Le dernier scrutin de Donald Trump: vers un vote sanction

A deux ans de la fin de son mandat, le très impopulaire président affronte le verdict des urnes à l’occasion des élections de mi-mandat. Tous les indicateurs pointent vers une vague bleue. (Article publié dans l’Humanité du 3 novembre 2026.)

Une vague bleue va-t-elle déferler sur les États-Unis, portant les démocrates à la tête des deux chambres du Congrès ? Un tsunami va-t-il engloutir le trumpisme ? Ou une vaguelette à peine éclabousser le locataire de la Maison-Blanche, qui affronte son dernier scrutin ?

C’est jour de vote aux États-Unis pour les élections de mi-mandat et l’issue semble plus être une question de degré que de nature. Les républicains au pouvoir vont certainement subir une défaite, son ampleur constituant la seule incertitude.

Loi d’airain politique depuis 1945, le parti au pouvoir subit une sanction à mi-course d’un mandat présidentiel, conséquence d’une surmobilisation de l’électorat de l’opposition et d’une sous-mobilisation de son propre camp. Deux présidents (Bill Clinton en 1998 et George W. Bush, en 2002) y ont échappé.

Elle s’apparente parfois à une « raclée » (selon la formule même de Barack Obama), comme en 2010, avec 63 sièges perdus à la Chambre des représentants, parfois à une divine surprise quand les démocrates limitent la casse, comme en 2022, pendant le premier et finalement unique mandat de Joe Biden. En général, le recul est sévère. Donald Trump en a fait l’expérience en 2018 avec la perte de 41 sièges à la Chambre.

Huit ans plus tard, il a avancé dans cette campagne incomparablement plus lesté. « Le chiffre le plus important lors d’une élection de mi-mandat, c’est le taux d’approbation du président. Or, il est très bas », nous indique Antoine Yoshinaka, professeur de science politique à l’université de l’État de New York, à Buffalo. Donald Trump est le président le plus impopulaire à ce stade d’un mandat, creusant, à chaque sondage, un peu plus le fond, sous l’eau des 40 % d’opinions favorables. Le champion autoproclamé de l’America First et de la fin des « guerres sans fin » a déclenché, en compagnie de Benyamin Netanyahou, une guerre avec l’Iran qui n’en finit justement pas et qui, entre autres méfaits, attise l’inflation. Le contempteur de Joe Biden traîne désormais lui aussi le boulet du coût de la vie, que les salaires ne suivent pas.

En termes de vote populaire, les aiguilles des sondages oscillent entre 8 et 11 points d’avance pour les démocrates, un niveau préélectoral jamais vu. En 2018, le résultat final s’était établi à + 8,5 %. Un tel étiage équivaudrait à une bascule certaine de la Chambre des représentants, pas forcément du Sénat.

Commençons par la Chambre basse. Dans un pays polarisé, le nombre de circonscriptions réellement disputées se limite à quelques dizaines (sur 435). Donald Trump le sait et a lancé, dès l’été 2025, une offensive de charcutage électoral (gerrymandering) afin de gagner sur le tapis vert quelques sièges dans les États républicains, Texas en tête. Les démocrates ont riposté, en Californie notamment. Le solde ? « Cela ne permettra sans doute pas de sauver leur très courte majorité, mais limitera peut-être l’ampleur d’une victoire démocrate », selon Olivier Richomme, professeur à l’université Lumière-Lyon-II, dans l’Humanité du 13 octobre 2026.

Et l’universitaire de prévenir : « Redessiner la carte électorale en se fondant sur les résultats de 2024 pourrait être contre-productif, et les républicains pourraient perdre plus de sièges que s’ils n’avaient rien fait. Finalement, sur le papier, les républicains ont, en théorie, neuf sièges de plus qui leur sont favorables. Mais il n’est pas dit qu’au Texas et en Floride, ce pari s’avère payant. Le redécoupage électoral est en fait un jeu à somme nulle. Des élus républicains sont désormais exposés à cette vague bleue ». L’hypothèse d’un « charcutage idiot » (dummymandering), qui se retourne contre ses concepteurs, guette.

