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À propos de C.Deroubaix

Au diable, clichés et stéréotypes: décryptage d'un pays en pleine mutation. Christophe Deroubaix, journaliste à l'Humanité, suit l'actualité américaine depuis 1996.

Lu dans la presse : les abstentionnistes potentiels plus «obamistes» que «romneyistes»

Voilà une enquête publiée dans « USA today » qui va filer des sueurs froides aux stratégistes démocrates. Réalisée par l’Université de Suffolk, elle s’attache à décrire et comprendre les abstentionnistes potentiels, c’est-à-dire ceux qui déclarent ne pas vouloir aller voter, au moment où la question est posée et dont l’attitude peut encore changer. Les deux-tiers sont inscrits sur les listes électorales et huit sur dix pensent que le gouvernement joue un rôle important dans leur vie. Il ne s’agit donc pas de désintérêt. 60% estiment que « rien n’est jamais fait ». 54% jugent la politique « corrompue ». Plutôt membres des catégories populaires frappées par la crise, ces abstentionnistes potentiels sont d’abord et avant tout des électeurs d’Obama en 2008. S’ils devaient se déplacer, 43% disent qu’ils voteraient pour le président sortant, 18% pour son adversaire républicain. Il y a là des millions, voire des dizaines millions de voix en jeu (en 2008, Obama en a recueilli 69,5 contre 59,5 à McCain). « Voilà un groupe qu’Obama n’a même pas besoin de convaincre. Tout ce qu’il a à faire est de les identifier, de les trouver et de les emmener au bureau, conclue David Paleologos, directeur du centre de recherche politique de l’Université de Suffolk. C’est comme un coffre au trésor. Mais la mauvaise nouvelle est que le coffre est cadenassé… »

Cette enquête prouve que la différence se fera sur la capacité des démocrates à mobiliser leurs électeurs « naturels » non dans la chasse fantomatique aux « indépendants » et « centristes » indécis, bien moins nombreux, en volume, que ces voix enfermées dans le « coffre au trésor ».

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En Virginie, toute une Histoire en Noirs et Blancs

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L’Etat qui avait interdit les mariages « mixtes » jusqu’en 1967 est désormais en tête des unions entre Noirs et Blancs. Cette évolution saisissante des mentalités se matérialise-t-elle également dans d’autres champs de la société américaine ? Les Etats-Unis en auraient-ils fini avec les discriminations raciales ? Reportage entre Norfolk et Fairfax. 

C’est une photo en noir et blanc. Ils regardent tous les deux l’objectif, fixement. A gauche, Mildred Jeter, femme africaine-américaine. A droite, Richard Loving, homme blanc. Ils semblent travaillés par la lassitude et la souffrance. Ils s’aiment, mais la loi stipule qu’ils ne le peuvent pas. Nous sommes à la fin des années 50. Mildred a 18 ans. Richard, 24. Elle est enceinte. Ils veulent se marier. En Virginie, une loi datant de 1924 interdit les mariages « inter-raciaux ». Qu’à cela ne tienne : ils se rendent dans le District de Columbia (Washington) voisin et s’unissent devant la loi. De retour chez eux, les jeunes mariés sont arrêtés en pleine nuit par le shérif du comté. Lors du procès, le juge, Leon Bazile, proclame : « Dieu Tout-puissant créa les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et les plaça sur des continents séparés. Et, sauf l’interférence avec ses dispositions il n’y aurait aucune cause pour de tels mariages. Le fait qu’il sépara les races montre qu’il n’avait pas pour intention qu’elles se mélangent.»

