Quand Romney se lâche sur les électeurs d’Obama

Le magazine Mother Jones a publié, le 17 septembre, une vidéo montrant Mitt Romney situant les enjeux de l’élection américaine. Pas besoin de faire de grands discours pour éclairer ce propos. Selon le candidat républicain, Obama obtiendra 47% des suffrages car 47% des Américains ne paient pas d’impôts, 47% dépendent du gouvernement, 47% se considèrent comme des victimes, 47% pensent qu’ils ont des droits, etc… Romney affirme à ses amis qui l’écoutent qu’il ne va même pas tenter de convaincre ces Américains-là de prendre « la responsabilité de leur vie »… Non, il va s’attaquer, dit-il, aux 5 à 10% de centristes indépendants qui ont les idées claires. Et le concours au républicain le plus extrême continue…

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Deux débats sur la Fête de l’Huma

Samedi à 18h au stand des Amis de l’Huma, je participe à un débat sur les Etats-Unis en compagnie de Daniel Mermet, journaliste à France Inter

Dimanche, à 15h30, au Village du Monde, toujours les Etats-Unis avec cette fois-ci Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique

Pour le reste, je serai au Village du Livre

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Sortie aujourd’hui de mon « Dictionnaire presque optimiste de

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Sondages : effet convention pour Obama

Alors que le vote anticipé a commencé dans de nombreux Etats et que les chiffres du chômage avaient assombri le week-end de l’équipe de campagne de Barack Obama, une bonne nouvelle est venu éclaircir son ciel nuageux : une remontée franche et nette dans les sondages. Cela s’appelle l’ « effet convention». Pour Mitt Romney, il a été nul ou presque, certains instituts ayant mesuré un léger frémissement (1% tout au plus). Pour le président sortant, les chiffres publiés dimanche indiquent au contraire un rebond significatif : il est désormais crédité de 49% des suffrages contre 44 ou 45% à son adversaire républicain.

Premier tournant de la campagne ? Cela y ressemble fort alors qu’avant même les conventions, Obama distançait Romney dans la course aux grands électeurs. Car le 6 novembre, c’est bien cela qui va compter. Or, même donné ex-aequo dans les sondages nationaux, le candidat démocrate possède un avantage, les Etats dans lesquels il est le grand favori étant les plus peuplés, donc également ceux qui offrent le plus grand nombre d’électeurs.

En fait, dans quarante des cinquante-et-un Etats, l’issue du scrutin ne fait guère de doute. Obama part avec un « matelas » de 221 grands électeurs (côte ouest et côte est) contre 191 à Romney (le Sud et les grandes plaines). Reste une dizaine d’Etats en compétition, les fameux « swing states », ces Etats indécis ou tangents. Ils recouvrent trois catégories :

–         Les Etats du Midwest (Michigan, Wisconsin, Iowa et surtout Ohio) pour 50 grands électeurs au total. Le vote de la classe ouvrière blanche y sera crucial. Barack Obama y avait réalisé des scores bien meilleurs que ceux de Kerry en 2004. L’équipe de campagne d’Obama met le paquet sur le « plan de sauvetage de l’automobile » décidé par le jeune président en 2009.

–         Les Etats où le vote des Latinos sera déterminant  (Floride, Colorado, Nevada) : 44 grands électeurs. Tous les yeux sont évidemment tournés vers la Floride (29 grands électeurs à elle seule), « swing state » par excellence depuis 2000. Les latinos représentent 15% de l’électorat. Le poids des Mexicains-Américains et des Porto-Ricains grandit tandis que celui des Cubains-Américains de Miami diminue. Autre voté clé : celui des « seniors » attachés au Medicare (programme de protection sociale pour les plus de 65 ans). Obama y était ce week-end et a revendiqué, comme jamais, peut-être, sa réforme dite Obamacare.

