour la création d’une section syndicale dans le Sud depuis 1941 et du premier site détenu par un constructeur étranger à être syndicalisé. Historiquement, les États de l’ancienne Confédération étaient une terre de mission pour les organisations syndicales.

Les élus républicains qui dominent presque sans partage dans l’ensemble de la région ont fait voter des lois dites Right to Work (droit de travailler), créant des obstacles presque insurmontables à la reconnaissance du fait syndical. La digue vient de céder. Les efforts de dernière minute des milieux d’affaires et des élus locaux, pris de panique, n’ont pas enrayé la machine, en route depuis plusieurs mois.

Le syndicat avait échoué de peu à deux reprises, en 2014 et 2019. Peu après son succès face aux géants de Detroit, Shawn Fain, le président de l’UAW, annonçait en novembre 2023 une campagne massive, fixant l’objectif de syndiquer 150 000 salariés dans les « déserts » du Sud et des usines de véhicules électriques.

Tirant les leçons de dix années d’échecs et s’inspirant manifestement du succès du modèle d’organisation de bas en haut de Starbucks (désormais 500 magasins ont voté pour la création d’un syndicat), la nouvelle direction, élue début 2023 face aux sortants enclins à la « cogestion », a totalement changé de stratégie.

« Nous faisons les choses différemment cette fois, a revendiqué Shawn Fain dans un discours tenu le 24 mars face aux salariés de Mercedes dans l’Alabama. Nous allons nous assurer qu’il y ait des leaders dans chaque département, dans chaque équipe, échangeant les uns avec les autres sur la construction du syndicat. C’est le chemin vers la victoire. » Et d’ajouter : « Les seules personnes qui peuvent organiser le Sud, ce sont les travailleurs du Sud. »

Lors des deux précédentes tentatives, l’UAW, dont le siège se trouve à Detroit (Michigan), en plein cœur du Midwest, avait envoyé ses équipes d’organizers gérer la campagne de A à Z sans l’avis ni l’aval des salariés locaux. En 2014, la campagne avait viré au fiasco : deux ans et demi pour finalement décourager le noyau dur, passant de 180 salariés à 50.

Cette fois-ci, le syndicat a mis sa puissance de frappe financière et organisationnelle au service d’un comité d’organisation au sein de l’usine même, constitué de 300 salariés désignés « capitaines d’élection ». « 90 % de l’usine, chaque ligne de production, chaque équipe, étaient couverts », selon Victor Vaughn, une des chevilles ouvrières citée par le site spécialisé Labor Notes.

Rencontré lors de la grande conférence (4 500 participants, un record) organisée par ce site de référence des questions sociales ce week-end à Chicago, Zach Costello, ouvrier dans l’usine de Chattanooga, témoigne de ce qui a changé récemment dans le climat général : « Tout d’abord, c’est la montée du ras-le-bol. Les nouveaux embauchés gagnent le salaire minimum et ne peuvent pas boucler les fins de mois avec ça. En 2019, la direction nous a fait des promesses afin d’éviter la création d’un syndicat et elle ne les a pas tenues. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de victoires syndicales. “Qu’est-ce qu’on a à y gagner ?”, se voyait-on répondre. La victoire de l’UAW face aux Big Three a totalement changé la donne. Les salariés ont vu concrètement ce que l’on pouvait gagner avec un syndicat. J’ai vu des gars très anti-syndicats changer soudainement d’avis. »

Le premier « domino » Volkswagen va-t-il entraîner le deuxième sur la liste : l’usine Mercedes dans l’Alabama où sont construits le SUV GLE et le luxueux Maybach GLS (vendu 170 000 euros l’unité) ? Les 5 000 salariés voteront entre le 13 et le 17 mai.

Michael Göbel, le PDG de Mercedes-Benz pour les États-Unis, a fait une sortie publique, assimilant la création d’un syndicat à des grèves, des cotisations à payer et des blocages dans la résolution des conflits. Le patronat local s’est payé une campagne d’affichage tandis que la gouverneure républicaine Kay Ivey a dramatisé l’enjeu : « Le modèle économique rempli de succès de l’Alabama est attaqué. » Ce à quoi Shawn Fain a rétorqué, du tac au tac, comme à son habitude : « Elle a sacrément raison. On l’attaque car les travailleurs en ont marre de se faire avoir. »

