Archives mensuelles : novembre 2012

JOUR J, 23h15. Comment les Républicains veulent limiter le droit de vote et de représentation

Des problèmes commencent à surgir en Ohio, en Floride, notamment, dont on reparlera peut-être dans les heures à venir. Le moment de lire ou relire cet article paru dans l’Humanité du 30 octobre.

Charcutage électoral et lois restreignant l’accès au vote des plus démunis : voilà comment les Républicains tentent de désamorcer la « bombe à retardement » démographique, selon la formule de Scott Keeter, directeur d’études au Pew Research Center, le grand institut américain d’enquêtes d’opinion. Plutôt que de tenter de séduire les « minorités » par un nouveau discours, le G.O.P. (Grand Old Party, son surnom) tente d’amoindrir et, à défaut, de contourner le vote des Latinos et des Africains-Américains.

Dans près d’une dizaines d’Etats où il se trouve au pouvoir, le parti de droite a voté, au nom de la lutte contre la fraude, des lois imposant des nouvelles conditions pour l’inscription sur les listes électorales, notamment la production d’une pièce d’identité avec photo, principalement un permis de conduire dont ne disposent pas un grand nombre parmi les plus défavorisés. Ces projets ne passent pourtant pas comme une lettre à la poste : fin août, une cour fédérale a censuré la loi texane. Les juges ont cité l’exemple de citoyens qui résidaient à des centaines de kilomètres du bureau le plus proche pouvant leur délivrer le nouveau document exigé. « Pareil voyage serait particulièrement décourageant pour les travailleurs pauvres », ont-ils estimé. D’autres lois d’Etat du même acabit ont également été retoquées. Mais le parti républicain n’est jamais en retard d’une idée rétrograde. En Floride, les personnes condamnées pour crimes non-violents ayant purgé leur peine ont été déchues de leurs droits civiques, par une nouvelle loi. 200.000 personnes, parmi lesquels 23% d’Africains-Américains, ne pourront donc  pas voter. Au total, les organisations des droits civiques estiment que 5 millions de citoyens, appartenant aux catégories ayant assuré la victoire d’Obama en 2008, seraient empêchés de voter le 6 novembre.

Comme le parti de Romney ne peut pas empêcher tous les électeurs des « minorités » de voter, il faut rendre le plus « indolore » possible leur poids électoral. Il faut dire que le parti républicain a un problème particulier : sa base arrière, le Sud, est la partie du pays où le dynamisme démographique des « minorités » est le plus fort. A l’immigration latina (Texas, Floride mais aussi la Caroline du Sud, la Georgie), s’ajoute l’afflux d’Africains-Américains qui quittent les villes du Nord et du Midwest pour rejoindre la « Sun Belt ». Les législatures républicaines ont donc procédé à des redécoupages qui reviennent, selon le quotidien progressiste The Nation « à reségréguer le Sud ».

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JOUR J, 22h45. Romney meilleur que McCain dans le vote anticipé en Floride

D’après un stratégiste républicain, l’écart entre Obama et Romney n’est que de 161 884 voix dans le cadre du vote anticipé, traditionnellement favorable aux démocrates. La différence était de 354 374 voix entre le même Obama et McCain en 2008. Obama avait remporté le « Sunshine state » avec 236 000 voix d’avance.

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JOUR J, 22h06. Michael Moore fait du phoning

Le célèbre réalisateur a tweeté: « Si vous connaissez quelqu’un qui va voter ou pourrait voter si je l’appelais ou lui envoyais un texto, envoyez-moi un SMS sur mon portable 810-522-8398 ».

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JOUR J, 21h35. La machine qui n’accepte pas les votes Obama

Il paraît que la machine a été recalibrée depuis…

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JOUR J, 21h. Ohio, l’Etat à suivre

Depuis 1956 et la création du Grand Old Party, aucun Républicain n’est entré à la Maison Blanche sans avoir remporté l’Ohio. Et il apparait peu probable que Mitt Romney puisse mettre fin à cette série statistique. Ou alors il lui faudrait gagner en Floride, en Virginie, dans l’Iowa, le Colorado mais également dans le Nevada où Obama est crédité d’une avance de 4% dans le derniers sondage. Mission impossible. De plus, le « Buckeye State » (son surnom) vote à l’unisson de l’Amérique depuis 1964.