Le couple est condamné à un an de prison. La sentence est suspendue pendant vingt-cinq ans s’ils acceptent de quitter la Virginie. Ce qu’ils font pour emménager dans ce District de Columbia si accueillant. Mais ils n’abandonnent  pas. En 1963, avec l’aide de l’ACLU (American Civil Liberties Union),  ils lancent une série d’actions en justice. Le 12 juin 1967, le périple judiciaire prend fin par une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis. Dans l’affaire Loving contre Virginia, la plus haute juridiction du pays donne, à l’unanimité, raison au plaignant. Elle écrit: « Le mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence et notre survie même… Pour nier cette liberté fondamentale sur une base aussi intenable que les classifications raciales incorporées dans ces lois, des classifications si directement subversives au principe d’égalité au cœur du quatorzième amendement (ratifié en 1868, il vise à assurer les droits des anciens esclaves, NDLR), prive assurément tous les citoyens de l’État d’une liberté sans procédure légale régulière. Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. »

Désormais, en Virginie, on peut se marier avec qui l’on veut. Les Loving retournent dans leur Etat chéri mais ne profiteront que peu de temps de leur bonheur paisible et de leurs trois enfants. En 1975, à 42 ans, Richard est tué dans un accident de voiture, dans le comté de Caroline, en Virginie, par un automobiliste sous l’emprise de l’alcool. Mildred survit à l’accident mais perd son œil droit. Elle est décédée le 2 mai 2008 d’une pneumonie, à l’âge de 68 ans. Tous les ans, le 12 juin, le Loving Day célèbre la date historique de la décision de la Cour Suprême. Partout, à travers les Etats-Unis, des couples, « mixtes » ou non, se rassemblent et font la fête.

Quarante cinq ans après l’arrêt historique de la Cour Suprême, les mariages « inter-raciaux », comme on continue de les appeler ici, ont de nouveau fait, au printemps dernier, la « une » des journaux : la Virginie est l’Etat qui enregistre le plus fort taux de mariages entre Noirs et Blancs.

Sarah et Robert forment l’un de ces couples qui ont contribué à la saisissante évolution. Pour autant, la statistique plaçant la Virginie sur la plus haute marche du podium leur avait totalement échappée. « Ah bon », lâchent-ils à l’unisson, alors que nous engageons la conversation dans le salon de leur maison de Fairfax, dans le nord de l’Etat. « En même temps, en y réfléchissant, ça ne m’étonne pas, ajoute Sarah aussitôt. Le nord de la Virginie est si divers. » La « northern virginia » fait partie de l’aire métropolitaine de Washington, la capitale fédérale dont elle dépend fortement sur le plan économique (commandes publiques, industrie de la défense…). Elle compte 2,5 millions d’habitants. Sa composition démographique est la suivante : 55% de Blancs, 16% de Latinos, 11% de Noirs, 10% d’Asiatiques. Ses niveaux d’éducation et de revenus sont largement supérieurs à la moyenne nationale. C’est une terre « bleue » (de la couleur du parti démocrate).

Retour au couple. Sarah, aux racines italienne (par sa mère), irlandaise et allemande (par son père), a « flashé » la première sur « ce grand type en uniforme » (Robert est pompier). « Le fait qu’il soit Noir ne m’a même pas traversé l’esprit. » Lui n’a pas vu une femme blanche mais une « grande femme magnifique ». Les deux familles n’ont pas sombré dans un remake de « Jungle Fever » de Spike Lee, dans lequel les entourages d’un africain-américain (Denzel Washington) et d’une italo-américaine (Annabella Sciorra) les découragent de poursuivre leur relation.

Les enfants (ci-dessus la photo en… couleurs) ont pris la nouvelle avec entrain : après un divorce, leurs parents refaisaient leur vie. «Dans des endroits comme le nord de la Virginie, la relation à d’autres communautés est vraiment un non-problème, souligne Sarah, assistance sociale pour le comté de Fairfax. Dans les écoles, on compte plus de cinquante nationalités. » L’une des filles de Sarah a même demandé à être placée dans la même « fratrie » que l’un des fils de Robert dans l’album du lycée. « Il ne peut pas être ton frère, il est Noir », lui a-t-on répondu. Elle, au caractère déjà bien trempé : « Et alors ? Bien sûr qu’il l’est. »