–         Les Etats du « nouveau Sud » (Virginie et Caroline du Nord) : 28 grands électeurs. Barack Obama avait enlevé les deux Etats en 2008. Ce sera forcément plus serré cette année dans ces deux Etats qui combinent depuis plus d’une décennie croissance démographique et dynamisme économique. La part des minorités dans l’électorat est importante, notamment celle des Africains-Américains.

Si l’on transformait à ce jour la photographie des sondages en résultat définitif, Barack Obama emporterait neuf des dix « swing states » et obtiendrait 332 grands électeurs (359 en 2008) contre 206 à Romney.

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Le programme « complexé » des démocrates

Il y a une semaine, les républicains, adoptaient au cours de leur convention de Tampa, un programme (https://presidentiellesamericaines.com/2012/08/29/romney-plus-a-droite-que-reagan-la-derive-du-parti-republicain/) de droite décomplexée. Ces jours-ci, les démocrates ont eux aussi élaboré une « plateforme ». Dans la rhétorique,  c’est une vision différente de celle des Républicains qui s’exprime. Dans la transposition en propositions concrètes, c’est un « mixte » beaucoup plus balancé et « centriste » qui ressort. Plus « complexé ». Comme si l’objectif principal de ces mesures était de ne pas trop prêter le flanc aux critiques républicaines. A titre d’exemple, la réforme dite du « card-check » pour faciliter la création d’un syndicat sur le lieu de travail, présente dans le projet de 2008 mais jamais appliquée, a carrément disparu cette année.

La soirée de mercredi soir en a fourni un autre exemple caricatural : la direction du parti a fait réintégrer dans la plateforme une mention à Dieu et une référence à Jérusalem, « capitale de l’Etat d’Israël » – toutes deux absentes dans la première mouture – alors que dans la salle, les « no » égalaient si ce n’est dominaient les « yes ». Le président de séance a ignoré le fait et considéré que les délégués avaient adopté… (voir la vidéo ci-dessus)

Pour le reste, voici :

 

Fiscalité : « juste part » et réductions d’impôts pour les sociétés

Le parti démocrate propose d’en finir avec les réductions massives d’impôts accordées aux plus riches par Bush en 2001 et 2003. Encore faudrait-il pour cela que non seulement Obama reste à la Maison Blanche mais que la Chambre des représentants vire démocrate. Il est également proposé de réformer le Code des impôts et de mettre fin aux exemptions et failles du système actuel. Comment sera utilisé l’argent récupéré ? Il financera des exemptions d’impôts pour les entreprises qui investissent et créent des emplois aux Etats-Unis. Donc, des niches fiscales pour les sociétés remplacent d’autres niches pour les sociétés.

Salaires: un “coup de pouce” au SMIC

On dirait presque une proposition française ! Celle de Barack Obama, non plus, n’est pas chiffrée. Le salaire minimum au niveau fédéral s’établit à 7,75 dollars par heure. Une coalition d’avocats progressistes, autour de Ralph Nader, l’ancien candidat à la présidentielle, propose de le porter à 10 dollars (ce qui, compte tenu de l’inflation, le ramènerait à son niveau de 1968). Deux parlementaires démocrates ont présenté un plan amenant ce SMIC américain à 9,80 dollars en trois ans. Il faudra donc attendre l’éventuelle réélection d’Obama pour en savoir plus.

Protection sociale : du net et du flou

Le chapitre sur la réduction des déficits ne comporte aucune mesure concernant Medicare (assurance-santé pour les plus de 65 ans) et la Social Security (le système de retraites). C’est une bonne nouvelle lorsque l’on sait que les démocrates étaient prêts à concéder de telles réductions lors du bras de fer, pendant l’été 2011, sur la dette engagé par les républicains du Congrès. Il y a pourtant un « flou » : il n’est affirmé, nulle part, que l’administration démocrate s’engage à protéger ces programmes de réductions y compris en dehors des mesures de réduction de la dette. Il est écrit : « Nous rejetons les approches selon lesquelles la réduction des prestations est la seule réponse ». Le mot « seule » fait évidemment toute la différence.