L’Alabama apparaît comme la prochaine « ligne de front » de la syndicalisation. Cet État du Sud profond a servi de havre anti-syndical à plusieurs constructeurs étrangers (Mercedes, Hyundai, Toyota et Honda). Mais, là aussi, les choses changent, selon Quichelle Liggins, salariée à Hyundai : « On a commencé par des conversations, il y a deux ans, sur ce qui devait changer, puis on a mis des cartes syndicales à disposition. On ne sait pas si on gagnera, mais on sait qu’on n’est déjà plus invisibles. » La main-d’œuvre noire se révèle un élément déterminant dans cette bataille syndicale. Aucun des quatre constructeurs, ni leurs sous-traitants, n’a localisé leurs sites dans des zones à forte proportion d’habitants africains-américains – ce qui relève forcément d’un choix dans l’Alabama, où un quart de la population est noir. Ces dernières années, de nombreux Africains-Américains, plus frappés par le chômage que la moyenne, ont emménagé près des usines afin de pouvoir postuler à des emplois non pourvus par une population blanche vieillissante.

Depuis le dernier vote, le salariat de l’usine Mercedes est ainsi devenu majoritairement noir. Les organisateurs locaux font de la syndicalisation une question de droits civiques. « Montgomery, Alabama, est un endroit dur pour celui qui veut créer un syndicat, ponctue Quichelle Liggins, mais c’est aussi un haut lieu du mouvement des droits civiques, donc… »

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Super Tuesday : Trump accélère, Biden au point mort

Le rendez-vous des primaires de ce premier mardi de mars a viré au quasi-grand chelem pour l’ancien président tandis que la fronde continue de monter contre l’actuel hôte de la Maison Blanche en raison de sa position sur la guerre à Gaza. (Article publié dans l’Humanité du 7 mars 2024.)

C’était un « Super Tuesday » paradoxal : Donald Trump, confronté à un duel avec sa challenger Nikki Haley, en sort renforcé si ce n’est triomphant tandis que Joe Biden, sans opposant de poids, doit constater, une fois de plus, ses faiblesses parmi son électorat. Les deux s’avancent donc vers un « remake » qui semble depuis des mois inexorable mais pas tout à fait au même rythme.

Le milliardaire, sous le coup de quatre procédures judiciaires, a quasiment réalisé un grand chelem lors de ce premier mardi de mars qui met en jeu des centaines de délégués. L’ancienne ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU n’a réussi à empoché que le Vermont, petit Etat rural au caractère particulièrement indépendant (Bernie Sanders en est l’un des deux sénateurs, celui qui affiche la plus longue longévité au Congrès pour un élu non rattaché à l’un des deux grands partis). Pour le reste, l’emprise de Donald Trump sur le GOP (Grand Old Party) se confirme : il a remporté les quatorze autres Etats avec un minimum de 20 points d’avance, portant même le différentiel à plus de 70% en Alabama et dans l’Alaska. Parmi les plus gros Etats fournisseurs de délégués – au Texas (78% contre 17%) comme en Californie (77% contre 20%) – il n’y a eu aucun suspense. Nikki Haley décidera-t-elle, malgré tout, de poursuivre sa campagne dans l’infime espoir d’incarner un « recours » au cas où une sorte d’accident industriel frapperait Donald Trump ? Selon plusieurs quotidiens américains, l’entourage de la candidate laisse entendre qu’elle pourrait jeter l’éponge.

La voie est plus que jamais dégagée pour Donald Trump vers sa troisième investiture républicaine de suite, d’autant que l’épée de Damoclès de l’inégibilité a été retirée par la Cour Suprême qui n’a pas donné suite aux arguments de l’Etat du Colorado selon lesquels il devrait être, au regard du 14e amendement de la Constitution, interdit de toute fonction élective pour l’assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021. En revanche, côté financier, l’horizon est sombre : l’amende de plus de 400 millions de dollars infligée au milliardaire par une décision de justice le place dans une situation précaire. La récente rencontre avec Elon Musk avait peut-être pour objet que le milliardaire qui ne cache plus ses sympathies ultra-droitières mette la main au portefeuille.