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? « Non, je ne dis pas que le racisme n’est plus vivant dans ce pays », répond Sarah, du tac au tac. Elle livre une anecdote : le pasteur de l’Eglise à laquelle elle appartient, ultra-majoritairement blanche, est un Africain-Américain. Il lui a confié qu’au moment de la communion, certains croyants se rangeaient systématiquement dans la file de son adjoint blanc… « Le racisme est encore en vie même si le pays évolue vraiment. Ce qui est rassurant c’est que les racistes sont obligés de la mettre en sourdine », constate Robert. Et d’ajouter : « Peut-être que si vous allez plus vers le sud, les comportements seront différents. »

Dans le sud de la Virginie, considéré comme plus conservateur, le nombre de mariages « exogames » (terme plus adéquat qui définit un mariage en dehors de sa propre classe sociale ou de son « origine ») augmente aussi. Mais ces unions en couleurs sont-elles le symbole d’une société, si ce n’est post-raciale, du moins apaisée dans ses relations entre communautés, voire en marche vers la mixité « ethnique » et sociale ?

Pour tenter de répondre à cette question, direction Norfolk, dans le sud de l’Etat : 242.000 habitants au cœur d’une conurbation (Hampton Road) d’1,5 million d’habitants. 44% Blancs, 43% Noirs, 6% de Latinos. L’activité locale repose sur l’industrie de la défense (base navale militaire de premier ordre) et sur l’économie portuaire. Norfolk est massivement démocrate et a accordé 71% de ses suffrages à Obama.

La ville a subi une « reségrégation de fait » lorsqu’une immense partie des habitants blancs a rejoint, dans les années 70, les « surburbs » (banlieues résidentielles). Recherche d’un cadre de vie plus paisible et réaction aux droits civiques accordés aux Africains-Américains : les sociologues ont appelé cela le « white flight » (l’exode blanc). Norfolk a même fait figure de cas d’école. 212.000 Blancs habitaient la ville en 1970 (ils représentaient alors 70% de la population), 105.000 actuellement. Norfolk s’est évidemment dépeuplée mais la courbe se redresse depuis une dizaine d’années avec un millier d’habitants supplémentaires chaque année.

La ville demeure coupée en deux, de part et d’autre de Monticello avenue. A l’est, les Africains-Américains sont majoritaires. A l’ouest, ce sont les Blancs. Comme une symétrie, deux universités prennent place aux confins du territoire. A l’est, la Norfolk State University, grande université historique noire, avec ses 7000 étudiants. Jerome, rencontré sur le campus, nous invite à la prudence : « Vous voulez qu’on abandonne ce qu’on a construit simplement pour être mixtes. Nos universités, nos églises. Maintenir les liens forts de notre communauté, ce n’est pas de la ségrégation. » A l’ouest, l’Old Dominion (25.000 étudiants), l’ancienne  succursale du très select William and Mary College (Jefferson et Madison y furent formés), devenue indépendante. L’université publique s’est très largement ouverte aux « minorités », atténuant les frontières mentales.

A la jonction de ces deux parties de Norfolk, les quartiers de Norview, Elmhurst et Foxhall (15.000 habitants) rassemblent plus qu’ils ne divisent. Les établissements scolaires en constituent une preuve tangible. Une école élémentaire, un collège et un lycée se trouvent au cœur de cet ensemble dessiné, comme souvent aux Etats-Unis en dehors des centres-villes, par de larges avenues et des rues adjacentes parsemées de maisons individuelles de taille moyenne. Les directions et équipes pédagogiques des trois établissements publics sont composées d’autant de Noirs que de Blancs, tout comme le public scolaire. A l’heure de repartir chez soi, ou de reprendre le bus, la mixité est flagrante. Il semble même que quelques petits couples « mixtes » se forment…  En 2005, le réseau d’écoles publiques de Norfolk a été récompensé par le « Board Prize », qui chaque année  met à l’honneur, avec un chèque d’1 million de dollars à la clé, la réduction de la fracture sociale pour les élèves issus des milieux défavorisés et des minorités.

