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Le débat Obama-Romney en compagnie des démocrates de Fairfax

Pas la foule des grands jours. « Il faut dire qu’on l’a organisé un peu au dernier moment », explique Patrick. Son nom de famille : Le Floch. Il est Français et dirige la section du parti démocrate de Fairfax (22000 habitants) dans le nord de la Virginie, près de la capitale, Washington. Une dizaine de personnes ont pris place autour de la table du restaurant libanais Al Maza, en centre-ville. Des seniors pour la plupart. Il y a Chrissie aussi, une Asiatique-Américain, qui a vu du monde devant la télé. Elle s’est dit que c’était plus chaleureux de regarder ensemble. Enfin, elle a pris soin de vérifier que l’assemblée était bien démocrate. Elle l’est. Et elle attend beaucoup de ce deuxième débat. Obama ne met pas longtemps à rassurer ces convaincus. Sur la question énergétique, il ne lâche rien à Romney, plus que jamais l’ami du lobby pétrolier. Quelques applaudissements accompagnent le président sortant. Vient ensuite la question du « sauvetage » de l’industrie automobile que Romney a contesté. « Il tient sa place cette fois-ci », apprécie Patrick, à mi-parcours. Puis celle des impôts. Obama très offensif.

Le jeune serveur fait le tour des participants : « Vous voulez boire quelque chose ? » On en profite : « Vous voulez bien répondre à quelques questions ? » Venu du Liban il y a quatre ans, il a obtenu son diplôme de marketing, mais ne trouve pas emploi à la hauteur de sa qualification. Il se contente, pour l’instant de cet emploi de serveur avant d’envisager de déménager vers des bassins d’emplois plus favorables à sa spécialité. En blâme-t-il pour autant Obama ? Non, il votera pour lui, sans sourciller. Les républicains, ce n’est vraiment pas son truc.

Retour au petit écran. L’hôte de la Maison-Blanche conclut en renvoyant à Mitt Romney sa sortie sur les « 47% ». Exclamations et  applaudissements. La petite troupe repart requinquée. De toute façon, elle sait que ce genre de joutes ne joue qu’à la marge. Elle a déjà rendez-vous, ce week-end, avec des centaines d’autres militants démocrates. Opération de mobilisation électorale. Les spécialistes ont décortiqué les listes électorales, les ont recoupées avec d’autres listings. Bref, les militants savent à quelle porte frapper pour trouver un électeur d’Obama en 2008 et le convaincre de refaire de même dans trois semaines.

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17 octobre 2012 · 404 05

Vermont: voyage dans l’Etat phare du progressisme américain

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Il y a, là, des gars avec des chemises à gros carreaux, des jeunes de l’Université privée catholique Saint Michael’s, des tempes grises et des jeunes couples, des convaincus et des indécis, des démocrates, des progressistes, quelques républicains aussi, même un jeune type avec un tee-shirt blanc aux lettres rouges : « Cuba libre ». Ils ont pris place dans la cafétéria du lycée d’Hinesburg, à une vingtaine de kilomètres de Burlington, la plus grande ville du Vermont. Ce samedi matin d’octobre, Bernie Sanders tient réunion publique. L’homme est une figure de la vie politique locale et nationale. En 1981, quelques mois après l’entrée en fonction de Ronald Reagan, il a été élu maire de Burlington, en battant le sortant démocrate en place depuis six mandats. En 1990, il devint le premier candidat ouvertement socialiste à être élu à la chambre des représentants. Depuis 2006, il est sénateur des Etats-Unis. Il est désormais le parlementaire « indépendant » ayant servi le plus longtemps dans l’histoire du pays. Entretemps, il a crée le parti progressiste du Vermont, le seul « troisième parti » qui pèse réellement dans la vie politique d’un Etat. Le 6 décembre 2010, il a prononcé un discours de huit heures et demie qui a enflammé les progressistes américains sur la guerre de classe menée par les plus riches (http://www.youtube.com/watch?v=uj8_HLtY1Hk).

