Archives mensuelles : novembre 2026

Une nouvelle génération de gauche au Congrès

Jeunes, militants, racisés : cette élection de mi-mandat marque l’émergence d’élus qui vont renforcer le bloc progressiste. (Article publié dans l’Humanité du 05 novembre 2026.)

Le Congrès des Etats-Unis va voir arriver un « bloc » progressiste comme il en a peu connu dans son histoire. A la chambre comme au Sénat, une cohorte de jeunes militants de terrain et de longue date vont bousculer les habitudes modérées de l’establishment démocrate.

Darializa Avila Chevalier

Il y avait AOC (Alexandria Ocasio-Cortez), députée socialiste de New York. On parlera sans doute bientôt de DAC. À 32 ans, cette membre du DSA (Democratic Socialists of America) vient, elle aussi, d’être élue députée dans la plus grande ville du pays, où elle était arrivée, depuis sa Floride natale, pour suivre ses études à l’université Columbia.

Elle y décroche d’abord une licence en études du Moyen-Orient puis devient doctorante en sociologie à l’université de la ville de New York. Ses recherches portent sur « les conséquences du système pénal américain et de l’expulsion sur les immigrés noirs originaires d’Amérique latine ».

De cette matière « académique », elle en fait aussi son carburant politique. Elle s’investit sur le campus en faveur du droit des Palestiniens. Et se prononce contre le principe même de prison et de frontières.

En début d’année, Zohran Mamdani, qui a décidé d’investir de son capital politique pour les législatives afin de fortifier sa coalition, lui apporte son soutien officiel pour la primaire démocrate.

Le pari est le plus risqué de tous ses « endorsement » (soutient en français). Le sortant, Adriano Espaillat, bien ancré dans cette 13e circonscription, est également le président du « caucus » (comité) hispanique à la Chambre des représentants. Darializa Avila Chevalier le devance de quatre points. Suffisant pour lui ouvrir les portes de la Chambre des représentants : l’élection de ce mardi 3 novembre ne constituait qu’une formalité dans un bastion démocrate.

« Elle sera sans doute l’élue la plus à gauche de tout le Congrès », nous glisse, amusé, un journaliste local. Elle a déjà prouvé sa liberté de parole en affichant publiquement un désaccord avec Zohran Mamdani, l’appelant à licencier la cheffe de la police de New York, Jessica Tisch, un choix auquel se refuse le maire socialiste.

Claire Valdez

On reste dans la « Big Apple ». Claire Valdez va compléter le trio de femmes socialistes élues à la Chambre des représentants. Née la même année qu’AOC (1989) mais pas au même endroit : le Bronx pour la première, Lubbock au Texas, pour la seconde.

Claire Valdez arrive à New York à l’âge de 24 ans pour y mener une carrière artistique. Elle a d’abord étudié à l’Art Institute de Chicago, tout en multipliant les petits boulots pour financer ses études. Comme DAC, elle atterrit dans la prestigieuse université de Columbia, où elle est vite rattrapée par l’engagement.

Syndical, d’abord : elle devient membre de la section locale 2110 du syndicat de l’automobile United Auto Workers qui accueille les syndiqués des universités. Politique ensuite : en 2019, elle rejoint le DSA où elle occupe le poste de coordinatrice des nouveaux membres.

En 2020, elle participe à la campagne de réélection de Julia Salazar, première socialiste élue à l’Assemblée de l’État de New York.

En 2024, c’est à son tour d’être élue représentante du quartier de Ridgewood, dans le Queens, dans lequel elle a posé ses valises à son arrivée à New York. En début d’année, elle se lance dans la course législative pour le siège laissé vacant par Nydia Velazquez, icône progressiste locale. En mai, elle devient la première candidate à signer une convention collective avec son équipe de campagne constituée en syndicat. À Washington, elle sera l’une des plus fortes voix en faveur de la syndicalisation.

Melat Kiros

Une brillante carrière d’avocate lui était promise. Diplômée en droit de l’université de Notre-Dame-du-Lac, la jeune femme, née en 1997 à Addis-Abeba, en Éthiopie, dans une famille tigréenne, brûlait presque les étapes : embauchée par le cabinet juridique new-yorkais Sidley Austin en 2021, associée en septembre 2022.

Mais voilà… Peu après les attentats terroristes du Hamas du 7-Octobre, elle publie une lettre critiquant les cabinets juridiques, dont le sien, pour leur opposition aux manifestations contre la guerre à Gaza, soulignant « les perspectives d’emploi glaçantes des futurs avocats qui critiquent les actions du gouvernement israélien et sa légitimité ».

