Archives mensuelles : août 2026

L’emprise contrariée de Donald Trump sur le GOP

L’onction du milliardaire fonctionne moins comme un sésame lors de ce cycle des primaires, même si la base MAGA lui demeure fidèle. Une défaite lors des midterms en ferait un président sans leviers. (Article publié dans l’Humanité du 25 août 2026.)

Darline Graham l’avoue : elle n’est pas plus informée que cela sur les enjeux de sécurité nationale en ce qui concerne Taïwan et la mer de Chine. Ce ne serait pas embarrassant si elle n’était qu’une électrice lambda de Caroline du Sud. Or, elle aspire à occuper le siège de sénatrice de l’État.

La chambre haute du Congrès dispose de pouvoirs très étendus en matière de politique étrangère, de la confirmation de nominations clés à la ratification des traités. La candidate républicaine devrait le savoir puisque son frère, Lindsay, a occupé cette fonction de 2003 au 11 juillet dernier, jour de son décès.

Sa gaffe, intervenue en plein milieu d’un débat avec ses concurrents, a encore affaibli sa position : lors du premier tour, le 11 août, elle n’a recueilli que 33 % des suffrages, l’électorat républicain très conservateur de cet État du Sud profond ne semblant pas emballé par le népotisme ambiant.

La candidate a reçu un soutien de poids : Donald Trump lui-même. Le président s’est même déplacé vendredi 21 août à Myrtle Beach pour tenir un meeting. L’issue de cette primaire aura pourtant peu d’impact sur l’élection de novembre : la Caroline du Sud est un bastion républicain. Pourquoi Donald Trump a-t-il pris de son temps qu’on imagine précieux, entre une guerre pas terminée avec l’Iran et un conflit commercial entamé avec le voisin canadien ? Par fidélité à Lindsay Graham, un faucon anti-Trump devenu un zélote ?

« S’il vous plaît, faites comme si j’étais sur le bulletin »

Fidèle à sa transparence égotiste, l’hôte de la Maison-Blanche a rapidement éventé la raison unique de son déplacement : ce vote constitue un référendum sur lui-même. « S’il vous plaît, faites comme si j’étais sur le bulletin », a-t-il imploré. Une défaite de Darline Graham ce mardi 25 août lors du second tour de la primaire serait d’abord et avant tout un échec pour Donald Trump. Un de plus. La saison des primaires s’est en effet avérée plus compliquée que prévu pour celui qui se voit en « faiseur de rois » au sein du Parti républicain.

En Iowa, en Géorgie et en Caroline du Sud – trois États qu’il a remportés lors de l’élection présidentielle de 2024 –, les candidats qu’il soutenait ont échoué dans les scrutins pour le poste de gouverneur. Dans l’Illinois, le Minnesota, le Tennessee ou la Caroline du Sud, l’adoubement présidentiel n’a pas suffi pour d’autres ultra-trumpistes. Exemple le plus frappant : dans le Wyoming, État rural des grandes plaines et place forte inexpugnable du GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain), Megan Degenfelder a mordu la poussière face à Eric Barlow, au ton plus apaisé.

Même en Floride, désormais son État de résidence, Donald Trump semble avoir perdu la main. Il a apporté son onction au député Cory Mills, notamment visé par une ordonnance de protection à son encontre obtenue par une femme. Après la défaite de ce dernier, le président a assuré qu’il lui avait conseillé en privé de se retirer…

« Tu gagnes, c’est grâce à moi. Tu perds, c’est ta faute. » Mais ce qui représentait un sésame depuis 2016 n’est plus infaillible. Dès avril, Larry J. Sabato, l’un des meilleurs spécialistes des rapports de force électoraux du pays, soulignait le problème montant : « Les républicains ont besoin que leur situation s’améliore. Pour l’instant, Trump ne les aide pas. »

L’impact électoral de la guerre commerciale avec le Canada

Quelques mois plus tard, la situation ne s’est toujours pas améliorée : les démocrates sont donnés vainqueurs à la Chambre des représentants mais aussi au Sénat et la cote de popularité de Donald Trump, au plus bas, semble les envoyer par le fond. Son socle « MAGA » (Make America Great Again) demeure solide, mais une frange de son électorat de 2024, particulièrement des jeunes et des latinos, s’est évaporée, selon les sondages. Donald Trump a néanmoins plus décroché dans l’opinion publique que dans l’électorat républicain.