Voilà pour la « bio » du « sénateur Sanders », comme on l’appelle à Washington. Maintenant, voilà « Bernie », car dans le Vermont on ne le connaît pas sous d’autre nom. C’est lui qui s’avance.  71 ans depuis peu, une allure un peu dégingandée,  la chevelure blanche en bataille.  Il pose ses affaires, fait le tour des tables, serre des mains, claque des bises, prend le micro et c’est parti pour la 32e rencontre d’une campagne électorale dont l’issue est connue de tous : « Bernie » sera réélu triomphalement. Pourquoi, alors, enchaîner à un rythme infernal ces rendez-vous (trois dans la seule journée de ce samedi) ? « Parce que je crois en la démocratie directe. Parce que mon espoir est de faire du Vermont un modèle de campagne progressiste de terrain », a-t-il rappelé aux habitants de ce petit Etat (625.000 habitants) dans sa profession de foi. Au micro, il ajoute : « Parce que je veux que l’on se mette bien d’accord sur le diagnostic avant d’agir ». Sa «vision » s’articule autour de trois thèmes.  1. Les inégalités économiques. « 1% du pays s’accapare 42% de la richesse du pays ». 2. Le pouvoir économique. « La question n’est pas tant de savoir si le gouvernement régule Wall Street mais à quel point Wall Street régule le gouvernement ». 3. Le déferlement d’argent dans la politique, toutes les digues, pour les entreprises notamment, ayant été levées par une décision de la Cour Suprême. Conclusion : « Ces trois points convergent pour dessiner une forme d’oligarchie. Romney est le représentant de cette oligarchie. Pour les générations futures, il faut le battre et sévèrement ». Une vingtaine de minutes, montre en main. Limpide, clair, tranchant. La veille, Chris Pearson, le leader du Parti progressiste du Vermont à la chambre des représentants de l’Etat nous avait prévenus : « Vous verrez avec Bernie, c’est simple : il met ce qu’il pense sur la table, personne n’est trompé, et après on débat ». « Pas comme Obama », n’avait-il pu s’empêcher d’ajouter. « Bernie » repose le micro. Des dizaines de mains se lèvent ! Et c’est ainsi que par un samedi matin pluvieux, au cœur de la campagne vermontaise, véritable carte postale d’Amérique profonde, on a parlé de la « Social security » (système des retraites), de la nécessité de l’engagement citoyen, de l’OMC et du libre-échange et pour finir de la politique de Netanyahou et des printemps arabes. 11 heures : il est l’heure pour « Bernie » de se rendre à son 33e rendez-vous de campagne.

C’est grâce à cette « méthode de « démocratie directe » que « Bernie » impose un rapport de forces qui lui permet de peser dans la vie politique de l’Etat plus que le poids cumulé de sa propre personnalité et des huit élus du parti progressiste du Vermont aux deux chambres. Son ambition : faire du Vermont l’Etat le plus progressiste possible. Peine de mort abolie, mariage gay autorisé. Prochain défi sur la liste ? La création dans l’Etat d’un système d’assurance publique pour tous que Barack Obama n’a pas mis en œuvre à l’échelle du pays. Le gouverneur démocrate de l’Etat a promulgué la loi donnant naissance à « Green Mountain Care », la « Sécu » à la vermontaise. « Mais l’Obamacare ne nous permet pas de la mettre en œuvre avant 2017, regrette Chris Pearson, membre de la Commission de la Santé de la chambre d’Etat. On travaille à voir ce que l’on peut déjà mettre en œuvre d’ici là ».

Quel est donc le mystère qui a fait d’un petit Etat peu peuplé et rural, le phare du progressisme américain ? William Glover, professeur de sciences-politiques au Saint Michael’s College, lève un coin du voile. « La culture politique du Vermont a viré à gauche dans les années 60 avec l’arrivée de personnes cherchant un mode de vie alternatif. Mais avant cela, le Vermont avait déjà été le premier Etat à abolir l’esclavage et établir le suffrage universel à la fin du XVIIIe siècle. L’élection d’un maire ouvertement socialiste à Burlington a évidemment ouvert une brèche ».