Société : du clair et de l’obscur

La plateforme rappelle le soutien sans failles des démocrates à l’arrêt Roe v Wade qui fait du droit à l’avortement un droit constitutionnel. Tout aussi clairement, le parti de Barack Obama, dans la foulée du président lui-même en mai dernier (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260) se prononce pour l’autorisation du mariage gay.

En revanche, la peine de mort n’est pas remise en cause. « Nous pensons que la peine de mort ne doit pas être arbitraire », peut-on lire, comme si le fait d’enlever la vie d’un être humain ne relevait justement pas, en soi, de l’arbitraire.

Concernant les armes à feu, l’interdiction des armes d’assaut masque mal un grand vide face à l’un des fléaux américains. Les démocrates reprennent même à leur compte la rengaine des lobbys selon laquelle le second amendement de la Constitution (rédigé juste après la guerre d’indépendance, au cours de laquelle le peuple des colons en armes a joué un rôle majeur) accorde un droit de port d’armes à titre individuel alors que les selon les défenseurs du contrôle des armes, il n’est constitutionnel qu’en tant que droit collectif.

Politique et argent : la promesse d’une digue

En 2010, la Cour Suprême a levé toute digue au financement privé des campagnes électorales. Depuis, l’argent déferle comme jamais sur la politique américaine. Le parti démocrate veut faire adopter un amendement constitutionnel qui en finirait avec cet arrêt. Il faut dire que cette session de collecte 2012 s’annonce moyenne pour le président sortant alors qu’en 2008 il avait pu dépenser deux fois plus d’argent que son adversaire républicain, John McCain (735 millions de dollars contre 368). Wall Street qui avait misé sur Obama en 2008 ont reporté leurs dons sur Romney cette année.Image

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Dans une semaine, publication de mon « Dictionnaire presque optimiste des Etats-Unis »

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Pourquoi Barack courtise Charlotte…

ImageLes choix des villes accueillant les conventions ne relèvent ni du jeu de hasard ni de celui des fléchettes. Le parti républicain a opté pour Tampa, la semaine dernière, pour tenter de faire bouger les lignes en Floride, Etat « faiseur de rois » depuis une décennie, où la « bascule » risque de se faire dans le corridor Orlando-Tampa, le plus dynamique démographiquement ces dernières années. Même objectif pour le parti démocrate avec sa convention qui s’ouvre ce soir à Charlotte, la plus grande ville de Caroline du Nord, dixième Etat le plus peuplé du pays avec ses quinze grands électeurs (soit presque autant que le Michigan) qui peut s’avérer décisif le 6 novembre. En 2008, Barack Obama avait été le premier démocrate depuis Jimmy Carter, en 1976, à empocher la Caroline du Nord, avec 0,32% d’avance sur John McCain. Les sondages accordent actuellement deux points d’avance à Mitt Romney. Certains analystes démocrates avancent que si la convention de cette semaine ne créé pas un frémissement en faveur du président sortant, il faudra délaisser cet Etat pour concentrer ses forces dans d’autres Etats. D’autres insistent sur le fait que le coup est jouable. Ils s’appuient pour cela sur la démographie. La Caroline du Nord est passée de 8 millions d’habitants en 2000 à 9,5 millions en 2010. Ce dynamisme repose notamment sur les « minorités » puisque 61% des nouveaux habitants de la décennie passée en sont issus. Déjà importante dans cet Etat du Sud, la population africaine-américaine ne cesse d’augmenter pour représenter aujourd’hui 22% de la population totale. De nombreux noirs quittent les grandes métropoles du Nord et du Midwest, devenues trop chères à habiter, pour s’installer dans des villes moyennes mais dynamiques économiquement. Avec la Virginie et la Georgie, la Caroline du Nord fait partie du peloton de tête des Etats bénéficiaires. Parallèlement, la part des Latinos augmente : 8,6% aujourd’hui. Ces deux électorats sont favorables au camp démocrate.