L’Ohio est un Etat de 11,5 millions d’habitants (7e Etat américain, 81% de Blancs, 12% d’Africains-Américains) à la fois rural et industriel, conservateur dans les comtés ruraux et progressiste dans les grandes villes (Cleveland, Colombus, Cincinatti). Cet Etat fait partie de la « Rust Belt » (littéralement la « ceinture rouillée »), l’ancien cœur industriel du pays frappé par les fermetures d’usines et les délocalisations depuis les années 70.

En 1996, dans son album « The ghost of Tom Joad », Bruce Springsteen chantait ce déclin :

« De la vallée de Monongahela

À la coulée d’acier de Mesabi

En passant par les mines de charbon des Appalaches

L’histoire est toujours la même

Sept cents tonnes de métal par jour

Maintenant, Monsieur, vous me dites que le monde a changé

Une fois que je vous ai rendu riche

Assez riche pour que vous oubliiez mon nom… »

La crise de 2007-2008 a frappé durement. Pourtant, l’Ohio affiche un taux de chômage inférieur à celui du pays. Les sondages montrent que les personnes interrogées en créditent Barack Obama. C’est l’immense atout du président sortant : le « plan de sauvetage » de l’industrie automobile en 2009. Un emploi sur huit dépend de l’industrie automobile, notamment dans le nord-est de l’Etat au bord du lac Erié. C’est également la partie de l’Ohio la plus favorable aux démocrates avec son mélange d’Africains-Américains et de Blancs membres de la classe ouvrière. Le parti de l’âne pourra donc sans doute compter sur une mobilisation de ses troupes, d’autant que les syndicats, encore puissants, ont battu la campagne. « Les ouvriers blancs en Ohio supportent plus Obama que les ouvriers blancs dans le reste du pays », indique, dans un article du jour du New York Times, Paul Beck, professeur à l’Université de l’Ohio. Lire à ce propos une passionnante enquête (en anglais) sur la classe ouvrière blanche qui instille de la complexité dans une question souvent sujette aux considérations définitives, du genre « la classe ouvrière blanche a basculé avec armes et bagages chez les républicains » (http://publicreligion.org/research/2012/09/race-class-culture-survey-2012/)

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JOUR J, 20h. Derniers et ultimes sondages

Rien de fondamentalement changé par rapport à hier (https://presidentiellesamericaines.com/2012/11/05/sondage-j-1-statu-quo-annonce/). Real Clear Politics donne 303 grands électeurs à Obama contre 235 à Romney. Quant au nouveau gourou des sondages, Nate Silver, il accorde désormais à Obama 90,9% de chances (http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/)

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JOUR J, 19h. Le principal adversaire d’Obama ? L’abstention.

La mobilisation des électeurs « naturels » du parti démocrate, notamment les jeunes et les Latinos, constitue la clé du scrutin de ce mardi.

Selon David Paleologos, il y a une bonne nouvelle pour les démocrates : ils ont sous la main « une malle au trésor ». Il y en a une mauvaise, aussi : « La malle est cadenassée ». A l’intérieur : des millions de voix, largement assez pour assurer au président sortant un second mandat, à condition qu’il en trouve la clé. Voilà la conclusion du directeur du centre de recherche politique de l’Université de Suffolk qui a mené une étude auprès des électeurs qui se déclaraient, il y a quelques semaines, abstentionnistes. Ils sont au nombre de 90 millions sur un corps électoral de 235 millions. Les deux-tiers sont inscrits sur les listes électorales et huit sur dix pensent que le gouvernement joue un rôle important dans leur vie. Il ne s’agit donc pas de « pêcheurs à la ligne » désintéressés par la politique. Des déçus de l’ « obamisme », plutôt : membres des catégories populaires durement frappées par la crise, ces abstentionnistes potentiels sont d’abord et avant tout des électeurs d’Obama en 2008. D’ailleurs, s’ils devaient se déplacer, 43% disent qu’ils voteraient pour le président sortant, 18% pour son adversaire républicain. Au fond de la malle, se trouvent donc 22 millions de bulletins potentiels pour le candidat démocrate contre 11 pour son adversaire républicain… En 2008, Obama avait recueilli 69,5 millions de voix contre 60 pour McCain.