Une brèche dans laquelle s’est engouffrée une génération de militants. Comme Chris Pearson, 39 ans. Ou encore Dave Zuckerman, 41 ans, qui personnifie l’incroyable alliage vermontais. Agriculteur, il a été président de la Commission Agriculture de la Chambre de 2005 à 2009. En 2010, il décide de ne pas se représenter pour lancer, sur de nouvelles terres,  une ferme 100% bio : la Ferme de la Pleine Lune. Réussite totale avec la création d’une AMAP qui regroupe 250 familles. Alors, Dave a repris son bâton de pèlerin et se présente au Sénat de l’Etat. « On va faire ce qu’on fait depuis le début : pousser, pousser, pousser ».

Article publié dans l’Humanité du 16 octobre

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A New Haven, la ville où des syndicalistes ont pris le pouvoir

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Il y a une pancarte plantée dans le jardinet face au 175 Newhall street qui l’indique: « Delphine Clyburn, alderwoman, ward 20 ». De toute façon, si le citoyen ne vient pas à Delphine, elle ira immanquablement à lui. Quatre matins par semaine, la conseillère municipale (alderwoman) arpente son quartier de Newhallville (le district numéro 20) qu’elle représente depuis moins d’un an. En ce matin de début octobre, c’est un tract en main qu’elle attaque sa tournée. Il invite à une réunion quelques jours plus tard. Delphine en explique, encore et encore l’objet : « L’ancienne école Martin Luther King a été rachetée pour être transformée en « charter school » (école privée financée par des fonds publics, NDLR). Nous devons nous mobiliser pour que ce projet bénéficie à notre communauté. » Entre deux discussions, elle lâche : « C’est fini l’ancien temps où on réglait sans l’avis des résidents. » Pour être précis, ce temps-là a pris fin à l’automne 2011 à l’occasion d’une retentissante campagne municipale. Tout est parti de la volonté de l’inamovible maire démocrate, John DeStefano, d’externaliser les missions de gardiennage des écoles jusque-là dévolues aux services municipaux. Les syndicats ont protesté, en vain. Puisque le pouvoir local ne les écoutait pas, ils ont alors décidé… de prendre le pouvoir.

Il faut ici dresser un rapide portrait de New Haven, fondée en 1638 par les puritains, deuxième ville du Connecticut avec ses 130.000 habitants, qui accueille l’Université de Yale, l’une des plus prestigieuses du pays, mais également l’une des plus rétives historiquement à la syndicalisation. Pourtant, depuis une décennie, Yale a dû reculer : UNITE HERE (syndicat qui n’appartient pas à la grande centrale AFL-CIO) a réussi à syndicaliser les « pink collar » (« cols roses »), la main d’œuvre féminine de l’Université, premier employeur de la ville. Cette section syndicale (le Local 34) compte désormais 3500 membres tandis que le Local 35 syndique 1000 «blue collar » (« cols bleus », les ouvriers).

Ce sont ces deux sections syndicales que l’on retrouve à la manœuvre de la constitution d’une coalition progressiste. La « machine » démocrate de New Haven, au pouvoir depuis 1951, ne voit rien venir : elle considère New Haven  (37% des habitants sont Africains-Américains) comme une ville acquise pour toujours. Elle est pourtant balayée lors des primaires.

Le 1er janvier 2012, dix-huit des trente conseillers municipaux qui prêtent serment sont membres de la coalition syndicale. Il faut maintenant gouverner. Delphine ne nie pas l’état d’impréparation des troupes au moment de la prise de pouvoir. « Ce que nous avons alors fait est simple : nous avons demandé leur avis à nos administrés. La question de la criminalité et de la drogue est souvent revenue. Notre choix a été de s’attaquer aux racines du mal : l’emploi ».

Ancienne ville industrielle, New Haven a muté vers une cité « eds and meds » (éducation et médical). Avec son université et son hôpital, Yale propose un tiers des emplois de la ville. Mais la ville est comme coupée en deux : il y a la « ville Yale », ses étudiants, ses professeurs et médecins. Et il y a la ville au nord de « Division Street » (quel nom prédestiné) : majoritairement africaine-américaine, gangrénée par le chômage massif, la paupérisation, le crime et la drogue.