La collecte de fonds se porte bien pour Joe Biden. Celle de suffrages, un peu moins. Dans le Minnesota, le niveau des votes « uncommited » (« non engagé »), en protestation du soutien inconditionnel apporté par l’hôte de la Maison-Blanche à la politique de Benjamin Netanyahou, a atteint près de 20%, soit plus que dans le Michigan (13%), épicentre du mouvement. Le Minnesota ne fait pas partie de la liste des quelques « Etats-clés » qui font pencher la balance du collège électoral. Mais si un cinquième de l’électorat démocrate fait défection le 5 novembre, il le deviendra, rendant hautement probable une victoire de Donald Trump qui, lui, mobilisera sa base, minoritaire mais galvanisée. Les signaux d’alerte se multiplient pour Joe Biden, devancé dans tous les sondages nationaux. Mettra-t-il à profit le traditionnel discours sur l’état de l’Union, ce jeudi, pour s’adresser à son électorat sans répéter ce qu’il lui a déjà seriné depuis des mois ?

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

L’ombre de Trump sur un vaudeville sans fin au Congrès

Les élus proches de l’ancien président veulent faire capoter un « package » proposé par Joe Biden et soutenu par certains républicains, comprenant une aide massive à l’Ukraine et des mesures pour la « sécurisation » de la frontière avec le Mexique. (Article publié dans l’Humanité du 9 février 2024).

La vie au Sénat des Etats-Unis ressemble à un vaudeville avec portes qui claquent, rebondissements inattendus, élus qui changent d’avis. Sauf que personne n’en rit. Il faut reprendre depuis les trois coups de départ. Depuis plusieurs mois, l’administration Biden veut faire voter un « package » d’aides : 60 milliards de dollars pour l’Ukraine, 14 milliards pour Israël et 10 milliards de dollars d’aide humanitaire pour les civils victimes de crises mondiales, y compris les Palestiniens et les Ukrainiens. Les démocrates, majoritaires d’une voix au Sénat, ont besoin des Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants pour le faire adopter. Comme dans une partie de poker, le Grand Old Party veut « maximiser » sa main et entend lier ces aides au vote de nouveaux financements pour la « sécurisation » de la frontière avec le Mexique où ils décrivent une « crise migratoire » et une « invasion ».

Coincé par la mathématique politique et son tropisme bipartisan, Joe Biden rentre dans la négociation… et n’en est toujours pas sorti. Un nouvel acteur – de poids – est entré en scène dans un hémicycle où il n’est pourtant pas élu : Donald Trump. Il ne veut pas d’un accord sur la frontière sud car cela nuirait à son fonds de commerce électoral à neuf mois de l’élection présidentielle. Un sénateur républicain, James Lankford, a rapporté « qu’une personnalité médiatique éminente de la droite », selon le New York Times, lui avait dit directement : « Si vous essayez de présenter un projet de loi qui résout la crise frontalière au cours de cette année présidentielle, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous détruire ». Une stratégie qui fonctionne pour l’heure : mercredi, le package n’a obtenu que 50 voix sur 100 alors qu’une majorité qualifiée de 60 est nécessaire. Même le leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, a voté contre alors qu’il l’avait défendu à chaque étape. Bernie Sanders, de son côté, s’y est également opposé expliquant sur Twitter : « Le Sénat examine un projet de loi supplémentaire sur l’aide étrangère qui prévoit une aide militaire américaine supplémentaire de 14 milliards de dollars pour permettre au gouvernement Netanyahou de poursuivre son horrible guerre contre le peuple palestinien. C’est inadmissible. »

Les démocrates tentaient hier de trouver une porte de sortie, autant dire un trou de souris, en découplant le vote : d’abord, l’aide étrangère puis ensuite le dossier de la frontière. Quelques sénateurs républicains qui y étaient opposés ont récemment fait connaître leur accord, ajoutant à une confusion générale, où les observateurs peinent à distinguer qui maîtrise quoi. La réponse pourrait être : à part Donald Trump, personne.

