« No Kings », une manif pour préparer un vote sanction contre Trump

A Scranton, comme dans l’ensemble du pays, la quatrième édition des rassemblements visait à transformer « le pouvoir du peuple en pouvoir électoral ». (Article publié dans l’Humanité du 19 octobre 2026).

Scranton (Etats-Unis), envoyé spécial.

Des pancartes et des bulletins. Pour sa quatrième édition, les manifestations dites « No Kings » (Pas de rois) ont étoffé leur panoplie. En juin et octobre 2025 puis mars 2026, des millions d’Américains se sont mobilisés dans les rues de centaines de villes du pays pour, comme le rappellent les organisateurs, « rejeter l’idée selon laquelle le pouvoir appartient aux rois, aux milliardaires ou aux politiciens qui se croient au-dessus du peuple et de la loi ». Cette fois-ci, à dix-sept jours des élections de mi-mandat, ils proposaient « de franchir une étape en transformant le pouvoir du peuple en pouvoir électoral ».

Le 17 octobre n’était donc pas jour de simple manifestation, mais une journée de participation électorale voulue comme non partisane. L’intitulé ne trompait personne : chacun avait bien compris qu’il ne s’agissait pas seulement de voter, mais de le faire pour battre Donald Trump et les républicains au Congrès.

Le sort de la Chambre des représentants, où les Républicains disposent d’une très courte majorité, se joue notamment dans la 8e circonscription de Pennsylvanie, traditionnel « swing state » (Etat pivot) et cinquième Etat le plus peuplé du pays. Scranton (75.000 habitants), la ville centre, est surtout connue pour la mythique série « The Office » qui y prend place et pour Joe Biden qui y est né (en 1942). C’est d’ailleurs près d’une avenue qui porte désormais son nom, le long de la place où trône le tribunal du comté de Lackawanna, que les manifestants s’étaient donné rendez-vous.

Comme à l’accoutumée, il y avait foison de pancartes : « Envoyez les enfants de Trump pour combattre en Iran », « Les salariés plutôt que les milliardaires » ou encore « Abolissez ICE, maintenant ». Plus original, un homme déguisé en diable de pied en cape avec sur un bout de carton explicatif : « Il fait mon boulot ».

Côté bulletins, il fallait se rendre sous la petite tente dressée par l’organisation Action Together, où Jessica, la directrice de la communication, invitait chacun à renseigner ses coordonnées afin d’être informés en long et en large sur les procédures électorales. « Désolé, je n’ai pas de chèque à vous donner, il y a eu un malentendu », plaisante-t-elle, en référence aux 5000 dollars promis par Donald Trump à chaque habitant en cas de victoire des républicains.

Sous un vent glacial qui a surpris la région après une ambiance d’octobre printanière, une file se forme pour remplir son devoir. Beaucoup sont des habitués des mobilisations « No Kings », des électeurs démocrates de plus de 50 ans. « Voter est plus efficace que de se plaindre », affirme Jim qui a enfilé un bonnet bleu de la même couleur que son vote. « J’aime mon pays et je ne suis pas payé pour être là, contrairement à ce que dit Trump », revendique Phil, un docteur à la retraite, ancien officier dans l’armée.

Autumn, jeune femme aux cheveux couleur d’automne justement, est aussi là pour transmettre à chaque manifestant un papier avec ses droits en cas d’une intervention de l’ICE, la police de l’immigration, avec un QR code pour effectuer une donation à une ONG prenant en charge la défense des migrants.

De l’autre côté de la place, le comité local du parti démocrate a lui aussi sorti sa tente, ses formulaires à remplir et des pins à vendre. « Cela nous permet de financer nos nouveaux locaux et de proposer aux gens d’être volontaires pour une campagne qui s’annonce serrée », indique sa responsable. Le sortant républicain, Rob Bresnahan, se trouve en difficulté, coincé entre la hausse généralisée des prix et des possibles délits d’initiés.

En 2025, son nom a émergé parmi ceux des députés qui avaient le plus gagné en Bourse, un an à peine après avoir fait campagne en opposition à cette pratique. Au New York Times, il a affirmé qu’il s’était avéré trop compliqué de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard et que ses courtiers prenaient des décisions indépendamment, sans le consulter.

Son opposante est la maire démocrate de Scranton, Paige Cognetti, qui pilonne sans cesse son adversaire sur ses deux sujets, mais dans un environnement qui ne lui est pas intrinsèquement favorable : Donald Trump est arrivé en tête dans cette circonscription lors de ses trois candidatures présidentielles alors que Barack Obama l’avait emporté à deux reprises.

« Scranton est très démocrate mais dans la partie la plus rurale, ils sont vraiment très MAGA », décrypte la militante démocrate. Autant faire le plein dans des zones de force. Au micro, Shawn, organizer pour « Action Together », annonce qu’un porte-à-porte sera organisé dès la fin du rassemblement. Dwayne, autre militant, rappelle la règle : « Votez en avance ou votez par correspondance, le jour du vote vous serez ainsi disponibles le mardi 3 novembre pour accompagner des gens à leur bureau de vote. »

Le vote anticipé a en effet commencé dans de nombreux Etats, dont la Pennsylvanie qui ne compte pas moins de quatre circonscriptions pouvant basculer des républicains aux démocrates. Nationalement, les données les plus récentes font état de plus de 8,5 millions de votes déjà exprimés soit une augmentation par rapport aux élections de mi-mandat de 2022.

Près de la moitié d’entre eux sont des démocrates enregistrés comme tels qui, traditionnellement, votent avant le Jour J. Cependant, selon CNN, la mobilisation des premiers jours en Caroline du Nord et dans l’Iowa, où se jouent deux scrutins pour le Sénat, montrent une avance marquée des démocrates par rapport à 2024 et surtout une sous-mobilisation des électeurs républicains.

En Géorgie et dans l’Ohio, des records de participation ont été enregistrés. Si les sondages donnent une avance confortable aux démocrates pour la chambre des représentants, certains observateurs pointent une possible sous-représentation des républicains dans les échantillons. Cependant, les mêmes enquêtes mettent en évidence l’impopularité de Donald Trump et l’insatisfaction devant ses politiques économiques et diplomatiques.
À travers 3000 événements programmés dans l’ensemble des Etats-Unis conçus comme autant de leviers de participation, « No Kings » a constitué une étape dans la consolidation d’un vote sanction contre Donald Trump.

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