Sidley Austin lui demande de retirer la lettre. Elle refuse. Licenciement. Retour à la case Colorado où elle est née. Elle y reprend ses études, devient doctorante en affaires publiques à Denver et travaille comme barista pour payer sa dette étudiante.


En juillet 2025, Melat Kiros se lance dans la primaire démocrate pour défier Diana DeGette, députée depuis… 1997. Elle reproche notamment à la sortante d’accepter les dons du lobby pharmaceutique et de celui des industries fossiles. Contrairement à sa concurrente, elle se déclare en faveur d’un embargo total sur les ventes d’armes à Israël et en estimant qu’Israël ne devrait pas être un État juif, l’accusant d’être une ethnocratie. Elle l’emporte largement (54 % contre 40 %) et sera la première femme de la Gen Z à siéger au Congrès.

Abdul El-Sayed

Tout est hors-norme dans le destin d’Abdul El-Sayed, 42 ans, fils d’immigrés égyptiens qui est devenu, mardi 3 novembre, le premier musulman élu au Sénat des États-Unis.

Sa carrière universitaire l’était déjà : élève brillant, récipiendaire de la prestigieuse bourse Rhodes qui lui permet de poursuivre ses études à l’université d’Oxford puis titulaire d’un doctorat de médecine à l’université de Columbia, capitaine des équipes de lacrosse et de football américain.

Un étudiant « parfait » qui, diplômes en poche, choisit le service public : à 30 ans, il revient dans sa ville natale, Détroit, pour s’occuper du département de santé publique, au bord du gouffre. Lui non plus ne sépare pas la défense du « bien public » de l’arène politique dans laquelle il se lance en 2018 pour le poste de gouverneur. Échec dès les primaires.

Cette année, il s’aligne au départ de la primaire démocrate pour un poste de sénateur. Entre-temps, il a écrit un livre (« Medicare for All : A Citizen’s Guide », Oxford University Press, non traduit) pour défendre le système de santé public universel proposé par Bernie Sanders.

Il en fait l’un des fondements de sa campagne avec la dénonciation de l’argent en politique et la condamnation du génocide à Gaza. C’est ce dernier point surtout qui lui attire les attaques répétées des républicains et d’une partie de l’establishment démocrate. Donald Trump en rajoute, le traite de « djihadiste » et de soutien de Ben Laden, au cours de l’une des campagnes les plus islamophobes de l’histoire du pays.

Pour l’anecdote, en 2007, le jeune El-Sayed a prononcé le discours de sa promo à l’université du Michigan. Impressionné par son art oratoire, Bill Clinton lui avait alors demandé pourquoi il comptait se diriger vers la médecine et non la politique. Il ne se doutait pas que le jeune étudiant allait finalement suivre son conseil en se montrant implacable sur le bilan démocrate de l’ère Clinton…

Donavan Mc Kinney

Les deux députés qui représentent Détroit, la capitale historique de l’automobile, sont désormais socialistes. Il y avait Rashida Tlaib, d’origine palestinienne, élue depuis 2018, avec la « vague AOC » de femmes racisées très à gauche. À 34 ans, Donavan McKinney, également membre du DSA, va la rejoindre à la Chambre des représentants.

L’affaire était pliée depuis la primaire lorsque le millennial avait battu (52 % contre 48 %) le député sortant de 71 ans, Shri Thanedar dans une circonscription massivement démocrate.

Il s’est distingué de son aîné en menant campagne sur la baisse du coût de la vie – assurance automobile et garde d’enfant, notamment – et l’abolition de l’ICE, la police de l’immigration. L’ascension est fulgurante pour celui qui a grandi près de Seven Mile Road avant de décrocher un diplôme de politiques publiques à l’université du Michigan, de travailler sur les questions de santé, notamment pour le syndicat de la santé SEIU, et d’entrer en 2022 à la chambre locale du Michigan. Donavan McKinney a passé sa soirée électorale victorieuse avec un pin’s des Black Panthers offert par Bobby Seale, l’un de ses fondateurs, à sa veste.

William Lawrence

Toujours dans l’« État des Grands Lacs » : victoire de William Lawrence, dans la 7e circonscription, l’une des plus disputées du pays, dont le député sortant était le républicain Tom Barrett. Le démocrate de 36 ans l’a emporté avec trois points d’avance, renforçant la cohorte de gauche au Congrès.