Si d’aventure, un des deux textes obtenait une majorité au Sénat et arrivait à la Chambre des représentants, il s’y trouverait une minorité d’élus ultra-trumpistes pour le bloquer. Ils sont à la fois opposés à une aide à l’Ukraine et au financement de la sécurisation de la frontière, afin de laisser leur champion en faire son thème principal de campagne. Ils ont même menacé d’évincer du poste de « speaker », Mike Johnson, comme ils l’avaient fait avec son prédécesseur, Kevin Mc Carthy. La majorité républicaine à la Chambre est tellement ténue (219 républicains contre 212 démocrates et 4 sièges vacants pour une majorité à 218) qu’une poignée de députés détient un pouvoir de nuisance incommensurablement supérieur à sa force numérique. L’ironie de cette situation tient au fait que la « vague républicaine » attendue lors des élections de midterms en 2022 s’était transformée en très courte victoire, suite à une immixtion dans la campagne de Donald Trump ayant provoqué une mobilisation plus importante d’électeurs démocrates pourtant déçus par les deux premières années de Joe Biden à la Maison-Blanche. Epouvantail électoral hier, à la tête d’une minorité MAGA (Make America Great Again, son slogan de campagne de 2016) au sein d’une minorité (le parti républicain), Donald Trump n’en reste pas moins maître du jeu politicien aujourd’hui. Avant de redevenir un épouvantail électoral ?

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Au Texas, les républicains rejouent Fort Alamo

Le gouverneur conservateur, Greg Abbott, a engagé le bras de fer avec le gouvernement fédéral auquel il dénie la gestion de la frontière et des flux migratoires. Une façon pour les trumpistes de souder leur base face à Joe Biden, en pleine année électorale. (Article publié dans l’Humanité du 8 février 2024.)

Eagle Pass ne sera sans doute jamais l’équivalent contemporain de Fort Sumter, où s’était déroulée la première bataille de la guerre de Sécession. Mais la petite ville américaine à la frontière avec le Mexique illustre parfaitement la « guerre civile froide » souvent évoquée par le journaliste Carl Bernstein. Les républicains ont décidé de transformer Eagle Pass, sur le Rio Grande, en lieu de bataille idéologique et politique sur l’immigration. Ils invoquent une « crise migratoire » et une « invasion » pour défier le gouvernement fédéral, donc Joe Biden. Greg Abbott, le gouverneur conservateur, entend gérer directement la situation via son programme de contrôle, nommé Opération Lone Star (surnom de l’Etat du Texas). Il a réquisitionné une portion de la ville, empêche les agents fédéraux d’y accéder et a fait dresser des barrières en barbelés dans ce point de passage où de nombreux migrants arrivent afin de se rendre à des agents fédéraux et voir leur dossier instruit aux Etats-Unis.

L’administration Biden a ordonné à ses agents de couper les barbelés. La Cour suprême, pourtant majoritairement composée de juges conservateurs, lui a donné raison. Mais le gouverneur persiste, appuyé par vingt-cinq de ses homologues, tous républicains, illustrant là aussi la profonde division du pays. Ron De Santis, le gouverneur de Floride, s’est même engagé à envoyer des soldats de la Garde nationale de son État « pour aider le Texas dans ses efforts pour arrêter l’invasion à la frontière sud ». Les dirigeants de deux des Etats les plus peuplés du pays défient donc l’autorité de l’Etat fédéral, avec mobilisation d’une force militaire de réserve.

Le bras de fer va se poursuivre devant les tribunaux. Greg Abbott y défendra une nouvelle loi, qui devrait entrer en vigueur en mars, permettant aux forces de sécurité du Texas d’arrêter les migrants qui traversent sans autorisation depuis le Mexique. L’administration Biden, quant à elle, y traîne le gouverneur républicain, arguant que cette loi viole l’autorité du gouvernement fédéral en matière de législation sur l’immigration.

Mais en ce début d’année électorale, le GOP (Grand Old Party) ne se contentera pas de joutes oratoires dans les prétoires. Dimanche dernier, accompagné d’une douzaine de gouverneurs républicains, Greg Abbott est venu marteler sur le terrain son message, devant un amas de caméras. Son « opération communication » a coïncidé avec l’arrivée d’une autoproclamée « armée de Dieu »  qui organisait un convoi sur le thème « Reprenons notre frontière. » Ils avaient annoncé des dizaines de milliers de personnes. Ils étaient 200 à 300.

Si le GOP texan persiste, Joe Biden dispose du pouvoir de « réquisitionner » les gardes nationaux texans afin qu’ils ne se trouvent plus au service des autorités locales. Une perspective qui rend furieux l’establishment républicain local : le sénateur Ted Cruz a repris le slogan de la guerre d’indépendance du Texas (« Venez et prenez-le ») tandis que le procureur général de l’Etat a évoqué Fort Alamo, site d’une légendaire bataille entre les colons anglo-américains et le gouvernement mexicain, lors de la guerre d’indépendance du Texas (1835-1836).