Selon une enquête réalisée par un institut proche des démocrates, Romney obtient 54% contre 41% parmi les électeurs qui résident dans l’Etat depuis plus de trente ans. Mais Obama prend l’avantage (58-37) chez les autres avec une pointe à 66-27 pour ceux qui sont arrivés depuis l’an 2000. L’enjeu pour le camp démocrate sera donc de mobiliser, de combattre l’abstention. De ce point de vue, la Caroline du Nord apparaît comme un « banc d’essai » d’une stratégie nationale.

Mais en choisissant Charlotte, le président sortant s’est fâché avec une partie des syndicats, soutiens traditionnels du parti démocrate. « Je suis déçu par le fait que non seulement les démocrates aient choisi la Caroline (l’un des Etats où le taux de syndicalisation est le plus faible dans le pays, NDLR) mais qu’en plus ils ne nous ait pas parlé. C’est la première fois que cela arrive depuis des années”, a regretté Ed Hill said Hill, président de l’International Brotherhood of Electrical Workers union (675 000 membres) qui n’assistera pas à la convention démocrate. Une contradiction de plus à affronter pour le président sortant.

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La seule façon pour Romney de l’emporter…

Discours attendu, discours convenu. Mitt Romney n’avait pas à inventer l’eau chaude, jeudi soir, pour sa prestation face à la convention républicaine. Simplement décliner la stratégie du parti : taper Obama, taper Obama, taper Obama. C’est, certes, de « bonne guerre » face à un adversaire empêtré dans la plus grave crise économique du pays depuis les années 30 et qui, de plus, a déçu une frange importante de son électorat. Mais, pour le parti républicain, ce n’est pas seulement un angle d’attaque « facile » : c’est le seul qu’il a, à sa disposition. Croit-on vraiment que Romney-Ryan vont convaincre une majorité d’électeurs américains sur la base du programme le plus droitier depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Non, le seul moyen pour le parti de l’éléphant de l’emporter est de démobiliser le camp démocrate, pousser les électeurs de 2008 à ne pas retourner aux urnes.

Nombre de commentateurs accordent une place trop importante à ces électeurs changeants (swing voters) et aux « indépendants » (qui ne le sont pas vraiment puisqu’ils se disent eux-mêmes plus proches d’un camp que de l’autre). Peu des « obamistes » de 2008 deviendront des « romneyistes » en 2012.

Comme à chaque scrutin aux Etats-Unis (et en France, d’ailleurs), ce qui fera la différence en novembre 2012 sera la capacité de chaque candidat à mobiliser sa base, son électorat « naturel ».

Repartons du scrutin de 2008 pour jauger des forces révélées cette année-là. Il s’est beaucoup écrit que Barack Obama et les démocrates avaient bénéficié, d’une « fenêtre de tir » historique avec la conjugaison de la pathétique fin du mandat de Bush fils et du déclenchement de la crise. Cette explication peut paraître frappée au coin du bon sens mais elle est… erronée.

Regardons les chiffres. John Mc Cain, le candidat républicain en 2008, a recueilli 60 millions de suffrages (soit 45,6% des exprimés) contre 62 (50,7%) à Bush en 2004. Entre les deux scrutins, l’électorat républicain ne s’est érodé que de 3,22%…

Par comparaison, Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, 23% des voix de droite de 2007. Revenons aux Etats-Unis. Si Obama n’avait pas fait mieux que John Kerry (59 millions de voix), il aurait été battu. Le sénateur de l’Illinois en a récolté dix millions de plus (et 18 millions de plus que Gore en 2000 pour 19 millions d’inscrits supplémentaires), grâce notamment à la mobilisation sans précédent des jeunes et des « minorités » (Africains-Américains et Latinos). Barack Obama a donc attiré 69,5 millions des suffrages exprimés : 52,87% des suffrages exprimés. Le taux de participation s’est élevé à 75% soit le plus élevé depuis 1992 et la défaite du président sortant George Bush face au candidat démocrate Bill Clinton.