Entre les deux, la coalition syndicale au pouvoir veut établir un « pipeline d’emplois». C’est exactement le nom du programme adopté, en début d’année, par le conseil municipal qui le considère comme la grande mission de son mandat. « L’idée est la suivante, explique Delphine Clyburn. Les entreprises locales nous communiquent leurs besoins précis en matière d’emplois. Nous mettons en place des formations pour le profil déterminé et les entreprises s’engagent à embaucher un habitant de New Haven. Ce projet n’est encore qu’un bébé. Il est né mais il a besoin de grandir ». Déjà, le « géant » Yale s’est engagé à participer au « pipeline d’emplois ». Et de la plus officielle des manières, encore : lors du nouveau contrat signé avec les syndicats, en juin dernier. Conclu sans ambages, six mois avant expiration de l’ancien contrat (fait rarissime), le texte signé par les syndicats et la direction de l’Université comporte d’autres clauses très positives : 15% d’augmentation sur quatre ans, engagement de non-réduction d’effectifs pour les ouvriers, prime de 500 dollars pour les « pink collars », le tout contre une augmentation des cotisations sociales pour les salariés. « L’un des meilleurs contrats du pays », selon une responsable du Local 34. Il ne faut pas chatouiller trop longtemps Bob Proto, le charpenté président du Local 35 sur les raisons de ce quasi-miracle : « Yale s’est rangé parce que nous avons le pouvoir politique. »

Yale, florissante « entreprise » fourmille de projets d’extension, notamment deux nouvelles antennes universitaires, sur lesquels le « board » doit donner son avis… La direction de l’Université n’a donc pas voulu se fâcher avec les syndicalistes. Pour Delphine Clyburn, salariée dans une structure qui accueille des enfants handicapés, syndicaliste depuis 1987, cela ne change rien : « Je ne suis pas une politicienne mais un serviteur public. C’est l’intérêt des gens du quartier que je représente qui compte.» Elle maintiendra donc ses exigences sur la nouvelle « charter school », construite pour accueillir les enfants des profs et autres médecins de Yale. « Les résidents aussi ont droit à une bonne éducation. Ca se fera avec eux ou ça ne se fera pas. »

Malgré sa victoire électorale, la coalition syndicale veut préserver comme la prunelle de ses yeux la « campagne de terrain ». « La clé pour réaliser le changement, c’est de maintenir la mobilisation populaire qui a permis l’élection, analyse Gwen Mills, « organizer » (organisatrice) et cheville-ouvrière de la campagne de 2011. Regardez Barack Obama : tant de mobilisations de terrain pour le porter à la Maison Blanche auxquelles il a mis fin sitôt entré en fonction… »

Article publié dans l’Humanité du 15 octobre

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En direct du … restau qui n’a pas voulu de Romney

Ah, enfin, une odeur de campagne ! Indéniablement, l’air du Colorado est sain (1600 mètres d’altitude au pied des montagnes rocheuses) et chargé d’électricité politique. En 24 heures, à Denver, on a vu plus de signes dans les jardins et d’autocollants, pour tel candidat à la présidentielle ou aux législatives, au cul des bagnoles qu’en une semaine dans le Connecticut, le Vermont et le Texas. La campagne nationale a d’ailleurs récemment connu, ici, un épisode à la limite de l’anecdote et du sens politique. Après le débat de la semaine dernière, l’équipe Romney a voulu faire un bon coup de com’ en emmenant le candidat (dont le colistier, Paul Ryan vient de se faire étriller par le vice-président Joe Biden lors du débat des « seconds » beaucoup plus intéressant que le premier) et sa troupe manger dans un restaurant tenu par des Mexicains-Américains, petite institution locale : le RosaLinda’s Café. A la stupéfaction des conseillers de Romney, les proprios ont refusé : pas de halte électorale ici, quelle qu’elle soit. Franchement, on n’est pas certain qu’ils auraient refusé Obama… La famille Aguirre a reçu des menaces de mort et la visite de tous les journalistes de la terre. Ces derniers jours, Oscar, le fils aîné, a décidé de ne plus répondre aux sollicitations et de reprendre le cours de sa vie normal : servir de la bonne cuisine mexicaine aux convives. C’est donc en affamé du midi que nous sommes allés au RosaLinda’s Café. Sans poser d’importunes questions. Une constatation : la salle était bien garnie. Un journaliste local rappelle qu’il y a quelques semaines, les affaires marchaient moyennement. Dans le quartier, bastion démocrate comme l’ensemble de la ville, certains mettent un point d’honneur à apporter à la famille Aguirre un peu de présence et de chaleur au milieu de cette petite tempête.