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Donald, Ron, Nikky, Vivek : une primaire républicaine à droite toute

Le caucus de l’Iowa donne ce lundi 15 janvier le coup d’envoi d’une primaire marqué par le glissement à droite constant du parti républicain. Grand favori, l’ancien président prépare déjà l’élection générale du 5 novembre tandis que Ron DeSantis et Nikki Haley convoitent le fauteuil de deuxième. (Article publié dans l’Humanité du 15 janvier 2024).

L’Iowa ne ressemble plus à l’Amérique mais ce petit État blanc à 90 %, où les chrétiens évangéliques dominent encore, correspond assez bien à ce qu’est le Parti républicain : monochrome, religieux et de plus en plus rural. C’est donc au milieu des champs et d’élevages porcins que résonne le coup de gong de la saison des primaires.

Les candidats connaissent les figures imposées qu’ils peaufinent depuis des mois : arpenter les foires à la saucisse, livrer des odes au maïs (la culture reine locale), visiter si possible les 99 comtés pour prétendre connaître cet État de 3 millions d’habitants sur le bout des doigts.

Tous les candidats… sauf Donald Trump. Il n’en a pas besoin, solidement assis sur le magot de sa base aussi inaltérable que galvanisée. Les sondages lui accordent une telle avance qu’aucun de ses challengers ne caresse l’idée de renverser la table entre Des Moines et Cedar City. De toute façon, les derniers événements de campagne ont été annulés pour cause de vague de froid quasi sibérienne (entre – 15 et – 25 degrés) et d’alerte au blizzard. Mauvaise nouvelle pour les challengers qui entendaient mettre à profit le dernier week-end pour se distinguer.

Leur ambition : terminer deuxième, prendre un avantage pour la prochaine étape le 23 janvier (New Hampshire, autre petit État blanc) dans l’espoir de coaliser les anti-Trump en vue d’un duel pour le « Super Tuesday », le 5 mars (16 États et un tiers des délégués en jeu). Leur méthode : la concurrence par la surenchère pour ce qui s’annonce être la campagne la plus à droite de l’histoire des primaires républicaines.

Le processus de polarisation du pays, enclenché dans les années 1970 et accéléré autour de l’élection de Barack Obama, en 2008, se poursuit. Si on écoutait les candidats aspirant à l’investiture comme on déguste des grands crus – soit, à l’aveugle –, le jugement tomberait à la première gorgée : le GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) est devenu un parti d’extrême droite qui stigmatise les immigrés, nie la réalité du changement climatique, s’attaque aux droits des femmes et promet la prison à ses adversaires politiques.

Selon un sondage publié ce dimanche par le Des Moines Register, NBC News et Mediacom Poll, Donald Trump arriverait en tête avec 48 % des suffrages, devant Nikki Haley (20 %), qui se glisse devant Ron DeSantis (18 %), laissant loin derrière Vivek Ramaswamy (8 %). Demeure l’inconnue de la météo locale. Des dizaines de milliers de sympathisants du parti de l’âne, statistiquement plus âgés que la moyenne, vont devoir braver les éléments pour se rendre dans leur bureau de vote et participer au « caucus » 1. « Et si le taux de participation chute en même temps que les températures, quels candidats cela pourrait-il aider ou désavantager ? » s’interroge le New York Times. Verdict glacé au cœur de la nuit de lundi à mardi. En attendant, voici une galerie de portraits des principaux candidats.

Donald Trump, le début de la revanche

« Pour un jour. » Lorsqu’un journaliste lui a demandé pour la première fois s’il comptait devenir, en cas de réélection, un dictateur, Donald Trump a répondu qu’il le serait pour vingt-quatre heures. On aurait pu y voir une boutade. Puis, il l’a répété lors d’un meeting. C’est donc devenu un fait de campagne, presque un slogan. Son électorat, à qui il ne faut pas le répéter deux fois, a saisi le sens de la formule.

Selon un sondage réalisé par PRRI (Public Religion Research Institute), un tiers des républicains estime que l’utilisation de la violence politique pour sauver le pays se justifie. La proportion est encore plus élevée parmi la base « Maga » (Make America Great Again, le motto, la devise de la campagne de 2016). Donald Trump encourage et canalise à la fois cette rage vengeresse. Le vol du pays aurait commencé avec celui de son second mandat : 63 % des républicains estiment que l’élection de 2020 a bel et bien été truquée.

