Dans le Michigan, un référendum (aussi) sur la santé

SUR LA ROUTE DES MIDTERMS (1/5). Abdul El-Sayed, le candidat de gauche pour le poste de sénateur de l’Etat mène une campagne disruptive, notamment sur la proposition d’un système public universel. (Article publié dans l’Humanité du 26 octobre 2026.)

Ann Arbor (Michigan), envoyé spécial.

Phillis Engelbert a ouvert son restaurant plus tôt qu’à l’habitude au matin de ce jour férié dédié à Christophe Colomb. Pas de brunch spécial en l’honneur de l’explorateur-colon pour autant. Le Detroit Street Filling Station, dans le centre d’Ann Arbor, ville universitaire à une demi-heure de route de Detroit, accueille une réunion publique organisée par l’équipe de campagne d’Abdul El-Sayed, le candidat démocrate pour un siège de sénateur au Congrès des États-Unis. Plat de résistance du jour : le système de santé et la proposition du Medicare for All, une couverture publique universelle, initiée par Bernie Sanders dès 2016.

« Le système de santé, c’est l’enjeu principal de cette élection », lance Debbie Dingell, députée de Detroit, en ouverture de la réunion, aux côtés de Becca Balint, députée du Vermont. Deux membres du Congrès : c’est presque jour de fête pour l’assistance composée d’une vingtaine de personnes. Mais c’est surtout la soupe à la grimace : sur un marché où les assurances privées détiennent toujours le monopole, les cotisations ne cessent d’augmenter.

Phillis a quitté pendant quelques instants sa cuisine et la préparation du service du midi pour livrer son témoignage : « En tant que propriétaire, je tiens à fournir une bonne couverture santé aux salariés, mais c’est devenu financièrement impossible. Le choix serait de ne plus fournir de couverture santé, d’embaucher moins ou de cesser l’activité. »

Elle ne se résout pas à cette alternative. « En fait, tout le monde a hâte d’avoir 65 ans », constate une dame aux cheveux argentés. À cet âge, les habitants sont protégés, depuis 1965, par un programme fédéral public : Medicare. La proposition de la gauche et d’Abdul El-Sayed est d’étendre cette couverture à l’ensemble des Américains.

Le candidat, donné en tête dans les sondages, a même écrit en 2021 un livre sur le sujet, Medicare for All : a Citizen’s Guide (non traduit). La santé, c’est le fil rouge de la vie de ce fils d’immigrés égyptiens, titulaire d’un doctorat de médecine obtenu à l’université Columbia, de New York. Plutôt que de faire fructifier son diplôme, il rentre ensuite à Detroit pour prendre en charge le département de santé publique de la ville, au bord du gouffre.

À 30 ans, à peine. Cette défense du « bien public », il l’emmènera ensuite dans l’arène politique : elle ne lui est d’aucune utilité en 2018, où il échoue dans la primaire démocrate pour le poste de gouverneur ; elle sera son sésame en 2026 dans la primaire la plus tendue au sein de la coalition démocrate.

Quand on ne l’interroge pas pour la millième fois sur son rapport à Hasan Piker, le controversé streameur-influenceur de gauche, Abdul El-Sayed tente de développer les arguments en faveur de cette option, qu’une majorité d’habitants approuvent : « Medicare for all nous garantirait une couverture santé de la naissance à la mort. On ne perdrait pas notre assurance en ayant 26 ans, en perdant son boulot, en passant les 65 ans ou si on se marie ou si on divorce. On n’aurait pas 225 milliards de dettes médicales et il n’y aurait pas de faillites personnelles. Et puisqu’on aurait un payeur unique, il négocierait les prix à la baisse. »

Pour remporter cette bataille, National Nurses United, le principal syndicat d’infirmiers et infirmières du pays, a officiellement apporté son soutien au candidat. Vice-président depuis 2025 et président pour le Michigan (14 000 salariés représentés) depuis 2024, Aaron Mc Cormick nous reçoit dans ses bureaux du centre-ville pour nous expliquer le sens de cet adoubement : « Pour pousser à un vote au Congrès, qui n’a pas encore eu lieu, il faut y envoyer des candidats qui défendent clairement cette option, comme le Dr Abdul El Sayed. La santé est un droit. »

Ce duel pour un siège au Sénat dans le Michigan, un État pivot de 10 millions d’habitants, fait figure de scrutin cardinal de ces midterms du 3 novembre. Il pourrait être à la fois celui qui permet aux démocrates de reprendre la majorité au Sénat et à la gauche de clamer qu’elle peut l’emporter à l’échelle d’un État, et pas seulement dans des circonscriptions très urbaines.

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