Pas forcément celles des socialistes revendiqués. Il était membre du DSA jusqu’en juillet 2026, mais a préféré ne pas avoir à porter cette étiquette dans un district pivot, loin d’être un bastion des progressistes.

Ce choix lui a attiré les foudres des militants locaux, mais il se défend de toute « trahison » en expliquant porter les fondamentaux du « programme Sanders », du « Medicare for All » et la dénonciation du génocide à Gaza. Il est également favorable au « New deal écologique », une proposition qu’il a contribué à forger.

William Lawrence est l’un des cofondateurs, en 2017, du Mouvement Sunrise, une organisation de mobilisation contre le changement climatique. Au Congrès, il portera ce thème, grand oublié de la campagne des midterms.

Poster un commentaire

Classé dans Portrait

Avec Trump, le déluge pour les républicains

Les démocrates ont remporté une victoire retentissante lors des élections de mi-mandat, faisant basculer le Congrès dans leur escarcelle. Une sanction d’une ampleur inédite. (Article publié dans l’Humanité du 5 novembre 2026.)

On envisageait une vague ou on imaginait un tsunami. Personne n’avait songé à un scénario « arche de Noé » : un parti républicain pratiquement englouti, n’emportant sur son frêle radeau trumpiste que quelques spécimens. C’est pourtant ce qui s’est déroulé, mardi 3 novembre, aux États-Unis : une défaite habituelle pour un parti présidentiel dans un scrutin de mi-mandat s’est transformée en débâcle quasi intégrale.

Donald Trump a perdu sa majorité au Congrès par une marge qui ne hantait même pas le pire de ses cauchemars, donnant aux démocrates, à la tête d’un pactole (54 sénateurs, 245 députés et 28 gouverneurs), une marge de manœuvre totalement inattendue.

Une répudiation de Trump en forme de mandat pour les démocrates ?

Les partis au pouvoir ne remportent que très rarement les élections qui interviennent à mi-course d’un mandat présidentiel. Ils subissent néanmoins peu souvent une telle raclée. Il faut sans doute remonter à la période de Richard Nixon et du Watergate pour trouver une telle répudiation politique. Ce n’est pas tant l’effet ciseau traditionnel pour un scrutin de cette nature qui stupéfie, que l’ampleur inédite.

Tout d’abord, la participation a été historique. Selon le New York Times, elle devrait égaler celle de 2018 (50 %), le cru le plus « civique » depuis… 1920. Cette mobilisation a évidemment profité aux démocrates. Leur avance au vote populaire va instaurer un nouveau record : + 13 %. Les démocrates disposeraient donc au vote populaire d’une avance de 15 millions de voix, un niveau presque irréel. En 2008, lors de sa première élection, Barack Obama avait recueilli près de 10 millions de voix de plus que John McCain.

Ce raz-de-marée a submergé jusqu’aux terres les plus « rouges ». Commençons par le Texas, deuxième État le plus peuplé du pays, qui s’est donné un sénateur démocrate pour la première fois depuis 1988. Avec 5,3 millions de voix, James Talarico a engrangé 500 000 voix de plus que Kamala Harris lors de la présidentielle de 2024.

En revanche, son adversaire républicain, Ken Paxton a perdu un tiers des électeurs de Donald Trump. Ce scrutin sénatorial résume un peu toutes les tendances du jour : surmobilisation des électeurs démocrates, notamment des jeunes, décrochage des électeurs républicains, bascule de la frange des latinos qui avaient été tentés en 2024 par les promesses économiques du milliardaire.

Des États, remportés à trois reprises (2016, 2020 et 2024) par Donald Trump, ont ainsi élu des sénateurs démocrates. Pour le Kansas, État conservateur des grandes plaines, c’est une première depuis… 1932. La Caroline du Nord a donné une avance de 20 points au candidat démocrate.

La Caroline du Sud, encore plus conservatrice, a boudé Darline Graham, sœur de l’inamovible Lindsey Graham, décédé en juillet dernier. L’Iowa agricole, durement frappé par les guerres tarifaires de Donald Trump, a préféré Josh Turek à Ashey Hinson. L’Ohio, ancien swing state devenu bastion « rouge », s’est redonné un peu de bleu avec Sherrod Brown.

