Le calendrier a été bouleversé au profit d’États plus en phase avec la diversification démographique du pays mais en respectant l’équilibre entre les centristes et l’aile gauche. (Article publié dans l’Humanité du 18 août 2026).
D’une primaire à l’autre. Le Parti démocrate n’en a pas encore terminé avec le cycle de désignation de ses candidats pour les élections de mi-mandat qu’il se projette déjà dans l’organisation de la bataille suivante : celle de l’élection présidentielle de novembre 2028.
Samedi 15 août, la direction du Parti démocrate a annoncé le calendrier qui a fait l’objet de vives tensions ces dernières semaines, puisqu’il s’agissait de changer l’ordonnancement en place depuis des décennies.
Ce n’est évidemment pas une simple affaire administrative : les premiers scrutins donnent le ton, même si les États dans lesquels ils se déroulent ne sont pas à l’image du pays. Et c’est justement au nom de la représentativité que l’Iowa et le New Hampshire, deux États où les Blancs sont ultra-majoritaires, perdent leurs premières places.
Le premier avait le privilège d’ouvrir le bal depuis 1972 sous forme de « caucus » (forme particulière qui mêle vote et délibération) tandis que le second organisait la première véritable « primaire » (tous les électeurs votent directement) depuis 1920.
Ils sont remplacés respectivement par la Caroline du Sud et le Nevada, jugés plus en phase avec l’évolution démographique du pays. Ce nouveau duo est le fruit d’un compromis entre les centristes de la coalition démocrate et son aile gauche. En Caroline du Sud, le vote africain-américain est déterminant.
Un calendrier mais pas encore de candidats déclarés
En 2020, les Noirs ont compté pour plus de la moitié des électeurs qui ont donné une large victoire à Joe Biden, remettant en selle l’ancien vice-président de Barack Obama. Au niveau national, le site FiveThirtyEight estime que les Africains-Américains constituent « environ un cinquième » de l’électorat démocrate. Ils optent généralement pour le candidat de l’establishment.
Dans le Nevada, c’est l’électorat latino qui domine. Autre particularité : le poids du puissant syndicat Culinary Workers Union (60 000 membres travaillant dans l’hôtellerie, la restauration et les casinos à Las Vegas et dans tout l’État). En 2020, Bernie Sanders y avait remporté une éclatante victoire avec 40 % des voix grâce à cette base.
Les deux premiers votes interviendront les 22 janvier et 1er février 2028. Le New Hampshire (8 février), le Nouveau-Mexique (15), le Michigan (22) et la Virginie (29) compléteront l’ouverture de la saison des primaires avant le « super-Tuesday » organisé le premier mardi de mars dans une douzaine d’États.
Côté candidats, personne ne s’est encore officiellement déclaré mais les déplacements indiquent des ambitions. Ainsi, Pete Buttigieg, déjà candidat en 2020, participera à un meeting en Caroline du Sud le week-end prochain. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie dont la candidature relève du secret de polichinelle, a fait campagne le 9 août avec Abdul El-Sayed, le candidat démocrate de gauche pour le siège de sénateur dans le Michigan.
L’issue de ce scrutin dans ce « swing state » pourrait déterminer la suite et, en cas de victoire d’El-Sayed, éventuellement convaincre Alexandria Ocasio-Cortez, qui a soutenu le candidat dès le début de sa campagne, de se lancer dans l’arène présidentielle.