Kyle Kondik, autre analyste réputé, souligne que même si Donald Trump dispose de moins de « muscle » qu’auparavant, il en conserve suffisamment pour garder un rôle central. Cela changera si le Congrès bascule. Le 47e président des États-Unis sera alors un « canard boiteux », selon l’expression consacrée, un chef sans avenir, puisque ne pouvant pas se représenter, et sans pouvoir, faute de majorité législative. Le scénario cauchemar pour un Donald Trump qui ne se voit qu’en deus ex machina.

Mais aussi une perspective qu’il contribue à ouvrir par ses politiques. Ainsi, comme le souligne le sondeur Adam Carlson, la guerre commerciale lancée avec le Canada aura un « impact démesuré » sur trois États – Michigan, Ohio et Maine – qui sont aussi les principaux terrains d’affrontement entre républicains et démocrates pour le contrôle du Sénat.

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Le parti démocrate s’organise déjà pour la présidentielle 2028

Le calendrier a été bouleversé au profit d’États plus en phase avec la diversification démographique du pays mais en respectant l’équilibre entre les centristes et l’aile gauche. (Article publié dans l’Humanité du 18 août 2026).

D’une primaire à l’autre. Le Parti démocrate n’en a pas encore terminé avec le cycle de désignation de ses candidats pour les élections de mi-mandat qu’il se projette déjà dans l’organisation de la bataille suivante : celle de l’élection présidentielle de novembre 2028.

Samedi 15 août, la direction du Parti démocrate a annoncé le calendrier qui a fait l’objet de vives tensions ces dernières semaines, puisqu’il s’agissait de changer l’ordonnancement en place depuis des décennies.

Ce n’est évidemment pas une simple affaire administrative : les premiers scrutins donnent le ton, même si les États dans lesquels ils se déroulent ne sont pas à l’image du pays. Et c’est justement au nom de la représentativité que l’Iowa et le New Hampshire, deux États où les Blancs sont ultra-majoritaires, perdent leurs premières places.

Le premier avait le privilège d’ouvrir le bal depuis 1972 sous forme de « caucus » (forme particulière qui mêle vote et délibération) tandis que le second organisait la première véritable « primaire » (tous les électeurs votent directement) depuis 1920.

Ils sont remplacés respectivement par la Caroline du Sud et le Nevada, jugés plus en phase avec l’évolution démographique du pays. Ce nouveau duo est le fruit d’un compromis entre les centristes de la coalition démocrate et son aile gauche. En Caroline du Sud, le vote africain-américain est déterminant.

Un calendrier mais pas encore de candidats déclarés

En 2020, les Noirs ont compté pour plus de la moitié des électeurs qui ont donné une large victoire à Joe Biden, remettant en selle l’ancien vice-président de Barack Obama. Au niveau national, le site FiveThirtyEight estime que les Africains-Américains constituent « environ un cinquième » de l’électorat démocrate. Ils optent généralement pour le candidat de l’establishment.

Dans le Nevada, c’est l’électorat latino qui domine. Autre particularité : le poids du puissant syndicat Culinary Workers Union (60 000 membres travaillant dans l’hôtellerie, la restauration et les casinos à Las Vegas et dans tout l’État). En 2020, Bernie Sanders y avait remporté une éclatante victoire avec 40 % des voix grâce à cette base.

Les deux premiers votes interviendront les 22 janvier et 1er février 2028. Le New Hampshire (8 février), le Nouveau-Mexique (15), le Michigan (22) et la Virginie (29) compléteront l’ouverture de la saison des primaires avant le « super-Tuesday » organisé le premier mardi de mars dans une douzaine d’États.

Côté candidats, personne ne s’est encore officiellement déclaré mais les déplacements indiquent des ambitions. Ainsi, Pete Buttigieg, déjà candidat en 2020, participera à un meeting en Caroline du Sud le week-end prochain. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie dont la candidature relève du secret de polichinelle, a fait campagne le 9 août avec Abdul El-Sayed, le candidat démocrate de gauche pour le siège de sénateur dans le Michigan.

L’issue de ce scrutin dans ce « swing state » pourrait déterminer la suite et, en cas de victoire d’El-Sayed, éventuellement convaincre Alexandria Ocasio-Cortez, qui a soutenu le candidat dès le début de sa campagne, de se lancer dans l’arène présidentielle.