À l’heure où ces lignes étaient écrites, même le Mississippi ne constituait pas un îlot à l’abri : la candidate démocrate y disposait de quelques centaines de voix d’avance. La marée a profité également aux candidats pour les postes de gouverneurs : Texas, Ohio, Géorgie, Iowa et Nevada tombent dans l’escarcelle démocrate. À la Chambre, malgré une intense bataille de charcutage électoral, le Grand Old Party (GOP, surnom du parti républicain) ne peut que constater l’étendue des dégâts : les démocrates retrouvent leur étiage de 2008, au plus haut de l’espoir obamesque.

L’agonie du trumpisme ?

Avec les défaites, tombent aussi les fables. Après son élection en 2024, des observateurs avaient cru déceler un scrutin de « réalignement », les classes populaires blanches et les électeurs latinos se retrouvant au sein d’une même coalition trumpiste. C’était mettre sur le compte d’une adhésion ce qui relevait davantage du rejet du bilan de Joe Biden, via l’abstention (notamment des Africains-Américains) ou d’un vote ponctuel (particulièrement de jeunes hommes latinos éloignés de la vie électorale).

Donald Trump vient de perdre au suffrage universel son quatrième scrutin sur cinq (2016, 2018, 2020 et 2026). Ce sera le dernier, la Constitution ne lui permettant pas de se présenter pour un troisième mandat. Il est désormais un « canard boiteux », selon l’expression consacrée aux États-Unis, ce qui peut éventuellement le pousser à accélérer, dans une fuite en avant déjà bien entamée depuis le lancement de la guerre en Iran. Il n’acceptera évidemment aucun « droit d’inventaire » d’un successeur, compliquant la tâche de celui-ci.

Or, le deuxième grand perdant de la soirée n’est autre que le dauphin désigné : le vice-président, J.D. Vance. « Il a fait campagne en Ohio pour appuyer des candidats républicains qui ont subi des cuisants revers. Il est supposément l’héritier du mouvement Maga, mais avec l’impopularité historique de Trump et la défaite de plusieurs de ses candidats, veut-il vraiment hériter de ce mouvement ? Comme il doit sa carrière politique (sénat, vice-présidence) à Trump, peut-il réellement se distancier du président ? », expose pour l’Humanité Antoine Yoshinaka, professeur de sciences politiques à l’université de l’État de New York à Buffalo.

Pour Tristan Cabello, professeur d’histoire à l’université Johns-Hopkins, la débâcle ressemble moins à un coup d’arrêt momentané qu’à la sanction d’une évolution longue : « Quand on regarde les données électorales, sociologiques et démographiques, on se dit que les États-Unis auraient déjà dû basculer beaucoup plus nettement du côté démocrate et progressiste. »

Maison-Blanche et Congrès: un choc des stratégies ?
Que feront les démocrates de leur victoire et Donald Trump de sa défaite ? Le président en exercice a pris avec un flegme inhabituel sa défaite hors-norme. Il a accepté le verdict des urnes, balayant en quelques mots tous les scénarios envisagés par les médias ou le parti démocrate. Il a également exprimé sa volonté de ne pas devenir le « président du veto ». Se montrera-t-il enclin à collaborer avec les dirigeants démocrates pour élaborer, par exemple, une loi sur le coût de la vie comme il l’avait fait avec un plan de relance en pleine pandémie de Covid ?

La question principale est justement posée aux démocrates. Suivront-ils le conseil du sénateur Brian Schatz de ne voter aucune loi susceptible d’être bloquée par la Maison-Blanche ? Ou celui de l’aile gauche de faire passer des lois audacieuses, forçant les républicains à s’y opposer via le veto présidentiel ? Le prochain président de la Chambre, Hakeem Jeffries, y a en partie répondu en annonçant qu’il ne mettrait pas à l’ordre du jour le Medicare for All, un système de santé universel et public proposé depuis 2016 par Bernie Sanders.

Nul doute que le bras de fer constant entre l’establishment et l’aile gauche se poursuivra dans les couloirs du Congrès. Ce sera sans doute également le cas sur les questions internationales. Ben Rhodes, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale de Barack Obama met en garde : « Ce scrutin est notamment une condamnation sans appel de la guerre en Iran. Les démocrates auraient tout intérêt à tirer les leçons de cette situation et à devenir véritablement le parti anti-guerre. »

« Avec cinq sénateurs, la gauche dispose d’une force de blocage, analyse Tristan Cabello. Mais elle dispose surtout d’une arme formidable : les primaires ! Beaucoup d’élus démocrates représentent des circonscriptions très largement démocrates, où les électeurs sont souvent plus à gauche que leurs représentants. Ces élus ne risquent rien face aux républicains. En revanche, ils peuvent parfaitement perdre une primaire face à un candidat socialiste ou progressiste ». La prochaine primaire qui va rapidement occuper les esprits portera sur la nomination du candidat démocrate à l’élection présidentielle 2028.

