Quand Romney mange le terrain d’Obama

Le temps d’un débat, le candidat républicain s’est recentré. Du coup, le président sortant, centriste invétéré, n’avait plus beaucoup d’espace pour lui… Et comme il a mal négocié sur la forme ce premier rendez-vous, toute la presse américaine écrit et dit : avantage Romney. Explications.

ImagePour l’immense majorité des milliers de journalistes présents à l’Université de Denver et des milliers de reporters et observateurs arrimés devant leur poste de télé, le débat présidentiel s’annonçait ennuyeux et inutile. C’est la loi du genre. Et pour deux exceptions pour lesquelles ce genre de joute a fait pencher la balance en faveur de l’un des deux prétendants (Kennedy en 1960 et Bush en 2000), combien de confrontations sans effets politiques. Il est évidemment trop tôt pour mesurer si la confrontation intellectuelle de mercredi soir entre Barack Obama et Mitt Romney rentrera dans la catégorie des grands basculements mais elle a déjà produit une surprise : Obama, disons-le comme cela, a été mauvais et Romney s’en est bien sorti. Ce jugement tient à la fois de la politique et du caractère, une élection aussi personnalisée qu’une présidentielle relevant forcément des deux.

Romney, combattif et « centriste » d’opportunité

Ses conseillers redoutaient une gaffe, dont l’ancien gouverneur du Massachusetts est un grand spécialiste. Ils n’en ont pas eu à en déplorer une seule. Mieux, Romney s’est montré à l’aise, combattif, réactif, maniant l’humour et l’ironie. Il n’a pas été pris en défaut sur les grands dossiers abordés (économie, impôts, protection sociale).

Mais la vraie « nouvelle » de la soirée tient dans la tentative de recentrage du candidat républicain. Cela prouve déjà que les recettes ultralibérales proposées depuis des mois par le ticket Romney-Ryan n’ont pas trouvé un écho suffisant dans l’opinion publique. Attaqué à d’innombrables reprises par Obama sur les baisses d’impôts pour les plus riches, Romney a rétorqué à chaque fois qu’il ne baisserait pas les impôts pour les grandes fortunes. Il a de même assuré qu’il ne remettrait pas en cause la Sécurité sociale (système de retraites) et les programmes d’assurance-maladie pour les plus de 65 ans (Medicare) et les plus pauvres (Medicaid). Il a même promis de les sauver en les réformant sans jamais donner une once de début de solution. Si l’équipe Romney a manifestement décidé de gommer les aspects les plus « ultras » du programme républicain, elle n’a pas pensé à un « plan B ». Le candidat républicain n’a donc formulé aucune proposition concrète sur les grands sujets. Il n’a tout de même pas voulu démobiliser la base républicaine et a multiplié les professions de foi contre le gouvernement et pour la responsabilité individuelle. Ce qui, en creux, dessine un programme que Romney ne parviendra certainement pas longtemps à masquer…

Obama, professoral et… « centriste » convaincu

On ne sait si ses conseillers le redoutaient (rien n’avait vraiment transpiré dans la presse) mais ils ont vu, mercredi soir, le pire d’Obama. Côté prestation pure, le président sortant est apparu irrité (ah, la technique du « split screen » par laquelle on voit les deux débatteurs, celui qui parle et celui qui réagit), parfois suffisant. Plus Romney se montrait pugnace, plus Obama s’abandonnait à son vieux défaut : un ton professoral, monotone et ennuyeux.

Sur le fond de son discours, les progressistes les plus critiques diront qu’il a débattu comme il a gouverné pendant quatre ans : il ne s’est pas battu, il n’a même pas essayé. Après 1h30 de débat, on se demande encore quelle est la vision du monde d’Obama. Sans parler de son projet : comme Romney, il n’a quasiment pas formulé de propositions concrètes. Certes, il se dit favorable à une éducation pour tous, à la promotion des énergies vertes, à des impôts payés par tous, à une régulation de la finance… Mais tout ceci ne prend vraiment relief qu’au regard des propositions « ultras » des républicains que Romney a tenté de masquer hier soir. Le discours d’Obama ne fait pas sens en lui-même, si ce n’est celui d’un centrisme mou qui n’est de toute façon plus de mise dans un climat politique de polarisation,  alors que les attentes de son électorat de 2008 (résorption des inégalités, protections collectives) sont assez « radicales ».

 

L’asymétrie républicains-démocrates

Soyons justes : à n’écouter que la rhétorique des deux candidats, on a pu entendre deux approches différentes du monde : une société de l’individualisme contre une société de protection. La différence est que personne ne doute que les républicains transformeront cela en « projet de société » alors que le doute est encore et toujours permis concernant les démocrates.

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Classé dans Actualités, Eclairages

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