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Dans le Wisconsin, les leçons d’un coup d’arrêt pour la gauche US

Francesca Hong, la candidate socialiste pourtant favorite, s’est fait coiffée sur le fil par son concurrent soutenu par l’establishment. (Article publié dans l’Humanité du 13 août 2026).

La gauche états-unienne n’a pas réussi à réitérer son exploit du Michigan. Dans le Wisconsin, autre État pivot (swing state) du Midwest, Francesca Hong, la candidate qui se revendique du socialisme démocratique, a échoué, à quelques milliers de voix de la nomination démocrate pour le siège de gouverneur. Alors qu’elle était donnée largement en tête dans les sondages, la dernière ligne droite lui a été fatale : avec 39,4 % des voix, elle est devancée par David Crowley, le candidat centriste.

Après la victoire d’Abdul El Sayed le mardi 4 août dans le Michigan, toute l’attention médiatique s’est focalisée sur ce scrutin, l’establishment démocrate ouvrant un feu roulant contre la candidate de gauche, élue à l’Assemblée de l’État depuis 2020. Certaines de ses remarques ont été exhumées et ont nourri des boucles médiatiques. Ici, un propos sur la « blanchitude ». Là, une remarque ironique sur Thanksgiving, une fête nationale décrite comme un héritage colonial. Le « bruit » médiatique a obligé Francesca Hong à s’expliquer – et, en l’occurrence, se rétracter – sur ses sorties récentes, faisant passer au second plan la plateforme classique de la gauche en 2026 : système de santé universel (Medicare for all) et de garde d’enfant publique, engagement à ne pas accepter l’argent des entreprises, dénonciation du génocide à Gaza.

Sans le soutien de Sanders ni AOC

L’ancienne cheffe de cuisine, propriétaire de son propre resto jusqu’en 2023, incarnant, à 37 ans, une nouvelle génération en politique est devenue « celle qui est trop extrémiste » pour l’emporter dans le plus incertain des swing states (30 000 voix d’avance pour Donald Trump en 2024, 20 000 pour Joe Biden en 2020). L’establishment a donc réussi son coup.

Pour autant, les leaders de la gauche n’ont pas perdu de capital politique dans cette élection, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) n’ayant pas apporté de soutien à Francesca Hong. Officiellement, pour se concentrer sur les élections au Congrès. Sans doute, aussi et surtout, pour éviter de prendre une « balle perdue » d’une défaite liée à une candidature jugée trop fragile. Le destin aurait-il pu basculer avec le poids de ces deux figures de la gauche états-unienne ?

Cette défaite met en relief un problème récurrent de la gauche : son incapacité à convaincre les électeurs africains-américains. Bernie Sanders avait rencontré ce problème lors de ses deux campagnes présidentielles. Abdul El Sayed a amélioré ses positions à Detroit, mais y a néanmoins été devancé par Haley Stevens. Dans le Wisconsin, Francesca Hong a réalisé ses meilleurs scores à Madison, la plus grande ville universitaire de l’État, ainsi que dans les zones rurales, mais David Crowley, lui-même africain-américain, a bâti son succès à Milwaukee, la capitale économique.

Dans le Minnesota voisin, en revanche, Peggy Flanagan, adoubée par Bernie Sanders et AOC, l’a largement emporté (59 %-39 %) face à la candidate de l’establishment pour un siège de sénateur détenu par les démocrates. Dans cet État où la mobilisation citoyenne a bouté l’ICE hors de Minneapolis, elle fait désormais figure de favorite pour entrer au Sénat, la plus puissante des deux chambres.

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Dans le Michigan, la gauche amplifie sa dynamique

Dernier épisode en date de la révolte de la base démocrate contre une direction discréditée, Abdul El-Sayed, soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, a remporté la primaire dans le dixième Etat le plus peuplé du pays. Il affrontera en novembre un républicain pour un siège au Sénat des Etats-Unis. (Article publié dans l’Humanité du 6 août 2026.)

Un « tremblement de terre » pour les uns, une « révolte », pour les autres. La victoire, mardi 4 août, d’Abdul El-Sayed confirme non seulement que la gauche a le vent en poupe dans ce cycle des primaires en vue des élections de mi-mandat de novembre, mais elle lui donne une dimension supplémentaire, indiscutablement nationale. Jusqu’ici, les candidats, socialistes proclamés ou populistes assumés, avaient battu, de New York à Denver en passant par Philadelphie, les représentants de l’establishment – sortants ou pas – dans des circonscriptions très « bleues » (la couleur du parti démocrate).