À la manœuvre : les « communistes », la « racaille de la gauche radicale », la « vermine » (ses opposants), les immigrants qui « empoisonnent le sang de notre pays ». Tout fait du milliardaire un candidat d’extrême droite : la verticalité, les thématiques, la rhétorique. Pour l’historien Benjamin Hett, cité dans le Los Angeles Times : « Ce discours trouve un écho chez les Blancs qui craignent de devenir une minorité, chez les chrétiens consternés de vivre dans un pays de moins en moins chrétien, chez les travailleurs (blancs – NDLR) qui se sentent relégués aux échelons inférieurs (de la société). »

Trump 2 ne constituerait pas la réplique de Trump 1 mais son aggravation assumée. Tout le monde est plus ou moins d’accord sur ce postulat. Les grands titres de la presse américaine – à l’instar du magazine The Atlantic – alertent sur la « menace existentielle » pour l’Amérique d’une nouvelle élection du milliardaire xénophobe – pour s’en inquiéter. Les électeurs trumpistes pour s’en féliciter : ils sont prêts à payer la sauvegarde de la République blanche au prix de l’abandon de la démocratie.

Quasi certain de remporter la mise lors de la primaire républicaine, l’ancien président prépare aussi l’élection générale avec la contradiction fondamentale que doivent affronter les républicains depuis au moins deux décennies : s’il peut s’appuyer sur un socle d’électeurs aussi fidèles que chauffés à blanc, celui-ci est en rétractation continue. Il ne faut donc pas faire fuir ce qu’il reste de républicains modérés.

Ainsi, après avoir eu la peau de l’arrêt Roe v. Wade et donc du droit fédéral à l’avortement, via la nomination de trois juges conservateurs à la Cour suprême, Donald Trump s’oppose-t-il à une loi fédérale interdisant sur l’ensemble du territoire l’exercice de ce droit fondamental. L’ancien président a clairement déjà mis le cap sur le 5 novembre.

Ron DeSantis, l’étoile descendante

Il cochait toutes les cases : gouverneur du troisième État le plus peuplé d’Amérique, jadis un « swing State » (État indécis), qu’il a contribué à rendre presque définitivement rouge (la couleur du Parti républicain) ; pourfendeur attitré du « wokisme », cette idéologie que les conservateurs ont inventé pour décrédibiliser les luttes contre les injustices (classe, race et genre) ; plus jeune (45 ans) que le favori. Bref, Ron DeSantis incarnait un trumpisme sans Trump que l’establishment républicain voyait d’un bon œil au point de flécher les donations vers sa campagne.

Puis, il est entré dans l’arène et la chute réelle fut encore plus soudaine que l’ascension virtuelle. Rien n’allait. Donnant l’impression de réciter en permanence les fiches de ses conseillers et peu à l’aise dans la confrontation directe (il s’est notamment fait étriller par le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom), le gouverneur de Floride payait surtout sa stratégie ultradroitière.

Effet ciseau : les plus modérés des électeurs républicains le considèrent comme trop extrémiste tandis que la base trumpiste lui reproche de s’en prendre à Trump pour se distinguer. L’argent a cessé d’arriver, privant sa campagne de carburant, passée en « mode survie » depuis des mois : il lui faut tenir jusqu’à l’Iowa et arriver deuxième afin d’incarner le point de ralliement des « Never Trump ». Pour l’idole des anti-wokistes, l’Iowa prend des allures de quitte ou double.

Nikki Haley, la « néocon » qui monte

C’était une question simple, de niveau collège, posée lors d’un meeting de format « town hall », qui donne des suées aux conseillers puisque les électeurs posent directement leurs questions aux candidats. Et les visages de ceux de Nikki Haley se décomposaient au fur et à mesure de sa réponse. La question : « Qu’est-ce qui est à l’origine de la guerre civile (la guerre de Sécession, NDLR) ? » L’ancienne gouverneure de Caroline du Sud a mobilisé beaucoup, beaucoup de mots, mais n’a jamais mentionné la raison principale : l’esclavage.

Coup d’arrêt brutal pour celle qui commençait à grimper dans les sondages, profitant de son profil différent, « une femme dont les parents sont des immigrés indiens », et voir affluer des sommes importantes d’argent (24 millions de dollars lors du dernier trimestre 2024), un signe toujours révélateur dans un pays qui a levé, depuis un arrêt de la Cour suprême en 2010, toute barrière au financement des campagnes électorales.