La vie est « mixte » mais la vie est dure… Le revenu moyen des habitants se situe à 40.000 dollars par an, très en-deçà de la moyenne nationale. Un tiers des familles gagne moins de 30.000 dollars par an, ce qui les place à la limite du seuil de pauvreté officiel. Alors qu’une maison n’y vaut en moyenne que 160.000 dollars, la moitié des propriétaires laissent plus d’un tiers de leur paie dans le remboursement du crédit. Un loyer s’établit autour de 1000 dollars, bien trop élevé pour les ressources limitées de la majorité des habitants. Norview, Elmhurst et Foxhall sont des quartiers de salariés modestes et de chômeurs – noirs et blancs –, dans lesquels existe donc le mélange des communautés, pas la mixité sociale.

Encore ce tableau offert par Norfolk apparaît-il moins inquiétant que le constat dressé par deux professeurs de sciences-politiques, Rogers M. Smith et Desmond S. King, auteurs d’un livre paru cet année : « Still a house divided » (Une maison encore divisée). Ils citent l’exemple de l’école, premier lieu de la société américaine à avoir fait l’objet d’une « déségrégation » juridique avec l’arrêt de la Cour Suprême de 1954,  Brown v. Board. Qu’y constate-t-on ? Le pourcentage d’élèves noirs fréquentant un établissement à majorité non blanche est passé de 66% en 1991 à 73% en 2003-2004.  Autre recul : durant les deux dernières décennies, le fossé entre les salaires et les taux d’emploi des Noirs et des Blancs s’est élargi par rapport aux années 70.

L’explosion des inégalités, palpable depuis une dizaine d’années, et la Grande Récession de 2008 ont présenté une note particulièrement salée aux ménages modestes et défavorisés, parmi lesquels les Africains-Américains sont surreprésentés.

Le 28 août 1963, sur le Mall de Washington, Martin Luther King n’avait-il pas prévenu que derrière le combat pour l’obtention des droits du citoyen se profilait, pour les Africains-Américains et le pays, une autre montagne à gravir : « Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice. »

Article publié dans l’Humanité du 24 octobre

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Derrière les petites phrases, le consensus Obama-Romney

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Quelques « zingers ». Deux, trois divergences. Mais finalement un consensus. Voilà le bilan que l’on peut tirer du troisième et dernier débat présidentiel. Ah, oui, autre leçon aussi : les femmes journalistes sont bien meilleures que les hommes, Bob Scheiffer s’étant montré aussi incapable que Jim Lehrer de conduire la confrontation alors que Candy Crowley (deuxième débat Obama-Romney) et Martha Raddatz (débat Biden-Obama) avaient joué leur rôle de journalistes.

Revenons à cette ultime joute qui portait sur la politique étrangère.
Commençons par le plus futile : les « zingers », donc. Des phrases-choc. Il y en eut deux, toutes deux provenant d’Obama. «Romney propose une politique étrangère des années 80, une politique de société des années 50 et une politique économique des années 20. » Bing. Et à Romney qui répétait pour la millième fois que la flotte américaine n’avait jamais eu aussi peu de bateaux depuis 1917, Obama a rétorqué qu’il y avait également « moins de chevaux et de baïonnettes ». Bang.

Romney a essayé de se démarquer du président sortant en tentant de l’affaiblir dans l’affaire de l’assassinat de quatre Américains à Benghazi, en l’accusant de nouveau d’avoir fait une « tournée de repentance » au Moyen-Orient sitôt élu, en le décrivant comme un mou face à la Russie et à la Chine. Obama a rétorqué en soulignant les incohérences et les changements de pied de Romney d’un débat à l’autre et encore n’eut-il pas le temps de toutes les mettre en lumière tant elles sont nombreuses.

Finalement, le candidat républicain s’est rangé derrière la politique du président sortant dans de nombreux domaines, notamment celle de l’utilisation des drones dans le cadre de l’action anti-terroriste. Les deux ont répété que la puissance américaine était « indispensable » (le mot est d’Obama mais Romney a opiné du bonnet) au monde. A part ça, dans ce débat sur la politique étrangère, pas un mot sur l’Europe, pas une phrase sur l’Amérique latine, pas un échange sur les négociations de paix israélo-palestiniennes.