Avec le succès d’Abdul El-Sayed face à la députée sortante Haley Stevens, aucun observateur ne peut nier la force de la dynamique de gauche. Il intervient pour un siège de sénateur à l’échelle d’un État, le Michigan, le dixième le plus peuplé du pays, central dans n’importe quelle victoire présidentielle (Obama 2008 et 2012, Trump 2016, Biden 2020 et Trump 2024) et ne peut donc pas s’expliquer par la mobilisation d’une « niche » sociologique d’ultra-militants.

Le candidat soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez l’a certes emporté dans des villes universitaires comme Ann Arbor et Grand Rapids, ou à Dearborn, la « capitale arabe » des États-Unis, mais également dans des zones plus rurales.

Si l’attention médiatique s’est focalisée sur son positionnement sur Israël, elle a sans doute raté l’adhésion à son programme dans de vastes franges de l’électorat. La proposition du « Medicare for All », un système d’assurance santé universelle formulée par Bernie Sanders lors de sa première campagne présidentielle en 2016 est l’une des plus populaires dans le pays.

Abdul El-Sayed en parlait avec d’autant plus de passion que son parcours personnel épouse ce combat : natif du Michigan, formé dans la prestigieuse université de Columbia (New York), cet épidémiologiste a choisi le service public en devenant, entre 2015 et 2017, responsable du département de santé publique du comté englobant Detroit, la capitale historique de l’automobile et principale ville de l’État. La suppression de la police migratoire (ICE), l’augmentation de la taxation des plus riches et la fin du financement privé des campagnes complètent son corpus programmatique.

Sur ce dernier point, sa victoire – certes sur le fil (48,5 % contre 47,5 %) – résonne comme une leçon de choses. D’après le décompte final du New York Times, une poignée de groupes de pression ont dépensé pour la candidate de l’establishment, Haley Stevens, la bagatelle de 62 millions de dollars1. Le lobby pro-Israël, Aipac (American Israel Public Affairs Committee), à lui seul, a injecté 32 millions de dollars, un record pour 2026.

Malgré un budget de campagne dix fois supérieur, Haley Stevens a néanmoins perdu, signe que l’argent ne fait pas toujours le bonheur de ceux qui le dépensent sans compter dans les campagnes électorales. « Big money » n’a pas servi de digue à la vague montante de gauche.

Deux autres scrutins ont confirmé la réalité de cette dernière. Dans la 7e circonscription du Michigan, le candidat progressiste William Lawrence a devancé Bridget Brink, ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine tandis que dans la 13e, Donovan Mc Kinney, soutenu par Bernie Sanders, a battu le député sortant Shri Thanedar.

À chaque fois, l’argument préféré de l’establishment à savoir la capacité des candidats soutenus à se faire élire en novembre prochain face aux républicains, a volé en éclats.

Dans un post sur X, Dan Pfeiffer, l’ancien conseiller de Barack Obama, livre un élément d’explication : « Si l’on écoute les groupes de discussion ou les entretiens menés auprès des électeurs du Michigan, on constate qu’ils tiennent vraiment à ce que leur candidat l’emporte. Ils veulent choisir un gagnant ; mais ils ne font tout simplement pas confiance aux responsables politiques démocrates pour leur dire qui a réellement ses chances de l’emporter. C’est une réaction tout à fait compréhensible, après 2024, quand tous les dirigeants démocrates avaient soutenu Biden alors qu’il n’aurait clairement pas dû se présenter. »

La défiance est telle face à la direction du parti démocrate, jugée amorphe face à la déferlante des politiques trumpistes, qu’elle nourrit de facto toute candidature « insurgée ».

David Sirota, l’ancienne plume de Bernie Sanders, nous en livrait la clé lors d’un entretien l’an dernier : « Nous vivons un moment où, pour la première fois depuis très longtemps, les sondages nous disent que la base électorale du Parti démocrate est profondément mécontente de la direction du parti. Nous devons comprendre à quel point cette situation est unique, du moins au cours des cinquante dernières années. Il faut remonter aux années 1960, au mouvement pour les droits civiques puis aux mobilisations contre la guerre du Vietnam pour retrouver un tel état de fait. La base du parti a toujours fait preuve d’une grande déférence à l’égard de la direction. » Plus maintenant. C’est donc l’heure des révoltes et des tremblements de terre.

(1) Un dollar équivaut à 0,87 euro

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