Poster un commentaire

Classé dans Eclairages

Le dernier scrutin de Donald Trump: vers un vote sanction

A deux ans de la fin de son mandat, le très impopulaire président affronte le verdict des urnes à l’occasion des élections de mi-mandat. Tous les indicateurs pointent vers une vague bleue. (Article publié dans l’Humanité du 3 novembre 2026.)

Une vague bleue va-t-elle déferler sur les États-Unis, portant les démocrates à la tête des deux chambres du Congrès ? Un tsunami va-t-il engloutir le trumpisme ? Ou une vaguelette à peine éclabousser le locataire de la Maison-Blanche, qui affronte son dernier scrutin ?

C’est jour de vote aux États-Unis pour les élections de mi-mandat et l’issue semble plus être une question de degré que de nature. Les républicains au pouvoir vont certainement subir une défaite, son ampleur constituant la seule incertitude.

Loi d’airain politique depuis 1945, le parti au pouvoir subit une sanction à mi-course d’un mandat présidentiel, conséquence d’une surmobilisation de l’électorat de l’opposition et d’une sous-mobilisation de son propre camp. Deux présidents (Bill Clinton en 1998 et George W. Bush, en 2002) y ont échappé.

Elle s’apparente parfois à une « raclée » (selon la formule même de Barack Obama), comme en 2010, avec 63 sièges perdus à la Chambre des représentants, parfois à une divine surprise quand les démocrates limitent la casse, comme en 2022, pendant le premier et finalement unique mandat de Joe Biden. En général, le recul est sévère. Donald Trump en a fait l’expérience en 2018 avec la perte de 41 sièges à la Chambre.

Huit ans plus tard, il a avancé dans cette campagne incomparablement plus lesté. « Le chiffre le plus important lors d’une élection de mi-mandat, c’est le taux d’approbation du président. Or, il est très bas », nous indique Antoine Yoshinaka, professeur de science politique à l’université de l’État de New York, à Buffalo. Donald Trump est le président le plus impopulaire à ce stade d’un mandat, creusant, à chaque sondage, un peu plus le fond, sous l’eau des 40 % d’opinions favorables. Le champion autoproclamé de l’America First et de la fin des « guerres sans fin » a déclenché, en compagnie de Benyamin Netanyahou, une guerre avec l’Iran qui n’en finit justement pas et qui, entre autres méfaits, attise l’inflation. Le contempteur de Joe Biden traîne désormais lui aussi le boulet du coût de la vie, que les salaires ne suivent pas.

En termes de vote populaire, les aiguilles des sondages oscillent entre 8 et 11 points d’avance pour les démocrates, un niveau préélectoral jamais vu. En 2018, le résultat final s’était établi à + 8,5 %. Un tel étiage équivaudrait à une bascule certaine de la Chambre des représentants, pas forcément du Sénat.

Commençons par la Chambre basse. Dans un pays polarisé, le nombre de circonscriptions réellement disputées se limite à quelques dizaines (sur 435). Donald Trump le sait et a lancé, dès l’été 2025, une offensive de charcutage électoral (gerrymandering) afin de gagner sur le tapis vert quelques sièges dans les États républicains, Texas en tête. Les démocrates ont riposté, en Californie notamment. Le solde ? « Cela ne permettra sans doute pas de sauver leur très courte majorité, mais limitera peut-être l’ampleur d’une victoire démocrate », selon Olivier Richomme, professeur à l’université Lumière-Lyon-II, dans l’Humanité du 13 octobre 2026.

Et l’universitaire de prévenir : « Redessiner la carte électorale en se fondant sur les résultats de 2024 pourrait être contre-productif, et les républicains pourraient perdre plus de sièges que s’ils n’avaient rien fait. Finalement, sur le papier, les républicains ont, en théorie, neuf sièges de plus qui leur sont favorables. Mais il n’est pas dit qu’au Texas et en Floride, ce pari s’avère payant. Le redécoupage électoral est en fait un jeu à somme nulle. Des élus républicains sont désormais exposés à cette vague bleue ». L’hypothèse d’un « charcutage idiot » (dummymandering), qui se retourne contre ses concepteurs, guette.