Et comme une faute appelle souvent une erreur, la nouvelle coqueluche de l’establishment a tenté de se défendre en invoquant les « amis noirs » qu’elle avait adolescente, et avec lesquels elle parlait du sujet. L’épisode n’a pas forcément entamé sa crédibilité auprès des électeurs républicains, symptôme d’une dérive d’un parti qui fut fondé par Abraham Lincoln et des anti-esclavagistes.

Sinon, côté politique étrangère, l’ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU, fidèle à son pedigree néoconservateur, oublie les vertus… de la diplomatie, et appelle Israël à « les finir », sans que l’on sache s’il s’agit du Hamas ou des Palestiniens, pour lesquels elle n’a jamais un mot.

Vivek Ramaswamy, la carte complotiste

Que serait une primaire républicaine, cru 2024, sans un richissime libertarien complotiste ? Le rôle est joué par Vivek Ramaswamy, fils d’immigrés indiens devenu milliardaire grâce au succès d’une société biopharmaceutique.

Son programme aurait pu être rédigé par ChatGPT avec la consigne « Écris la plateforme la plus à droite de la droite de la droite ». Ouvertement climatosceptique, opposé aux droits des personnes transgenres, favorable à l’intervention de l’armée à la frontière mexicaine, il propose également de supprimer 75 % des postes de fonctionnaires et estime que l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 est un « inside job », soit un coup monté de l’intérieur même de l’appareil étatique.

En son temps, Bob Dylan moquait ce genre de personnages dans Talkin’John Birch Paranoid Blues. Aujourd’hui, il peut dérouler sa petite musique dans les débats officiels du Parti républicain.

(1) Réunion physique au cours de laquelle les présents dûment enregistrés votent, bureau par bureau, pour élire leurs délégués qui se retrouveront ensuite au niveau du comté, où seront à leur tour désignés les délégués pour la convention de l’État↩︎

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages

Toyota et Tesla : les nouvelles cibles de l’UAW

Fort de sa victoire lors de la récente grève, le syndicat de l’automobile veut organiser les déserts syndicaux que sont les constructeurs étrangers et de véhicules électriques. (Article publié dans l’Humanité du 5 décembre 2023.)

Après avoir arraché une convention collective historique aux «Big Three » (Ford, General Motors et Stellantis qui possède Chrysler), l’UAW (United Auto Workers) se lance dans l’organisation des déserts syndicaux. C’est Shawn Fain qui l’a annoncé mercredi dernier lors d’une vidéo publiée sur Facebook : « À tous les travailleurs de l’automobile qui travaillent sans bénéficier des avantages d’un syndicat : C’est maintenant votre tour ». Au total, la campagne de syndicalisation concernera 150 000 travailleurs (soit à peu près le même nombre que travaillant dans les « Big Three ») dans treize constructeurs automobiles. Il s’agit notamment des compagnies étrangères (notamment Toyota, 2e constructeur sur le marché américain, Hyundai, Mercedes et Volkswagen), ainsi que les entreprises construisant des véhicules électriques, à commencer par Tesla, ultra-dominant sur le marché.

Depuis les années 70, les constructeurs automobiles étrangers ont choisi d’implanter leurs sites de productions dans des Etats du Sud, où les syndicats sont historiquement faibles, contrairement au Midwest, berceau de l’automobile américaine et de l’UAW (créé en 1935). Les républicains – majoritaires dans cette « ceinture de la bible » – ont adopté des lois dites « right to work » (droit de travailler) qui sapent le principe de la syndicalisation générale. Aux Etats-Unis, faute de reconnaissance volontaire par le patronat, un syndicat est créé à la faveur d’un vote majoritaire des salariés. Ensuite, 100% des salariés de l’entreprise y sont obligatoirement adhérents. Ces fameuses lois permettent à un salarié d’échapper à la syndicalisation et à la cotisation, affaiblissant la force de frappe d’organisation et de négociation des syndicats. Quant à Tesla, son propriétaire, Elon Musk, est connu pour ses positions foncièrement anti-syndicales, à l’instar des PDG de Starbucks ou Amazon, Howard Schultz et Jeff Bezos.