Passons à la Chambre haute. La configuration est différente pour au moins deux raisons. D’abord, le Sénat, inégalitaire dans sa composition (deux sénateurs par État, quelle que soit la population), représente un terrain favorable pour le Parti républicain, ultradominant dans les territoires ruraux. Ensuite, la partie renouvelable en 2026 met majoritairement en jeu des États que Donald Trump a gagnés par plus de dix points en 2024. Il faudrait donc un mouvement électoral de grande ampleur pour faire basculer le Texas, l’Ohio, l’Iowa, l’Alaska ou encore le Kansas et permettre aux démocrates de gagner quatre d’entre eux, afin de s’assurer une majorité.

Les derniers sondages sont concordants : il est en cours. Les déplacements de Donald Trump disent la même chose : il tient des meetings où le Grand Old Party (surnom du Parti républicain) n’a pas eu à mener campagne pour l’emporter depuis des décennies. « Faites comme si j’étais sur le bulletin », lance-t-il régulièrement à des foules filmées en plans serrés par les équipes de campagne, afin de donner l’illusion de la mobilisation.

Il n’est pas impossible que ce « référendum » sur Donald Trump produise ses effets chez des électeurs Maga (« Make America Great Again ») déçus. Mais, de la même manière, l’argument du plébiscite d’un président honni par une majorité de l’opinion publique ne peut que galvaniser l’électorat démocrate et l’aider à dépasser sa colère rentrée face à la façon dont les dirigeants ont géré la présidence Biden, la campagne de Kamala Harris et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. « Personne n’a la capacité de mobiliser les électeurs républicains comme Donald Trump. Personne non plus n’a la capacité de mobiliser ses adversaires comme Donald Trump », résume Antoine Yoshinaka.

Cette stratégie vise surtout à défendre le Sénat comme une ultime forteresse. Avec un déferlement inédit de « clips » politiques agressifs et négatifs dans les États clés, le parti Il y a enfin l’éternelle épée de Damoclès qui pèse sur ce scrutin : Donald Trump acceptera-t-il le verdict des urnes ? Oui, si les élections « sont honnêtes », a-t-il annoncé, comme il l’avait fait en 2020. On connaît la suite et l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021… Le ministère de la Justice a déjà pris les devants en Alaska en refusant de manière préemptive de certifier les résultats d’un scrutin où deux candidats républicains homonymes – Dan Sullivan – pourraient permettre à la démocrate Mary Peltola d’emporter un siège en terre républicaine, celle-ci étant soupçonnée d’avoir organisé la candidature du second Sullivan.présidentiel tente de réveiller l’instinct anti-Parti démocrate, décrit comme « radical » ou « otage des socialistes et de Bernie Sanders », d’une frange de ses électeurs habituellement indéfectibles. « Aller chercher 1 ou 2 % de participation en plus dans une élection où traditionnellement la moitié des électeurs ne votent pas – soit 120 millions de personnes – cela peut faire la différence sachant que certains États vont peut-être se jouer à quelques milliers de voix », ajoute l’universitaire.

C’est le scénario improbable : que les républicains réussissent à former une digue à coups de millions de dollars que nécessitent ces programmations TV et radios. Ils disposent d’un avantage considérable en la matière, grâce notamment à la contribution massive de milliardaires, à commencer par le premier d’entre eux. Depuis le début de l’année, Elon Musk a injecté 445 millions de dollars dans une campagne dont le coût total donne le vertige : plus de 11 milliards de dollars. Si les républicains sortaient de la nasse grâce aux billets verts, cela offrirait un exemple parfait de ce que dénonce, meeting après meeting, Bernie Sanders : l’oligarchie.

À la veille de l’ouverture des bureaux de vote, les associations redoutaient également des raids intempestifs de l’ICE, la police de l’immigration, dans les quartiers à forte proportion d’électeurs hispaniques, en partie tentés par Donald Trump en 2024 et majoritairement furieux contre ses politiques deux ans après.

Une répudiation du trumpisme ne réglerait pas pour autant le problème politique fondamental des démocrates : quelles lois mettre aux voix pour ne plus apparaître comme le deuxième objet le plus impopulaire du pays après Donald Trump ? Un avant-goût du « drama » politique à venir entre l’establishment démocrate et la gauche se joue aussi aujourd’hui dans les urnes. En Californie, précisément, où une taxe sur les milliardaires que les démocrates modérés, le gouverneur Gavin Newsom en tête, conseillent aux électeurs de ne pas adopter, et l’aile gauche de plébisciter.

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