A Allentown, un vote-sanction contre Trump sur un air latino

SUR LA ROUTE DES MIDTERMS (3/5). Dans la 7e circonscription de  Pennsylvanie, les électeurs hispaniques, tentés par Donald Trump en 2024, semblent lui tourner le dos. (Article publié dans l’Humanité du 28 octobre 2026.)

Allentown (Etats-Unis),

Envoyé spécial.

Faut-il consulter l’oracle Victor Martinez pour connaître l’issue du scrutin ? En tout cas, les équipes de campagne écoutent attentivement son émission quotidienne sur Radio Mega 101.7 FM, Politics en Español US, qui donne le pouls au cœur d’une circonscription – la 7e de Pennsylvanie – parmi les plus disputées du pays : ici, l’électorat latino sera certainement le faiseur de député.

Plus de 20 % des électeurs sont hispaniques. La proportion monte à près de 30 % à Bethlehem, l’ancienne place forte de l’acier, et 55 % à Allentown, la plus grande ville. En 2024, Donald Trump avait effectué des percées au sein de cet électorat, même si Kamala Harris l’avait devancé.

Victor Martinez nous reçoit dans les bureaux de Radio Mega situés en plein cœur du « downtown ». Voici donc le studio, l’antre du débat quotidien : le journaliste au micro, des affiches politiques en arrière-plan et des auditeurs au bout du fil. Lui n’a pas changé, il n’a jamais aimé Donald Trump, contrairement à Jeb Bush ou à Marco Rubio qu’il appréciait lorsqu’il vivait en Floride.

À la première minute de la candidature du milliardaire, le divorce était consommé face « à ses attaques contre les immigrés, en les qualifiant de trafiquants de drogue, de violeurs, de criminels… Dès qu’il est descendu de l’escalier, ça a été une succession d’attaques qui n’a jamais cessé ». Contrairement à lui, une partie de ses auditeurs a voté pour Donald Trump. Et c’est ici que l’on commence à sentir le sens du vent de cet automne 2026. En une formule : « Les gens sont furieux. »

Il développe : « On se plaignait que l’administration Biden-Harris n’en faisait pas assez pour faire baisser les prix, ou du moins pas assez vite, car les prix baissaient, mais pas assez rapidement. Et voilà que deux ans plus tard, oh, devinez quoi, on se rend compte que la situation est pire. »

Échange entendu à l’antenne. Victor : « Dites-moi une chose de positive sur ce mandat ? » Un auditeur : « J’en ai une : je suis en vacances. » Silence. L’auditeur reprend : « J’ai une petite entreprise avec deux camions (les Latinos sont surreprésentés dans le secteur des transports, N.D.L.R.). Eh bien, je ne peux pas me permettre de faire un plein à 900 ou 1 000 dollars, donc les camions sont au garage et moi en vacances forcées. »

« La priorité numéro 1 des Latinos ici, c’est l’économie. La numéro 2, c’est l’économie. La numéro 3, c’est l’économie », insiste Victor Martinez. Et l’immigration ? « C’est une priorité, mais vous savez, ici, il y a une majorité de Portoricains, donc des citoyens américains. On ne devrait pas s’en faire de l’ICE. Et pourtant… Il n’y a pas eu de descentes massives comme à Minneapolis, on ne devrait pas vivre dans l’inquiétude. Qu’est-ce qui se passe si on m’arrête avec ma tête et qu’on me demande une preuve de mon statut migratoire ? Je n’en ai pas puisque je suis citoyen américain. »

Face à la fronde que chacun sent monter des barrios, le Parti républicain local parie sur les « valeurs ». « La foi et la famille », résume Jackie Rivera, vice-présidente du parti pour le comté de Lehigh. « Ça a pu marcher il y a deux ans. Pas aujourd’hui », prédit Victor Martinez.

Le député sortant, Ryan MacKenzie, qui, en 2024, l’avait emporté d’un point face à la députée sortante démocrate, profitant de la vague Trump, omet désormais de mentionner le nom du président en exercice. Sur sa page Facebook, on peut le voir avec les pompiers, les agents immobiliers, une centenaire, des salariés le jour du Labor Day (Fête du travail). Mais aucune référence à Trump, dont le nom a quasiment disparu des clips électoraux des candidats républicains dans les circonscriptions les plus disputées.

C’est son adversaire démocrate, Bob Brooks, ancien président du Syndicat des pompiers de Pennsylvanie (présenté comme « Bombero Bob », Bob le pompier, auprès des électeurs hispanophones), qui lui rappelle, via des panneaux publicitaires géants plantés au bord des routes ou dans des publicités politiques à la télévision, sa proximité avec le président le plus impopulaire à ce stade d’un mandat.

Chaque lundi à l’heure du déjeuner, face à la permanence électorale de Ryan MacKenzie, des dizaines d’électeurs démocrates, plutôt aux cheveux argentés, viennent manifester, pancarte en main : « Réveille-toi, Amérique. Trump est un psychopathe », « Votez pour le changement », « Croyez votre porte-monnaie. Dégagez-les ». Au cours des conversations avec Jane, Bruce ou une dame qui a préféré ne pas décliner son identité, le nom du député local n’est pourtant jamais venu. Celui de Donald Trump, tout le temps. Comme si ces midterms étaient finalement un référendum sur l’hôte de la Maison-Blanche.

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