C’est le même paysage qui ressort d’une autre étude, signée celle-ci, du Pew Research Center (1). Barack Obama domine Mitt Romney chez les abstentionnistes : 59% contre 24%. Le profil de ces « obamistes abstentionnistes » est, ici, un peu plus creusé : il s’agit principalement de jeunes et de Latinos que l’organisme spécialisé dans les enquêtes d’opinions classe clairement à gauche de l’échiquier politique.

Ces deux enquêtes mettent en lumière la clé de ce scrutin : alors que l’attention médiatique se focalise sur les électeurs « indépendants », les stratèges démocrates savent qu’il faut convaincre les électeurs « naturels » du parti de l’âne de se déplacer, malgré les déceptions voire les désillusions. Ils le savent mais alors que le scrutin a débuté, aucun sondage ne montrait qu’ils avaient trouvé la clé de cette fameuse « malle au trésor ».

(1) Pour en savoir plus : http://www.people-press.org/2012/11/01/nonvoters-who-they-are-what-they-think/

Article publié dans l’Humanité du 5 novembre

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JOUR J, 18h30. La campagne la plus chère de l’histoire (2): les entreprises françaises aussi

Vous voulez savoir qui vous avez financé, via votre facture de gaz ? Lire cet article http://www.bastamag.net/article2758.html et consulter toutes les donations sur http://www.opensecrets.org/pacs/foreign.php

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JOUR J, 18h. La campagne la plus chère de l’histoire

C’est sur la base d’un double sophisme que la Cour Suprême a détruit, par un arrêt rendu le 21 janvier 2010 (Citizens United v. Federal Election Commission), toutes les digues du financement privé des campagnes électorales. 1.       Les entreprises sont des personnes physiques (« Corporations are people », comme dit Mitt Romney). Le 1er amendement sur la liberté d’expression s’applique donc à elles. 2. Le fait de pouvoir dépenser sans limites s’apparente à de la liberté d’expression.

Avant la déréglementation massive, les PAC (political action committees, comités d’action politique), des organisations privées qui ne sont indépendantes que formellement des deux grands partis politiques, pouvaient recueillir des dons individuels dans la limite de 5 000 dollars par personne.

Désormais, voici les super PAC, qui ne servent qu’à faire transiter le butin depuis les milliardaires et les multinationales vers les candidats. L’élection présidentielle de 2008 avait battu un record : elle avait coûté un milliard de dollars. Celle de 2012 l’a explosé : deux milliards (un milliard et des broutilles pour les républicains, 931 millions pour les démocrates).

Barack Obama avait commenté de la façon suivante la décision de a Cour Suprême : « C’est une victoire majeure pour les multinationales du pétrole, les banques de Wall Street (…) et les puissants intérêts qui mobilisent leur pouvoir  tous les jours à Washington pour étouffer la voix des Américains ordinaires ». Il avait raison. Il a pourtant décidé d’adopter, lui aussi, les Super PAC.

 

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JOUR J, 17h: le programme des démocrates

Une semaine après l’adoption du programme « ultra » des républicains lors de leur convention à Tampa (voir « post » précédent), les démocrates rendaient, eux aussi, public leur projet. Dans la rhétorique, c’est une vision différente de celle des Républicains qui s’exprime. Dans la transposition en propositions concrètes, c’est un « mixte » beaucoup plus balancé et « centriste » qui ressort. Plus « complexé ». Comme si l’objectif principal de ces mesures était de ne pas trop prêter le flanc aux critiques républicaines. A titre d’exemple, la réforme dite du « card-check » pour faciliter la création d’un syndicat sur le lieu de travail, présente dans le projet de 2008 mais jamais appliquée, a carrément disparu cette année.