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Une élection présidentielle ? Ah bon ! Quand ça ? Où ça ?

 

Cela fait désormais huit jours que je me trouve aux Etats-Unis et j’en viens finalement à me poser de question : me suis-je trompé de pays ? Ou de saison ? Une élection présidentielle va-t-elle bien se dérouler ici dans quelques semaines ? Si l’on fait abstraction de la télévision, franchement, on peut en douter. Rien de palpable dans l’atmosphère pas plus que dans le concret de la vie quotidienne. L’explication est finalement simple : je viens de passer huit jours non pas dans l’Amérique qui s’en fout mais dans l’Amérique qui ne décidera pas du sort d’Obama et de Romney. J’ai commencé par le Connecticut : victoire d’Obama assurée (60% en 2008). J’ai poursuivi par le Vermont : victoire d’Obama assurée (67% en 2008). Je suis maintenant au Texas : victoire de Romney assurée (55% pour McCain en 2008). Les jeux sont ainsi faits pour une quarantaine d’Etats : les côtes ouest et est seront « bleues » (couleur qui représente le parti démocrate) tandis que le Sud et les grandes plaines se mettront au « rouge » (la couleur, eh oui, du parti républicain). Le suspense ne demeure que dans les fameux « swing states » (Etats indécis) que l’on nomme également les « battleground (champ de bataille) states ». Selon le site Real Clear Politics, ils sont au nombre de onze (et encore avant qu’Obama ne se rate dans le premier débat, ils n’étaient que sept): Nevada, Colorado, New Hampshire, Wisconsin, Pennsylvania, Iowa, Missouri,  Virginie, Caroline du Nord et, bien sûr, les incontournables Ohio et Floride.

C’est un peu pareil en France, objecterez-vous : on sait que la Seine-Saint-Denis va voter à gauche et les Alpes-Maritimes à droite, tandis que la Corrèze ou l’Hérault demeurent des départements indécis. Oui, sauf que chacun des suffrages (de droite dans le 93 comme de gauche dans le 06) au final, compte. Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis avec le système du collège électoral. Chaque Etat élit un certain nombre de « grands électeurs », déterminé en fonction de son poids démographique. L’élection se déroule en un seul tour sur le mode du « winner take all » (le vainqueur remporte tout) : même avec une seule voix d’avance, on rafle la mise. Tous les électeurs démocrates du Texas, deuxième Etat américain par sa population (25 millions d’habitants), pourraient rester à la maison que cela ne ferait aucune différence.

On voit bien que ce système est né à la fois dans la double volonté du fédéralisme et du bipartisme (n’oublions pas qu’à l’origine de la République américaine née contre la monarchie anglaise, le bipartisme était d’abord une garantie d’assurer les droits de l’opposition donc de démocratie). Mais pour certains, le temps est venu d’en changer. Ils ont lancé une campagne (http://www.nationalpopularvote.com/) visant à faire prévaloir dans les faits le suffrage universel (le dernier exemple en date concerne évidemment l’élection de « W. » Bush en 2000 devancé sur le plan national de 500.000 voix par Al Gore). Chris Pearson, l’un des leaders du parti progressiste du Vermont, en est également l’une des chevilles ouvrières. Il explique : « D’abord, c’est un principe démocratique de départ – « Un homme, une voix » – qui n’est pas respecté par le système du collège électoral. Cela a ensuite des effets négatifs sur le plan électoral. Sur le plan électoral, on voit bien que les candidats ne mènent vraiment campagne que dans une poignée d’Etats. Quant à moi, militant, je dois aller dans le New Hampshire car la course est jouée dans le Vermont, c’est un peu stupide. Mais on ne souligne pas assez les conséquences politiques désastreuses du système. En 2008, McCain s’est prononcé pour l’exploitation « off shore » du pétrole car il savait qu’il n’avait rien à perdre dans les Etats concernés, tous côtiers, par définition, et tous des places fortes démocrates. Mais Obama a fait la même chose pendant son mandat en prenant des décisions en fonction de son intérêt politique dans tel ou tel Etat. C’est le système qui est pervers. »