Le sénateur de l’Illinois a engrangé 39,33% des inscrits, ce qui en fait le président le mieux élu depuis Ronald Reagan en 1984 mais il s’agissait alors d’une réélection. Si l’on s’en tient à une « première », Barack Obama a été le mieux élu depuis Lyndon Johnson, un autre démocrate, en 1964. Encore faut-il considérer que ce dernier occupait la fonction depuis l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un an plus tôt, et que la loi sur les droits civiques (promulguée le 2 juillet de la même année, alors que le scrutin présidentiel se déroule en novembre) n’avait pas encore pu produire ses effets en termes d’inscription des Noirs sur les listes électorales. Si l’on rapporte le nombre de voix obtenus à la population en âge de voter, le taux baisse, par définition (puisque l’on y inclut ceux qui ne sont pas inscrits, dont la population carcérale, surdimensionnée aux Etats-Unis) mais on dresse la même conclusion : depuis la fin de la ségrégation, jamais une telle majorité ne s’était rassemblée pour porter un candidat à la Maison Blanche.

Le résultat de l’élection de 2008 n’est donc pas le produit d’un vote-sanction (même si certains électeurs ont ainsi voulu clore l’ère Bush) mais la résultante d’une adhésion à une rhétorique de l’espoir et du changement ainsi que de la perspective historique d’élire pour la première fois un Noir à la Maison Blanche. Que le mandat de Barack Obama ne se soit pas hissé à la hauteur de ces immenses espérances est une chose, réelle au demeurant. Que la majorité de 2008 se soit évaporée pour autant en est une autre, irréelle celle-là.

Même la débâcle démocrate de mi-mandat (la « raclée », selon les propres mots d’Obama) n’invalide pas ce postulat du scrutin 2012. Les démocrates ont en effet subi leur plus grand revers parlementaire depuis 1938, perdant le contrôle de la Chambre des représentants. On a pu lire que l’Amérique avait soudainement viré à droite. Vrai si l’on résonne à volumes constants. Faux, en réalité. 82 millions d’Américains sont allés aux urnes pour ce scrutin contre 130 pour la présidentielle. Les plus représentés parmi les abstentionnistes : les « libéraux » (au sens américain), les jeunes, les Noirs et les Latinos, bref, des démocrates. CQFD. Demeure la grande question de cette année d’élection présidentielle : sachant qu’il ne faut surtout pas compter sur une démobilisation du camp républicain, plus que jamais soudé par l’anti-obamisme, comment Barack Obama va-t-il s’y prendre pour reformer sa grande coalition électorale de 2008 ?

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Romney plus à droite que Reagan : la dérive du parti républicain

On ne résiste pas au plaisir de vous livrer l’attaque du papier de Michael Cooper, paru ce jour dans le New York Times (version complète: http://www.nytimes.com/2012/08/29/us/politics/republican-platform-takes-turn-to-right.html?hp)Image:

« Une plateforme déclare que les Hispaniques et autres ne devraient pas être « interdits d’accès à l’éducation et à l’emploi parce que l’Anglais n’est pas leur première langue ». Elle met en lumière le besoin de transports de masse dans les villes « sûrs et abordables », notant que « les transports de masse offrent une perspective d’économies d’énergie ». Et elle écrit en préambule de son chapitre sur l’avortement : « Nous reconnaissons des points de vue différents parmi les Américains en général – et dans notre propre parti ».

L’autre plateforme dit que « nous soutenons l’Anglais comme langue officielle de la nation (ce qu’elle n’est pas, NDLR) ». Elle gronde l’administration démocrate pour avoir « remplacé l’ingénierie civile par l’ingénierie sociale en poursuivant exclusivement une vision urbaine d’habitat dense et de déplacements publics ». Et son chapitre sur l’avortement ne reconnaît aucune contestation, affirmant la position que « les enfants non-nés ont un droit fondamental à la vie qui ne peut pas être enfreint ».