C’était vraiment à celui qui montrerait qui est le meilleur « commander in chief ». Comme Obama en porte légalement les habits, logique qu’il l’ait emporté sur ce terrain. Et d’un commun accord, on a donc évité les vrais sujets, par exemple : le reste du monde pense-t-il que les Etats-unis lui sont « indispensables » ? quelle place pour la puissance américaine dans un monde qui sera forcément plus équilibré dans une génération ?

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23 octobre 2012 · 1212 56

En direct de … l’avion du retour

Séjour professionnel terminé aux Etats-Unis. Retour à la réalité française. Mais d’ici aux élections, publication de plusieurs reportages dans l’Humanité et dans l’Humanité dimanche (postés également sur ce blog) sur le rôle grandissant des Latinos (depuis le Texas), la question des relations Noirs-Blancs (depuis la Virginie), l’opposition frontale entre deux Amériques (depuis le Colorado) et sur la campagne présidentielle (depuis un peu partout).

Puis, d’ici quelques jours, lancement d’une série « pratique » sur les élections. Un peu à la façon de Michel chevalet : « Comment ça marche ». Comme je n’ai pas prétention à avoir toutes les questions en tête (pas plus que les réponses, d’ailleurs), je vous invite à me poser directement vos questions, interrogations et « colles ».

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20 octobre 2012 · 1503 38

Lu dans la presse : les Latinos pour le mariage gay

Pour la première fois, un sondage montre que les latinos sont majoritairement favorables au mariage homosexuel. Le New York Times en fait l’annonce dans son édition de vendredi. Il y a six ans, 56% des latinos y étaient opposés. Aujourd’hui, ils s’y déclarent favorables à 52% et les latinos catholiques sont encore plus favorables (54%) à cette mesure. Seuls les latinos protestants évangéliques demeurent opposés à l’union de deux personnes du même sexe, mais ils demeurent ultra-minoritaires. Le New York Times souligne que ce sondage montre à quel point la stratégie des Républicains tentant de séduire les latinos sur la base des « valeurs » conservatrices (anti-avortement, anti-mariage gay) est voué à l’échec.

Les latinos enregistrés sur les listes électorales soutiennent Obama contre Romney dans un rapport de trois contre un. En 2008, Obama avait recueilli les deux tiers du vote latino. Le ratio devrait être proche cette année, la seule et massive question restant : quelle sera la participation électorale des latinos ? Il s’agit, pour les démocrates, de l’un des enjeux principaux, si ce n’est le principal, d’ici le 6 novembre.

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20 octobre 2012 · 101 49

En direct du… restaurant, QG de la gauche à Washington

A Washington, c’est un lieu incontournable de la gauche américaine. On n’y débat pas en permanence mais on y mange, bien et pas cher. Chacun sait bien, en venant ici, qu’il pose un acte. On ne prend pas un repas dans l’un des « Busboys and Poets » (il y en a désormais deux à Washington plus deux autres dans sa banlieue) comme dans un steakhouse d’une grande chaîne. Le propriétaire de la chaîne s’appelle Anas Shallal, 57 ans, arrivé aux Etats-Unis à l’âge de 11 ans. En 2003, alors que Bush lance le feu et le fer sur l’Irak (ah oui, Anas est né à Bagdad), Andy se demande ce qu’il pourrait bien faire pour contrer cette idéologie de choc des civilisations. « Il n’y avait pas d’endroit où les gens pouvaient se rencontrer… Je voulais créer un lieu qui soit clairement à gauche », a-t-il expliqué au Washington Post. Sa réponse mêle politique, bonne bouffe et  littérature.