La loi de réforme électorale a été formellement adoptée dans neuf Etats (Vermont, Maryland, Washington, Illinois, New Jersey, District of Columbia, Massachusetts, Californie et Hawaï). Ils représentent 132 grands électeurs. Afin que la réforme devienne la nouvelle loi, il faut que des Etats représentant 270 grands électeurs (soit la majorité requise pour être élu président) l’adoptent. On en est donc à la moitié du chemin. La loi a passé l’étape des deux chambres dans une deux Etats et attend la signature du gouverneur et a été adoptée par au moins une chambre (Sénat ou Chambre des représentants) dans une dizaine d’autres d’Etat. Le chemin est encore long. Qui sait, un jour, on brûlera pour l’élection présidentielle aussi au Vermont, dans le Connecticut et au Texas …

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Lu dans la presse : les protestants désormais minoritaires

« USA today » en a fait sa une du jour : « Les protestants perdent leur statut majoritaire aux Etats-Unis ». Le quotidien s’appuie sur une enquête du Pew Forum on Religion and Public Life : pour la première fois depuis la fondation du pays les protestants ne sont plus majoritaires (48% contre 53% en 2007). 22% des Américains se reconnaissent dans le catholicisme. Le deuxième enseignement de cette étude concerne ceux qui déclarent aucune affiliation (« none »). Ils sont désormais 20% (contre 15% en 2007). Un tiers de la génération dite des Millennials (moins de trente ans). Ces indicateurs reflètent à la fois les changements démographiques que connaît le pays (la part des catholiques reste stable grâce à l’immigration latino) et la sécularisation, phénomène aussi certainement en cours que le premier. « L’augmentation des « sans-affiliation» est une étape dans une tendance de long terme », commente pour le quotidien Greg Smith, chercheur au Pew.

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En direct de… 1855

Voilà ce qu’il reste d’une expérience en terre texane de socialistes utopistes, disciples de Charles Fourier (1772-1837), le créateur du phalanstère. Quelques tombes et, malgré tout, une explication gravée sur un panneau bien visible afin que les personnes qui s’y perdent puissent s’y reconnaître.

Le lieu est situé à cinq kilomètres à l’ouest du centre-ville de Dallas. C’est là qu’en 1855, des Français, Belges et Suisses ont établi, près de la rivière Trinité, une « colonie » baptisée La Réunion.  Le fondateur n’est autre que Victor Considerant (1808-1893), lui aussi figure du socialisme utopique du XIXe siècle, exilé outre-Atlantique par Napoléon III.

Deux cents « utopistes » sont arrivés ici le 22 avril 1855 sur une terre de 8000 mètres carrés. Une parcelle peu fertile et dont les premières récoltes (blé et légumes) subirent un blizzard en 1856. L’aventure périclita au début des années 1860 alors que le campement utopiste comptait 350 habitants. Certains retournèrent en Europe. D’autres restèrent et mirent leur savoir-faire au profit de Dallas qui avait intégré le territoire à sa juridiction : on doit la première brasserie et la première boucherie de la ville texane

Je n’ai pas encore osé dire à quelque solide texan que s’il buvait de la bonne bière et mangeait de la bonne viande, il le devait à des socialistes utopistes du XIXe siècle…

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En direct d’…Hinesburg

Hinesburg, 4200 habitants, à 20 kilomètres de Burlington. Ce matin, plus d’une centaine de personnes ont pris place dans la cafétéria du Lycée. Bernie Sanders, sénateur indépendant des Etats-Unis, tient une réunion publique (reportage à lire bientôt dans l’Huma). Il est considéré comme le parlementaire (Sénat et Chambre des représentants) américain le plus à gauche. Il déroule son exposé, très ancré sur les inégalités sociales et le risque que la démocratie américaine devienne une oligarchie. C’est sa méthode à « Bernie » (personne ne l’appelle autrement que par son prénom) : il pose ce qu’il pense et il en discute. Plus d’une vingtaine de questions suivent son introduction. Nous vous livrons les deux dernières : « Que pensez-vous de la politique de Netanyahu ? » « Que pensez-vous des printemps arabes ? »

C’était un nouvel épisode de notre série : « l’Amérique profonde n’est pas toujours celle que vous croyez ».