Fiscalité : « juste part » et réductions d’impôts pour les sociétés

Le parti démocrate propose d’en finir avec les réductions massives d’impôts accordées aux plus riches par Bush en 2001 et 2003. Encore faudrait-il pour cela que non seulement Obama reste à la Maison Blanche mais que la Chambre des représentants vire démocrate. Il est également proposé de réformer le Code des impôts et de mettre fin aux exemptions et failles du système actuel. Comment sera utilisé l’argent récupéré ? Il financera des exemptions d’impôts pour les entreprises qui investissent et créent des emplois aux Etats-Unis. Donc, des niches fiscales pour les sociétés remplacent d’autres niches pour les sociétés.

Salaires: un “coup de pouce” au SMIC

On dirait presque une proposition française ! Celle de Barack Obama, non plus, n’est pas chiffrée. Le salaire minimum au niveau fédéral s’établit à 7,75 dollars par heure. Une coalition d’avocats progressistes, autour de Ralph Nader, l’ancien candidat à la présidentielle, propose de le porter à 10 dollars (ce qui, compte tenu de l’inflation, le ramènerait à son niveau de 1968). Deux parlementaires démocrates ont présenté un plan amenant ce SMIC américain à 9,80 dollars en trois ans. Il faudra donc attendre l’éventuelle réélection d’Obama pour en savoir plus.

Protection sociale : du net et du flou

Le chapitre sur la réduction des déficits ne comporte aucune mesure concernant Medicare (assurance-santé pour les plus de 65 ans) et la Social Security (le système de retraites). C’est une bonne nouvelle lorsque l’on sait que les démocrates étaient prêts à concéder de telles réductions lors du bras de fer, pendant l’été 2011, sur la dette engagé par les républicains du Congrès. Il y a pourtant un « flou » : il n’est affirmé, nulle part, que l’administration démocrate s’engage à protéger ces programmes de réductions y compris en dehors des mesures de réduction de la dette. Il est écrit : « Nous rejetons les approches selon lesquelles la réduction des prestations est la seule réponse ». Le mot « seule » fait évidemment toute la différence.

Société : du clair et de l’obscur

La plateforme rappelle le soutien sans failles des démocrates à l’arrêt Roe v Wade qui fait du droit à l’avortement un droit constitutionnel. Tout aussi clairement, le parti de Barack Obama, dans la foulée du président lui-même en mai dernier (http://www.humanite.fr/monde/obama-et-le-mariage-gay-un-risque-politique-pas-si-sur-496260) se prononce pour l’autorisation du mariage gay.

En revanche, la peine de mort n’est pas remise en cause. « Nous pensons que la peine de mort ne doit pas être arbitraire », peut-on lire, comme si le fait d’enlever la vie d’un être humain ne relevait justement pas, en soi, de l’arbitraire.

Concernant les armes à feu, l’interdiction des armes d’assaut masque mal un grand vide face à l’un des fléaux américains. Les démocrates reprennent même à leur compte la rengaine des lobbys selon laquelle le second amendement de la Constitution (rédigé juste après la guerre d’indépendance, au cours de laquelle le peuple des colons en armes a joué un rôle majeur) accorde un droit de port d’armes à titre individuel alors que les selon les défenseurs du contrôle des armes, il n’est constitutionnel qu’en tant que droit collectif.

Politique et argent : la promesse d’une digue

En 2010, la Cour Suprême a levé toute digue au financement privé des campagnes électorales. Depuis, l’argent déferle comme jamais sur la politique américaine. Le parti démocrate veut faire adopter un amendement constitutionnel qui en finirait avec cet arrêt. Il faut dire que cette session de collecte 2012 s’annonce moyenne pour le président sortant alors qu’en 2008 il avait pu dépenser deux fois plus d’argent que son adversaire républicain, John McCain (735 millions de dollars contre 368). Wall Street qui avait misé sur Obama en 2008 ont reporté leurs dons sur Romney cette année.

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