Le premier « Busboy… » ouvre en 2005 au coin de la 14e rue à Washington. Tout le monde pensait alors que le proprio était noir, tant Andy (eh oui, aux Etats-Unis, c’est Andy) puise dans la culture africaine-américaine.  Une rencontre qui date du lycée alors, qu’à sa tronche de métèque, s’ajoute un anglais passable et un bégaiement… Au programme du cours d’anglais : le mouvement de la Renaissance de Harlem. Quelques mots d’Hughes Langston lui resteront en mémoire :

« Que l’Amérique soit l’Amérique de nouveau,

qu’elle soit le rêve qu’elle était ».

Quand Andy n’est pas dans l’un de ces restos, on est certain de le trouver dans une manif face à la Maison Blanche manifestant contre un projet d’oléoduc, en train de distribuer des repas gratuits aux militants d’Occupy Wall Street, ou signer un chèque à des organisations progressistes. Et quand il est dans l’un de ses restos, il ne déroge pas à la politique sociale qu’il ambitionne pour le pays : le plus bas salaire s’affiche à 10,25 dollars de l’heure (le minimum fédéral est fixé à 7,25 dollars), congés maladie pour les employés et assurance-maladie pour ceux qui ont un contrat à plein temps.

Nous avons pris le « Busboys and poets » à son deuxième arrêt à Washington : à l’angle de la 5e rue et de K avenue… L’entrée donne directement sur la librairie gérée par Teaching for Change, association clairement orientée à gauche. Puis s’ouvre l’espace restauration, vaste et large, comptoir central et mezzanine, occupé par une foule bigarrée et…, partout, des œuvres d’art (voir la photo). On allait presque oublier l’essentiel : Andy Shallal est artiste et il décore lui-même ses restaurants.

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19 octobre 2012 · 202 44

Débat sur les Etats-Unis mardi prochain à Marseille

Débat sur les Etats-Unis mardi prochain à Marseille

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18 octobre 2012 · 1111 33

Lu dans la presse : les démocrates dominent le vote anticipé

Un article du Washington Post fait le point sur le « early voting » qui permet aux électeurs de voter avant le jour J. En 2008, 30% des électeurs avaient déposé leur bulletin dans l’urne avant le mardi qui suit le premier lundi de novembre, traditionnel jour d’élection depuis le milieu du XIXe siècle. A trois semaines du scrutin, 1 million d’électeurs ont voté. « Les démocrates enregistrés votent à des niveaux équivalents voire supérieurs à ceux de 2008 », déclare au quotidien de Washington, un professeur de sciences-politiques, Michael McDonald. En Floride, un Etat indécis qui pourrait faire la différence, les Républicains mènent de 4 points mais leur marge en 2008 était de 12 points, ce qui n’avait pas empêché Obama de finalement l’emporter (51-48). Dans l’Ohio, impossible de mesurer l’état du rapport des forces puisque cet Etat n’autorise pas les électeurs à se déclarer républicains, démocrates ou indépendants lors de leur inscription sur les listes électorales. Mais le vote anticipé est fort, aussi bien dans les comtés démocrates que républicains.

« La question est de savoir si Obama engrange des votes qu’il aurait eu de toute façon ou s’il obtient des voix de personnes qui ne comptaient pas aller voter. C’est certainement une combinaison des deux », ajoute Michael McDonald.

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Le débat Obama-Romney en compagnie des démocrates de Fairfax

Pas la foule des grands jours. « Il faut dire qu’on l’a organisé un peu au dernier moment », explique Patrick. Son nom de famille : Le Floch. Il est Français et dirige la section du parti démocrate de Fairfax (22000 habitants) dans le nord de la Virginie, près de la capitale, Washington. Une dizaine de personnes ont pris place autour de la table du restaurant libanais Al Maza, en centre-ville. Des seniors pour la plupart. Il y a Chrissie aussi, une Asiatique-Américain, qui a vu du monde devant la télé. Elle s’est dit que c’était plus chaleureux de regarder ensemble. Enfin, elle a pris soin de vérifier que l’assemblée était bien démocrate. Elle l’est. Et elle attend beaucoup de ce deuxième débat. Obama ne met pas longtemps à rassurer ces convaincus. Sur la question énergétique, il ne lâche rien à Romney, plus que jamais l’ami du lobby pétrolier. Quelques applaudissements accompagnent le président sortant. Vient ensuite la question du « sauvetage » de l’industrie automobile que Romney a contesté. « Il tient sa place cette fois-ci », apprécie Patrick, à mi-parcours. Puis celle des impôts. Obama très offensif.