Non, ces deux plateformes ne sont pas celles des partis démocrate et républicain. Elles sont toutes les deux républicaines : la première date de 1980, à l’aube de la révolution Reagan, et la seconde de 2012 a été approuvée mardi après-midi à Tampa, Florida ».

Romney plus à droite que Reagan : la dérive droitière du parti républicain se lit, en effet, à chaque ligne des 62 pages de la plateforme directement inspiré des thèses des Tea Parties, la plus à droite de l’histoire du G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) depuis l’avènement du New Deal de Roosevelt.

 

Réduction des dépenses publiques

Ce n’est évidemment pas une surprise : les Républicains proposent de réduire la dette et de faire voter des budgets « à l’équilibre ». La plateforme propose de réduire de manière drastique les dépenses fédérales mais, de manière surprenante, aucun objectif chiffré n’est posé noir sur blanc. Il faut donc en déduire que c’est le fameux « plan Ryan », concocté il y a deux ans par le représentant du Wisconsin, désormais second de Mitt Romney sur le ticket républicain, qui s’appliquerait. Pour mémoire, il propose de réaliser 6000 milliards d’économies durant les dix prochaines années.

Le dépeçage de Medicare

Il ne faut pas aller chercher bien loin les sources d’économies. Quelques lignes plus bas, le texte stipule que Medicare (programme de protection sociale des plus de 65 ans), Medicaid (programme de protection sociale des enfants pauvres et de leurs mères), tous deux créés dans les années 60, et la « Social Security » (système public de retraites, issu des années 30) représentent près de la moitié des dépenses publiques. Le parti républicain propose de relever l’âge d’éligibilité de ce programme et de remplacer la couverture universelle pour les « seniors » par un système de « vouchers » (bons) à utiliser auprès des compagnies d’assurances privées. Cela porte un nom: privatisation.

 

La mort lente de l’impôt progressif sur le revenu

Le chapitre sur l’impôt est l’un des plus illustratifs de la dérive continue du parti républicain. On peut y lire cette phrase : « Les impôts, par leur nature, réduisent la liberté du citoyen ». Cette assertion est, historiquement, libertarienne non républicaine. « L’impôt est une entrave à la liberté », avait déjà asséné Mitt Romney lors de la campagne des primaires. John Jay, père fondateur et premier président de la Cour Suprême, y voyait, au contraire, le « prix de la liberté, de la paix, de notre propre sécurité et de la postérité ».

« Nous rejetons l’utilisation de l’impôt pour redistribuer les revenus », est-il encore écrit dans le texte de 62 pages. Au menu : étendre les allégements fiscaux (pour les plus riches, NDLR) votés sous Bush en 2001 et 2003, mettre fin à aux droits de succession. Il est même envisagé, dans le cadre d’une réforme ultérieure, d’abroger le seizième amendement de la Constitution qui a établi en 1913 l’impôt sur le revenu fédéral.

Guerre aux syndicats

Sous le vocable « liberté sur le lieu de travail », le parti républicain assume la guerre qu’il a déclarée aux organisations syndicales (http://www.humanite.fr/monde/dans-le-wisconsin-les-republicains-sur-les-lieux-de-leur-tentative-de-crime-493694). Après un hommage rendu aux gouverneurs qui ont tenté de faire passer des législations limitant le droit de négociation collective des syndicats, le GOP annonce qu’il s’attaquera, une fois élu, au processus (très compliqué, au demeurant) de constitution de syndicats dans les usines, bureaux ou magasins.

Société : l’ordre moral évangélique

Pour la première fois, une plateforme du parti républicain propose d’interdire, au nom de la sainteté de la vie humaine », l’avortement en toute circonstance, donc même en cas de viol ou d’inceste. L’arrêt de la Cour Suprême, Roe v Wade, rendu en 1973 considère, en revanche, l’avortement comme un droit constitutionnel. Interdiction programmée également du mariage gay – « un assaut contre les fondations de notre société ». Autorisation sans limites, en revanche, du port d’armes. Le programme républicain propose également la « présentation publique des dix commandements ». On attend donc avec impatience le rappel par un élu républicain devant un congrès du NRA (National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu), du sixième d’entre eux : « Tu ne tueras point ».