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En direct de… Burlington

L’Amérique réserve des surprises, toujours. Des bonnes, souvent. Burlington constitue l’une d’entre elles. Je n’avais évidemment pas choisi l’endroit par hasard : je viens couvrir la campagne de Bernie Sanders, le sénateur le plus à gauche des Etats-Unis, élu dans un fauteuil dans l’Etat du Vermont, l’un des plus progressistes du pays. Vous en lirez bientôt plus dans l’Huma. Mais, à dire vrai, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre à propos de la principale ville de cet Etat rural (la capitale politique étant Montpelier). En remontant, depuis Amherst (voir « post » précédent) les autoroutes 91 et 89 vers le nord, le doute commençait à poindre. Des terres mais pas beaucoup d’humains. Avec un peu plus de 600000 habitants, le Vermont a une densité de population égale à celle de la Creuse. Et au bout du chemin, il y a Burlington, petite révélation au bord du lac Champlain. Une ville vivante, pleine de commerces, de restaurants, de bars branchés, de cinémas, de cavistes et autres activités urbaines. Surtout pleine de jeunes. Pour cause : trois universités (en photo : le siège de l’une des confréries), dont l’Université du Vermont, institution locale, 12000 étudiants à elle seule, dans une ville de 42.000 habitants. Burlington vote massivement démocrate. Elle a même eu Bernie Sanders comme maire au début des années 80 et elle envoie régulièrement des membres Parti progressiste du Vermont (créé par le même Sanders) aux assemblées d’Etat (sénat et assemblée).

En gros, Burlington, c’est une Aix-en-Provence qui voterait comme la Seine-Saint-Denis posée au milieu du Cantal… C’est ça aussi l’ « Amérique profonde » dont on parle tout le temps sans en restituer la diversité.

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En direct de… Amherst

J’ai rencontré le seul gars qui a trouvé que Barack Obama avait pris le dessus sur Mitt Romney, lors du premier débat présidentiel, mercredi soir. Je n’ai même pas eu le mérite de le trouver: nous avions pris rendez-vous avant la confrontation. En quittant New Haven pour Burlington (principale ville du Vermont, prochaine étape de mon périple), je me suis arrêté à Amherst, grande ville universitaire du Massachusetts, ville dans laquelle la poétesse Emily Dickinson est née et morte, pour prendre le café avec Mark Kesselman. Mark est professeur émérite de sciences-politiques à l’Université de Columbia (New York). Notre première rencontre date de 2011. Je l’avais interviewé sur l’évolution de la société américaine dix ans après les attentats du 11 septembre. Son propos soulignant notamment l’ouverture culturelle grandissante des Américains m’avait frappé et j’en avais fait profit ensuite dans ma propre réflexion. Depuis nous avons sympathisé et Mark a été l’un des deux relecteurs du manuscrit qui est finalement devenu le « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis »  (https://presidentiellesamericaines.com/2012/09/13/sortie-aujourdhui-de-mon-dictionnaire-presque-optimiste-de/). Et que me dit-il entre le café au lait et le muffin? Qu’il n’est pas d’accord avec l’analyse générale consacrant Romney grand vainqueur du duel. Qu’il a trouvé le candidat républicain agressif. Qu’on n’allait tout de même pas donner crédit à ces affirmations selon lesquelles il ne baisserait pas les impôts des plus riches alors qu’il promet de le faire depuis des mois… Bon, on a discuté une heure. Et je crois bien avoir désespéré le dernier gars qui croyait sincèrement qu’Obama n’était pas passé au travers… On est quand même tombé d’accord spontanément sur une chose: ce serait bien que, lors du prochain débat, Obama dise « quelque chose de gauche », comme Nanni Moretti dans je ne sais plus quel film (après recherche exténuante sur Internet: « Aprile ») implorait Massimo d’Alema de le faire…

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