Le jeune serveur fait le tour des participants : « Vous voulez boire quelque chose ? » On en profite : « Vous voulez bien répondre à quelques questions ? » Venu du Liban il y a quatre ans, il a obtenu son diplôme de marketing, mais ne trouve pas emploi à la hauteur de sa qualification. Il se contente, pour l’instant de cet emploi de serveur avant d’envisager de déménager vers des bassins d’emplois plus favorables à sa spécialité. En blâme-t-il pour autant Obama ? Non, il votera pour lui, sans sourciller. Les républicains, ce n’est vraiment pas son truc.

Retour au petit écran. L’hôte de la Maison-Blanche conclut en renvoyant à Mitt Romney sa sortie sur les « 47% ». Exclamations et  applaudissements. La petite troupe repart requinquée. De toute façon, elle sait que ce genre de joutes ne joue qu’à la marge. Elle a déjà rendez-vous, ce week-end, avec des centaines d’autres militants démocrates. Opération de mobilisation électorale. Les spécialistes ont décortiqué les listes électorales, les ont recoupées avec d’autres listings. Bref, les militants savent à quelle porte frapper pour trouver un électeur d’Obama en 2008 et le convaincre de refaire de même dans trois semaines.

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17 octobre 2012 · 404 05

Vermont: voyage dans l’Etat phare du progressisme américain

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Il y a, là, des gars avec des chemises à gros carreaux, des jeunes de l’Université privée catholique Saint Michael’s, des tempes grises et des jeunes couples, des convaincus et des indécis, des démocrates, des progressistes, quelques républicains aussi, même un jeune type avec un tee-shirt blanc aux lettres rouges : « Cuba libre ». Ils ont pris place dans la cafétéria du lycée d’Hinesburg, à une vingtaine de kilomètres de Burlington, la plus grande ville du Vermont. Ce samedi matin d’octobre, Bernie Sanders tient réunion publique. L’homme est une figure de la vie politique locale et nationale. En 1981, quelques mois après l’entrée en fonction de Ronald Reagan, il a été élu maire de Burlington, en battant le sortant démocrate en place depuis six mandats. En 1990, il devint le premier candidat ouvertement socialiste à être élu à la chambre des représentants. Depuis 2006, il est sénateur des Etats-Unis. Il est désormais le parlementaire « indépendant » ayant servi le plus longtemps dans l’histoire du pays. Entretemps, il a crée le parti progressiste du Vermont, le seul « troisième parti » qui pèse réellement dans la vie politique d’un Etat. Le 6 décembre 2010, il a prononcé un discours de huit heures et demie qui a enflammé les progressistes américains sur la guerre de classe menée par les plus riches (http://www.youtube.com/watch?v=uj8_HLtY1Hk).