Politique étrangère : le retour des « néos-cons »

Avec le départ, dans l’opprobre, de George W. Bush, on croyait les néo-conservateurs condamnés à l’errance durant des décennies. Voilà que leur idéologie resurgit. Soutien indéfectible à Israël avec Jérusalem pour capitale. Critiques de la tentative de nouveau départ (« reset ») des relations avec la Russie par l’administration Obama. Plus généralement, leçons de démocratie dispensées à la terre entière. Avec, en point d’orgue, cette « pépite » sur la Chine : « L’exposition aux Chinois de notre mode de vie peut être la plus grande force pour le changement dans leur pays ».

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Déluge ultra-droitier annoncé sur Tampa

L’ouragan Isaac a finalement épargné Tampa mais la ville sera bien frappée dès ce soir par un déluge ultra-droitier. Cette convention républicaine s’annonce effectivement comme l’une des plus à droite de l’histoire. Elle s’apprête même à décrocher le pompon de la plus « ultra » des grands-messes du parti fondé par Abraham Lincoln.

Les premiers échos concernant la plate-forme qui sera adoptée en conclusion des trois jours de débat le confirment : l’assaut général est décrété contre les conquêtes sociales et sociétales de ce dernier demi-siècle.

En choisissant Paul Ryan, champion des « Tea Parties », comme second, Mitt Romney n’a pas seulement donné des gages à la base ultra-conservatrice du parti républicain qui le considère encore et toujours comme trop « modéré ». Il a également proposé un cap au pays : en finir avec ce qui reste du « New Deal » de Franklin Delano Roosevelt et de son enfant des années 60, la « Grande société » de Lyndon Johnson. Le représentant du Wisconsin est en effet l’auteur d’un « plan » pour le moins « radical » (au moins dans sa propre logique) : 6000 milliards d’économies à réaliser dans la décennie à venir via des coupes faramineuses dans tous les budgets fédéraux et la privatisation partielle (dans un premier temps) de Medicare, le programme de protection sociale des plus de 65 ans. Le camp Obama a affublé le député Ryan du sobriquet de « Robin des Bois à l’envers ».

Côté société, le parti républicain va poursuivre sa croisade contre les droits des femmes, notamment celui de disposer de son corps. La semaine dernière, Todd Akin, le candidat républicain pour l’un des sièges de sénateurs du Missouri, avait encore franchi un cran en estimant qu’il était « très rare » qu’une femme se trouve enceinte suite à un viol puisque son corps réagit « naturellement » et « a des moyens d’empêcher la fécondation ». Face au tollé, Romney avait pris ses distances. L’ultraconservateur du Missouri ne sera pas de la convention de Tampa mais son esprit sera bien présent dans le programme officiel du parti. On devrait y retrouver la proposition d’apporter à la Constitution des Etats-Unis un « amendement sur la vie humaine » et un « salut » à tous les Etats qui multiplient les obstacles. Le parti républicain devrait donc prendre position contre l’avortement même en cas de viol ou d’inceste. Lors de la campagne des primaires, Mitt Romney s’était prononcé pour que la Cour Suprême infirme l’arrêt Roe v. Wade rendu en 1973 par cette même Cour et qui reconnaissait l’avortement comme un droit constitutionnel…

Dès vendredi, Mitt Romney et Paul Ryan aborderont, sans doute, les deux derniers mois de la campagne avec une organisation ragaillardie, malgré des divisions profondes, et soudée, au moins par l’envie de bouter Obama hors de la Maison Blanche. Seul petit « problème » pour le ticket républicain: comment rendre majoritaire dans les urnes un projet politique et idéologique minoritaire dans le pays ? (voir http://www.humanite.fr/monde/la-seule-facon-pour-romney-de-l%E2%80%99emporter-face-obama-497554)

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