Passons à la Chambre haute. La configuration est différente pour au moins deux raisons. D’abord, le Sénat, inégalitaire dans sa composition (deux sénateurs par État, quelle que soit la population), représente un terrain favorable pour le Parti républicain, ultradominant dans les territoires ruraux. Ensuite, la partie renouvelable en 2026 met majoritairement en jeu des États que Donald Trump a gagnés par plus de dix points en 2024. Il faudrait donc un mouvement électoral de grande ampleur pour faire basculer le Texas, l’Ohio, l’Iowa, l’Alaska ou encore le Kansas et permettre aux démocrates de gagner quatre d’entre eux, afin de s’assurer une majorité.

Les derniers sondages sont concordants : il est en cours. Les déplacements de Donald Trump disent la même chose : il tient des meetings où le Grand Old Party (surnom du Parti républicain) n’a pas eu à mener campagne pour l’emporter depuis des décennies. « Faites comme si j’étais sur le bulletin », lance-t-il régulièrement à des foules filmées en plans serrés par les équipes de campagne, afin de donner l’illusion de la mobilisation.

Il n’est pas impossible que ce « référendum » sur Donald Trump produise ses effets chez des électeurs Maga (« Make America Great Again ») déçus. Mais, de la même manière, l’argument du plébiscite d’un président honni par une majorité de l’opinion publique ne peut que galvaniser l’électorat démocrate et l’aider à dépasser sa colère rentrée face à la façon dont les dirigeants ont géré la présidence Biden, la campagne de Kamala Harris et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. « Personne n’a la capacité de mobiliser les électeurs républicains comme Donald Trump. Personne non plus n’a la capacité de mobiliser ses adversaires comme Donald Trump », résume Antoine Yoshinaka.

Cette stratégie vise surtout à défendre le Sénat comme une ultime forteresse. Avec un déferlement inédit de « clips » politiques agressifs et négatifs dans les États clés, le parti Il y a enfin l’éternelle épée de Damoclès qui pèse sur ce scrutin : Donald Trump acceptera-t-il le verdict des urnes ? Oui, si les élections « sont honnêtes », a-t-il annoncé, comme il l’avait fait en 2020. On connaît la suite et l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021… Le ministère de la Justice a déjà pris les devants en Alaska en refusant de manière préemptive de certifier les résultats d’un scrutin où deux candidats républicains homonymes – Dan Sullivan – pourraient permettre à la démocrate Mary Peltola d’emporter un siège en terre républicaine, celle-ci étant soupçonnée d’avoir organisé la candidature du second Sullivan.présidentiel tente de réveiller l’instinct anti-Parti démocrate, décrit comme « radical » ou « otage des socialistes et de Bernie Sanders », d’une frange de ses électeurs habituellement indéfectibles. « Aller chercher 1 ou 2 % de participation en plus dans une élection où traditionnellement la moitié des électeurs ne votent pas – soit 120 millions de personnes – cela peut faire la différence sachant que certains États vont peut-être se jouer à quelques milliers de voix », ajoute l’universitaire.

C’est le scénario improbable : que les républicains réussissent à former une digue à coups de millions de dollars que nécessitent ces programmations TV et radios. Ils disposent d’un avantage considérable en la matière, grâce notamment à la contribution massive de milliardaires, à commencer par le premier d’entre eux. Depuis le début de l’année, Elon Musk a injecté 445 millions de dollars dans une campagne dont le coût total donne le vertige : plus de 11 milliards de dollars. Si les républicains sortaient de la nasse grâce aux billets verts, cela offrirait un exemple parfait de ce que dénonce, meeting après meeting, Bernie Sanders : l’oligarchie.

À la veille de l’ouverture des bureaux de vote, les associations redoutaient également des raids intempestifs de l’ICE, la police de l’immigration, dans les quartiers à forte proportion d’électeurs hispaniques, en partie tentés par Donald Trump en 2024 et majoritairement furieux contre ses politiques deux ans après.

Une répudiation du trumpisme ne réglerait pas pour autant le problème politique fondamental des démocrates : quelles lois mettre aux voix pour ne plus apparaître comme le deuxième objet le plus impopulaire du pays après Donald Trump ? Un avant-goût du « drama » politique à venir entre l’establishment démocrate et la gauche se joue aussi aujourd’hui dans les urnes. En Californie, précisément, où une taxe sur les milliardaires que les démocrates modérés, le gouverneur Gavin Newsom en tête, conseillent aux électeurs de ne pas adopter, et l’aile gauche de plébisciter.

Poster un commentaire

Classé dans Eclairages