Voilà pour la « bio » du « sénateur Sanders », comme on l’appelle à Washington. Maintenant, voilà « Bernie », car dans le Vermont on ne le connaît pas sous d’autre nom. C’est lui qui s’avance.  71 ans depuis peu, une allure un peu dégingandée,  la chevelure blanche en bataille.  Il pose ses affaires, fait le tour des tables, serre des mains, claque des bises, prend le micro et c’est parti pour la 32e rencontre d’une campagne électorale dont l’issue est connue de tous : « Bernie » sera réélu triomphalement. Pourquoi, alors, enchaîner à un rythme infernal ces rendez-vous (trois dans la seule journée de ce samedi) ? « Parce que je crois en la démocratie directe. Parce que mon espoir est de faire du Vermont un modèle de campagne progressiste de terrain », a-t-il rappelé aux habitants de ce petit Etat (625.000 habitants) dans sa profession de foi. Au micro, il ajoute : « Parce que je veux que l’on se mette bien d’accord sur le diagnostic avant d’agir ». Sa «vision » s’articule autour de trois thèmes.  1. Les inégalités économiques. « 1% du pays s’accapare 42% de la richesse du pays ». 2. Le pouvoir économique. « La question n’est pas tant de savoir si le gouvernement régule Wall Street mais à quel point Wall Street régule le gouvernement ». 3. Le déferlement d’argent dans la politique, toutes les digues, pour les entreprises notamment, ayant été levées par une décision de la Cour Suprême. Conclusion : « Ces trois points convergent pour dessiner une forme d’oligarchie. Romney est le représentant de cette oligarchie. Pour les générations futures, il faut le battre et sévèrement ». Une vingtaine de minutes, montre en main. Limpide, clair, tranchant. La veille, Chris Pearson, le leader du Parti progressiste du Vermont à la chambre des représentants de l’Etat nous avait prévenus : « Vous verrez avec Bernie, c’est simple : il met ce qu’il pense sur la table, personne n’est trompé, et après on débat ». « Pas comme Obama », n’avait-il pu s’empêcher d’ajouter. « Bernie » repose le micro. Des dizaines de mains se lèvent ! Et c’est ainsi que par un samedi matin pluvieux, au cœur de la campagne vermontaise, véritable carte postale d’Amérique profonde, on a parlé de la « Social security » (système des retraites), de la nécessité de l’engagement citoyen, de l’OMC et du libre-échange et pour finir de la politique de Netanyahou et des printemps arabes. 11 heures : il est l’heure pour « Bernie » de se rendre à son 33e rendez-vous de campagne.

C’est grâce à cette « méthode de « démocratie directe » que « Bernie » impose un rapport de forces qui lui permet de peser dans la vie politique de l’Etat plus que le poids cumulé de sa propre personnalité et des huit élus du parti progressiste du Vermont aux deux chambres. Son ambition : faire du Vermont l’Etat le plus progressiste possible. Peine de mort abolie, mariage gay autorisé. Prochain défi sur la liste ? La création dans l’Etat d’un système d’assurance publique pour tous que Barack Obama n’a pas mis en œuvre à l’échelle du pays. Le gouverneur démocrate de l’Etat a promulgué la loi donnant naissance à « Green Mountain Care », la « Sécu » à la vermontaise. « Mais l’Obamacare ne nous permet pas de la mettre en œuvre avant 2017, regrette Chris Pearson, membre de la Commission de la Santé de la chambre d’Etat. On travaille à voir ce que l’on peut déjà mettre en œuvre d’ici là ».

Quel est donc le mystère qui a fait d’un petit Etat peu peuplé et rural, le phare du progressisme américain ? William Glover, professeur de sciences-politiques au Saint Michael’s College, lève un coin du voile. « La culture politique du Vermont a viré à gauche dans les années 60 avec l’arrivée de personnes cherchant un mode de vie alternatif. Mais avant cela, le Vermont avait déjà été le premier Etat à abolir l’esclavage et établir le suffrage universel à la fin du XVIIIe siècle. L’élection d’un maire ouvertement socialiste à Burlington a évidemment ouvert une brèche ».

Une brèche dans laquelle s’est engouffrée une génération de militants. Comme Chris Pearson, 39 ans. Ou encore Dave Zuckerman, 41 ans, qui personnifie l’incroyable alliage vermontais. Agriculteur, il a été président de la Commission Agriculture de la Chambre de 2005 à 2009. En 2010, il décide de ne pas se représenter pour lancer, sur de nouvelles terres,  une ferme 100% bio : la Ferme de la Pleine Lune. Réussite totale avec la création d’une AMAP qui regroupe 250 familles. Alors, Dave a repris son bâton de pèlerin et se présente au Sénat de l’Etat. « On va faire ce qu’on fait depuis le début : pousser, pousser, pousser ».

Article publié dans l’Humanité du 16 octobre

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