Selon le plan présenté par l’UAW, dès que 30 % des travailleurs d’une usine auront signé une carte syndicale, ils rendront publique leur campagne. Certains usines ont déjà atteint ce seuil, assure le syndicat. Une fois le seuil des 70% franchi, sera constitué un comité composé de salariés de toutes les équipes et de toutes les catégories d’emploi qui exigera la reconnaissance volontaire de leur syndicat par l’entreprise. Si celle-ci refuse, les travailleurs demanderont l’organisation d’une élection auprès du Conseil national des relations du travail, agence indépendante du gouvernement fédéral.

Les constructeurs étrangers ont senti le danger arriver en consentant à des augmentations de salaires, dès la victoire de l’UAW face aux Big Three : 25% sur quatre ans chez Hyundai, 11% immédiatement chez Honda et 9% chez Toyota. « Toyota n’accorde pas d’augmentations par bonté d’âme, a commenté Shawn Fain. Toyota est l’entreprise automobile la plus importante et la plus rentable au monde. Elle aurait pu tout aussi bien augmenter les salaires il y a un mois ou un an. Ils l’ont fait maintenant parce qu’ils savent que nous venons les chercher. »

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Biden sur un piquet de grève : le coup de maître de Shawn Fain

Le président du syndicat de l’automobile a amené le président à se positionner à ses côtés face aux directions des « Big Three », dans le cadre de la renégociation de la convention collective. En revanche, il a déclaré Donald Trump « persona non grata ». (Article publié dans l’Humanité du 28 septembre 2023.)

Sans chichis mais avec caméras : Joe Biden a rendu visite, mardi, à un piquet de grève devant un site de General Motors à Belleville (Michigan). Casquette de l’UAW (United auto workers, le syndicat de l’automobile) vissée sur la tête, il a saisi un mégaphone et s’est adressé aux salariés présents, prenant, pour la première fois position dans le bras-de-fer qui oppose les directions des « Big Three » (Ford, General Motors et Stellantis) à leurs 150.000 salariés. « Vous me l’avez entendu dire à maintes reprises: Wall Street n’a pas construit ce pays. C’est la classe moyenne qui a construit ce pays. Et les syndicats ont construit la classe moyenne. C’est un fait. Continuons sur notre lancée. Vous méritez ce que vous avez gagné, et vous avez gagné bien plus que ce que vous recevez aujourd’hui », a-t-il lancé.

Dans un communiqué, la Maison Blanche évoque, à raison, un moment « historique » : jamais un président en exercice ne s’était déplacé sur un piquet de grève. Cette grande première apparaît comme un coup de maître de… Shawn Fain, le président du syndicat, présent aux côtés de Joe Biden pendant sa visite. Elu en mars dernier à la tête de l’UAW sur une plateforme revendicative, cet ancien électricien a totalement chamboulé la stratégie du syndicat qui compte 400.000 membres : terminées les négociations en secret avec les directions d’entreprise et le rapport de quasi-soumission à l’establishment démocrate. En mai, insatisfaite des garanties apportées par la Maison Blanche dans le cadre de la transition vers les véhicules électriques, la nouvelle direction de l’UAW retire son soutien officiel au candidat Biden. « Notre soutien ne va pas de soi. Il faut le mériter », justifie Shawn Fain. Or, sans l’appui du syndicat, une victoire du président sortant, en novembre 2024, dans l’Etat-clé du Michigan, remporté par Trump en 2016 (avec 11.000 voix d’avance) et Biden en 2020 (avec 150.000 voix de plus), devient plus aléatoire. La renégociation de la convention collective donne l’occasion à Joe Biden de « mériter » ce puissant soutien. Pourtant, dans un premier temps, il appelle à un accord « gagnant-gagnant » et estime même qu’une grève n’aura « pas lieu », provoquant la colère de l’UAW. Le moment décisif survient lorsque Shawn Fain invite vendredi dernier Joe Biden à se rendre sur un piquet de grève. Dos au mur, celui qui se présente comme « le président le plus pro-syndicat » de l’histoire ne peut plus tergiverser.

La visite s’offre dans un timing « parfait » pour Joe Biden puisqu’elle intervient à la veille de celle de Donald Trump dans le même Etat. Mais l’ancien président ne sera pas aux côtés des ouvriers, l’UAW refusant toute initiative commune avec un candidat opposé à ses valeurs et combats. « Chaque fibre de notre syndicat est consacrée à la lutte contre la classe des milliardaires et contre une économie qui enrichit des gens comme Donald Trump aux dépens des travailleurs », a tranché, sur CNN, Shawn Fain.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Eclairages